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Deux tiers des Français qui prétendent être catholiques le sont en réalité à mi-temps

 

Selon une enquête de l’institut IFOP publiée mardi 29 décembre dans "La Croix", les catholiques représenteraient aujourd’hui 64 % de la population française. Si ce chiffre a de quoi étonner, quand on voit qu’il n’y a à côté que 28% de Français "sans religion", une étude plus précise de la nature de ce "catholicisme" majoritaire nous permettra de mettre en évidence le fait que la France de 2009 est en réalité largement athée.
 
Dans une enquête de 1986, citée par l’historien Ralf Schor dans son ouvrage Histoire de la Société Française au XXème Siècle, il est déjà signalé que 35% des croyants seulement croyaient à l’existence du purgatoire, tandis que moins d’un catholique sur deux tenait pour véridique la résurrection du Christ. Depuis, vingt ans ont passé et, on l’imagine, les choses ne se sont pas améliorées. Selon l’institut IFOP, 95.5% des Français avouent qu’ils ne fréquentent pas régulièrement la messe... Ainsi, loin du chiffre pharamineux avancé par le magazine "La Croix", qui pourrait laisser croire aux citoyens peu précautionneux que la France est restée la fille aînée de l’Eglise, la France est aujourd’hui un pays qui a dit non à l’influence de Rome.
 
En effet, les quelques deux tiers de Français qui prétendent encore être catholiques le sont en réalité à mi-temps, et leur croyance ne résiste au temps et au progrès, qui eux, sont infinis, que du fait de la conversion de l’Eglise au capitalisme et à la société de consommation, au travers de ces grandes fêtes commerciales (Noël, l’Epiphanie, Pâques, la Toussaint) qui perpétuent, en dépit de leur caractère terriblement prosaïque, l’arrière-fond traditionaliste du catholicisme. Toutefois, si la majorité des Français affiche encore aujourd’hui son identité catholique, ce n’est sûrement pas par une volonté de retour en arrière de la civilisation vers les tréfonds moyennâgeux dont le pays est sorti avec tant de peine, mais bien parce qu’ils trouvent dans le "message de Jésus-Christ" des stéréotypes tels que le pacifisme, le respect, la fraternité, ou encore ce mot qu’on prête étrangement au Messie : "aimez-vous les uns les autres", quand n’importe qui aurait pu le prononcer. Oui, ce catholicisme des stéréotypes a bel et bien succédé au véritable dogme issu d’une lecture approfondie des textes sacrés ; ce "catholicisme" qui ne demande pas trop d’efforts, qui n’impose guère de contraintes, c’est celui-là dont se prévalent aujourd’hui deux tiers des Français. Peut-on encore parler de foi ? Cela est une autre histoire...
En dépit des progrès de la science, de la philosophie et de la conscience politique, la jeunesse française, si elle trouve qu’internet est beaucoup plus important que la religion (selon un sondage cité dans l’Histoire de la Société Française au XXème Siècle, Ralf Sachor) continue de croire sans raison ; cette jeunesse des promenades mystiques en forêt et des pèlerinages rock’n roll, cette jeunesse qui a pleuré son idole Jean-Paul II et qui pleure de rage devant l’ "affreux conservatisme" de Benoît XVI, cette jeunesse a pourtant rompu avec tous les principes de l’Eglise catholique en vantant les mérites du préservatif, de l’homosexualité assumée ou encore du mariage des curés... Il n’en reste pas moins que l’influence du catéchisme a marqué ces esprits avides de spiritualisme à l’heure du matérialisme ambiant dans nos sociétés contemporaines...
 
Mais il est d’autres catholiques qui, eux, pensent avec nostalgie à l’alliance du trône et de l’autel, à l’eau bénite dans le placard et au crucifix au-dessus du lit...
Ces 4.5% de Français qui vont le dimanche à la messe sont en effet nostalgiques du pape Pie X et de sa fameuse encyclique "Pascendi" de 1907, où le fléau de la modernité est stigmatisé, et admirent son successeur spirituel, Benoït XVI. Croyants par tradition, perpétuant d’une façon mortifère et autoritaire l’héritage familial, très âgés pour la plupart, ils sont de toute une évidence une espèce en voie de disparition. Cette France qui prie à l’heure des repas, qui n’a pas compris que l’âge théologique n’était que l’enfance de l’humanité, comme le dit Auguste Comte dans son Cours de Philosophie positive, cette France à la fois sénile et juvénile qui voudrait repartir à l’assaut des impies, et qui vote à droite ou à l’extrême droite (38.5% pour Nicolas Sarkozy au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 selon IFOP), connaît sans doute en ce moment son dernier assaut avant sa chute finale. Disséminés un peu partout dans l’hexagone, ces individus sont surtout présents dans les milieux ruraux, vierges de toute trace de révolution industrielle et des "villes à l’influence satanique", et aiment à se promener, bréviaire à la main, dans ces pures et verdoyantes étendues que coupe parfois une route surmontée d’un grand calvaire érigé par leurs pères... 
 
De fait, parmi les zones concernées par ce catholicisme radical, la Creuse, la Moselle, la Vendée et la Bretagne figurent en bonne position. Les zones dynamiques de notre pays sont largement épargnées : l’île de France (sauf l’Ouest parisien, notamment la ville de Neuilly) et le Sud-Est sont de moins en moins catholiques. Comme le montre la comparaison de cartes ci-dessous, cette déchristianisation est largement due à l’immigration.
 
 
On voit nettement que l’Ouest de la France, qui est resté très chrétien, reste particulièrement franco-français. L’exemple de la Creuse est également saisissant. En revanche, la région Centre, très accueillante, est presque complètement déchristianisée, en dépit de l’aura toujours existante de la cathédrale de Chartres. On le voit, le multiculturalisme n’est pas propice à la persistance des superstitions ; l’ouverture à l’autre est contradictoire avec l’idée même de transcendance. Ce n’est pas pour rien si les régions qui vont de l’avant et qui progressent dans la définition d’une identité collective sont aujourd’hui largement cosmopolites. Au contraire, l’Est, l’Ouest et le Nord de la France, qui connaissent de nombreuses difficultés économiques et sociales, réagissent par un regain de religiosité et de xénophobie, en se figeant sur leur identité passée quand il faut faire face à l’avenir. Cela est fort dommageable, à l’heure où la France a pris le chemin d’une identité multiculturelle sur le modèle des Etats-Unis. En dépit des efforts répétés du gouvernement pour faire croire aux Français que nous avons une identité nationale héritée de Clovis et de prétendues "racines judéo-chrétiennes", il importait de mettre en évidence ce contraste saisissant entre la France qui se porte bien et qui n’a pas de problème avec son identité et la France qui n’a pas suivi le rythme et qui se retrouve aujourd’hui à s’inventer un passé très chrétien, cette France rurale en crise, qui saura un jour, espérons-le, dire adieu à son nationalisme frileux et à son chauvinisme de principe.
 
Pour plus d’informations :
florentingastard.blogspot.com/
 
 
 
par Florentin Gastard (son site) jeudi 7 janvier 2010 - 97 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Jim (xxx.xxx.xxx.55) 7 janvier 2010 13:56

    J’ai vraiment rigolé en lisant votre article.

    Un concentré de clichés sur les catholiques  : Séniles, ruraux, xénophobes, fermés.

    Et puis une alternative intelligente : Devenez de scientifiques consommateurs jouisseurs, multiculturés.

    Un message plein d’espoir : Rassurez vous, ces fins de races vont disparaitre !

    Rarement lu telle cuistrerie, mais une cuistrerie rigolotte finalement, parce que votre projet de société n’est qu’un nazisme chic, quelle ironie n’est-ce pas ?

  • Par Albatar (xxx.xxx.xxx.150) 7 janvier 2010 10:51
    King Al Batar

    C’est drole mais j’ai souvent eu cette discution avec des catholiques en leur disant qu’ils ont de la chance.

    Je suis de confession juive et je leur ai souvent expliqué qu’un difference fondamentale entre les juifs (et peut etre les musulmans, mais je ne suis pas sur) et les chretiens, est qu’un Chretien peut avoir la foi sans pratiquer ni aller une seule fois a l’eglise dans l’année, ce n’est pas grave, l’essentiel c’est d’avoir la foi.
     
    En revanche un juif (comme moi par exemple) peut très bien pratiquer sans avoir réellement la foi, je m’explique : je pratique un peu, je ne mange pas de porc et j’observe les principales fetes dans l’année (qui sont très contraignantes car basées sur des privations alimentaires). Si je fais cela ce n’est pas par foi, mais par culture, on m’a élevé comme cela et je le fais par respect pour ma mère, et parce que je considére cela comme un patrimoine culturel. En revanche au niveau de ma foi, c’est proche du nul. Je suis légèrement croyant, mais en fait je m’en fout un peu. J’ai pas mal lu de textes religieux, des trois religions. Ceux que j’ai le moins compris ce sont les textes de ma religion qui me paraissent très difficiles. J’ai une connaissance religieuse, mais je crois peu en toutes les histoires des hommes. Je pense qu’il y a beaucoup de symbolique : je ne crois pas que Moise ait ouvert la mer mais l’image symbolise l’exploit, je ne crois pas que les mecs aient survecus dans un temple pendant 10 jours avec une dose d’huile d’une journée ( fete de Hanoukah) en revanche je pense que le symbole de la lumière est lié à l’intelligence, etc... Je n’ai pas de grande convictions religieuses en fait. Je crois en moi et c’est déjà pas mal.

    Tout ca pour dire que les Chretiens vous avez de la chance ! De la chance de pouvoir etre croyants et avoir la foi sans etre contraint par des règles d’une extrème lourdeur, nottament au niveau alimentaire, mais pas seulement.

    C’est un luxe de pouvoir etre croyant sans etre pratiquant !

    Peace à tous les peuples, croyants, non croyants, religieux ou athés !

  • Par Internaute (xxx.xxx.xxx.120) 7 janvier 2010 13:06
    Internaute

    Elevé dans le catholicisme pratiquant, je n’y ai plus trouvé d’intérêt et suis devenu, comme 90% de ma génération, un catholique passif.

    Je pense que vous avez les mêmes réactions que la plupart des catholiques et ne vois pas pourquoi un juif ne pourrait pas croire en Dieu sans aller à la synagogue ni fêter la Hanouka.

    Le côté traditionnel d’une religion est aussi important que son côté spirituel. C’est lui qui permet de sentir son appartenance à une communauté et vous le décrivez trés bien en disant que vous voulez perpétuer les traditions de votre mère.

    A la chute du catholicisme je vois plusieurs raisons.

    -Le début de la fin a été sonné par Jean XXIII et le concile Vatican 2 en 1962 si mes souvenirs sont bons. A ce moment, l’Eglise abandonne tout l’aspect traditionnel et spectaculaire qui faisait son attrait pour beaucoup et renie ses propres fêtes les plus fondamentales puisque la passion du Christ a été revisitée pour faire plaisir aux autorités juives. Imaginez-vous qu’on ne dise plus que les juifs étaient esclaves des égyptiens pour faire plaisir au Grand Mollah du Caire ? C’est inconcevable mais c’est ce qu’a fait Jean 23 avec la crucifixion. Fini les beaux habits, les chants, l’encens, le prêtre qui a une prestance surnaturelle et parle dans une langue qu’on doit suivre dans son Missel. Maintenant l’Eglise fait seulement double-emploi avec la croix-rouge, l’armée du salut ou n’importe quelle ONG humanitaire. Elle s’est tirée une balle dans le pied avec Vatican 2.

    Au bout du compte les contraintes l’emportent sur les attraits.

    Les orthodoxes ont conservé tout ce décorum et c’est la raison d’une bonne part de leur résistance dans tous les pays, y compris leur renouveau en Russie.

    - Le milieu politico-médiatique mène une lutte féroce contre le catholicisme. La quantité d’articles et de films où les prêtres sont systématiquement mis à mal et dénigrés est affolante. Cela a laissé des traces profondes dans les jeunes générations. Quand un âne rentre dans une cérémonie religieuse, c’est toujours dans une une Eglise. Le moindre acte de pédophilie est monté en épingle et crié sur les toits (même si, je l’avoue, je reste abassourdi par l’ampleur des derniers scandales mais cela n’a pas toujours été le cas). Avez-vous vu des rabbins traînés dans la boue à TF1 pour escroquerie, viol, attouchement sexuel ou autre ? Absolument jamais, à croire que ce sont tous des saints.

    - Le développement des transports et des télécommunications. Quand j’étais enfant, l’Eglise et tout ce qui tournait autour (fêtes, art et sport, patronnages, associations charitables) était encore une des rares activités en dehors du travail et de la famille. Il n’y avait pas beaucoup de cinéma, surtout pas dans les petites villes, pas de télévision. Le chambardement technologique des années 60 et 70 a balayé les relations entre les personnes et mis en concurrence l’Eglise avec une quantité d’autres sources d’intérêt. Sans Vatican 2, l’Eglise serait restée une référence pour les politiciens et pour les citoyens un lien avec leur Histoire la plus ancienne.

    Quand à l’auteur qui critique le Benedicite au début des repas, trouve-t-il mieux qu’en plein repas la télé nous sussure à l’oreille "Si vous avez des petits problèmes d’érection, consultez votre médecin" ? Je n’ai pas l’impression d’avoir gagné au change.

  • Par l’éminent Roungalashinga (xxx.xxx.xxx.224) 7 janvier 2010 10:53
    Roungalashinga

    Résumé de l’article : "Français, encore un effort et vous serez totalement déchristianisé."

    Là où certains se désoleraient, l’auteur se gausse, vante les mérites du multiculturalisme à l’américaine, qu’il considère déjà comme un fait accompli, nie les racines chrétiennes (et non "judéo-chrétiennes") de la culture française, cite Auguste Comte, déclare que "n’importe qui aurait pu prononcer "aimez-vous les uns les autres"", et considère le catholicisme comme un ensemble de "stéréotypes" et de "superstitions". Pourtant il n’a pas tort sur l’analyse : la France se déchristianise, à cause notamment d’un processus généralisé de métissage et d’uniformisation lié à la mondialisation. C’est juste qu’il est d’un certain côté de la barrière.

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