Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Religions > Eglise catholique : stop à la discrimination des vocations handicapés

Eglise catholique : stop à la discrimination des vocations handicapés

Etre handicapé et avoir une vocation, c’est rencontrer beaucoup de difficultés pour être accueilli dans les communautés religieuses. En effet, presque la totalité de celles-ci refuse d’accueillir les handicapés comme n’importe quelle vocation.

Avec le manque de vocations, cette affirmation peu paraître étonnante et l’on pourrait penser que la vie religieuse bien contente de trouver des vocations, soient-elles handicapées, leur ouvre grand les bras. Et pourtant, la réalité est tout autre.

Si les valeurs évangéliques nous invitent à nous accueillir les uns les autres dans nos différences, les communautés religieuses qui devraient être précurseurs de ces valeurs ne veulent pas accueillir d’handicapés dans leur grande majorité. Le problème n’est pas nouveau, il s’agit d’un fait historique mal connu. Ce qui est le plus choquant est que cette pratique va à l’encontre même des valeurs dont l’Eglise se veut porteuse.

Et pourtant, si l’Eglise catholique acceptait d’intégrer les handicapés dans ses communautés valides, quel merveilleux message et témoignage Elle donnerait au monde, de l’Amour de Dieu et de l’annonce de la bonne nouvelle.

A un moment ou la société s’ouvre aux handicapés, et se donne tous les moyens pour leur intégration,

http://www.admi.net/jo/20050212/SANX0300217L.html

 l’Eglise restera-t-elle encore une fois la dernière à leur ouvrir ses portes ?

A/ Des raisons historiques.

Déjà dans les évangiles, les handicapés vivaient à l’écart de la société. Car être handicapé chez les juifs de ce temps, c’était une punition de Dieu et signe de péché. Le Christ a clairement remis les choses en place en disant que la maladie, le handicap n’était pas une punition divine.

Jean 9, 2 Ses disciples lui demandèrent : "Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?"

Jean 9, 3 Jésus répondit : "Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.

Etre porteur d’un handicap a toujours été synonyme de dépendance, donc de contraintes pour l’entourage. Les congrégations religieuses ont été créées au moyen âge, afin de venir en aide aux indigents, par la création de léproseries, dispensaires. Ce qui demandait une condition physique et une santé pour être au service des autres. Les communautés ne voulaient pas s’embarrasser de personnes, qui auraient été pour elles une charge supplémentaire. De ce fait, elles ont souvent mis dans leur statut que le handicap ne serait pas admis à la vie religieuse. Mais cela n’explique pas le refus des handicapés par les ordres contemplatifs.

B/ Le droit canon

Le droit canon (droit de l’Eglise) mentionne :

Can. 641 : "Le droit d’admettre les candidats au noviciat appartient aux Supérieurs majeurs selon le droit propre."

http://www.intratext.com/IXT/FRA0037/_P22.HTM

Canon 642 :

"Les Supérieurs veilleront avec soin à n’admettre que des candidats ayant, en plus de l’âge requis, la santé, le tempérament adapté et les qualités de maturité suffisantes pour assumer la vie propre de l’institut ; santé, caractère et maturité seront vérifiés en recourant même, si nécessaire, à des experts.

Cela signifie que le droit canon ne s’oppose pas à l’admission d’un handicapé ou d’un malade, mais c’est sans compter le droit propre à chaque congrégation religieuse.

Le supérieur doit apprécier si le problème de santé peu être assumé par la communauté. Dans le cas d’un handicap adaptation des lieux, contrainte du handicap, autonomie de la personne… Cela va sans dire que cela nécessite de connaître les difficultés de la personne et d’étudier avec elle la faisabilité d’une vie commune. Ces précautions semblent de bon sens et font appel à la sagesse. Il n’y a donc ici aucune contradiction à l’admission d’une personne handicapée.

Mais alors, comment expliquer que 95 % des communautés n’acceptent aucun handicapé (mêmes léger).

C’est tout simplement que les mentalités ne sont pas prêtes à accepter les handicapés dans les communautés de valides.

Le choix est laissé à l’appréciation des supérieurs. Il est clair, que cela laisse la porte ouverte à la facilité et à l’arbitraire. Pour entrer dans la vie religieuse, il y a des critères et celui du handicap en est un qui d’emblée est éliminatoire. Les congrégations sont donc libres de mettre en œuvre toute la discrimination qui les arrange, et elles ne s’en privent pas. D’autant plus qu’elles savent, que leur impunité est totale et que la hiérarchie cautionne cette pratique.

En fait, le seul endroit où l’Eglise consent à ce que les handicapés répondent à leur vocation, c’est dans des communautés qui leur sont réservées ou dans des instituts séculiers, car dans ces derniers on vit seul. Certes, on peut répondre que les communautés sont vieillissantes et que l’accueil du handicap est matériellement impossible. C’est vrai que la situation est difficile, mais le problème n’est pas d’aujourd’hui. Avant d’êtres âgées, ces mêmes communautés ont été jeunes, ce n’est pas pour autant qu’elles étaient ouvertes au handicap.

C/ Une discrimination indigne de l’Eglise

Cette discrimination, touche tous les handicaps mêmes légers. Ces personnes ont beau avoir été suivies par un directeur spirituel, attestant du sérieux de leur vocation le refus est systématique. La fermeture à l’handicap est presque générale, dans les communautés apostoliques comme contemplatives, et même si d’autres arguments sont évoqués, c’est pour masquer celui de l’handicap qui est peu avouable. Il suffit de discuter un peu, pour que la vraie motivation face surface.

D’entrée de jeu existe un préjugé, utilisant les soi-disant incapacités du handicap comme argument imparable pour justifier un refus systématique d’accueil, voire même de discussion. Même pas besoin de rencontrer la personne, de la connaître spirituellement, de connaître son degré d’autonomie, comment elle vit ? Le jugement sur elle tombe, on sait à sa place ce qu’elle est capable ou non de faire. Impossible de s’expliquer, de montrer son autonomie, car si d’ordinaire, les personnes en situations de recherche d’une vie religieuse vont dans la communauté vivre quelques temps, pour voir si elles sont faites pour cette vie, quand on est handicapé, cette simple prise de contact n’est pas possible. On ne vous invite pas, inutile, car on sait à l’avance que l’on ne voudra pas de vous.

http://jocelynecrochet.unblog.fr/2009/06/26/mes-contacts-aupres-des-carmels/

D/ Une Eglise à deux vitesses.

D’un côté, des congrégations de valides ne voulant pas accueillir les handicapés 95 % de l’Eglise.

Et le reste :

- Historiquement quelques congrégations ont été créées pour l’éducation des handicapés et donc ouvertes à ceux-ci.

- Il faut noter un effort des bénédictins, qui ont ouvert plusieurs communautés pour des personnes déficientes mentales.

- Enfin, devant le refus quasi général des handicapés, ceux-ci ont créé des communautés où ainsi, ils pourraient vivre leur vocation, et cet état persiste.

Inutile de dire, que leur petit nombre, ne laisse pas le choix à vivre l’inclination à une spiritualité spécifique.

Ces communautés ont eu du mal à être reconnu par le reste de l’Eglise. Elles ouvraient là une brèche, laissant craindre que les handicapés demanderaient ensuite une intégration dans les communautés de valides. Mais le temps a passé, et les communautés de valides y ont trouvé leur intérêt. En effet, les handicapés venant frapper à leur porte sont systématiquement orientés vers elles. On a ainsi trouvé une solution à bon compte.

L’autre différence réside dans le moment ou survient le handicap :

Si on devient handicapé après prononciation des vœux, les choses sont scellées, on ne peut revenir en arrière, il s’agit d’un lien indélébile et à l’image du mariage définitif. En revanche, si le handicap survient avant les vœux, là c’est un motif pour ne pas être admis.

E/ Un double discours.

Quand on est handicapé, il n’y a donc aucune possibilité d’intégrer une communauté de valides, sauf de tomber sur une communauté ouverte et elles sont rares. La différence au sein des communautés dérange. On ne veut pas de personnes qui nécessiteraient une adaptation de la règle de vie interne à la communauté, soit-elle minime. Et dans la suite des mentalités du moyen âge, on ne va pas aider une Sœur qui nécessiterait une aide, on n’est pas là pour cela.

L’Eglise tient donc un double discours. Un discours à l’égard du monde qui invite à l’accueil de la différence comme gage de richesse, au respect des plus petits et un autre discours interne où la différence n’a pas sa place parce que le handicap dérange.

Autre illustration de cette dichotomie, le Vatican a refusé de ratifier la convention pour le droit des handicapés car celle-ci leur ouvrait le droit à l’avortement.

Le Vatican fait remarquer : “N’est-il pas tragique que la Convention sur les droits des handicapés, “créée pour protéger ces personnes de toute discrimination soit utilisée pour leur refuser le droit fondamental à la vie, en particulier aux handicapés à naître”.”

http://www.wnscc.org/vaticannews_frfeb01.html

Il est étonnant que le Vatican si soucieux des droits des handicapés ne se soit jamais penché sur le sujet de l’insertion des handicapés dans la vie religieuse et de leur droit à répondre à l’appel de Dieu à une vie consacrée sans être mis à part.

En ne ratifiant pas cette convention, l’Eglise n’est pas engagée comme un autre Etat à lutter contre la discrimination dans ses propres murs… Mais ne devrait-elle pas avoir un devoir moral au regard du respect de ses propres valeurs ?

F/ La face cachée de l’Eglise.

Une attitude peu respectueuse des valeurs évangéliques.

Avant l’entrée dans toutes communautés, un discernement doit être fait,

http://jocelynecrochet.unblog.fr/2009/06/20/quest-ce-que-le-discernement/

visant à vérifier s’il y a appel de Dieu, à voir si l’on est plus contemplatif ou apostolique, enfin la spiritualité qui correspond à l’être profond. L’inclinaison naturelle, ce qui nous fait vivre en profondeur étant l’expression de la volonté de Dieu. Dieu voulant notre bonheur, l’être profond doit être respecté pour pouvoir s’épanouir. Or on constate, que ce qui est de bon sens d’ordinaire, n’a plus mise pour une personne handicapée. Comme nous dérangeons, on ne veut pas savoir ce qui nous habite et on nous réoriente, sans respecter le discernement qui a été fait.

C’est à croire que la prière, le témoignage d’une personne handicapée est de moindre valeur que celle d’une personne valide ! Que même leur vocation n’est pas une vraie vocation ? Ne disait-on pas autrefois que si les handicapés avaient vraiment une vocation Dieu les guérirait !

Mais le plus grave dans tout cela, c’est que dans l’ordre de la foi, l’appel ne vient pas de nous. Si nous frappons à la porte de l’Eglise, c’est bien parce que Dieu nous y envoie. Donc en nous rejetant, c’est Dieu qui est rejeté, mais visiblement, cela n’a pas l’air de poser problème.

Peut-on encore parler d’assemblée, si les plus faibles sont exclus en partie de l’Eglise ? Comment Dieu entend-Il les prières de son Eglise, alors que les plus petits des siens sont mis à la marge ? Même si le problème des vocations est plus complexe, ce manque de foi et de fraternité n’est sûrement pas pour le réjouir et attirer sa bienveillance.

L’évangile est pourtant rempli de mise en garde, à l’égard de la conduite à tenir envers les plus petits.

Matthieu 10, 42  Matthieu 18, 6 Matthieu 18, 10

Et surtout Matthieu 25, 40

Et le Roi leur fera cette réponse : En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

Une attitude peu respectueuse de l’homme.

En mettant les handicapés de côté, dans des communautés qui leur sont réservées, l’Eglise instaure une sorte de ghettos, où les handicapés sont parqués, pour ne pas déranger l’ensemble de l’Eglise. Cela peut paraître cru, mais c’est ainsi que l’on ressent les choses quand on est handicapé. Toute personne soit-elle handicapée, aspire au respect et à ne pas être mis à l’écart. De ce fait, l’intégration dans le respect de la différence est la seule réponse qui est compatible avec la dignité de l’homme. Nous souffrons du rejet qui nous est imposé.

http://jocelynecrochet.unblog.fr/2009/08/17/temoignages/

G/ L’intégration des handicapés gage de crédibilité pour l’Eglise.

L’intégration des handicapés ne peut qu’être positif pour l’Eglise. Elle ne peut pas mieux être témoin des valeurs d’Amour, de respect de la différence et de la bonne nouvelle de Dieu en montrant concrètement aux yeux du monde qu’Elle vit des valeurs évangéliques. Quel gage merveilleux de crédibilité aux yeux du monde, que de vivre des valeurs dont on se veut témoin ! Alors que le contraire, vide de sens son message au monde, lui fait du tort et par là même, fait du tort à Dieu.

Nous sommes peu d’handicapés à frapper à la porte de l’Eglise, les répartir serait semblable à la concentration de l’homéopathie. Nous pourrions ainsi choisir la spiritualité qui correspond au fond de notre être. Ce ne serait sûrement pas moins viable que la concentration d’handicapés dans de rares communautés de surcroît vieillissantes comme les autres.

Mais les mentalités restent fermement hostiles à l’intégration des handicapés, conscientes du mutisme général. De ce fait, ces pratiques d’un autre âge ne sont pas prêtes de changer. Le seul moyen de faire bouger l’Eglise d’en-haut est que la situation soit connue du grand public, afin que celui-ci interpelle les autorités religieuses sur cette situation peu glorieuse. En effet, les handicapés sont trop peu nombreux pour que leur souffrance soit prise en compte.

Bien sûr, les croyants sont les premiers à pouvoir interpeller l’Eglise, mais il n’y a pas besoin d’être croyant pour autant, il suffit de refuser la discrimination, peu importe d’où elle vient.

A un moment ou la société civile fait de gros efforts d’intégration à l’égard de ses handicapés, l’Eglise qui devrait être motrice en ce domaine, au regard des valeurs qu’Elle incarne, restera-t-Elle encore en arrière ? L’Eglise, qui se veut proche des plus petits, ne peut pas se désintéresser de la question.


Moyenne des avis sur cet article :  2.71/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

8 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 10 mars 2010 09:55

    ben ca alors !
    les mechants cures !


    • Romain Desbois 10 mars 2010 11:03

      La solution n’est-elle pas de changer de crèmerie ?

      De toutes façons, accepter des religions qui soutiennent un Dieu dont elles disent être responsable du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité (déluge).....

      Pour moi c’est ni adieu , ni à mettre smiley


      • Arunah Arunah 10 mars 2010 13:07

        Le recrutement obéit à des critères très stricts. La foi et la bonne volonté ne suffisent pas. Il faut en plus avoir un métier 1/ qui assure à l’extérieur l’autonomie du postulant
         2/ qui soit utile à la communauté.
        Il faut donc être « bankable »...


        • jcrochet 12 mars 2010 08:23

          Bonjour,

          Vous avez en parti raison concernant les communautés apostolique. Cependant je vous assure que même si vous remplissez les critères que vous dites, on vous dira non si vous êtes handicapé.
          Me concernant j’ai frappé à la porte du Carmel (ordre cloîtré). Les religieuses travaillent à l’intérieur du monastère et ne peuvent en sortir. Alors le problème du travail ne devrait pas se poser, car on trouve toujours une tâche à faire faire en fonction des possibilité de chacune et pourtant là aussi c’est non.
          De par mon expérience du fait que l’on est handicapé, c’est non et l’on ne vous demande même pas quel travail vous exercé.
          J Crochet


        • jerome 10 mars 2010 16:41

          Et un article de plus anti-chrétien .... vous n’aimez pas l ’ Eglise ? c ’est votre droit, cracher sur les convictions intimes des individus, c ’est aussi votre droit . Allez donc le faire chez les barbus, pour changer ! Mais surtout renseignez-vous avant d ’écrire des INEPTIES !!! Votre billet est nullissime d ’ignorance !


          • jcrochet 12 mars 2010 08:41

            Bonjour,
            Je ne suis pas anti chrétien, bien au contraire. Mais j’aimerais que l’Eglise respecte les plus petits de ses vocations handicapé. Monsieur, je ne suis pas la seule dans ce cas et je vous invite à aller voir mon blog ou vous trouverez des témoignages d’autres personnes handicapés et les réponses qui m’ont été faites par les Carmels.
            J’aimerais tout simplement que l’Eglise soit respectueuse de ses valeurs. Mais vous avez peut-être raison, chut il ne faut rien dire.
            Cela fait 20 ans que je me heurte à une Eglise qui ne veut pas des handicapés, je crois que je connais hélas très bien le sujet. Je vous invite à faire votre propre expérience en interrogeant les religieux que vous connaissez sur l’accueil des handicapés et vous verrez que je dis la vérité.

            JCrochet


          • vero87 10 mars 2010 19:11

            une bonne paire de couilles !
            ça suffit pour être curé !


            • Philippe D Philippe D 11 mars 2010 01:10

              Pourtant des handicapés mentaux, j’en ai connu un certain nombre qui n’auraient guère eu de place dans le civil...




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

jcrochet


Voir ses articles







Palmarès