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Le marxisme, une hérésie chrétienne

Nous sommes tellement occupés à critiquer et à combattre un capitalisme devenu fou (crise financière, réchauffement climatique, épuisement des ressources, hyper-consommation dans les pays riches...) que nous oublions que son frère ennemi, le communisme, menait lui aussi l’humanité à sa perte. Or, le marxisme-léninisme reposait sur l’hérésie inverse de la prédestination calviniste : le libre-arbitre érigé en absolu et donc la mort de Dieu.

 Face aux urgences de l’heure, il semble inutile de tenter de comprendre le communisme. Ne s’est-il pas condamné lui même ? François Furet parle du « passé d’une illusion » dans l’un des réquisitoires les plus implacables qui lui ait jamais été consacré. Drôle d’ « illusion » qu’un système qui a envoyé, le premier, un homme dans l’espace, vérifier de visu la révolution copernicienne ! Solide mirage qui a tenu la dragée haute aux États Unis et leurs alliés dans la course aux armements pendant quarante ans !

Crimes écologiques

Disparition de la mer d'AralLe communisme n’a pas été une simple illusion, ce qui ne l’empêche pas d’avoir été une catastrophe. Tout ce que nous reprochons au capitalisme planétaire et destructeur d’aujourd’hui, nous pouvons le lui reprocher aussi. A tous les crimes du communisme, il ne faut pas oublier d’ajouter les crimes écologiques : la destruction de la mer d’Aral, Tchernobyl, la contamination de la mer blanche par les déchets atomiques sont les plus connus. Mais il existe aussi des milliers de désastres écologiques disséminés dans l’ex-empire communiste. En l’absence d’opinion publique et de presse libre, la population s’apercevait généralement de l’accident lorsque le nombre de naissances anormales se multipliait de manière trop visible...

Nous avons étés contemporains du plus grand naufrage politique et intellectuel de tous les temps. Mais cet échec est un mystère. Il ne doit pas nous empêcher de poser la question du sens du combat communiste, quoiqu’il soit discrédité par son échec final : « pourquoi les communistes se battaient-ils, alors même qu’ils croyaient en un sens de l’Histoire ? » En d’autres termes : comment peut-on être à la fois libre et déterminé ?

La réponse officielle (encore donnée ces dernières années par le Parti communiste Français) est : « c’est pour hâter l’avènement du Grand Soir, de la fin de l’Histoire et de la société sans classe ». Mais cette réponse ne tient pas. On ne sacrifie pas sa vie et celle des autres (de millions d’autres !) pour rendre plus rapide quelque chose qui arrivera nécessairement. Les derniers véritables communistes risquent d’emporter leur secret dans leur tombe...

La liberté dans l’Histoire

La vraie réponse est que l’engagement communiste n’est pas rationnel, il est mystique. C’est une « foi », comme on l’a souvent dit et répété, mais sans suffisamment souligner la contradiction avec Hegel (« tout ce qui est réel est rationnel »), dont le marxisme s’inspire pourtant. Le militant communiste n’agit pas dans le but d’arriver à un objectif donné, grâce à des moyens objectivement nécessaires. Il se sent comme investi du sens de l’Histoire. Il sent l’émancipation de l’Homme agir en lui.

C’est une manière de régler la contradiction entre liberté et déterminisme. Rien ne peut empêcher la marche en avant de la Liberté, qui est donc déterminée. Le militant communiste est à la fois totalement libre et absolument déterminé. Il est une liberté qui marche dans l’Histoire. Cette marche en avant vers le Bien expulse progressivement le Mal, qui n’est qu’un produit des contradictions de la lutte des classes.

Le marxisme, parti de l’idée de liberté absolue de l’homme et de son émancipation dans l’Histoire, se retourne en déterminisme et en négation de la liberté humaine. Cette « trahison de l’idéal communiste » est bien connue. On la déplore, mais on ne la comprend pas. Le marxisme, à la suite du Rousseauisme, divinise le libre-arbitre en supprimant Dieu. Mais très vite, c’est le Parti, l’Etat, qui incarne cette Liberté abstraite, contre l’individu. "On le forcera d’être libre", disait Rousseau dans le Contrat social.

L’humanité moderne est donc face à deux échecs successifs et symétriques : l’hypertrophie de la toute puissance de Dieu par la Prédestination calviniste et puritaine, qui mène au capitalisme anglo-saxon ; et d’autre part l’émancipation de l’Homme poussée jusqu’à la liberté divinisée, qui mène au matérialisme communiste. Ces deux échecs sont aussi, d’un point de vue chrétien, deux hérésies.

 




par Pierre de La Coste (son site) lundi 23 novembre 2009 - 80 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Senatus populusque (---.---.---.59) 23 novembre 2009 10:58
    Senatus populusque (Courouve)

    Jésus de Nazareth et Karl Marx en commun un certain nombre d’aspects, relevés par divers auteurs (Frédéric Nietzsche, Dolléans, Sigmund Freud, André Gide, etc.).


    « Le socialisme est la forme qu’a prise au XIXe siècle la religiosité latente en la nature humaine […] On peut dire de cette doctrine qu’elle est la religion de l’humanité [Pierre Le Roux] ou encore la religion du prolétariat déifié [Georges Clémenceau] […] Les socialistes sont des chrétiens sans le savoir, des chrétiens qui sans doute ont perdu la douceur évangélique, mais n’ont rien oublié de l’intolérance de l’Église. […] Le vice fondamental des doctrines socialistes est de reposer sur une psychologie erronée de la nature humaine #. »
    Édouard Dolléans, « Le caractère religieux du socialisme », Revue d’économie politique, 1906.


    La formule « A chacun selon ses besoins » se trouve, comme on sait, chez Karl Marx : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ! » (Critique du programme de Gotha, I, 3), mais aussi dans le Nouveau Testament : « La multitude de ceux qui avaient foi n’était qu’un cœur et qu’une âme, et personne ne disait qu’aucun de ses biens fût à lui, au contraire ils mettaient tout en commun. […] Il n’y avait aucun indigent parmi eux. Tous ceux, en effet, qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient ; ils apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres ; c’était distribué selon les besoins de chacun. » (Actes des apôtres, IV, 32, 34-35).

    La Règle de saint Benoît dénonce le « vice de propriété » (chapitre LV) en se référant à ces Actes. Dans le Manifeste, Marx et Engels précisaient : « Les communistes peuvent résumer leur théorie en cette seule expression : abolition [Aufhebung] de la propriété privée. »

    Tous deux sont profondément insatisfaits du monde tel qu’il existe, et proposent, pour l’un un autre monde, pour l’autre un changement de société (et non un changement de la société) ; dans les deux cas, ce qui est ultimement visé, c’est la suppression des conflits, la suppression du mal. Mais il est plus facile de constater l’échec du marxisme en terre communiste que de démontrer en terre chrétienne l’inexistence de l’autre monde de Jésus. Toutefois, la contribution de Jésus concernait une société primitive, sans culture, dépourvue de sciences et de techniques, très éloignée de la nôtre en ce début de XXIe siècle, très éloignée même de la société romaine et de sa culture.

    Leur rapport à la connaissance n’est pas celui de la philosophie grecque ; dans le cas chrétien, le désir de connaissance est dévalorisé. « La science ? elle sera abolie » trouve-t-on dans la 1ère Épitre aux Corinthiens (XIII, 8). La philosophie est mise au service (ancilla) de la théologie. Dans le cas marxiste, la philosophie est remplaçée par « l’étude du monde réel », monde réel auquel on imposera la conformité au dogme (affaire Lyssenko) ; le marxisme semble favorable à la science, mais cette scientificité n’est qu’un scientisme. Opposition générale des disciples de Marx et de Jésus à la culture étendue et diversifiée qui fait l’honnête homme. « L’Église primitive, c’est bien connu, luttait contre les « intelligents », en faveur des « pauvres en esprit » » (Frédéric Nietzsche, Crépuscule des Idoles, (5), § 1) ; le parti communiste fait de même.

    En particulier, opposition à la philosophie :

     De Jésus rien n’est rapporté concernant la philo, mais pour Paul, c’est « ce vain leurre qui s’inspire de la tradition humaine et des éléments du monde, mais non du Christ » (Épître aux Colossiens, II, 8). Jésus rejette la culture mondaine comme Marx la culture bourgeoise. De l’un à l’autre, la ligne de dichotomie s’est déplacée, mais la dichotomie subsiste.

     Antiphilosophie chez Karl Marx : « La grande action de Feuerbach est : 1° d’avoir démontré que la philosophie n’est rien d’autre que la religion mise sous forme d’idées et développée par la pensée ; qu’elle n’est qu’une autre forme et un autre mode d’existence de l’aliénation de l’homme ; donc qu’elle est tout aussi condamnable » (Sur la dialectique de Hegel, 1844).
    « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde. Ce qui importe, c’est de le transformer #. » L’Idéologie allemande, Thèses sur Feuerbach, 11.
    « La philosophie et l’étude du monde réel sont dans le même rapport que l’onanisme et l’amour sexuel. » (L’Idéologie allemande, Le concile de Leipzig – III Saint Max).


    Les libertés de connaissance et d’expression sont donc brimées, puisqu’il s’agit d’interdire la connaissance ouverte. La liberté de penser autre chose, d’acquérir un savoir indépendant et objectif, est absente aussi bien chez Jésus que chez Marx.

    L’égalité est fortement privilégiée, à la fois par rapport à la liberté et par rapport à la compétition ou concurrence. Voltaire, qui n’était ni Marx ni Jésus, pouvait seul reconnaître cette vérité : « Le commerce, qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour. » (Lettres philosophiques, X).

    La famille, attache mondaine dans un cas, bourgeoise dans l’autre, est rejetée énergiquement. « Après que la famille terrestre a été découverte comme le mystère de la sainte famille, il faut que la première soit elle-même anéantie en théorie et en pratique. » Karl Marx, L’Idéologie allemande, Thèses sur Feuerbach, 4.


    Abêtissement, perte de l’esprit critique, par soumission à l’orthodoxie ; il y a là une sorte de servitude volontaire intellectuelle des adeptes qui amène des esprits parfois très brillants dans d’autres domaines à accepter sans discussion des réponses simplistes ; ainsi le croyant dévalorisera toute la cosmologie qu’il ignore au nom de sa foi. Le marxiste récuse a priori toute explication qui ne soit pas fondée sur l’économie.

    Divergence : alors que Jésus pense que le mal vient de chaque homme, tout en valorisant la faiblesse et la débilité, et en appelant à la conversion intérieure, Marx (après Jean-Jacques Rousseau) rejette presque toute la faute sur l’organisation sociale, qui serait source d’aliénation ; il appelle le prolétaire à la « prise de conscience », équivalent marxiste de la conversion religieuse intérieure et unique référence à à la responsabilité individuelle.

    Jésus propose un anti-matérialisme, Karl Marx est matérialiste.

    « Camarade, ne crois à rien ; n’accepte rien sans preuve. […] L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi. » (André Gide, Les Nouvelles nourritures, IV).

     Gide nous ramène à la connaissance (objective), bien malmenée à la fois par les religions et les idéologies totalitaires, mais valorisée par la philosophie ; c’est même cette valorisation de la connaissance qui caractérise le mieux la philosophie.

  • Par Paul Muad Dib (---.---.---.2) 23 novembre 2009 10:24

    Comment ne pas parler de ce qui se passe ? réponse : lire cet article...
    comment essayer de détourner l’attention que le communisme doctrinaire et dictatorial a disparu ? lire cet article...
    mon gamin de 10 ans fait pareil , quand il fait une grosse connerie , il dit tout le temps : c’est ma sœur...
    conclusion : nous nous laissons diriger par des gens totalement immatures qui n’ont comme autre activité que de manier mots et concepts, et d’utiliser le collectif pour mener une vie de nabab ... la réponse a nos malheurs est elle du coté des dominés ou est ce que cette masse des dominés n’aspire elle aussi qu’a une chose , accéder a un pouvoir absolu ??
    de bonnes questions contiennent la ou les réponses..
    question subsidiaire : quel est le premier beauf qui va nous balancer le fameux : coree du nord, chavez etc...a vos paris..

  • Par abdelkader17 (---.---.---.189) 23 novembre 2009 10:16

    « François Furet parle du « passé d’une illusion » dans l’un des réquisitoires les plus implacables qui lui ait jamais été consacré. »

    Du marxisme au libéralisme ou la valse des paradigmes.
    Les marxistes retournés sont toujours les plus radicaux quant il s’agit de condamner l’objet de leur dévotion antérieur.

  • Par Le péripate (---.---.---.61) 23 novembre 2009 10:28
    Le péripate

    Non, c’est bon : il y a déjà eu un bonobo pour évoquer les « dominés » et les « dominants ».

    En rut.

     smiley

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