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Accueil du site > Actualités > Religions > Les invariants des religions

Les invariants des religions

Y a-t-il quelque chose de commun entre ce que disent toutes les religions ? Réflexion d’un explorateur des mondes spirituels.

Depuis ma jeunesse, j’ai été pris entre le marteau de la religion et l’enclume de la foi. La foi, je l’avais, une foi innée, animale, intuitive et empathique, qui se révélait surtout au contact de la nature. Mais les religions, à commencer par celle dans laquelle j’ai été élevé, la religion Catholique, m’inspiraient plus que de la méfiance. De la répulsion plutôt.

Je me suis donc détourné très tôt de l’église, mais sans perdre la foi même si j’ai souvent mis un mouchoir dessus. Cela m’a conduit à m’intéresser aux autres religions et systèmes de croyances, l’ésotérisme tout d’abord, le chamanisme ensuite, puis le Bouddhisme, l’Islam, le Judaïsme, l’Indouisme, le Taoïsme, ainsi que des systèmes dits « premiers », de l’animisme au culte du soleil en passant par l’Egypte, Sumer, la Perse…

Et en bon scientifique, j’ai essayé de dégager ce que toutes ces religions disaient de semblable, ce qu’on appelle les invariants. Je suis donc parti du principe qu’elles parlaient toutes de la même chose mais avec des points de vue différents, un peu comme si on avait deux observateurs décrivant un cylindre, l’un le voyant de bout et disant « c’est un cercle ! », l’autre le voyant de côté et disant « c’est un rectangle ! » (j’emprunte cette métaphore à l’excellent « Cantique des Quantiques » de Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod qui l’utilisent dans un contexte différent)  Si aucun invariant n’existe, cela aurait invalidé mon principe de départ. Or, ce n’est pas du tout le cas. Il existe au moins cinq invariants, et je suis sûr qu’on peut en trouver d’autres.

Les principaux invariants qui apparaissent sont :

Nous faisons tous partie de quelque chose de plus grand

La mort n’est pas la fin de l’existence

Il faut laisser des bons souvenirs

Il faut se recueillir

Les Mystères

Notez que j’exclue du champ religieux :

- les fausses religions, sur un critère très simple : lorsque les texte « sacrés » de ces groupes ont un copyright qui vous en interdit la reproduction (Scientologie, Raëliens… même si je reconnais à ces derniers le mérite de bien me faire rire), vous savez, « l’allégorie si sincère du pognon qui t’évite l’enfer » comme chantait Philippe Val du temps où il était drôle.

- les systèmes de croyances qui se sont construits en opposition aux religions : athéisme, agnosticisme, scientisme… voire le communisme mais ceci est une autre histoire.

Nous faisons tous partie de quelque chose de plus grand

Certaines religions affirment l’existence d’un dieu unique, qui selon les cas sera bienveillant ou vengeur, d’autres parlent de dieux ou d’esprits multiples, d’autres disent que l’on ne saura jamais exactement et que tout ceci restera un mystère. Mais toutes affirment qu’on fait partie de quelque chose de plus grand, que Philip K. Dick avait résumé par l’acronyme SIVA : Système Intelligent, Vivant et Agissant. Pour certains, nous faisons partie intégrante de ce système, c’est le cas du panthéisme de Spinoza mais on retrouve cela aussi dans l’Hypothèse Gaïa de James Lovelock. Pour d’autres, il s’agit d’entités subtiles et extérieures, mais qui semblent avoir une interaction avec nous.

Il est probable que la topologie du divin soit indécidable, mais son existence est admise universellement par toutes les religions et constitue leur fondement.

La mort n’est pas la fin de l’existence

Après votre mort, vous continuerez à exister, au minimum dans les souvenir que vous laisserez, d’où l’importance de laisser des bons souvenirs. Certains sont même persuadés qu’Elvis est toujours vivant… De plus, avant votre conception, vous avez probablement commencé à exister sous forme de projet dans la tête de vos parents.

Pour toutes les religions, la vie terrestre n’est qu’une étape de l’existence. Ce qui se passe avant et après la vie est sujet à controverses mais même les athées peuvent reconnaître que la vie est un sous-ensemble strict de l’existence.

De plus, depuis une vingtaine d’année, on a vu apparaître une nouvelle science, la thanatologie http://fr.wikipedia.org/wiki/Thanatologie  (à ne pas confondre avec la thanatopraxie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Thanatopraxie) qui étudie la mort notamment à travers des expériences de mort imminentes. L’état des connaissances ne permet pas d’affirmer qu’il existe une « vie après la mort » contrairement à ce que certaines couvertures à sensations voudraient nous faire croire, mais affirment simplement qu’il est possible à la conscience d’acquérir de l’information même si le corps est en état de mort clinique (cœur arrêté, électro-encéphalogramme plat). Voir à ce sujet les publication de l’International Association for Near-Death Studies. On est loin de la réfutation scientifique d’une vie après la mort… ni d’une preuve qu’elle existe, on est juste face à une montagne d’interrogations auxquelles les religions semblent toutes avoir répondu depuis la nuit des temps, et que la science commence tout juste à explorer, au grand dam de certaines églises, y compris cette fois ci les scientistes et les agnostiques, mais aussi l’église catholique et bien d’autres, car on bouleverse ici le traité de paix entre science et religion proposé par Descartes : la science s’occupe de la matière mais ne touche pas au spirituel, ce qui a quand même depuis évité aux scientifiques de connaître le sort de Giordano Bruno…

(Certes, les psychanalystes avait déjà écorné cet accord, il faut dire qu’il est très difficile de faire de la psychanalyse sans admettre que le corps et l’esprit sont intimement imbriqués)

Il faut laisser des bons souvenirs

Je ne sais plus quel était ce penseur de l’antiquité qui disait qu’il valait mieux laisser de bons souvenirs que de vénérer Dieu ; en effet, si Dieu n’existe pas, pourquoi le vénérer, mais vous aurez au moins laissé de bons souvenirs ; et si Dieu existe et qu’il est juste, il vous jugera avec bienveillance au vu de ce que vous avez fait, même si vous n’avez guère été assidu aux offices ; enfin, si Dieu existe et qu’il est injuste, quel intérêt y a-t-il à le vénérer ?

En tout cas, toutes les religions enseignent une morale qui peut se résumer à ce simple précepte : efforcez-vous de laisser des bons souvenirs. Que ce soit pour améliorer votre Karma, pour faire plaisirs aux anges ou juste par simple bon sens. François Truffaut aimait dire « pour être aimé, il faut être aimable ». Ca s’étudie, ça se vérifie.

Il faut se recueillir

Toutes les religions enseignent l’importance du recueillement. Que ce soit avec la prière, la méditation, ou la transe. Même les non-croyants se recueillent, comme les sportifs avant un match important. Ce que les religions disent, c’est que le recueillement est une des voies d’accès au divin, avec l’empathie et l’intuition.

On a étudié l’influence de la prière sur la guérison. Elle existe, mais ne serait guère plus efficace qu’un placebo. Sauf que l’effet placebo… ça marche. Et les sportifs, encore eux, sont les premiers à vous dire que le mental compte au moins autant que le physique, et que le recueillement dans les vestiaires participe à la victoire. Même si vous n’êtes pas croyant, essayez de vous recueillir avant de faire quelque chose d’important ou quand vous êtes déboussolé. Ca aide vraiment.

A propos de transe, la prière ou la méditation induisent un état d’autohypnose, qui est une transe légère ; il s’agit donc bien d’une même forme de phénomène. Les transes collectives auxquelles on assiste dans certains cultes, y compris dans certaines églises baptistes américaines, utilisent des forces infiniment moins douces qui peuvent parfois confiner à l’hystérie. Entre les mains de fous de dieu, elles peuvent conduire aux pires des violences, comme on peut malheureusement le constater en suivant l’actualité…

Les Mystères

Bien avant Gödel les mystiques avaient compris qu’il existait des questions sans réponses. Au début du XXème siècle, les scientifiques étaient persuadés qu’ils avaient percés tous les secrets de l’univers. Il y avait bien encore quelques détails à régler, comme par exemple la luminescence de certains corps comme l’Uranium, mais c’était plus une curiosité de cabinets scientifiques qu’un problème fondamental. Et puis madame Curie a découvert la radioactivité, Plank et Einstein la mécanique quantique… et ces belles certitudes ont pris un sacré coup dans l’aile. Mais quand même on trouve encore des intégristes scientifiques (la science a aussi son clergé, ses ayatollah, ses mythes … ) pour affirmer qu’on sait déjà « presque » tout. Pourquoi dès lors s’intéresser à ces « phénomènes » marginaux et folkloriques que sont les expériences de mort imminente ?

Les religions et les philosophes (Socrate) le disent : le monde conservera toujours une part de mystère. L’univers est trop grand pour tenir dans une tête, ni même dans une collection immense de têtes. Ce que nous connaissons, ou pensons connaître du monde, n’est peut être pas plus grand qu’un grain de sable sur une plage immense. Et c’est une bonne nouvelle pour les chercheurs, qui ne seront jamais à court de travail !

Et le reste ?

Eh bien, difficile de considérer comme invariant des dogmes aussi forts dans certaines religions que le péché originel peut l’être dans les religions judéo-chrétienne. Pratiquement tous les autres dogmes se trouvent contredits par d’autres. On peut par contre citer deux autres invariants : la force de structuration sociale des religions et leurs racines ancestrales qui remontent à l’aube de l’humanité.

A se demander si le plus vieux métier du monde ne serait pas … prêtre ?

 

Crédit photo : Passage Dieu, dans le XXème arrondissement de Paris, photo Bernard Pinon.

 


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13 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 10 janvier 2011 10:58

    Le « passage Dieu » n’est-il pas une impasse ?
    Les rues de (ou) du Paradis (pas forcément riantes) abondent dans les villages de France
    A Paris, il existait avant 1789 plusieurs rues d’Enfer...


    • jef88 jef88 10 janvier 2011 11:27

      @ Zen
      Prés de St Dié (88), au monastère datant d’environ 680, il existe encore 3 hameaux : ou lieux dits
      le Paradis , l’Enfer, le Purgatoire et en plus c’est tout prés de Dijon !
       
      En général
      Le moteur de la création des religions n’aurait il pas été le mystère ? avec la peur de l’inconnu et le désir de donner des explications à tout ?


      • Clojea Clojea 10 janvier 2011 13:12

        Bonjour. C’est bien de vous intéresser aux religions, et moi aussi j’ai un faible pour les religions non révélées. (Bouddhisme, Scientologie (même si cela vous fait rire). Il y a une vie après la mort, c’est sur, et je vais même aller plus loin, l’esprit est immortel. Le corps lui est mortel. Le problème est que la mémoire des vies antérieures est occultée. Sans rentrer dans le technique, c’est juste un fait. Le but du jeu est de retrouver la mémoire. Le Bouddhisme et la Scientologie peuvent aider. N’en déplaise à ceux qui ne vont pas être d’accord avec mes propos.


        • amipb amipb 10 janvier 2011 22:27

          Le bouddhiste qui s’interroge (vous vous souvenez du « doute » érigé comme principe, par Bouddha Sakyamuni ?) ne peut qu’aller à l’encontre d’une Scientologie où il ne fait pas bon s’interroger. Les délires de Mr Ron Hubbard n’ont absolument rien à voir avec l’Eveil, mais bel et bien plutôt avec l’endoctrinement.

          Par ailleurs, dans le bouddhisme, il n’y a pas d’esprit immortel. Mais il n’y a pas non plus absence d’esprit immortel.

          A vous de résoudre ce paradoxe...


        • non667 10 janvier 2011 20:33

          à ergosum
          jesus n ayant jamais existé il n a pas pu faire ce que vous dites..
          c’est comme toi, t ’es nul , tu n’existe pas même sur AV il n’y a rien a retenir de ce que tu dis !


        • Crab2 10 janvier 2011 16:28

          Éris n° 2

          2011
          - CAMPAGNE de DÉ-ISLAMISATION

          Document N° 2

          http://laiciteetsociete.hautetfort.com/0-2011-campagne-de-de-islamisation-doc-n-2/


          • Louise Louise 10 janvier 2011 17:08

            J’ai voté « oui ».

            Je suis Catholique, et je considère que l’essentiel, c’est déjà de chercher, de se poser des questions.
            C’est un fait que La Science a ses idéologues... Mais ses adeptes font des choix, sinon il y aurait moins de fumeurs, moins de « goinfres » ! La Science nous dit ce qu’il faut faire, et ne pas faire, pour rester en bonne santé.
            Je pense que les découvertes scientifiques ne font que démontrer qu’il est impossible de tout connaître, tout comprendre.

            « A se demander si le plus vieux métier du monde ne serait pas … prêtre ? »

            - Malheureusement, je crois que ce n’est ni prêtre, ni prostituée, qui serait le plus vieux métier du monde, mais bien guerrier...


            • amipb amipb 10 janvier 2011 22:30

              Vous n’êtes pas le dernier à inveter des fables.


            • Frabri 10 janvier 2011 22:29

              Un autre invariant des religions c’est les mystiques.

              Mystiques chrétiens
              http://www.bing.com/search?q=%22mystiques+chr%C3%A9tiens%22&go=&form=QBLH&filt=all&qs=n&sk=

              Mystiques musulmans
              http://www.bing.com/search?q=%22mystiques+musulmans%22&go=&form=QBRE&filt=all&qs=n&sk=

              Mystiques hindouistes
              http://www.bing.com/search?q=%22mystiques+hindouistes%22&go=&form=QBRE&filt=all&qs=n&sk=

              Mystiques bouddhistes
              http://www.bing.com/search?q=%22mystiques+bouddhistes%22&go=&form=QBRE&filt=all&qs=n&sk=

              « Les religions sont comme des routes différentes qui convergent vers un même point ». Gandhi

              Sur ces routes différentes les mystiques sont des valeurs sures Dieu merci.

              http://www.terre-du-ciel.fr/qui_sommes_nous.htm

              http://www.lemondedesreligions.fr/index.php

               


              • non666 non666 10 janvier 2011 23:07

                La mort n’est pas la fin de l’existence

                Ah mon avis c’est celle la , la clef des religion.
                Elle impose un ordre social qui ne s’arrete pas à la mort.
                Car si on me dit , a moi :
                d’ici 3 mois ton cancer te tuera , cela me laisse 2 mois pour regler mes comptes sur terre sans me soucier des conséquences...
                Pourquoi hesiter a tuer ses rivaux, ceux qui vous ont blessé quand votre chemin arrive a sa fin et qu’il n’y a plus d’espoir ?
                La peur de la prison....les juges ne sont meme pas si rapide !

                La menace de la vengeance des Dieux pour l’eternité est le secret de l’ordre etabli.
                C’est la raison fondamentale qui fait se stabiliser les etats, explique leurs liens etroits avec les religions.
                A cette mesure le communismle et la republique athée sont des pousse au crime.

                Et la remise a jour des religions dans le monde, est une necessité pour le nouvel ordre mondial.
                Comme la corruption des elites par une quasi religion : la franc maçonnerie qui cache difficilement les interets de religions a accès limité...
                 


                • Crab2 11 janvier 2011 08:46

                  BIBLIOGRAPHIE

                  Sur le fait religieux écrits par des universitaires [non religieux] : - « Pour en finir avec Dieu », de Richard Dawkins, biologiste anglais spécialiste du darwinisme - ’’Cours accéléré d’Athéisme’’, de Antonio Lopez Campillo - ’’Les religions face aux femmes", de Ariane Buisset

                  Bonne lecture

                  http://laiciteetsociete.hautetfort.com/archive/2010/08/27/bibliographie.htm l

                  Crab

                  Caen – ville pionnière

                  ’’ Comment penser ’’

                  http://blvids.free.fr/Universit%c3%a9_populaire_de_Caen_.mp4


                  • L’Ankou 11 janvier 2011 17:45

                    Je vous remercie d’avoir développé ainsi votre pensée. Votre texte témoigne d’un parcours qui ressemble beaucoup au mien, à ceci près que j’ai finalement franchi ce fleuve de la foi, dont vous longez la rive. J’espère que cela ne rendra pas nos démarches respectives totalement irréconciliables. Il est vrai que ce fleuve manque cruellement de ponts. Puisse votre article contribuer à en bâtir un. J’ai l’espoir immodeste que ma réponse encouragera aussi quelques lecteurs à l’emprunter.

                    Je comprends votre logique : les religions semblent diviser les hommes et s’exclure les unes les autres, alors même que leur sens général serait plutôt de prôner l’entraide, la compassion et la fraternité, voire, pour certaines, un Amour du prochain profondément idéalisé.

                    Il n’y a pas de raison de croire l’une plus que l’autre. D’où l’idée : ne sont-elles pas également vraies ? C’est tentant. Elles diraient la même chose, mais avec des mots différents. Montrons leurs points communs et cela apaisera les conflits qui surgissent entre elles. C’est ce qui gouverne, il me semble, votre recherche « scientifique » des « invariants » des religions.

                    Pour la forme, mais c’est un débat accessoire, votre approche est certes « rationnelle ». « Scientifique » ? Moins. Mais ce n’est pas grave. La Raison est un outil. Il sert en théologie, dans les controverses doctrinales, n’en déplaise aux scientistes.

                    La science est une méthode ou une posture, qui consiste à ne rien tenir a priori pour vrai ou pour sacré. C’est donc l’exact contraire de la Foi, qui caractérise une confiance en certaines choses tenues pour vraies, sacrées, incontestables. Mais ce n’est qu’un détail : si important soit-il à mes yeux, il ne disqualifie pas votre approche.

                    Vos « invariants » sont intéressants, comme base de débat. La tâche était ardue : trop de précision et vous excluez des religions. Pas assez, et vous n’excluez plus rien, et l’invariant n’a plus d’intérêt. Vous frôlez parfois cet écueil, cependant.

                    Selon vous, « nous faisons tous partie de quelque chose de plus grand, qui nous dépasse ». C’est bien un invariant religieux, mais pas seulement : nous faisons tous partie de l’Univers, ce qui est littéralement « quelque chose de plus grand », sans pour autant y mettre une connotation religieuse. Nous faisons aussi partie d’une famille, d’une lignée, d’une commune, d’un pays, d’un écosystème, d’une espèce, du règne animal, d’un biotope, du Vivant... Aussitôt vous précisez, en empruntant à Philip K. Dick, sa définition de « SIVA ». Mais c’est déjà trop précis : Le Tao est-il intelligent ? Est-il « vivant » ? De même, le Dieu-Monde des panthéistes répond-il aux critères ? Voltaire et les théistes n’estiment-ils pas que, s’il existe un Dieu, il n’est pas agissant ? L’animiste et le chaman sont-ils constitués chacun d’un seul « système » de croyances, où au contraire sont-ils une boîte à outils qui superpose des représentations « magiques » du monde (les esprits, les ancêtres, les totems...), chacune expliquant quelques phénomènes mais jamais tous ? (Exactement comme les physiciens, qui ont recours à la physique quantique ou à la relativité, en alternance, selon les phénomènes qu’ils ont besoin d’observer, et en admettant qu’il ne savent trouver une cohérence entre ces systèmes apparemment contradictoires).

                    Je vous propose de considérer le lieu plutôt que l’être :

                    Déjà, l’homme préhistorique observait le ciel. Les étoiles sont toujours placées pareillement les unes par rapport aux autres. On peut s’orienter, mesurer le temps par le soleil, savoir à quelle période de l’année nous sommes selon l’endroit où il se lève. Les phases lunaires semblent immuables. Quelques étoiles bougent, selon un mouvement, étrange, inexplicable mais, à la longue, lui aussi prévisible : les planètes. Mais qu’ont-elles donc à nous dire ? Quel contraste avec notre environnement terrestre, notre « ici-bas » et ses contraintes, le froid, la faim, les prédateurs, les accidents, les dangers, les maladies, et la mort inéluctable et incompréhensible... Le « réel » semble le règne de l’injustice, du hasard, des accidents, des fatalités, des coups du sort, des calamités collectives ou individuelles, des épreuves imméritées, des punitions excessives... Et des iniquités, insupportables. Pourquoi des forts et des faibles ? pourquoi la laideur et la beauté ? Pourquoi la maladie, la dégénérescence, la vieillesse, la mort ? Pourquoi la douleur, la faim, la blessure, l’impotence ? Pourquoi le sort s’acharne-t-il sur certains - et pas sur mon ennemi qui, lui, le mériterait pourtant - ?

                    Et pourtant, au milieu du chaos, il y a parfois des beautés et des complexités qui nous étonnent, nous ravissent, nous intriguent. Nous pensons les comprendre, et, de proche en proche, décrypter le monde. Mais toujours, le sens général nous échappe. Quoi ? Notre esprit semble fait pour trouver du sens, et le monde n’en aurait pas ? Justement, il y a cette voute céleste, qui semble présider à des évènements d’en bas : les migrations, la pousse des végétaux, les hibernations, les récoltes, la fécondité des femmes... Tout se passe comme si le monde céleste gouvernait l’alternance des jours et des nuits, des saisons, des phénomènes répétitifs et immuables, et le monde terrestre, qui lui est soumis, obéit à ses dictats. L’ordre, bienveillant, qui impose son rythme au chaos. Il est facile d’imaginer que le ciel prît une importance « divine », et bien avant, même, que les hommes ne le peuplent de Dieu(x).

                    La religion doit naître dès qu’un homme invente qu’il existe un sur-monde où il projette son désir d’expliquer et de donner du sens à son « ici-bas ». Le monde où nous vivons est « insensé », ce qui nous plonge dans un grand désarroi, voire une angoisse existentielle. « Heureusement », la religion propose un « ailleurs » idéal qui lui donne sens. C’est ce « sur-monde » que je vous propose comme invariant. C’est un monde qui nous dit que la souffrance est, quelque part, récompensée, que justice sera rendue, que les sacrifices ne sont pas inutiles, qu’il y a une promesse de revanche ou de rédemption, de reconnaissance, de compensation...

                    Second invariant : l’affirmation que la mort n’est pas la fin de l’existence... Soit. Mais cette notion se vit très différemment d’une religion à l’autre. Ainsi, dans le Bouddhisme (si je n’en ai pas une vision trop occidentalisée et idéalisée), l’immortalité est une prison d’où l’on s’échappe difficilement. Les êtres sont condamnés, pour leur malheur, au cycle des réincarnations. La mortalité de l’âme comme délivrance ultime ?

                    En plus, dans la plupart des religions, l’immortalité de l’âme n’est pas accessible à tous. Ainsi, en Égypte antique, il est acquis que Pharaon est immortel. Sa famille et sa caste aussi, sans doute. Mais le simple citoyen ? L’esclave ? Le prisonnier de guerre ? l’étranger ? C’était sans doute des civilisations moins individualistes que la nôtre, où l’esclave pouvait sacrifier sa vie et en être récompensé par procuration, par l’immortalité du Pharaon.

                    Nos monothéismes ne sont guère moins sélectifs et discriminatoire... Je vous renvoie, concernant le catholicisme, à la célèbre controverse de Valladolid qui, si elle conclue que les sauvages des Amériques ont bien une âme, affirme qu’ils se distinguent en cela des peuples noirs, qu’on peut ainsi continuer à réduire en esclavage... Le Coran, pour ce que j’en connais, prédit la disparition des incroyants dans des souffrances qui n’ont rien d’éternelles puisque leur destruction est définitive. Il faudrait voire les religions une par une, mais l’immortalité générale de toutes les âmes me semble une invention très contemporaine... un réécriture récente que certaines religions se donnent depuis peu.

                    Et si c’est un invariant, il oppose les religions plutôt qu’il ne les unifie : chacune prétendra que croire en l’autre compromet vos chances de Salut. C’était prévisibles : beaucoup ne se sont construites que pour lutter contre l’hégémonie d’une autre. Elles sont conflictuelles par essence, par nature, par construction.

                    Deux parenthèses : d’une part, je crois dommageable que vous extrapoliez l’immortalité de l’âme dans un domaine pseudo-scientifique des « morts imminentes ». Ça ne sert pas directement votre thèse, et l’on vous répondra légitimement que les témoignages peuvent aussi bien résulter de la façon dont nos cerveaux s’éteignent en délirant... S’ils génèrent des impressions de lumière bienveillante ou de voyage astral, ça reste un délire de vivants et non un souvenir volé à l’Au-Delà. D’autre part, l’argument de la « vie avant la vie » sous forme de « projet » ou d’intention est purement rhétorique. On aborde là un débat passionnant sur ce qu’est la vie, quand elle commence, quand elle finit. Il y a des implications éthiques : le débat sur l’avortement, la conception in vitro, le clonage, les cellules souches, et, à l’autre bout de la vie, sur l’euthanasie, l’acharnement thérapeutique... Mais ça a peu à voir avec les invariants des religions.

                    L’invariant suivant, que vous proposez, est de devoir « laisser de bons souvenirs ». Là encore, est-ce que cela ne caractérise que les religions ? Loin s’en faut, à mon avis ! On ne fait plus, heureusement, le procès des athées sous l’angle de leur

                    immoralité ! On peut être incroyant et avoir un code d’honneur, un code de conduite, une honnêteté, une conscience, un sens des responsabilités... toutes valeurs qui inclinent également à laisser « de bons souvenirs » (et avec d’autant plus de mérite qu’on n’attend rien de Dieu en retour).

                    Mais réciproquement, on peut aussi disserter sur ce qu’on appelle « bon » souvenir. Toute l’éthique repose sur la relativité de ce qui est bien, selon les cultures, les régions, les circonstances, les époques. Il n’est qu’à considérer la loi Weil, ou l’abolition de la peine de mort, par exemples, pour voir que la notion du « bon souvenir » diffère énormément selon les personnes. A fortiori d’une croyance à l’autre... Du coup, même si c’était un invariant, il est plus source de conflit que de paix.

                    Par contre, on peut se demander s’il n’y a pas un invariant voisin : l’arbitraire religieux, qui s’arroge, justement, la définition du « bon » et du « mauvais ». Le bon, c’est ce qu’on vous dit de faire. Le mal, c’est ce qu’on vous interdit. Il ne vous est pas

                    demandé de comprendre mais d’appliquer la règle. S’il faut chercher un invariant - mais il n’est pas fédérateur - ce serait plutôt dans la permanence de cet arbitraire religieux, des consignes, des règles, des interdits alimentaires, vestimentaires,

                    comportementaux et sexuels, des obligations, des rituels de soumission... Cela génère des souffrances, des frustrations, des résignations, des renoncements, des soumissions, mais la religion explique alors que le Salut (ou quelle que soit la forme de la récompense post-mortem) est à ce prix.

                    L’invariant suivant - le recueillement - est également bien vu. Vous notez vous-même qu’il ne caractérise pas que les religions, puisque vous le retrouvez dans la concentration du sportif avant exploit. On trouverait beaucoup d’exemples similaires. Pour restreindre aux religions, on pourrait formuler l’hypothèse qu’il s’agit d’une prise de contact intentionnelle avec ce qu’on imagine être Dieu ou son équivalent, ou avec l’ensemble des croyants qui partagent la même foi (vivants ou morts, selon qu’on croit, par exemple, aux esprit des ancêtres ou aux saints patrons). Il y a aussi ce qui entoure le recueillement et lui donne sa solennité : le rituel, la purification, les ablutions, la confession, les formules récitées, le fait que ça se pratique en groupe ou dans certains lieux ou à certaines heures... Là encore, on observera que les rituels ne sont pas interchangeables d’une croyance à l’autre, et l’invariant, dès qu’on essaye de le décrire et de lui donner un contenu, divise encore, plus qu’il ne fédère.

                    Il reste la question des Mystères.

                    Les religions - c’est leur force - fournissent des explications génériques. Je vous renvoie à la réponse de Laplace à Napoléon, sur le fait que les religions expliquent tout mais ne permettent de rien prédire, ce qui est ici la raison d’être de la science. La puissance d’une réponse générique et pan-explicative est sans doute la raison d’un grand succès des religions, tant cela permet de résister à l’étendue incommensurable de notre ignorance et de notre incompréhension du sens de la vie.

                    L’autre posture consiste à admettre que la quête de sens est inutile ou biaisée. Les explications religieuses semblent une alternative plus assimilable et elles soignent mieux ces angoisses existentielles.

                    Pour autant, les religions n’expliquent pas tout ou tiennent parfois des discours contradictoires sur certains points. Les controverses doctrinales, présentes dans la plupart des religions, l’illustrent bien. Si l’on considère que sa religion est révélée
                    par Dieu ou son prophète, on doit se résoudre à appeler ça « Mystère » et à laisser la Foi prendre le relais de la Raison, pour admettre que la réalité est sans doute trop complexe pour que son Créateur en révèle toutes les clés à sa créature...

                    Pour qui estime que les religions sont des œuvres humaines, il est logique qu’une explication soit datée, qu’elle reflète les limites d’un état donné de connaissances, de culture, de sciences... et incidemment qu’elle soit porteuse des limites mêmes des esprits humains qui l’ont produite. Et cela n’a plus rien, alors, de mystérieux.

                    Mais si les mystères ont une fonction première de rassurer par delà l’incomplétude des explications fournies, ils contribuent également à assurer la force et la pérennité des religions en tant que pouvoirs. L’admission du « mystère », c’est la soumission à l’autorité de « ceux qui savent ». C’est comme le symbole, la parabole, ou un texte écrit dans une langue inconnue ou perdue : il faut un intermédiaire, un interprète, un traducteur... Il y a ceux qui savent et les autres, qui dépendent des premiers, leur doivent respect, voir soumission et obéissance. Toutes les religions ont leurs rites initiatiques, qui séparent clairement celui qui est instruit des choses religieuses et celui qui ne l’est pas.

                    Voilà. Je suis désolé si certains trouvent ma réponse trop longue, et j’espère quelle contribuera à alimenter un débat sain et constructif.

                    Bien à vous,
                    L’Ankou


                    • OuVaton OuVaton 13 février 2012 11:22

                      Je lis cet article avec un peu de retard. Il me fait réaliser que même dans le souvenir que nous laissons, il y a une profonde injustice. Vous citez Elvis qui a mené sa vie de façon ridicule, aujourd’hui on nous rabat les oreilles de Whitney Huston qui rejoint Elvis. J’ai connu de près des gens qui ont mené une vie exemplaire à beaucoup de points de vue et qui seront bientôt oubliés. 

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