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La Face de Dieu

« Tu ne peux voir ma face, car nul homme ne peut voir ma face et demeurer en vie  » Exode 33 : 20

Ainsi s’exprima Dieu lorsqu’il parla à Moïse. Cette phrase biblique est l’origine de la tradition - désormais ancrée dans l’islam - qu’il ne faut pas représenter Dieu (et par extension, le prophète Mahomet). Les exégètes vous répondront que le sens de cette doctrine dogmatique est l’interdiction faite d’idolâtrer toute statuaire ou représentation divine, en référence aux anciens cultes égyptiens, comme celui dit du « Veau d’or ».

C’est là, disons, une interprétation au sens premier – exotérique[1] – de ce passage de l’Ancien Testament, d’où les exégètes ont fondé des interprétations doctrinales et les ont imposées en dogmes à « la tourbe nombreuse » (termes utilisés dans les textes anciens pour désigner les masses « paysannes », ouvrières, non érudites et non lettrées, qui suivirent Moïse dans son exode, c'est-à-dire les hébreux).

 

Or, il est une autre interprétation, bien moins connue, et jamais transmise à la « tourbe nombreuse ». Et pour cause, puisqu’il s’agit d’une interprétation ésotérique[2], réservée aux origines aux seuls « Yahouds » (prêtres monolâtres d’Aton de la XVIIIe dynastie d’Egypte). La pérennité de cette interprétation donne une doctrine méconnue du grand publique, car elle fut – et est encore – condamnée par les religions officielles du Livre : la kabbale.

Selon les spéculations de la kabbale (notez que l'on parle bien de « spéculations », non d’une « vérité révélée » : la kabbale ne procède pas d'une logique dogmatique), selon la kabbale, donc, la conception, l’élaboration et la création de l’Univers peut être décrite en plusieurs étapes consécutives. Depuis l’étincelle créatrice primordiale (le « Big Bang » ?), le « Grand Tout » se déploie en se créant des limites et en se divisant selon des étapes de plus en plus complexes et organisées, nommées « émanations » (séphiroth en hébreux). Chaque émanation émerge de celle qui la précède et contient les axiomes de toutes celles qui précèdent. La première émanation (appelée « Kéther » - la couronne) est l’étincelle de conscience primaire de l’Univers en tant que « Tout Ce Qui Est » ; la dernière émanation (appelée « Malkuth » – le monde) est le monde manifesté, le monde « réel » tel que nous le percevons. Mais toutes les émanations (qui sont traditionnellement au nombre de dix) prennent leur source au sein d’un concept métaphysique se situant au delà des concepts, un principe par nature inconcevable  : la Vacuité (Aïn Soph Aur).

La Vacuité n’est pas un « vide absolu », c’est-à-dire le néant, mais bien un « vide plein » ! Concept paradoxal, donc bel et bien au delà des concepts. En fait, il s’agit d’un espace de potentialités infini, qui est certes difficile (voire impossible) à appréhender selon la physique Newtonienne, mais peut être plus aisément perçu selon la physique quantique (je ne m’étendrai pas sur le sujet, bien que ce soit éclairant à plus d’un point). L’ « infini », c’est d’abord la notion d’absence de limite : quelque chose qui n’a pas de fin (et pas de commencement ?) ; mais c’est également la notion de quelque chose qui n’est pas fini : dont la réalisation est en cours. Cette notion de « vacuité » correspond à l’analyse ultime selon laquelle aucun phénomène n’est doué d’existence intrinsèque.

La première émanation (Kéther), que je nomme selon ma propre terminologie « Conscience Suprême », correspond à la conscience « absolue », qui englobe « tout ce qui est » et prend sa source au sein de la vacuité, c’est-à-dire « tout ce qui n’est pas ». Cette notion de « conscience du Tout » peut être assimilée à « Dieu ». Or, cette manifestation première - unique à ce stade - est dépourvue de forme, même mentale, et ne peut être appréhendée qu’en faisant un avec elle, en s’y abandonnant sans réserve, en « devenant Dieu » : il s’agit d’abandonner « Qui Je Suis » afin de pouvoir appréhender « Tout Ce Qui Est ». Etant Tout Ce Qui Est, la Conscience Suprême ne peut adopter aucune forme particulière, car se serait renoncer à la plénitude de l’Etre Absolu – qui est Tout Ce Qui Est. A ce stade de la manifestation (de la Création, si vous voulez), il n’y a que l’Un non manifesté. C’est là le sens « profond » (intérieure) de la parole de Dieu : « Tu ne peux voir ma face, car nul homme ne peut voir ma face et demeurer en vie  ». Cette parole n’interdit nullement que je représente Dieu : elle m’indique seulement que si je représente Dieu, je ne peux que représenter un aspect restreint et limité du divin (qui par nature est illimité)  : je ne peux donc (au sens de « capacité », non d’ « autorité ») que représenter une partie du Tout.

Le Tout ne peut être représenté, puisqu’il est Tout ... CQFD

En comprenant cela selon cette analyse, il m’est donné de comprendre ce que la « Conscience Suprême » veut me signifier, et je n’y perçois ni interdiction, ni obligation, et moins encore de jugement ou de sentence. Je comprends une logique finalement très pragmatique : libre à moi de représenter la divinité comme je l’entends, mais c’est prendre le risque de limiter ma propre perception du divin et donc de me fourvoyer sur la nature divine.

Il ne m’appartient pas – et par ailleurs, je n’en ai nulle intention – d’imposer cette lecture à qui que ce soit. Mais il me semble certain que si cette lecture était enseignée en regard d’interprétations figées et présentées comme indiscutables (car tel est bien ce que recouvre la notion de dogme), nous n’aurions peut-être pas à assister ponctuellement à des émeutes brutales et violentes chaque fois qu'un canard publie l'une ou l'autre caricature portant sur l'islam, violences qui ne font finalement qu'apporter du crédit à l'amalgame que les provocateurs veulent imposer au plus grand nombre entre musulmans modérés et islamistes fanatiques. C'est un piège idéologique, bien plus politique que religieux.

Il sera également intéressant de noter l'étrange paradoxe qu'il y a, d'une part à interdire toute forme d'idolatrie, et d'autre part à assimiler le prophète (un homme mortel) à Dieu, lorsque l'on étend à Mahomet l'interdiction de représenter Allah : il y a là comme une résurgence d'idolatrisme, pas très différent de celui de fans d'Elvis Presley, sauf peut-être dans l'excès de passion mortifère auquel se livrent les adorateurs d'Allah.

L’erreur du monde religieux (qu’il soit juif, chrétien ou musulman) est de concevoir et enseigner un dieu exotérique, extérieur à l’humanité : une entité indépendante et omnipotente, vivant dans un hypothétique "ailleurs". Tous ceux qui s’interrogent sur la nature du divin et la cause et le sens de la Vie, trouvent toujours une réponse personnelle et unique, mais dont la caractéristique commune est que le divin n’est nullement séparé de l’humain : ils sont reliés (sens étymologique de « religion » - se relier) et interdépendants. Dieu est Tout Ce Qui Est dans le monde absolu, non manifesté, mais il ne peut faire l’expérience de l’Etre qu’au travers des manifestations « limitées » (imparfaites) mais concrètes des humains que nous sommes.

« La connaissance est un état divin, mais la plus grande joie se trouve dans l’être ».

Louis Charpentier a écrit : « Il est des conceptions de la Divinité que les médiocres ne sauraient supporter, précisément parce qu’ils ne sauraient y avoir accès. Et quand les médiocres font la loi, on peut être certain qu’ils l’appliqueront à leur niveau ».

Un proverbe arabe dit : « Celui qui cherche à s’instruire est plus aimé d’Allah que celui qui combat dans une guerre sainte ».

Moi, je dis : « Venez à la spiritualité. Oubliez la religion : c'est elle qui a créé les agnostiques ».

Morpheus



[1] Du grec « exô » : à l’extérieure.

[2] Du grec « ésô » : à l’intérieure.




par Morpheus (son site) vendredi 21 septembre 2012 - 141 réactions
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  • Par Neymare (---.---.---.165) 21 septembre 2012 14:52

    Parlons justement des miséreux : etes vous dejà aller en Inde ? C’est pourri de chez pourri, la misère la plus noire pour la majorité des gens. Et pourtant, ces gens là ont l’air plus heureux que nous le sommes ici (surtout à Paris quand on voit la gueule des gens ça fait peur), nous qui sommes pourtant pourvu de tout.
    Pourquoi ? tel est la question qu’il faut se poser
    Parce que notre société comme vous le faites d’ailleurs préfère avoir qu’etre. Le Bouddha n’a pas préconiser de ne plus etre comme vous le dites mais de ne plus chercher à avoir toujours plus, car c’est le fait de toujours vouloir plus ou autre chose qui rend malheureux, et toujours avide.

    Quand vous mettez en pratique ces idées (nul besoin d’etre bouddhiste ou de faire bruler des encens à tout bout de champ) vous vous rendez compte qu’à la base nous sommes, nul besoin de la pensée pour etre. C’est la base meme de toutes ces spiritualités ésotériques : la vérité est dans le fait d’etre, non dans la fait de penser, d’avoir, de croire, d’avoir une foi etc...

    Vous pourrez etre milliardaire, ou l’homme le plus puissant du monde il vous en faudra toujours plus, si vous vous contentez d’etre vous n’aurez besoin de rien de plus.

    C’est la véritable signification de ce que dit Jésus quand il dit qu’il est le pain de la vie et que quand on mange ce pain on n’a plus jamais faim. Le pain ici est un symbole, le pain de Jésus est son message, son enseignement, et non du vrai pain (ou du vin)

    Les cathos ont pris au pied de la lettre un message qui était symbolique, et ils ont accordé plus de valeur au messager qu’au message

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