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 Accueil du site > Actualités > Religions > « Le Grand Silence » : un documentaire pour tous

« Le Grand Silence » : un documentaire pour tous

Sorti le 20 décembre dans les salles de cinéma, Le Grand Silence ne semblait voué qu’à être vu par des croyants, qui plus est catholiques. A la lecture des commentaires parus dans la presse sur les entrées de ce film documentaire, il n’en est rien ! Il attire un public très hétéroclite, composé à la fois de pratiquants, de nonnes, de prêtres en soutane, mais aussi des curieux, des jeunes qui s’intéressent à cet ovni cinématographique . Il serait regrettable en effet qu’un tel documentaire ne reste que dans une sphèrechrétienne, tant il concerne à la fois la place de l’Homme dans la vie, l’appréciation du temps, la plénitude de nos engagements face à la vie.

Le monastère de la Grande Chartreuse est situé dans la montagne à 40 minutes de Grenoble et à 1190 mètres d’altitude. C’est un site désert et propice à la méditation, c’est sans doute ce qui fit qu’en 1084, saint Bruno y fonda son ordre, l’un des plus austères. Les moines y font voeu de silence et passent leur temps en prières, en tâches pour le monastère. La discipline, pour stricte qu’elle est, leur permet aussi de se retrouver lors des messes par exemple, et plus rarement, en promenade, lors desquelles il leur est permis de rompre le silence.

Mais tout l’intérêt du documentaire réside dans la façon qu’a eue le réalisateur de le tourner. Est-ce parce qu’il a respecté le voeu de silence durant six mois que Philip Gröning nous livre un film à la fois si cru et si sincère ? On y entre vraiment dans l’intimité des moines, on épouse leur silence. Dans la salle, nul bruit, quelques spectateurs pris d’une toux, qu’on tente de dissimuler, car le silence est contagieux.

Sur l’écran défile la vie des moines, d’une simplicité déroutante : repas dans la cellule, prière, méditation. Aucune place pour l’inutile, le superficiel. Enfermé dans le monastère pour la vie, en contemplation, chaque geste compte, chaque son compte. On se laisse aller à une sorte de contemplation de soi-même, on y comprend l’engagement de ces moines, un engagement simple, loin de la réalité batailleuse et vaine de la vie du monde, des disputes politiques et partisanes.

Ce documentaire ne cherche pas à expliquer un fonctionnement quelconque du monastère ; les paroles y sont rares, tout est tourné sur l’humain : pourquoi un tel engagement ? Qu’est-ce qui motive ces moines ? On y voit deux moines prendre l’habit, dont le frère Marie Pierre, jeune Africain, avec un sourire satisfait, ainsi que son parcours à travers les différentes exigences de la vie monacale. On rentre dans les cellules, on observe leurs prières, dans la solitude, on observe leurs travaux, on assiste à leurs chants, superbes, au lever du jour.

Puis, après presque trois heures de silence, le film prend fin... Alors, on se lève, et on sort... en silence.

Ce film a reçu le prix du meilleur documentaire par l’European Film Academy 2006 - prix Arte, l’auteur a demandé l’autorisation de tourner en 1984, et n’a eu de réponse que 16 ans plus tard. Plus qu’un film, c’est une expérience mystique pour le croyant, une expérience sur la vie pour celui qui ne l’est pas.

Le site

La bande annonce du film

Entretiens avec Phiplip Gröning : 1 et 2



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Icks PEY (---.---.---.221) 29 janvier 2007 11:39

    Merci Bill pour cet article.

    Ce film-documentaire est tout à fait intéressant à plusieurs titres :

     d’abord, le pari esthétique du film mérite d’être souligné à l’heure où les « canons cinématographiques » semblent imposer des diktats insolubles dans la création artistique vraiment libre de toute obligation de rentabilité : presqu’aucun dialogue, presqu’aucune musique, aucun commentaire : les images, toutes les images, rien que des images ;

     ensuite, le côté exeptionnel de ce documentaire ne doit pas être oublié : vivre ainsi une fraction de vie de ces hommes qui ont décidé de se retirer du monde, c’est une expérience tout à fait inédite extra-ordinaire au sens littéral du terme : c’est un peu comme si on entrait dans une cité interdite ! ;

     enfin, pour tout individu, croyant ou non, qui s’intéresse un tant soit peu aux sciences humaines, il est passionnant de chercher à comprendre, sans pour autant adhérer, ce qui a pu amener ces hommes là à choisir cette vie là. Quelle décision pour un monde fait de bruits et d’argent !

    Bien cordialement,

    Icks PEY

  • Par Emmanuel Pic (---.---.---.253) 29 janvier 2007 21:44
    Emmanuel Pic

    Justement j’en reviens... C’est très beau, on ne voit pas les deux premières heures passer (après ça fait long tout de même, enfin c’est mon avis). Je pense qu’il faut en effet le prendre comme une expérience avant d’y voir un documentaire « sur » la vie monastique ; le silence est contagieux. Beaucoup de beauté, de vérité, de profondeur. Je me pose une question tout de même : de cette vie, tout ce qu’on retient - me semble-t-il - c’est l’importance du silence. Or, ce silence est habité, soutenu par une culture, par la méditation de la Bible, par des temps et des gestes symboliques que sans doute peu de spectateurs comprennent. N’y a-t-il pas là un risque de malentendu ?

  • Par Jim (---.---.---.17) 29 janvier 2007 14:19

    Mon cher Bill,

    Tout d’abord, merci pour cet article, j’avais vu la bande annonce du film, mais au moment de sa sortie, trop peu de salles le proposait, j’ai donc abandonné l’idée d’aller le voir. Vous m’avez redonné l’envie, je vais donc me renseigner sur les lieux et les horaires

    Et un grand BRAVO pour votre premier article, on attend le prochain avec impatience

    Jim

  • Par Zozo (---.---.---.1) 30 janvier 2007 14:18

    Je suis allé voir ce film à sa sortie 2 ou 3 jours avant noël. Je dois dire que le contraste entre l’extérieur livré à la frénésie des acheteurs des derniers jours et l’intérieur voué entièrement au silence et à un certain recueillement était en déjà soi une expérience unique. La salle de projection semblait s’être transformée elle-même, comme par osmose avec l’image projetée sur l’écran, en une cellule de chartreux. Même silence, même obscurité, même sérénité. Cette impression de vivre des instants partagés avec les moines est vraiment très forte et nous plonge au coeur d’un monde où l’humain se réconcilie avec le cosmos, pour ne pas dire l’univers. Sans forcément adhérer à la dimension divine de l’engagement de ces hommes, on n’en est pas moins ému par la puissance de leur force intérieure ; elle nous réconcilie avec le genre humain dans ce qu’il a de plus intemporel. C’est la force aussi du documentariste qui a su capter cette puissance silencieuse en exil et pourtant si humaine.

Réactions à cet article

  • Par Icks PEY (---.---.---.221) 29 janvier 2007 11:39

    Merci Bill pour cet article.

    Ce film-documentaire est tout à fait intéressant à plusieurs titres :

     d’abord, le pari esthétique du film mérite d’être souligné à l’heure où les « canons cinématographiques » semblent imposer des diktats insolubles dans la création artistique vraiment libre de toute obligation de rentabilité : presqu’aucun dialogue, presqu’aucune musique, aucun commentaire : les images, toutes les images, rien que des images ;

     ensuite, le côté exeptionnel de ce documentaire ne doit pas être oublié : vivre ainsi une fraction de vie de ces hommes qui ont décidé de se retirer du monde, c’est une expérience tout à fait inédite extra-ordinaire au sens littéral du terme : c’est un peu comme si on entrait dans une cité interdite ! ;

     enfin, pour tout individu, croyant ou non, qui s’intéresse un tant soit peu aux sciences humaines, il est passionnant de chercher à comprendre, sans pour autant adhérer, ce qui a pu amener ces hommes là à choisir cette vie là. Quelle décision pour un monde fait de bruits et d’argent !

    Bien cordialement,

    Icks PEY

  • Par Depi (---.---.---.1) 29 janvier 2007 12:24
    Depi

    Bill,

    En préambule, que dire sinon que ça va faire bizarre de ne plus voir le gris en fond de tes commentaires !

    J’avais lu un article sur ce film-documentaire il y a quelques temps qui m’avait donné envie de le voir. Et voilà que tu nous fais cet article qui ne fait qu’accroître mon envie et curiosité.

    Pour conclure, je dirai simplement à Icks PEY que je ne suis pas d’accord avec lui. Je trouve qu’on vit une époque où le cinéma se libère de plus en plus de ces canons cinématographiques dont vous parlez.. Mais on a toujours pu trouver des perles de films et de documentaires si on cherche bien et si on s’y intéresse.

    Cordialement,

    • Par Bill (---.---.---.11) 29 janvier 2007 12:50
      Bill

      Merci à Icks PEY et Depi

      Vos commentaires complêtent à merveille mon article !

      J’en profite pour remercier Agoravox de l’avoir édité, ce film m’a vraiment beaucoup marqué, c’est une véritable expérience très rare au cinéma ! 2h42 de film et pas une personne n’est sortie de la salle, malgré l’heure tardive à laquelle je l’ai visionné, et tout cela en effet sans commentaire, sans musique, à part les chants des moines. Un véritable pari au cinéma !

      Merci à tous deux encore.

      Bill

    • Par sigefroid (---.---.---.3) 29 janvier 2007 14:20

      Merci pour votre avis ...qui donne envie de voir ce film ... tant qu’il y aura des spectateurs pour ce genre d’expérience et de l’intérêt à l’autre - « tout autre » - il restera « un Juste à Sodomme » !

  • Par Jim (---.---.---.17) 29 janvier 2007 14:19

    Mon cher Bill,

    Tout d’abord, merci pour cet article, j’avais vu la bande annonce du film, mais au moment de sa sortie, trop peu de salles le proposait, j’ai donc abandonné l’idée d’aller le voir. Vous m’avez redonné l’envie, je vais donc me renseigner sur les lieux et les horaires

    Et un grand BRAVO pour votre premier article, on attend le prochain avec impatience

    Jim

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:01
      Bill

      Merci cher Ludovic de votre gentil message.

      En effet, 2h42, c’est un peu long... J’avoue qu’au bout de deux heures, je ne savais plus très bien comment me tenir sur le petit siège du cinéma ! Mais ça reste tout de même intéressant, et je ne regrette pas d’avoir pris patience. J’avais lu dans un forum le commentaire d’une femme de votre région, qui était ravie de voir un sujet sur un site traditionnel de cette belle région.

      J’ai trouvé un site en parlant ( http://membres.lycos.fr/grandechart... ) , très belle région !

      Mais je ne crois pas que ces moines fassent du fromage ou de la liqueur...

      Bien à vous

      Bill

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:57
      Bill

      Merci cher Ludovic,

      Ca donne bien envie de se faire la tournée des monastères smiley .

      Bien cordialement

      Bill

  • Par LE CHAT (---.---.---.49) 29 janvier 2007 17:35
    LE CHAT

    salut bill,

    je vois que tu nous rejoins dans l’écritude bleue smiley, la lecture de cette vie monocale me laisse penser que certains feraient bien de s’inspirer des trappistes au lieu de dire des âneries, et que j’apprécie les bons fromages et la bonne bière de garde de nos bons moines qui sont bovétistes à donf smileynon à la malbouf !

    salutations et fraternité.

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:04
      Bill

      @ Le Chat

      Salut mon doux félin ! J’ai pensé à toi en visionnant ce documentaire...

      Dans le grenier des moines vit une petite tribu de minets, nourrie, logée ! Et personne ne songe à les jeter par la fenêtre ! Ils sont sans doute bien trop utiles pour tuer les souris, et ils n’ont pas l’air bien stressés !

      Bien à toi !

      Bill

    • Par LE CHAT (---.---.---.49) 30 janvier 2007 09:19
      LE CHAT

      Salut Bill

      pour moi le chartreux est l’un des plus beaux chats et l’une des plus anciennes races de notre pays ( felis catus cathusianorum ), et j’adore son pelage gris ardoisé avec ses yeux oranges .felicitations , 90% , tu cartonnes grave !

      bien à toi

  • Par Frodon (---.---.---.199) 29 janvier 2007 19:15
    Frodon

    Pour l’avoir vu, film qui m’a interessé comme vous Bill, je suis sorti avec une question : Mais qu’est ce qui pousse ces hommes à s’« infliger » celà ?

    Le documentaire donne l’élément de la réponse : la prière, mais il ne doit pas y avoir que ça ?

    Donner une vie à Tout et Rien à la fois , incroyable !

    Je n’arrive toujours pas à me positionner par rapport à ce documentaire. Pas par rapport à sa qualité mais par rapport à son thème !

    Quand on voit ça, on sort cependant obligatoirement en se disant : ça fait du bien le silence :)

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:12
      Bill

      Bonsoir Frodon,

      Ah oui, qu’est ce qui les pousse... ! ils n’ont pas l’air malheureux en tous cas. Mais quelle sobriété ! Ils n’ont rien, pas de télé, pas de voiture, une vie simple, extrèmement simple.

      « Donner une vie à Tout et Rien à la fois », mais n’est ce pas un peu la définition de Dieu ? Le Moine aveugle qui s’exprime à la fin se dit heureux de tout, disant que sans Dieu la vie ne vaut pas la peine, et que s’il est aveugle, il y a sans doute une bonne raison, que c’est pour le bien de son âme ! Quelle foi !

      Je crois que ces hommes sont heureux de vivre avec Dieu et de prier pour les Hommes.

      Le silence, en effet est extraordinaire ! En sortant on a en effet envie que cela continue !

      Très heureux de vous avoir lu !

      Bill

  • Par Le furtif (---.---.---.85) 29 janvier 2007 19:19

    Bienvenue Bill. Pas vu ton film.

    cordialement

    Le furtif

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:14
      Bill

      Merci le Furtif !

      Je prends ce message comme un gentil gage d’amitié et j’en suis touché !

      Si te vient l’envie de voir ce film, que tu le trouves saugrenue et que les moines te paraissent ridicules ou pas, je serais heureux d’avoir ton avis !

      Bien cordialement.

      Bill

  • Par liberté chérie (---.---.---.50) 29 janvier 2007 19:47

    A Bill,

    Oui, c’est un excellent documentaire ! Une jolie surprise !

    Une pause bienfaisante, une méditation apaisante pour nous les spectateurs qui sommes plongés quotidiennement dans un monde de tumulte, stressant et fatigant...

    Trois heures durant lesquelles on suit la vie austère et recluse de ces moines, jeunes pour peu d’entre eux, la plupart d’âge mûr... Vie très solitaire entrecoupée de prières, d’études, de travail manuel...(coupe du bois de chauffage, jardinage, lingerie etc...)d’offices et de chants sacrés...

    Nous voilà immergés dans un monde singulier, où des hommes (ailleurs des femmes) en quête d’absolu, ont choisi de se retirer de la société humaine ! Sans doute, pas évident tous les jours...surtout au début...

    Journées rythmées régulièrement par des offices (appel des cloches) et aussi les repas servis à la dérobée dans chaque cellule.

    Une récréation seulement le dimanche où tous se rassemblent au réfectoire, puis s’en vont deviser et se promener, « respirer » la montagne, n’oubliant pas de s’amuser en glissant sur des luges improvisées...

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:37
      Bill

      Merci Liberté Chérie de ce commentaire qui décrit parfaitement le film ! En effet, cette scène sur les luges improvisées est tout à fait marquante ! On y voit les liens qui unissent ces moines et leur faculté à s’amuser...

      Bien cordialement

      Bill

  • Par Matthao (---.---.---.47) 29 janvier 2007 20:04

    Pas de doute, ces hommes là nous recentrent vers l’essentiel, loin de nos vanités et gesticulations comiques finalement, durant ce court passage sur terre...

  • Par Emmanuel Pic (---.---.---.253) 29 janvier 2007 21:44
    Emmanuel Pic

    Justement j’en reviens... C’est très beau, on ne voit pas les deux premières heures passer (après ça fait long tout de même, enfin c’est mon avis). Je pense qu’il faut en effet le prendre comme une expérience avant d’y voir un documentaire « sur » la vie monastique ; le silence est contagieux. Beaucoup de beauté, de vérité, de profondeur. Je me pose une question tout de même : de cette vie, tout ce qu’on retient - me semble-t-il - c’est l’importance du silence. Or, ce silence est habité, soutenu par une culture, par la méditation de la Bible, par des temps et des gestes symboliques que sans doute peu de spectateurs comprennent. N’y a-t-il pas là un risque de malentendu ?

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:28
      Bill

      Bonjour mon père,

      J’ai pensé à vous, me demandant ce que vous penseriez de ce film, et je suis heureux de vous lire ici !

      C’est vrai, le silence est marquant, et il faut sans doute un peu de connaissance pour bien comprendre cet engagement.

      Il y a sans doute un risque de malentendu, je crois cependant qu’il existe toujours un risque de malentendu, y compris dans la vie, et aussi dans les églises.

      Il est vrai aussi qu’au bout de deux heures il est difficile de tenir, mais je suis sûr que vous aussi avez tenu à rester jusqu’à la fin ?

      Bien à vous

      Bill

    • Par Bill (---.---.---.235) 29 janvier 2007 22:32
      Bill

      Merci Jim, merci Sigefroid,

      Je suis heureux si vous avez eu l’envie de voir ce film, j’espère que vous partagerez le plaisir que j’ai eu à le voir.

      En effet, gardons tous de l’intéret les uns pour les autres, c’est surement là qu’est le principal !

      Bien à vous

      Bill

    • Par matthao (---.---.---.61) 29 janvier 2007 23:05

      Une culture ? ce mot me semble vraiment insuffisant. Ne rajoutez vos doutes à ceux qui doutent...On attend de vous des personnes plus sûres de leur foi chrétienne dans ce monde incrédule mais très crédule...

  • Par La vie est belle (---.---.---.113) 30 janvier 2007 03:14

    « Sur l’écran défile la vie des moines, d’une simplicité déroutante : repas dans la cellule, prière, méditation. Aucune place pour l’inutile, le superficiel. »

    C’est une question de point de vue. La méditation et surtout la prière peuvent apparaître comme des activités extrêmement futiles et égocentriques. Au Moyen Age certes, beaucoup croyaient que c’était utile (théorie des trois ordres : ceux qui prient, ceux qui se battent, ceux qui travaillent). Sociologiquement, on peut plutôt dire que la prière ici, et la méditation, fait accepter leur sort à ces personnes qui ainsi travaillent gratuitement pour la communauté (rétribution psychologico-spirituelle contre un travail manuel).

    Si le silence nous fascine en tant que spectateur, c’est parce que nous le voyons comme un repos, car nous vivons dans un monde bruyant toute la journée.

    Mais entre 2h45 de film, et toute une vie... ce silence m’apparaît comme oppressant, négation de l’échange, de l’intelligence, régression. Finalement, ces moines en manque d’imagination ne sont-ils préoccupés que par leur propre salut ? On a l’impression d’être face à un christianisme « petit véhicule » (hinayana, comme la variante bouddhiste qui s’y rapproche et qui met l’accent sur le salut de l’individu, contrairement au bouddhisme « grand véhicule » ou mahayana, qui met l’accent sur le salut de l’humanité).

    Voilà, juste ces quelques mots pour donner une voix discordante aux commentaires, qui me semblent être trop complaisants envers la douce utopie de l’abandon de la vie.

  • Par zen (---.---.---.180) 30 janvier 2007 08:06
    ZEN

    @La vie est belle

    Je suis assez d’accord avec vous. Cette fascination , assez récente, il faut le dire, pour ce type d’expérience, est assez symptomatique de notre époque de « bruits et de fureurs » (Shekespeare).Le silence comme thérapie, mais complétement autocentré, comme vous le remarquez.

    Cela s’intègre dans une réaction, une mode trés saine, dont on retouve de nombreux aspects dans le retour au mode de vie rural, une contestation de la surconsommation,un désir de couper sa télé....Si on ne croit pas à la vertu de la prière, comme moi, on peut estimer possible et nécessaire de trouver des plages de silence dans sa vie pour se resourcer, se recentrer, revenir à l’essentiel, sans faire de l’élitisme monacal.Des moyens trés simples à base de yoga, de training autogène, de zen peuvent y aider...

    • Par LE CHAT (---.---.---.49) 30 janvier 2007 09:27
      LE CHAT

      @zen

      zen , restons zen ,du sang froid dans les veines , zen , plus de chocs à la chaine ,du calme à la vie comme à la scène ,sans amour et sans haine , zen ......

      une petite semaine au mont des cats ? smiley y’a du bon fromage et de la bière trois monts ........

    • Par Icks PEY (---.---.---.221) 30 janvier 2007 11:41

      @ La vie est belle

      Vous dites : « ce silence m’apparaît comme oppressant, négation de l’échange, de l’intelligence, régression. Finalement, ces moines en manque d’imagination ne sont-ils préoccupés que par leur propre salut ? »

      Zen le reprend en disant : « Le silence comme thérapie, mais complétement autocentré »

      Mais Zen donne aussi la réponse à la question : « si on en croit pas à la vertu de la prière » ...

      Ces vies de réclusion ne peuvent pas être comprises si on n’intègre pas le fait que pour eux, la prière est quelque chose d’essentiel et d’utile. Et si vous réussissez à appréhender cette conviction qui est la leur, sans nécessairement la partager, vous pourrez saisir que ces hommes là ne sont pas « égocentrés », mais bien au contraire, sont convaincus de se donner au monde.

      Bien cordialement,

      Icks PEY

  • Par Jojo (---.---.---.33) 30 janvier 2007 11:30

    Bonjour,

    N’ayant pas vu le film je ne peux m’exprimer dessus, par contre le silence est la clef de voute a comprendre. Ce silence « externe » est tout sauf un silence. En effet, arrêter un sens permet de mieux de concentrer sur soi et chercher sa paix intérieure. Le tumulte se calme et l’écoute interne comme externe se fait sentir. L’introspection débute.

    Dans d’autres assocications à but non lucratif, rue de puteaux entres autres, le silence de l’apprenti se pratique et, sans faire de raccourci, a une vocation similaire. Savoir écouter les autres, soi-même, être simplement en paix, en harmonie permet de mieux se dépasser et de prendre du recul dans la vie quotidienne dite « profane » trop assourdissante ou seuls nos masques arrivent à parfaire notre paraître.

    Que ce documentaire ouvre les yeux de nos racines profondes. Je respecte profondément les sages. Ces hommes tels que décrit dans le film sont des sages. Je vais aller le voir.

    Jojo

    • Par Sigefroid (---.---.---.3) 30 janvier 2007 13:22

      Ceux de la rue de Puteau comme vous dites ne sont tenus bien courte année au silence et encore pendant 1 ou 2 petites heures par mois ... Et bien souvent, « devenus grands », ils font vraiment beaucoup de vacarme !! (je vous taquine)... Plus sérieusement j’ai eu un ami moine (pas chartreux, le mode de vie étant différent) qui me disait qu’au sein du monastère les problèmes entre les uns et les autres étaient absolument semblables que dans la vie « profane » ... à la différence près que dans un monastère on avait le temps de prendre du recul et de ne pas réagir à « chaud » à toute contrariété ... ce qui fait la grande différence avec nos vies courantes, remplies de pression, d’exigences, de non-dit et de conflits bien souvent résultats d’un manque de recul ... Mais bon, s’il fallait aller au bout de la logique et la raison, la moitiés de l’humanité s’enfermerait dans un monastère pour prier tout un chacun nos Dieux respectifs et l’autre moitié se suiciderait puisque convaincu du non-sens de la vie ... Mais comme la plupart d’entre nous sommes « médiocres » (au sens premier du terme) on négocie avec notre nos manques, nos doutes, nos hésitations, nos peurs et plutôt que de brûler pour Dieu ou mettre fin au plus vite au leurre, nous vivons en eau tiède, prudemment, sagement et ... médiocrenment ... ous contentons de quelques illusions à la clé (ambitions, vacances ou autres façons de passer le temps) Amen

  • Par Zozo (---.---.---.1) 30 janvier 2007 14:18

    Je suis allé voir ce film à sa sortie 2 ou 3 jours avant noël. Je dois dire que le contraste entre l’extérieur livré à la frénésie des acheteurs des derniers jours et l’intérieur voué entièrement au silence et à un certain recueillement était en déjà soi une expérience unique. La salle de projection semblait s’être transformée elle-même, comme par osmose avec l’image projetée sur l’écran, en une cellule de chartreux. Même silence, même obscurité, même sérénité. Cette impression de vivre des instants partagés avec les moines est vraiment très forte et nous plonge au coeur d’un monde où l’humain se réconcilie avec le cosmos, pour ne pas dire l’univers. Sans forcément adhérer à la dimension divine de l’engagement de ces hommes, on n’en est pas moins ému par la puissance de leur force intérieure ; elle nous réconcilie avec le genre humain dans ce qu’il a de plus intemporel. C’est la force aussi du documentariste qui a su capter cette puissance silencieuse en exil et pourtant si humaine.

  • Par (---.---.---.21) 30 janvier 2007 15:29

    Le silence, justement , c’est la condition pour écouter Dieu....car Dieu est doux , il parle à voix basse , sans nous brusquer... Et surtout n’oublions pas une chose, si ces moines se sentent heureux , c’est parce qu’ils donnent à Dieu et au monde, ...mais surtout parce que Dieu s’ouvre à eux à cause de celà... sans cet échange ils ne pourraient pas tenir...

  • Par SHAWFORD (---.---.---.187) 31 janvier 2007 13:07

    C’est apparemment décidément pas la bonne crémerie ici ?

    c’est qu’un appel pour l’instant au monde du silence

    • Par SHAWFORD (---.---.---.187) 31 janvier 2007 13:11

      Dans le Monastère on fait veux de silence et je comprends bien Buddys, que personne s’amuse à répondre à ces questions

      J’espère simplment que certain ont pas encore déserté complétement : qu’ils disent aux autres que je vais sortir la cagoule mais juste par ce que c’est insupportable ce silence

      pendant que ceux qui ne parlent pas, et parce que dévoués à une Noble cause, seraient ceux qui ont le plus à dire

      Peace

      Signé un bleubit de STARSHIP TROOPERS

  • Par L’enfoiré (---.---.---.253) 31 janvier 2007 17:47
    L'enfoiré

    bzzzzz. RRRRR... bzzzz.... RRRRR.... bzzzz smiley

    • Par Bill (---.---.---.49) 31 janvier 2007 22:02
      Bill

      Cher Talleyrand,

      Je n’y ai tellement pas vu de malice, que j’ai même bien ri smiley , sincèrement.

      Je n’étais pas intervenu car je souhaite aussi laisser chacun libre d’intervenir ici et l’humour est le bienvenue !

      Je relève d’ailleurs l’invitation, je viendrais faire un tour sur ton article,

      Bien cordialement

      Bill

  • Par (---.---.---.187) 1er février 2007 09:10

    Y’a pas une urgence aujourd’hui ?

  • Par slaf (---.---.---.241) 2 février 2007 22:09

    Bravo Bill pour cet article sur un film qui est aussi à mon sens une invitation à essayer cette expèrience lors dune retraite dans un monastère (c’est possible sur une période courte). Vivre une expèrience dans son intériorité. Merci encore Billou.

  • Par Jean-Claude Cassier (---.---.---.142) 7 février 2007 23:32
    Jean-Claude Cassier

    J’ai vu le film et me suis endormi... avez-vous jamais été au couvent ? je veux dire pour y partager pleinement la vie des moines.. pas « en passant » ? moi oui et je crois impossible de filmer l’invisible ! Tout ce que nous a montré ce cinéaste ( et dont je ne nie pas le courage - ni la foi - d’avoir abordé un tel sujet) n’est que la partie visible ( sensible) de la relation de l’homme à Dieu qui est vécue entre les murs d’une clôture, le reste... et c’est pourtant ce « reste » qui constitue la seule raison de devenir moine. Ce « reste » illustre bien la phrase de Bernanos : Garder le silence ? c’est le silence qui nous garde ! et cela aucune image ne pourra jamais le montrer. Mais je partage l’avis de l’auteur de l’article : ce film s’adresse à tous ceux qui cherchent Dieu, même à ceux qui déclarent ne pas y croire !

    • Par Marsupilami (---.---.---.154) 8 février 2007 01:27
      Marsupilami

      @ Jean-Claude

      Excellent commentaire. J’ai pas vu le film et je le verrai pas, mais j’ai abondamment fréquenté les monastères cisterciens (et une seule fois cartusien) pour y faire de longues retraites silencieuses. Bien qu’étant depuis devenu agnostique mais toujours amoureux du silence, il me semble que le silence habité de ces lieux de retraite est intraduisible au cinéma, donc à l’œil. C’est un silence à la fois intérieur et extérieur qu’aucune caméra ne saurait capter. On y est seul face à soi-même et face au néant - ou à Dieu, tant qu’on y croit - ce qui n’est pas filmable.

      Merci à tous les moines qui m’ont permis, par ces espaces de silence partagé, d’être devenu différent de celui que j’aurais été s’ils n’avaiant pas créé et fait perdurer ces espaces de recueillement hors de l’espace et du temps quand on y est vraiment.

      Et merci à Bill d’avoir créé les conditions pour que jaillisse en moi ce commentaire nocturne et tardif.

    • Par Icks PEY (---.---.---.26) 8 février 2007 23:56

      @ ce cher Marsu

      Comme quoi on peut être agnostique et voir soif de ressourcement intérieur.

      Dieu est peut-être moins loin de vous que vous ne le pensez, Marsu !

       smiley

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