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Accueil du site > Actualités > Religions > L’obéissance au gouvernant en Islam est-elle aveugle ?

L’obéissance au gouvernant en Islam est-elle aveugle ?

Quels oulémas pour quelle république ?
 
Cet article est une réaction à l'encontre de ceux qui brandissent le dogme de l'obéissance aveugle aux gouvernants et mettent les destinées des peuples et l'esprit des innocents dans les fers de leurs dirigeants.

Selon Abou Sa’id El Khodry, le Prophète Mohamed (PSL) a dit : « Dieu n’a suscité aucun Prophète ni institué aucun calife sans leur adjoindre deux catégories de confidents. Les uns qui l’exhortent à faire le bien et le poussent à le faire, les autres qui l’exhortent à faire le mal et le poussent à le faire. N’est protégé que celui que Dieu protège. »

Et il ne fait pas de doute que la religion musulmane est aujourd’hui malmenée par ceux-là même qui sont sensés la servir au mieux des intérêts des croyants.
 
Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. "
 
La crainte de la zizanie et de l’insécurité qui pouvaient résulter d’une période sans gouvernant a donc toujours expliqué la justification de la soumission bon gré mal gré au gouvernant, fut-il injuste.
 
Si cependant on peut comprendre l’intérêt historique d’une telle attitude des jurisconsultes musulmans dans un monde de guerres de conquête et de convoitises du pouvoir entre califes, factions et étendards divers, il est difficile aujourd’hui de comprendre la dimension de la difficulté lorsqu’il s’agit de concilier les préceptes malékites de gouvernance dans un pays musulman malékite mais gouverné par un Etat régi par une constitution moderne se proclamant régime démocratique ( la démocratie étant “le gouvernement du peuple par lui-même”), il y a alors une contradiction qui jette à terre toute volonté d’évolution des institutions républicaines en Mauritanie.
 
Si l’appel religieux à l’obligation d’obéissance au gouvernant fait l’objet d’un tel assentiment c’est qu’il est véhiculé par ceux qui sont en charge de dire “la religion”, les oulémas.
 
Aussi des questions essentielles se posent : 
 
Quelle place occupent les oulémas dans la société musulmane pour entrainer un tel assujettissement ? (I)
 
Cette place est-elle réellement due par les oulémas d’aujourd’hui et n’ y a t-il pas une nécessité de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et “Alem”(savant)tels qu’ils devraient y ressortir de la sainte écriture ? (II)
 
L’obligation d’obéissance au gouvernant, prescrite par la religion et véhiculée par ces oulémas, est présentée comme un dogme, mais n’ est-elle pas soumise à des conditions préalables qui dictent son application ? (III)
 
Dans un régime mauritanien constitutionnel, soumis au droit positif, la mise en œuvre d’une telle obligation religieuse n’est-elle pas contradictoire avec le caractère non théocratique et démocratique de l’Etat ? (IV)
 
Enfin, une génération d’oulémas s’est mise, aujourd’hui, à interférer avec les régimes politiques en place (“oulémas du pouvoir”). Qu’est-ce qui les détermine ? Restent-ils vraiment dans les limites que doit dicter leur statut religieux dans la société et dans l’Etat ? (V)
 
Autant de questions auxquelles nous consacrerons les développements qui suivent.
 
I- Le statut des oulémas dans la religion musulmane et dans la société mauritanienne
 
La tradition est claire à ce niveau, les oulèmas se répartissent en fonction de leur discipline. Globalement on distingue les érudits dans la science coranique et de la Sunna (Hadiths) et les érudits de la doctrine et de la jurisprudence.
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Il ne fait pas de doute que la place que confère l’Islam aux oulémas dans l’orientation et l’assujettissement du musulman à leurs avis et directives est extrêmement importante. Les jurisconsultes bénéficient d’un statut à part dans l’Islam , il sont assimilés dans la conscience populaire à ceux “qui autorisent et qui interdisent” et Dieu leur a réservé une place particulière dans la direction, le conseil et le règlement des différends dans la communauté musulmane.
 
Mais l’examen du Saint Coran montre que non seulement ils ont cette mission temporelle et terrestre de servir la communauté musulmane, mais ils revêtent aussi auprès de Dieu une importance toute particulière.
 
“Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.”
 
Et cette crainte que les savants ont de Dieu, les a placés au dessus des autres croyants. Et cette situation s’explique par la connaissance que ces savants ont acquise des saintes écritures, de leur appréhension de la toute puissance de Dieu et de leur capacité à comprendre les paroles de Dieu, de les transmettre et de les appliquer au commun des mortels. En autorisant ce qui Dieu autorise et en interdisant ce qu’il interdit.
 
C’est ce que Ibn Koutheir à l’occasion de son interprétation de ce passage confirme et illustre par l’affirmation de jurisconsultes.
 
Et au dessus de tout, Allah n’a-t-il pas dit :
 
Dis : « Sont-ils égaux ceux qui savent et les ignorants ? les hommes doués d'intelligence sont les seuls qui réfléchissent. [ Sourate 39 - Les groupes - Az-Zumar - Verset 9 ]
 
La place et la reconnaissance faites aux oulémas dans l’Islam est telle que Abou Houreira rapporte que l'Envoyé d'Allaha dit : « Les savants sont les héritiers des Prophètes. » (mentionné par Mouslim) et il a même donné une appréciation imagée de ce qui sépare le savant de l’ignorant. En effet , Abou Houreira - - rapporte du Messager d'Allah ces propos : « Cent degrés séparent la position du savant de celle du dévot. Entre chaque degré, il y a la distance que couvre un cheval au galop au cours de soixante-dix années. » (mentionné par Tirmidhi et Abou Daoud.)
 
 Le Messager d'Allah, Mohammed dit : « Les Anges étendent leurs ailes sur celui qui recherche le savoir et sont satisfaits de son oeuvre ». (Rapporté par An-Nessa'i et Tirmidhi )
 
 Et selon Abou Darda' : j'ai entendu le Messager d'Allah dire : « Les Savants sont les héritiers des Prophètes. Les Prophètes ne lèguent aucun dinar ni dirhem, par contre, ils lèguent la science. Celui qui s'emparera d'elle (la science), se pourvoira d'un privilège grandissant. » (Rapporté par Abou Daoud, Tirmidhi, Ibn Madja et AI-Béihaqi )
 
Abou Houreira dit, j'ai entendu le Messager d'Allah  : « Dans le cas où quelqu'un vienne à vous, dans le but d'étudier, traitez-le avec déférence et estime, car c'est mon convive. » (Rapporté par Mouslim et AI-Boukhari)
 
 Dans le testament de Loqman - que la paix soit sur lui -, il dit à son fils « Fils, fréquente les savants et rivalise avec eux de toute ton énergie. Allah vivifie les coeurs avec la lumière de la sagesse comme il vivifie la terre avec la pluie qui tombe du ciel »
 
Ali Ben Abi Talibdit un jour à Koumil : "Koumil, le savoir est de loin préférable à l'argent. Car, le savoir veille sur toi, mais par contre, tu veilles sur l'argent. Le savoir est un maître. L'argent est condamné, puisqu'il diminue à la dépense et le savoir augmente lorsqu'il est partagé."
 
 Il dit également : "L'orphelin n'est pas celui qui a perdu ses parents. Non L'authentique orphelin est celui qui ne possède ni savoir, ni éthique."
 
 Abdallah ibn Abbas rapporte ces propos "On a donné à choisir à Salomon d'entre le savoir, l'argent ou la royauté. Il choisit le savoir. Et l'argent et la royauté lui furent donnés avec le savoir"
 
 Zoubir ben Abi Bakrraconte : "Lors de mon séjour en Irak, j'ai reçu une lettre de mon père me disant : « O mon fils ! Acquiers le savoir Si tu t'appauvris, il sera pour toi un trésor et si tu t'enrichis, il te sera une beauté. »"
 
II - De la nécessité de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et de “Alem” (savant).
 
Si l’on examine la sourate dans laquelle le verset “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء a été tiré, on remarque qu’avant de faire cette assertion, Dieu a commencé par citer les miracles de la nature qu’il a faite ( l’eau nourricière venue du ciel, les fruits multicolores qui en naissent. Les montagnes, leurs sillons blancs et rouges, de couleurs différentes et des roches à la noirceur excessive ; les hommes, les animaux, les bestiaux aux couleurs différentes…). Puis Dieu cite alors les savants qui sont ces serviteurs qui sont les seuls à le craindre.
 

N'as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l'eau ? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires.
 
Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.
 
La question que chaque être rationnel devrait se poser est alors : Pourquoi Dieu fait-il cette assertion sur les savants en parlant auparavant, et juste avant, des sciences humaines et de la nature ?
 
En effet, si l’on examine avec attention ce passage, l’on retrouve dans ce verset la référence aux sciences suivantes : météorologie, hydrologie, géologie, botanique, agronomie, minéralogie, anthropologie, ethnologie, sociologie, botanique, zoologie …
 
Cela, à notre avis, ne peut signifier qu’une chose : les savants dont parle Dieu, ne sont pas les doctes de la religion mais bien les “scientifiques” au sens que nous leur connaissons aujourd'hui. A savoir les personnes qui se consacrent à l’étude d’une science, ou des sciences avec la rigueur et les méthodes scientifiques (Wikipédia)
 
Les “oulémas” seraient donc “les hommes de science”, ceux qui détiendraient un savoir scientifique (une science) leur permettant de scruter les miracles de Dieu sur terre (donc activité temporelle et non spirituelle) et qui sont capables d’en approcher la complexité, l’ingéniosité et l’incommensurabilité ce qui les renforce dans la conviction de l’existence de l’éternel et de sa puissance, ce qui justement les renforce dans sa crainte et sa soumission à lui.
 
Ce sont ces savants là dont Dieu parle. Ceux qui, par le savoir et l’intelligence humaine, découvrent les miracles et s’agenouillent devant la puissance de Dieu.
 
Les doctes religieux invoquent les miracles de Dieu comme des faits avérés et immuables, les savants (scientifiques) les expérimentent et appréhendent chaque jour leur infinité, leur complexité et leur vérité.
 
Une telle connaissance dont ils saisissent les limites les met en perpétuelle situation de crainte et de révérence à Dieu. Dieu les ayant averti de l’infime connaissance qu’il leur a permis de posséder !
 
“Et ils t'interrogent au sujet de l'âme, - Dis : "L'âme relève de l'Ordre de mon Seigneur". Et on ne vous a donné que peu de connaissance. “ Sourate El israa.” n.15)
 
Dis : "Nul de ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ne connait l'Inconnaissable, à part Allah". Et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités ! “
 
Ainsi les véritables contemplateurs des miracles de Dieu sont les scientifiques. De l’infiniment petit (atome) à l’infiniment grand (galaxies), les scientifiques sont en connexion avec les merveilles divines. Ils découvrent chaque jour la fatuité de l’humain et le l’insignifiance de ses jours. La foi du savant (scientifique) est alors infinie et c’est en cela que Dieu a bien dit que “Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah”. Et pour cause.
C’est de cet homme de science là, dont le prophète Mohamed a parlé . En effet, en exhortant le musulman à aller “chercher la science même en chine” !
 
Et ce n’est certainement pas en Chine qu’il fallait à l’époque rechercher les préceptes islamiques, mais bien le savoir scientifique et la découverte du savoir du monde.
 
Il est donc éminemment important de revoir cette conception du “savant” telle qu’elle a été ramenée aux doctes religieux (oulémas, jurisconsultes) pour lui faire prendre sa véritable dimension : l’homme de science.
 
Cette conception nous semble la plus plausible. Les savants ne peuvent être que les scientifiques ceux dont la définition a été donnée plus haut.
 
Mais Dieu en parlant de savant selon notre conception, a-t-il exclu les “oulémas” (doctes religieux) de ce champ ?
Oui et non.
Oui, s’il s’agit des oulémas qui depuis la fermeture des portes de l’ijtihad se sont réduits en glossateurs et post-glossateurs de ceux qui les ont précédés en réduisant la “Bidaa” (innovation), au sens de Malek ibn Enes, à une proportion si infime qu’elle en est devenue une hérésie. Ces oulémas là, peu ouverts sur les réalités de ce monde, réduisent leur savoir à l’exégèse du livre saint et à la répétition des précédents (au sens doctrinal et jurisprudentiel du terme).
 
Non, cependant Dieu n’a pas exclu les oulémas ; en tout cas pas ceux qui ont été les références dans le monde islamique d’antan et dont peu d’oulémas d’aujourd’hui peuvent leur être assimilés.
 
Ce sont les oulémas islamiques des premiers temps. Ces oulémas étaient non seulement des docteurs de la religion mais ils étaient des scientifiques (médecins, mathématiciens, botanistes, logicien, pharmaciens, philosophes, anthropologues etc.).
 
Il suffit de dresser la liste des savants musulmans pour constater que les érudits étaient versés dans plusieurs disciplines scientifiques et ne s’enfermaient pas dans l’étude des textes religieux.
 
 L’ouléma d’aujourd’hui est un pur produit des mahadras et autres écoles religieuses qui ne lui donnent d’horizon que les programmes liés à sa discipline. Aucune place n’est laissée aux sciences humaines et encore moins aux sciences exactes.
 
Il est enfermé dans la connaissance des sources principales de la religion, le Coran et la Sunna, les méthodes d’interprétation et de divulgation ainsi que la doctrine et la jurisprudence qui lui sont attachées. Ni la philosophie, mère des sciences, dans toute sa dimension universelle (sans exclusion de courants de pensées), ni l’histoire de la pensée, des idées , des faits politiques, sociaux économiques ne sont intégrées dans les cursus des institutions de formation religieuse. Or la conviction religieuse et la solide détention d’un savoir, passent par la connaissance de l’homme et de son œuvre sur terre, car c’est à travers l’homme, représentant de Dieu sur terre, que l’on connait Dieu.
 
On n’enseigne ni la Bible, ni la Torah, qui pourtant font font partie des religions de Ehl el kitab, sur lesquels Dieu et son prophète Mohamed, se sont prononcés.
 
Comment connaitre sa religion si on ne connait pas celle des autres ou tout au moins en savoir l’essentiel ? L’affirmation de sa propre religion, et la conviction qu’on a en elle, est d’autant plus fort que l’on n’ignore pas celle des autres. Et d’ailleurs dans le prêche face aux publics incrédules, la valeur scientifique de la rhétorique comparative de sa religion par rapport à celle des autres est payante pour l’adhésion des esprits.
 
L’ouléma d’aujourd’hui contrairement aux oulémas d’autrefois, n’intègre pas la science à son savoir, il se suffit du dogme religieux et n’élargit pas ses horizons par l’intégration de la connaissance universelle telle qu’elle fut recommandée par les précurseurs de la pensée islamique et ses fondateurs.
 
Ainsi le premier magistrat de l’Islam et le commandeur des croyants, le Calife Omar Ibn El khattab, recommandait d’apprendre la généalogie, la poésie, l’astronomie et la science des étoiles vantant le mérite de ces savoirs dans la connaissance de soi, de son éducation, de son orientation sur terre et sur les mers.
Ali Ben Abi Talib a dit : « Si vous interrogez le Coran, il ne vous répondra pas. Mais, je vais vous renseigner sur lui : il contient la science de l'avenir et les chroniques du passé. Il est la thérapeutique de vos maux et l'institution qui vous unit. » Il disait également : « Le savant est mieux que le jeuneur, que l'homme qui prie et que le combattant dans la voie d'Allah. Lorsqu'un savant vient à mourir, une brèche se crée en Islam que ne peut colmater qu'un autre savant qui lui succèdera. »
 
Il faudrait cependant que les savants (“ouléma”), ne se réduisent plus dans leur définition et dans leur conception aux promotions des cursus arides d’institutions religieuses, coupées de la science et du savoir et déversés dans les rangs d’une société mauritanienne malléable et dans les rouages d’un Etat qui cherche ses marques et sur lequel l’influence de la pensée fermée est pire que les tsunamis.
 
III- le contenu et le contexte d’un tel verset : l’obéissance au gouvernant n’est pas une obéissance aveugle
 
Il n’ y a pas plus dangereux pour la pensée et la compréhension d’une idée que celle qui est sortie de son contexte. En matière religieuse, on peut faire dire à un verset ce qu’il n’aurait pas dit s’il sort de son contexte.
 
C’est justement dans cette situation que la référence religieuse à “l’obéissance au gouvernant” a été utilisée pour accommoder mille et une intentions , dont celle très politique (et peu louable) de maintenir l’humain dans sa condition et le citoyen dans son immobilisme, mais aussi dans une intention très louable (mais qui n’a plus qu’une valeur historique) d’empêcher la zizanie et les troubles dans des sociétés musulmanes anciennes guerrières et soumises à des seigneurs de la guerres(du temps des Califes et des crises fratricides). Si cette seconde utilisation de l’obligation d’obéissance (“obéir coute-que-coute" au gouvernant) se retrouve de façon non équivoque chez l’Imam Malek ibn Enes (pour des raisons de stabilité et de paix sociale historiques), elle ne se justifie plus dans le contexte de l’Etat moderne, constitutionnel, dont les dirigeants sont élus démocratiquement et qui assure par des moyens modernes sa propre sécurité démocratique tout en obéissant au droit national et international et sous le contrôle de citoyens libres et égaux en droit.
 
C’est pourquoi, il n’est pas faux de dire que dans la religion musulmane et particulièrement dans le courant malékite, l’obéissance au gouvernant est fortement prescrite (1) toutefois cette obéissance reste soumise à des conditions certaines pour être acceptée (2). Ce qui réduit son champ coercitif de la liberté des gens et d’affirmation de l’omnipotence des gouvernants ; et n’en fait plus un dogme, comme certains zélateurs voudraient qu’il soit.
 
1. l’islam impose la soumission au gouvernant : l’ordre contre la zizanie
 
Nous avions cité plus haut le verset :إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء “ et la place dans laquelle Dieu met les savants. Cependant cette place que les savants ont auprès de Dieu , ils ne peuvent pas seulement la devoir au seul fait de leur érudition dans la matière religieuse (Coran et Sunna) mais comme l’explique Ibn Messaoud 
 : “La science , ce n’est pas beaucoup parler de science mais davantage craindre Dieu”. la science dira Ibn Wahb,rapporté par Ahmed Ben Salah el Masri : “La science , ce n’est pas la prolifération dans la connaissance approfondie des faits et évènements (religieux), mais la science est une lumière que Dieu met dans le cœur”.
 
Ces érudits à travers les interprétations d’ Ibn Kuthair ramènent ce verset à sa juste dimension humaine. On ne devient donc pas savant, ouléma et jurisconsulte par la somme de connaissance accumulée mais par la lumière que Dieu a placée dans le cœur de celui qui est sensé la détenir.
 
En somme, le savant est non seulement respectable par ce qu’il détient comme savoir mais aussi et surtout par la façon dont il utilise ce savoir (dans le sens du bien de la communauté) et par son comportement personne (image qu’il renvoie au commun des mortels).
 
le Prophète – Paix et Salut pour lui – a dit :
 
« Celui qui est commandé par un gouvernant, puis le voit commettre un quelconque péché, qu’il désapprouve ce péché sans qu’il ne retire sa main de son obéissance. »[1]
« Celui qui cesse d’obéir au gouvernant, se met à l’écart de la communauté, puis meurt, mourra comme dans l’époque pré-islamique ‘‘Jahiliya’’. »[2]
 
« Toute personne doit écouter et obéir dans les choses qu’elle aime et celles qu’elle déteste, sauf s’il lui est ordonné le péché, dans ce cas pas d’écoute, ni d’obéissance. »[3]
 
Lorsque le Prophète – Paix et Salut pour lui – annonça qu’il y aurait des gouvernants qui feront de bonnes choses mais aussi d’autres réprouvables, un compagnon questionna : Que nous ordonnes-tu ? Le Prophète – Paix et Salut pour lui – répondit : « Acquittez–vous de votre devoir et demandez vos droits à Allah. »[4]
 
°Ubâdat ibn El Sâmit a dit : « Le Prophète nous a fait prêter serment d’écouter et d’obéir dans ce que nous aimons et détestons, ce qui nous est facile et difficile, et de ne pas contester le pouvoir à ceux qui le détiennent. » Puis il dit : « Sauf si vous voyez un acte d’incroyance clair et évident dans lequel vous avez une preuve de la part d’Allah. »[5]
 
2. L’obéissance au gouvernant est soumise à condition : “l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.”
 
La portée du verset prônant l’obligation d’obéissance est, elle même, liée à d’autres versets qui la fondent et l’explicitent et ne peuvent justifier l’invocation dogmatique qui en est faite .
 
L’approche la plus simple du musulman, que nous sommes, c’est de croire en notre capacité et en notre force de réfléchir sur les problèmes qui nous concernent. Les oulémas ne sont pas des êtres infaillibles, seuls les prophètes le sont. Les oulémas ne sont pas des intercesseurs des hommes devant Dieu. Ce sont des dépositaires d’un savoir acquis qu’ils ont pour mission d’enrichir et de divulguer aux fins de la bonne parole et de la paix des âmes et des cœurs des croyants.
 
Les oulémas peuvent se tromper et parfois lourdement comme le commun des mortels et c’est en cela qu’il peuvent devenir extrêmement dangereux du fait que leur statut religieux et la place qu’ils occupent auprès des croyants et notamment ceux qui sont leurs disciples.
Dans la société mauritanienne, croyante par excellence, ceci est d’autant plus grave que El alem (singulier de Ouléma) occupe une place telle que le Mauritanien croyant lui fait souvent, parfois par intérêt parfois par piété, une confiance quasi-aveugle. C’est notamment ce que traduit l’adage fort bien utilisé dans la société mauritanienne : Laisse à El almen la responsabilité de ce qu’il dit et ne t’oppose pas (“Houtha alla eddhar allem wa mougrha salem”). Une forme de fuite en avant qui explique cette facilité de se soumettre au premier venu.
 
El boukhari rapporte que le Prophète Mohamed , avait nommé à la tête d’un groupe de combattants, un homme parmi ceux qui l’avaient supporté, ses partisans (El Ansar). Ce dernier leur dit : “Notre prophète Mohamed ne vous-à-t-il pas ordonné de m’obeir”, ils répondèrent : “oui”, alors il leur ordonna de rapporter une quantité de bois et d’allumer un brasier. Quand cela fut fait, il leur ordonna de se jeter dans le brasier. Les combattants allaient s’exécuter mais se regardèrent les uns et les autres et dirent : “Nous avons suivi le prophete pour échapper au feu (enfer) et tu veux nous y faire entrer ?”.Après que le brasier se fut éteint et que la colère de leur commandant s’en soit allée, le prophète Mohamed l’apprit et dit : “ S’ils étaient entrés dans ce feu (l’enfer), ils n’en sortiront plus jamais car l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.”
 
On comprend donc, comme l’a dit notre prophète Mohamed dans cette admirable parabole universelle : "l’obéissance n’est obéissance qu’au juste
 
C’est la condition fondamentale de tout devoir d’obéissance. Il serait donc erroné et aller dans une mauvaise interprétation que de vouloir, au nom du précepte religieux de gouvernance, soumettre le musulman au gouvernant qui ne respecte pas l’homme dans sa vie, dans sa dignité, dans son honneur et dans les droits inaliénables qui sont attachés à sa vie et à sa condition humaine.
 
IV- L’Etat mauritanien n’est pas un Etat théocratique.
 
La difficulté souvent exploitée par ceux qui se déclarent des oulémas, c’est la complexité de la matière dans laquelle ils opèrent mais aussi son caractère sacré. Chacun y va de son interprétation et chacun y met une dose de sa personne à telle enseigne d’ailleurs, qu’une tradition fort malencontreuse s’est installée dans notre pays où il y a une confusion réelle entre la personne des oulèmas et ce qu’ils disent. Il suffit que tel ait dit ceci pour que cela coule de source. Or il est impératif de le dire, l’Etat mauritanien n’est pas une congrégation d’oulémas et sa constitution ne lui a pas conféré un régime théocratique.
 
Le malékisme, dans la soumission sine qua non qu’il impose au gouvernants, serait-il contradictoire avec la démocratie ? Qu’en est-il aujourd’hui du rôle que doivent jouer les imams, oulémas et hommes de Dieu dans un Etat mauritanien, non théocratique, soumis à une constitution libérale et des institutions démocratiques ?
 
Est-il aujourd’hui possible de soutenir l’assertion de l’imam Malek ibn Enes : " Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. " ?
 
Tout en sachant que nos présidents ne s’absentent pas seulement pour une heure, mais qu’ils sont toujours absents au propre et au figuré, allons-nous souffrir qu’un président ( a fortiori même juste) règne pendant soixante dix ans alors que son mandat ne vaut que pour cinq ans ?
 
Certes, non. L’imam Malek ibn Enes fils de son temps et de ses luttes fratricides au sommet du Califat était bien en droit de le dire. Lui-même en avait subit physiquement les conséquences.
 
Malek ibn Enes “était partisan de Ali ben Abi Talib -, d'où son opinion politique Alide. Lorsque Mohammed ibn Abd Allah surnommé "l'âme pure" se révolta à Médine en 145 contre le Calife Al Mansour, ses partisans allèrent trouver Malek et lui demandèrent ce que valait le serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Al-Mansour. Il répondit, qu'il était nul, comme ayant été arraché par la force. Ils le prièrent de prêter serment lui-même au prétendant, il s'y refusa. Mes'oudi raconte quand la révolte fut matée, il fut mis à la torture et sévèrement flagellé, on lui a même brisé les deux bras.
 
Lorsqu'en 145, Mohammed s'empara de Médine par un coup de main, Malek déclara dans une fetwa que le serment prêté à AI Mansour ne pouvait obliger en conscience parce qu'il avait été extorqué par la force. A la suite de quoi un grand nombre d'habitants qui seraient demeurés sur la réserve se déclarèrent pour Mohammed. Malek ne prit pas de parti active au soulèvement. Malgré cela en 147, après l'échec du mouvement, il fut emprisonné et puni de fustigation par Dja'far ibn Souleïman, gouverneur de Médine. Il lui en resta une dévitatino de l'épaule et une fracture des deux bras. Les mauvais traitements en prison dont parle Abou Hanifa sont calqués sur cet épisode de la vie de Malek “ 1
 
C’est autant dire que Malek ibn Enes avait forgé les préceptes de son temps en les appuyant sur les prescriptions religieuses. Et ont le sait, sociologiquement les prescriptions religieuses ne sont que des sources d’obligations qui s’imposent avec plus ou moins de rigueur en fonction du temps, de l’époque et des conditions politiques, économique et sociales d’une société donnée à un moment donné de son histoire.
 
L’exemple du premier des magistrats Omar ibn El khatab (duquel le prophète Mohamed disait : “Dans ma communauté, il y a des gens inspirés. Par Dieu, 'Omar est l'un d'entre eux !”), est élogieux à cet égard. Omar ibn El khatab qui durant les temps de disette et de famine renonçait à appliquer pour les voleurs la peine dans toute sa rigueur. Il savait que le droit, dût-il être d’inspiration religieuse, devait épouser les exigences du temps.
Le commandeur des croyants , Omar ibn El Khatab, n’imposait jamais au musulman ce qu'il ne pouvait pas supporter. Et Malek ibn Enes en témoigne d’ailleurs lui-même :
 
Malek ibn Enes a dit : « Alors que nous étions chez ‘Omar (Ibn El Khattab), celui-ci dit : On nous a défendu de prescrire une chose au-dessus de nos moyens. ».
 
C’est autant dire que l’on est loin de l’approche rigide que certains oulémas ont des préceptes religieux éludant par là même les principes de base de l’édiction de tout précepte à caractère obligatoire à savoir que la religion doit éviter la compléxité et la coercition.
 
En Mauritanie, l’amalgame se doit de ne pas être fait. Le Président de la république n’est pas un calife, il n’a aucune ascendance spirituelle sur le peuple ; il ne tire sa légitimité d’aucune source religieuse . Son rôle, est de veiller “au respect de la constitution et des lois, à l’intérêt du peuple mauritanien, de sauvegarder son indépendance, la souveraineté du pays, l’unité de la patrie et l’intégrité du territoire national”.
 
Ces obligations, il les proclame par serment, non pas devant une assemblée “Choura” ou d’Oulémas mais devant le Conseil Constitutionnel, en présence des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat et des présidents de la Cour suprême et du Haut conseil Islamique.
 
Si la source déclarée du droit mauritanien est l’islam, il n’en demeure pas moins que l’on ne retrouve nulle part dans la Constitution la mention des oulémas ou même du livre saint. Tous les principes des droits et obligations rapportés par la Constitution sont repris des constitutions modernes et à certains égards la Constitution mauritanienne est la sœur jumelle de la constitution de la Vème république française.
 
Il est certain donc que le document suprême régissant les pouvoirs de l’Etat ne fait nullement de ce dernier un Etat théocratique. Au contraire la Constitution du 20 juillet 1991, telle que modifiée en 2006 (Article 2) déclare que : “ Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants élus et par la voie de référendum.”
 
Une souveraineté populaire, du peuple qui est la source du pouvoir, n’est-elle pas antinomique avec le précepte dogmatique de l’obéissance sine qua non au gouvernant ?
Peut-on cependant au nom d’un tel argumentaire rejeter une prescription religieuse qui fait l’unanimité chez les oulémas quant à son intégrité textuelle et à son obligation à l’égard du musulman ?
 
Certes non. Mais ce précepte se doit d’obéir à des règles quant à son édiction.
En effet, s’il n’est pas adéquatement exposé , dans son contexte socio-historique, dans les conditions qui doivent accompagner cette obéissance (tel que nous l’avions fait plus haut) , ce précepte d’obéissance est une négation pure et simple de la Constitution mauritanienne
 
C’est la raison pour laquelle son invocation dans le cadre de l’Etat mauritanien par les oulémas vis-à-vis des croyants ne peut se faire que si les conditions suivantes sont remplies :
 
- Que le gouvernant soit juste
- Que le gouvernant soit légalement élu
- Que le gouvernant bénéficie d’une légitimité populaire certaine,
- Que le gouvernant ne soit pas un despote
- que le gouvernant agisse dans l’intérêt du peuple et de la nation.
 
Dans le cas contraire toute soumission et obéissance entérinent l’une des situations suivantes : La colonisation , la dictature, l’autoritarisme, le despotisme, l’autocratie, la tyrannie, l’absolutisme….
 
Et nulle part dans l’Islam un précepte n’impose au musulman de vivre dans la tyrannie. Au contraire, l’Islam invite à réagir face à l’injustice et la tyrannie.
 
le Prophète Mohamed a dit : « Celui d’entre vous qui voit une chose répréhensible, qu’il la redresse de sa main ; s’il en est incapable, qu’il le fasse par le langage ; s’il est incapable, qu’il la réprouve dans son for intérieur et c’est là le stade le plus faible de la foi. » (Muslim (1/69), hadith n°49.)
‘Omar Ben ‘Abdelaziz avait lui-même posé les conditions de celui qui doit rendre justice : « Le Cadi (Juge) doit avoir cinq qualités : Si une de ces qualités lui manque, il n’est pas digne d’exercer ses fonctions. Il doit être intelligent, posé, chaste, autoritaire, cultivé et assoiffé de science.”
 
Dans l’Etat moderne, le premier garant de la Justice est le Premier magistrat de la république, à savoir le chef de l’Etat. Autant dire que si l’une des qualités lui manque” il n’est pas digne d’exercer ses fonctions et donc a fortiori lui obéir.
Sans pousser le raisonnement plus loin, on comprend aisément que nous avions peu de chef d’Etats dignes de nous gouverner, a fortiori de leur obéir. Et paradoxalement, les conditions posées par le Calife Omar prônent la désobéissance au gouvernant. A beaucoup de nos gouvernants.
 
V – Des oulémas et de leur infaillibilité : oulémas du pouvoir et oulémas de la dignité
 
On comprend donc que le précepte religieux d’obéissance au gouvernant en place que certains oulémas ont posé comme condition sine qua non pour le musulman, n’est pas absolu. Tout comme n’est pas absolu le raisonnement des oulémas. L’infaillibilité , comme on le sait, est l’apanage exclusif des prophètes. Or les oulémas, d’aujourd’hui, agissent comme tels.
 
Ceci nous pousse alors à nous poser la question sur le précepte de gouvernance : Pourquoi certains oulémas s’évertuent à interférer avec les régimes politiques en place, en servant les préceptes religieux de gouvernance au gré des circonstances et des détenteurs du pouvoir en place ?
 
L’amalgame, encore une fois, ne doit pas être fait entre le précepte religieux de gouvernance et le comportement des oulémas. Si le précepte est obligatoire, le comportement des oulémas n’est pas infaillible. Si le précepte est immuable, l’intégrité des oulémas ne l’est pas forcément.
 
C’est au musulman d’obéir au précepte religieux, mais en vérifiant qui l’édicte, quels ont ses déterminants, ses motivations et l’environnement socio-politique dans lequel il proclame ce précepte.
 
Notons bien ici que nous ne traitons ici que du précepte de gouvernance ( “obéir au premier commandeur d’entre-vous”) et non des préceptes religieux qui dictent les rapports entre le croyant et son Dieu (prière, jeûne, pèlerinage, zakat, aumône etc.) dans lesquels les oulémas sont les docteurs de la foi.
 
Pourquoi le musulman doit prêter attention au précepte religieux de gouvernance ?
 
Parce contrairement aux autres préceptes de la foi, ce principe à haute charge politique peut être utilisé pour assujettir le musulman (comme du temps des califes), pour maintenir l’arbitraire des gouvernants et servir les intérêts d’une classe d’Oulémas dont les rapports d’intérêt avec le pouvoir sont étroits. Ces oulémas que certains ont appelé à juste titre “oulémas du pouvoir” existent et prennent en charge la perpétuation d’un régime d’un ordre en se servant de la religion au détriment du citoyen.
 
“Oulémas du pouvoir” que l’on oppose aux “oulémas de la dignité”. Oulémas qui sont qualifiés ainsi suivant leur attitude à l’égard du pouvoir et leur compromission avec les gouvernants. Il en est ainsi notamment de celui qui a émis une fatwa légitimant la barrière entre l’Egypte et la bande de Gaza.
 
“La controverse, écrit Ennasri Nabil, qui secoue actuellement le monde arabe au sujet de la fatwa scélérate émise par le Cheikh d’Al Azhar légitimant, d’un point de vue islamique, la construction de la barrière métallique anti-tunnels entre l’Egypte et la bande de Gaza, révèle au grand jour le visage douteux de ces Oulémas du pouvoir qui, par leur compromission, jettent un trouble sur la catégorie des savants de la législation islamique (‘Oulémas As Shar’). L’assujettissement de l’institution Al Azhar au Raïs égyptien et à sa politique machiavélique d’étranglement du peuple de Gaza pose en effet la question des relations, en islam, entre le détenteur de l’autorité politique et la catégorie des savants religieux, plus connus sous le vocable de ‘Oulémas.
 
Pour saisir l’enjeu crucial qui tourne autour de cette relation, rappelons les faits. Il y a quelques semaines, la presse israélienne révélait que les autorités égyptiennes s’apprêtaient à construire un mur d’acier souterrain s’enfonçant jusqu’à 30 mètres de profondeur, l’objectif avoué étant de contrer la “contrebande“ due à la présence de centaines de tunnels entre le territoire palestinien et son voisin égyptien. Très vite, l’annonce de ce nouveau “Mur de la Honte“ allait déclencher une vive polémique et de nombreuses voix se sont élevées dans le monde arabe pour dénoncer cette ultime provocation émanant du gouvernement de Hosni Moubarak. Parmi celles-ci, on trouve le Cheikh Al Qardawi qui représente à l’heure actuelle l’Ouléma le plus connu et certainement le plus influent du monde musulman. Ce dernier s’est fermement prononcé contre l’édification de cette barrière qui finira par étouffer complètement la bande de Gaza. Qualifiant ce projet de “crime“, celui qui est également le Président de l’Union Mondiale des Oulémas a dans le même temps considéré le mur égyptien comme étant “illégal au regard de la Loi islamique“. Rejoint par de très nombreuses personnalités religieuses du monde musulman cette fatwa a provoqué l’ire des responsables égyptiens qui ont immédiatement répondu en passant commande auprès de leurs fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses d’une contre-fatwa légitimant l’opération égyptienne…” 7
 
C’est, donc, autant dire que tant que les oulémas du pouvoir existent, les fatwas du ventre continueront à induire le peuple en erreur.
 
En conclusion,
 
Il ne fait pas de doute que la république a besoin de ses oulémas, mais non pas pour interférer avec le politique mais s’occuper d’une spiritualité nationale affirmée jusque dans la Constitution mauritanienne.
 
L’indépendance des oulémas par rapport au pouvoir doit d’être affirmée et qu’ils soient protégés des incursions et influence des autorités politiques. Ces autorités qui n’hésitent pas à des fins de maintien au sommet de l’Etat à fonctionnaliser la religion et à fonctionnariser les docteurs de la foi.
 
Nous avons aussi besoin d’Oulémas imbus de leur temps et vivant les réalités de ce monde pour leur permettre de comprendre le sens de leur mission spirituelle. Il n’est pas de mission spirituelle qui se concevrait sans les impératifs de la situation temporelle de ceux qu’elle vise : les musulmans. Et les musulmans ont besoin aujourd’hui, et plus que jamais dans ce monde trouble de violence et d’intolérance, d’oulémas qui interagissent avec leur réalités .
 
Ces oulémas pourraient-ils y arriver s’ils restent dans une sphère religio-religieuse (tant dans leur formation que dans leur attitude) n’intégrant ni les savoirs nouveaux ni l’évolution des sciences humaines, sociales ou exactes ?
 
Certes que non. Les oulémas d’autrefois, chercheurs , penseurs, intégrant la pensée scientifique à leur quête spirituelle étaient de vrais oulémas. Car par la science, et par ce que le savant découvre de merveilles qu’il est plus proche de Dieu. N’est-ce pas le sens et l’essence du verset coranique cité plus haut.
 
Quant au précepte religieux de gouvernance, il est partie intégrante de la foi. Faut-il cependant qu’il réponde aux conditions requises (voir plus haut), que celui qui l’édicte (Alem) ne fasse pas de doute sur ses intentions et que celui qui s’y soumet (le musulman) le fasse en connaissance de cause (à savoir que le gouvernant auquel il se soumet n’enfreint pas le interdictions de sa fonction).
 
Autrement, il n y a ni obligation, ni obéissance.
 
Car si les oulémas peuvent nous guider dans la spiritualité il ne sont en aucun (et ne peuvent être) des intercesseurs pour nous devant Dieu pour nos actes d’ici-bas. Faisons que parmi ces actes dont on devra rendre compte devant l’éternel, il n’ y ait jamais l’un des plus odieux d’entre-eux : une soumission volontaire à l’arbitraire et à l’injustice des gouvernants.
 
Et quelle que soit la congrégation des oulémas et leur voie religieuse, leur œuvre se doit toujours être imbue de la compassion envers le genre humain. C’est cette compassion qui aujourd’hui se perd dans l’attitude officielle et le raisonnement partisan de certains de nos oulémas. .
 
Quel que soit le “Alem”, son savoir n’atteindra jamais, face à Dieu, la mesure d’un atome et ne vaudra parmi les hommes que si son cœur est imbu de compassion comme l’a enseigné notre prophète Mohamed qui dans la Crise et de la Douleur qui le frappait, jusque dans sa sainte personne, recommandait la compassion.
 
L’épisode suivant fort douloureux et si tragique à faire exploser tout musulman en larmes et le jeter à terre de piété, ne saurait nous échapper. Non seulement, il interpelle ceux qui croient détenir “la science infuse” sur les réalités de la religion musulmane qui est une religion de compassion comme le fut son prophète, le dernier des prophètes et le premier d’entre-eux.
 
Ossama Ben Zeïd a dit : «  Nous nous trouvions chez le Prophète quand un messager envoyé par une de ses filles vint le prier de se rendre au chevet de son fils qui était mourant.
Le Prophète s’adressa a l’émissaire et lui dit : - Repars auprès de ma fille et informe-la, qu’à Dieu appartient ce qu’Il donne et ce qu’Il reprend, qu’Il a fixé un terme déterminé pour toute chose et invite-la à se soumettre et à espérer en Dieu. Le messager repartit puis revint une nouvelle fois annoncer que la fille du Prophète suppliait son père de la rejoindre. Le Prophète se leva alors et partit chez sa fille en compagnie de Sa’d Ben ‘Obada et de Mo’ad Ben Djabal. Une fois sur place, on lui tendit l’enfant qui exhalait un souffle ressemblant au bruit d’une vieille outre. Alors les yeux du Prophète se répandirent en larmes. Comme Sa’d lui disait : - Ô Envoyé de Dieu, qu’est-ce ceci ? – C’est, répondit le Prophète, la marque de la compassion que Dieu a mis dans le cœur de l’homme et Dieu n’est Miséricordieux qu’envers ses adorateurs compatissants. »
 
Une religion de la compassion ne peut avoir que des oulémas dont la vertu première est la compassion. Compassion pour ceux que Dieu a recommandé au musulman de protéger et de respecter (le pauvre, le diminué, l’handicapé, le meurtri, le violé, la veuve, l’orphelin, l’exploité, l’apatride, l’opprimé) et nul Alem ne pourra au nom d’un précepte de gouvernance sacrifier cette compassion, aux intérêts d’un gouvernant.
 
Selon Djarir Ben ‘Abdallah, l’Envoyé de Dieu, Mohamed a dit : « Dieu n’aura pas de compassion vis-à-vis de ceux qui ne l’auront pas pour leurs semblables. »
Et l’homme, à travers Adam, est le représentant de Dieu sur terre.
 
Les oulémas se doivent alors de mettre l’homme en général et l’homme musulman, en particulier, au centre de leurs préoccupations. C’est la voie vers Dieu. Elle est plus salutaire, ici-bas et dans l’au-delà, que la voie des palais où la compassion ne s’inscrit pas à l’ordre du jour.
 
Pr ELY Mustapha
________________________________________________
[1] Ahmed (6/24,28), Muslim (1855) et d’autres, d’après un hadith de °Awf ibn Mâlik El Achja°î – qu’Allah l’agrée.
[2] Ahmed (2/296) et Muslim (1848), d’après un hadith d’Abû Hureyra – qu’Allah l’agrée.
[3] Muslim (1839) et El Nassâï (7/160), d’après un hadith de °Abd Allah ibn °Umar – qu'Allah les agrée tous deux.
[4] Bukhârî (7052) et Muslim (1843), d’après un hadith d’Ibn Mas°ûd – qu'Allah l'agrée.
[5] Bukhârî (7056) et Muslim (1709).
[6] http://www.sajidine.com/

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9 réactions à cet article    


  • zakari 20 août 2011 16:47

    Salut moustapha

    Selon Abou Sa’id El Khodry, le Prophète Mohamed (PSL) a dit : « Dieu n’a suscité aucun Prophète ni institué aucun calife sans leur adjoindre deux catégories de confidents. Les uns qui l’exhortent à faire le bien et le poussent à le faire, les autres qui l’exhortent à faire le mal et le poussent à le faire. N’est protégé que celui que Dieu protège. »

    Lorsque la Sharia reprend ses droits , l’ Iman suit et l’Ishan se tait

    qui répond au titre
    « L’obéissance au gouvernant en Islam est-elle aveugle ? »

    Un afrad sait que la présence/Hadra s’organise dans la collégialité même en l’absence du Prophète



     

    • zakari 20 août 2011 16:58

      a cette question
      Quels oulémas pour quelle république ?

      de selon mon point de vue
      La laïcite est la gnose de l’Islam , une singularité peut en ressortir


      • easy easy 20 août 2011 18:47



        «  »«  »« Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d’une heure. »

         
        La crainte de la zizanie et de l’insécurité qui pouvaient résulter d’une période sans gouvernant a donc toujours expliqué la justification de la soumission bon gré mal gré au gouvernant, fut-il injuste. «  »«  »« 

        Je crois beaucoup à ce principe.






         »«  »«  »« Cet article est une réaction à l’encontre de ceux qui brandissent le dogme de l’obéissance aveugle aux gouvernants et mettent les destinées des peuples et l’esprit des innocents dans les fers de leurs dirigeants.
         »«  »«  »« 

        Pour les gens qui croiraient en cette obéissance aveugle aux gouvernants, votre exposé serait bien trop long et complexe.






         »«  »«  »« Les oulémas se doivent alors de mettre l’homme en général et l’homme musulman, en particulier, au centre de leurs préoccupations. C’est la voie vers Dieu. Elle est plus salutaire, ici-bas et dans l’au-delà, que la voie des palais où la compassion ne s’inscrit pas à l’ordre du jour. »«  »«  »"

        C’est machiste (au sens très large qui est toujours communautariste) mais logique
        Et il en est ainsi dans chacune des branches de l’abrahamisme.

        La compassion est un sentiment antinomique et limitateur du matérialisme. Comme aucune de ces religion ne pousse excessivement au matérialisme (tout en le permettant, yaka voir le résultat), il est logique qu’elles préconisent toutes les trois comme unique trésor que l’individu puisse posséder, la compassion (ou pitié issue de l’amour)




        Je ne dis pas que c’est gravissime mais en ce moment, le monde musulman est divisé. Il n’est pas spécialement ou nouvellement divisé. Ses divisions sont structurelles et proviennent du principe même de l’islam. Mais elles ressortent mieux du fait des situations chaotiques ici, paisibles ailleurs, sans que jamais on ne puisse observer de phénomènes d’entraide. 
        (Les seules ententes formelles portant sur le gestion de leur manne pétrolière)


        Le Monde Juif se résume à un Etat et à une diaspora surtout présente et mélangée avec les Chrétiens
        Il existe une division marquée dans cette communauté entre sionistes et antisionistes. Et puis Israël vit en ce moment une crise sociétale civile. Mais à part ça, on n’observe pas une partie d’entre eux qui seraient en train de crever les autres étant sans réaction d’entraide.


        Le Monde Chrétien est vaste, étalé sur bien des pays et il est très très divisé sur le plan religieux, pas trop sur le plan politique, la démocratie ou le parlementarisme prévalant en général partout. Et malgré ce grand nombre, malgré les effroyables guerres entre peuples chrétiens autrefois, ils sont en ce moment tous unis (dans la même angoisse) Aucun de leurs peuples ne se trouve abandonné à la misère (à part les Roms, qui, européens, sont souvent chrétiens) 

         

        En ce moment, il n’y a donc que dans le monde musulman qu’on peut observer plusieurs cas de peuples dans le besoin (dont la Somalie) pendant que d’autres conservent leurs abondances.

        Il ne faut pas forcément mettre ce manque de solidarité, donc de compassion, entre musulmans sur le compte de leur seule religion.

        Ces peuples ont été longtemps colonisés (turcs, italiens, anglais, français, allemands...) et cela pourrait expliquer leur immaturité.
        Pourtant, l’Indochine où s’est produite la première insurrection anticolonialiste réussie, en 1954, cette Indochine redevenue alors Vietnam, a su, dès sa victoire sur les Américains, venir en aide au Cambodge pour le défaire du délire des Khmers rouges (pourtant communistes aussi)


        Si ça se trouve c’est donc bien dans l’Islam qu’il y a quelque chose qui empêche la compassion de grande ampleur comme la pratiquent les autres peuples.


        Il n’est pas normal que la France et une poignée d’autres pays du Nord se soient permis d’attaquer la Lybie sans que les autres pays musulmans ne réagissent. Et leur manque de solidarité aura abouti à ce que chaque pays musulman se retrouve à la fois miné par le Nord et par ses propres révoltes internes (qui utilisent le prétexte de démocratie pour virer leur raïs)



        Le musulman est trop ritualiste. Il lui suffit d’observer ou de feindre observer un rituel, des manières, pour être en règle. Sa conscience n’est donc pas travaillée et il ne pond donc pas de voies nouvelles. (a l’exception du soufisme tellement marginalisé)



        •  C BARRATIER C BARRATIER 20 août 2011 19:46

          Difficile de suivre l’auteur tant à chaque paragraphe l’intervention ou les oukases d’un prétendu dieu est déterminante. Comme il n’y a pas de dieu nulle part, et qu’il n’y en a jamais eu, tout ce fatras tombe à plat. Dommage d’ailleurs, les millions de prétendus dieux étaient par définition prétendument immortels, donc tous vivants aujourd’hui....Un immortel ne meurt pas....Mais s’il n’existe pas il ne vit même pas. Jamais.
          Alors, les assoifés de pouvoir sur les autres qui ont imposé ces prétendus dieux doivent comprendre que ça marchera de moins en moins...

          Alors à quoi riment ces considérations sur le rôle des religions sur les pouvoirs dans un monde où il apparaît partout salutaire de les en écarter totalement ?


          • zakari 20 août 2011 21:31

            J’écrirai que le cheminant musulman est en guerre  avec son double langage « schizophrénie narcissique » et ceci sans tomber dans l’ anthropomorphisme 
            Alors qu’un autre dans la coutume Chrétienne se fera une image corporelle d’un seigneur ou d’un dieu avec le rejet de ce mythe du langage C’ est exactement le même discours

            Donc être ou ne pas être peut s’interpréter de plusieurs façons

              L’Occident parle d’amour alors que le musulman dira "comment pourrais je connaitre l’amour alors que celui ci me connaissait bien avant« 
            Ici vous voyez l’ambivalence et la profondeur du rattachement des deux points de vue

            aussi j’avance mes propres lectures , je peux être un hérétique pour la communauté musulmane 
            Me confondant dans son propre langage de »schizophrène narcissique" et a raison d’ailleurs d’où le silence et la soumission a ce silence

            Et tout cela peut s’extrapoler 


            • zakari 20 août 2011 22:18


              Mustapha
              "Les oulémas peuvent se tromper et parfois lourdement comme le commun des mortels et c’est en cela qu’il peuvent devenir extrêmement dangereux du fait que leur statut religieux et la place qu’ils occupent auprès des croyants et notamment ceux qui sont leurs disciples.

              Dans la société mauritanienne, croyante par excellence, ceci est d’autant plus grave que El alem (singulier de Ouléma) occupe une place telle que le Mauritanien croyant lui fait souvent, parfois par intérêt parfois par piété, une confiance quasi-aveugle. C’est notamment ce que traduit l’adage fort bien utilisé dans la société mauritanienne : Laisse à El almen la responsabilité de ce qu’il dit et ne t’oppose pas (“Houtha alla eddhar allem wa mougrha salem”). Une forme de fuite en avant qui explique cette facilité de se soumettre au premier venu."

              Et si vous vous trompiez avec sincérité , alors que plus bas dans votre texte vous écrivez ??
               

              "Selon Djarir Ben ‘Abdallah, l’Envoyé de Dieu, Mohamed a dit : « Dieu n’aura pas de compassion vis-à-vis de ceux qui ne l’auront pas pour leurs semblables. »

              Et l’homme, à travers Adam, est le représentant de Dieu sur terre."

              ------------------------
               Aussi parler de l’homme, de l’Adam ou du sceau des Prophètes ou de vous comme dans le texte que je relève , n’est ce pas le même personnage ?
              Mais bon vous êtes un croyant


              • Pr ELY Mustapha Pr ELY Mustapha 21 août 2011 01:05

                Chers tous,

                Cet article n’a pas pour ambition, loin s’en faut, de vider une polémique sur les grandes questions religieuses ( Dieu, l’homme, la destinée, la croyance etc. ), sa modeste contribution au débat se résume en une appréciation du mode de gouvernance que certains oulémas imposent dans certaines circonstances difficiles (coups d’Etat, régimes despotiques) aux peuples musulmans en usant de formules religieuses et d’extraits coraniques relatifs à la gouvernance (détachés de leur contexte et de leur signification originelle et historique) et, par là même, les dénaturant à des fins de soumission perpétuelle de ces peuples aux dirigeants en place.

                La prédisposition personnelle pour évaluer l’apport de cette réflexion, n’est ni d’être croyant, ni non croyant, ni athée, ni d’être d’une obédience religieuse quelconque mais simplement de constater un état de fait : peut-on invoquer la soumission aveugle à un dirigeant en invoquant des préceptes religieux (ici l’Islam) ?

                L’article s’appuyant sur des références religieuses, contextuelles et historiques répond formellement « non ».

                Cependant, toutes les opinions se respectent, même si elles disent le contraire. Ce n’est alors qu’une question d’argumentaire et de conviction de l’autre. Or il se trouve qu’en cette matière (notamment religieuse), l’intime conviction ne se décrète pas tout comme la croyance elle-même.


                • zakari 21 août 2011 01:38

                  "détachés de leur contexte et de leur signification originelle et historique) et, par là même, les dénaturant à des fins de soumission perpétuelle de ces peuples aux dirigeants en place."

                  Ils renvoient exactement le même langage que ceux qui interprètent le Coran sans être rentré dans l’islam , donc ils sont en première lecture comme ceux qui cueillent deci delà des extraits du Coran pour juger l’islam
                  Ils répondent a leur propre appel

                  « Nul ne me salue sans que Dieu me rende mon âme afin que je lui retourne la salutation »

                   


                  • Edouard Malek Edouard Malek 21 août 2011 10:21

                    Belle preuve qu’aujourd’hui, la bêtise pense... Ni Allah, ni oulémas.

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