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Accueil du site > Actualités > Religions > Formose et son jugement cadavérique

Formose et son jugement cadavérique

« Une cérémonie abominable suivit, où le mort fut dégradé, dépouillé des vêtements pontificaux auxquels collaient les chairs putréfiées, jusqu’au cilice que portait ce rude ascète ; les doigts de sa main droite furent coupés, ces doigts indignes qui avaient béni le peuple. » (Daniel-Rops, "L’Église des temps barbares", 1950).



Le 4 avril 896, il y a exactement 1 120 ans, le pape Formose est mort. Né il y a environ 1 200 ans, vers l’an 816, ce pape assez particulier, ascète à la vie exemplaire et doté d’une grande culture, très apprécié du peuple de Rome, eut une destinée si extraordinaire qu’il fut encore un élément d’attention après sa mort.

Aux IXe et Xe siècles, la vie d’un pape n’était pas de tout repos et n’avait pas grand chose à voir avec les papes d’aujourd’hui. Univers impitoyable où quelques souverains de l’Europe donnaient le climat, la vie physique des papes ne tenait parfois qu’à un fil.

À la naissance assez peu connue (certains l’ont dit originaire de Rome, d’autres de Corse), Formose fut évêque de Porto en 864 et a eu des missions du Vatican en Bulgarie en 866, en France en 869 et en 872, et à Constantinople. Formose rencontra le roi Charles II le Chauve pour l’encourager à se faire sacrer empereur par le pape, sur le trône de Charlemagne.

Le 14 décembre 872, Formose se sentit apte à devenir pape mais ne fut pas élu. Le pape élu, Jean VIII, s’est alors acharné contre lui (qui lui contestait l’élection) en convoquant un synode, ce qui obligea Formose à revenir de Bulgarie. Formose fut alors accusé d’avoir voulu devenir archevêque de Bulgarie et pape, alors qu’il n’aurais pas dû quitter son diocèse de Porto (dont il était l’évêque) sans l’autorisation du pape. Pour ces raisons, il fut excommunié par Jean VIII en juillet 872.

Boris Ier, le roi de Bulgarie, avait souhaité que Formose fût évêque de Bulgarie, ce qui fut refusé par les papes Nicolas Ier et Adrien II en raison du droit canon. Plus tard, le pape Étienne V imposa le latin dans la liturgie au détriment de la langue slavone, ce qui a plongé la Bulgarie dans la zone d’influence byzantine.

Jean VIII a dirigé onze conciles pour discipliner le clergé, a prononcé de très nombreuses excommunications le rendant très impopulaire et il a couronné trois empereurs : Charles II le Chauve, Louis II le Bègue et Charles III le Gros. Parce qu’il était détesté même du clergé, Jean VIII a dû s’exiler en 878 à Arles (Louis II le Bègue lui refusa la couronne impériale) avant de retourner à Rome en 881.

En 878, l’excommunication de Formose fut levée sous condition de ne jamais retourner à Rome ni d’exercer des fonctions sacerdotales. Jean VIII mourut le 16 décembre 882 assassiné à coups de marteau par ses proches après avoir été empoisonné.

Le pape Marin Ier élu en 883 réhabilita Formose comme évêque de Porto et finalement, Formose fut élu pape le 6 octobre 891 succédant aux papes Adrien III et Étienne V. Comme Arnulf refusa d’aider le pape assiégé en Italie, Étienne V proposa à Guy de Spolète la couronne impériale.

Comme pape, Formose se trouva dans une Europe en pleine confusion. Si le schisme d’Orient fut évité par Jean VIII en légitimant le patriarche de Constantinople Photius, ce dernier fut évincé le 25 décembre 886 au profit d’Étienne Ier de Constantinople, le fils de l’empereur Basile Ier. En France, la couronne était contestée entre les Carolingiens (Charles III le Simple, qui avait le soutien de Formose, fut roi des Francs du 3 janvier 898 au 29 juin 922) et les Capétiens (Eudes, premier roi "capétien" des Francs, du 29 février 888 au 3 janvier 898) qui finirent par prendre définitivement le pouvoir en France un siècle plus tard (avec Hugues Capet).

La couronne impériale fut également très disputée entre deux clans. Si Formose n’a pas pu éviter de sacrer empereur Guy III de Spolète en avril 892 (il était roi d’Italie), à la mort de ce dernier, le 12 décembre 894, si son fils Lambert de Spolète a prit la succession impériale, Formose de son côté incita Arnulf Ier de Carinthie à reconquérir l’Italie contre les Spolétains dès 894 et à reprendre la couronne impériale le 22 février 896. Les Spolétains étaient opposés à la fois aux Carolingiens et à Formose.

Le 4 avril 896, Formose est mort peu de temps après le départ d’Arnulf frappé de paralysie, mais on ne lui a pas permis le repos éternel. Son deuxième successeur Étienne VI, élu pape en mai 896, sous la pression de Lambert de Spolète voulant se venger, décida d’organiser un véritable procès posthume de son prédécesseur Formose.

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Cet étrange procès a eu lieu en janvier 897 et on l’appela le "Concile cadavérique". On exhuma le cadavre de Formose, on l’habilla de ses habits pontificaux et on l’installa sur son trône. En face, le pape Étienne VI jouait le rôle du procureur et Formose n’eut droit qu’à un simple diacre comme avocat. Étienne VI reprit les accusations de Jean VIII et condamna Formose à ne plus être pape, et à annuler toutes ses décisions, en particulier, toutes les consécrations, nombreuses, d’évêques. En effet, Formose ne pouvait pas devenir évêque de Rome alors qu’il était déjà évêque de Porto.

Pour comprendre ce qui a motivé Étienne VI dans cette mascarade, c’était son propre sort. En effet, le droit canon interdisant à un évêque d’échanger son diocèse avec un autre, Étienne VI n’aurait pas dû être élu pape puisqu’il était déjà évêque d’Agnani. Mais il avait été consacré évêque justement par le pape Formose. En annulant tous les actes de Formose, Étienne VI se voyait ainsi démis de son diocèse d’Agnani et pouvait donc prétendre au diocèse de Rome.

Pour sanction très macabre, on retira les vêtements pontificaux du cadavre et on lui coupa les trois doigts de la main droite servant aux bénédictions papales. On jeta le reste du corps dans le Tibre et il fut récupéré par chance par un pêcheur. On attendit la mort d’Étienne VI en août 897 (il fut déposé et étranglé dans sa prison) et l’élection du pape Théodore II pour inhumer Formose dans la Basilique Saint-Pierre et on interdit le principe de juger des morts.

Néanmoins, le pape Serge III, qui fut le confident d’Étienne VI et partagea sa haine de Formose, reprit les condamnations contre Formose et il aurait alors fait de nouveau déterrer son corps, le décapiter, couper les trois doigts de la main gauche servant encore à consacrer et éliminer définitivement le cadavre. Cette version est historiquement contestée.

Il faut aussi rappeler qu’entre 896 et 904, les papes se succédèrent dans une lutte acharnée entre partisans de Formose et partisans des Spolétains. C’était une véritable guerre des clans entre les Carolingiens en perte d’influence et la puissante aristocratie romaine voulant imposer le pape et l’empereur. Les considérations religieuses étaient assez faibles face aux considérations politiques. Ainsi, Serge III avait échoué d’être pape en janvier 898 face à Jean IX qui réhabilita Formose à la suite de Théodore II.

Élu pape le 29 janvier 904, Serge III fut considéré comme auteur de plusieurs assassinats et fit commencer une période très trouble des pontificats qu’on appela "pornocratie" car deux femmes, Theodora et sa fille Marozia, ont pu influencer de manière durable les affaires romaines. Serge III fut ainsi le père d’un futur pape, Jean XI, qu’il a eu avec Marozia qui elle-même a "imposé" douze papes de 904 à 963 sur quatre générations. Les actes de Serge III furent plus tard annulés par l’Église.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pape François.
Pape Benoît XVI.
Pape Jean-Paul II.
Pape Paul VI.
Pape Jean XXIII.
Concile Vatican II.
Pape Formose.

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5 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 4 avril 18:50

    beeeuurk ! ! ! !


    • Rincevent Rincevent 4 avril 19:37

      Dieu est amour…


      • MAIBORODA MAIBORODA 4 avril 21:42

        merci à l’auteur pour cette rétrospective très intéressante.


        • fred.foyn Le p’tit Charles 5 avril 07:55

          (ce pape assez particulier, ascète à la vie exemplaire)... ?

          Un pape exemplaire c’est une personne déguisé en femme qui trompe les peuples en racontant des sornettes..un menteur qui ne pense qu’à l’argent qu’il pourra prendre aux pauvres.. !

          • Crab2 5 avril 08:56

            Onfray - la chrétienté et l’islam

            Michel Onfray et l’idée qu’il se fait de la civilisation judéo-chrétienne ou encore de qu’il en reste, devrais-je dire - impacterait la société au point que quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, nul ne serait épargné y compris tous les esprits doté par leur histoire familiale et personnelle d’un entendement comptant parmi les plus contestataires de " l’ordre moral "

            Suites :

            http://laicite-moderne.blogspot.fr/2016/04/onfray-la-chretiente-et-lislam.html

            .

            http://laiciteetsociete.hautetfort.com/archive/2016/04/05/onfray-la-chretiente-et-l-islam-5784331.html

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