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Accueil du site > Actualités > Religions > Lettre à Frédéric Alexandroff sur le Prophète

Lettre à Frédéric Alexandroff sur le Prophète

Cher Frédéric Alexandroff,
Je viens de lire votre article sur le Prophète, intitulé « Portraits d’Islam (1) : Mahomet, le Conquérant de l’Arabie »
Aussi, je vous répondrai, ici-même sur Agoravox, d’écrivain à écrivain. Avant toute chose, je prends acte de votre intention, que vous formulez abondamment dans ce court papier. Sortir des préjugés, en finir avec les propos de caniveau et les calomnies que de prétendus intellectuels se sont fait un devoir de répandre dans la presse, sur le Prophète. Cette intention, à elle seule, vous honore.
 
Néanmoins, en dépit ou à cause de cette intention, de profondes réserves s’imposent, quant au contenu de votre article. Plusieurs erreurs et omissions, y figurent. Je tâcherais d’y répondre de manière synthétique.
 
Votre première erreur, Frédéric, est l’emploi nominal du fondateur de cette religion, que vous présenter sous le nom propre de Mahomet. Mahomet n’est pas le nom du Prophète. Vous le savez et tous le savent. Mohamed ou Muhammad est la transcription phonétiquement correcte du nom du Prophète. J’ajoute que ces transcriptions sont largement employées lorsqu’elles désignent des homonymes contemporains. Ce n’est pas un simple détail. Depuis, le Moyen-âge, les français emploient le nom propre Mahomet, qui est une construction linguistique, une déformation calomnieuse, opérée dans un contexte historique qui s’y prêtait volontiers. Lisez mon article sur le sujet http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/mahomet-est-une-caricature-36569 et vous saisirez les raisons qui ont déterminé cette déformation linguistique, celles précisément qui doivent nous convaincre de laisser au Moyen-âge ce qui lui appartient. Et de rendre à Mohamed, ce qui lui appartient : son identité.
 
La seconde erreur est votre interprétation des persécutions que le Prophète subit de la part de Qoraysh. Vous les présenter de la manière suivante : “ses prêches lui valent également bon nombre de railleries, puis l’hostilité pure et simple de nombreux habitants de La Mecque, notamment parmi la classe dirigeante qui redoutait sans doute de voir le prédicateur isolé se muer en un chef politique de premier plan. ” .
 
Vous semblez oublier ou ignorer un célèbre épisode de la vie prophétique (Sira) ou l’un des notables mecqouis, Otba ibn Rabia, vint voir le Prophète, au nom de Qoraysh et lui proposer de renoncer à sa mission prophétique. Il lui proposa l’argent, le pouvoir politique et même la royauté. Le Prophète l’écouta attentivement, refusa ses propositions et en guise de réponse, lui récita la sourate 41, versets 1 à 5. Visiblement touché par cette récitation, Otba s’en revint voir ses compagnons et tenta de les convaincre de renoncer à leurs persécutions. Ce qu’ils refusèrent.
 
Religion et politique
 
Concernant vos propos sur le rôle politique du Prophète, en particulier lorsque vous écrivez ceci :
Chef politique, car il était le seul à pouvoir jouer le rôle d’arbitre, susceptible de garantir l’équilibre entre les différentes composantes de cette communauté : musulmans mecquois chassés de leur ville, bédouins de Yathrib convertis et clans juifs "associés" aux destinées de la nouvelle entité, prémisse de l’État musulman à venir.”,
des réserves s’imposent. De manière générale, le ton que vous donnez à votre article est problématique puisque le tableau que vous peignez semble davantage conforme à l’idée que vous vous en faîtes, qu’à la réalité. Ce qui vous fera comparer Médine à une république du désert1. Si le Prophète a bien été chef de guerre et chef politique (je ne le nie nullement et cela n’est pas, en soi, problématique. Moïse le fut également), il n’a pas été que cela et il n’a pas été, surtout, cela. L’essentiel et la plus grande partie de la réforme religieuse du Prophète Muhammad fut doctrinale (dogmatique), spirituelle et morale. Elle fut également sociale, économique, politique, mais à un autre niveau. Pour revenir à votre passage, l’union entre émigrés mecquois et ansars (médinois) fut un acte d’amour et de fraternité, avant d’être une alliance politique. Cette union fut scellée par un pacte de fraternisation, tout juste antérieur à la Constitution de Médine, qui pour sa part, est bien un document politique régissant les rapports de l’ensemble des médinois.
 
Les propos suivants : “et cette amertume nourrissait son ambition de reconquérir sa ville natale “ vont dans le même sens et induisent que le Prophète fut un homme belliqueux, dominateur et conquérant, comme vous le titrez maladroitement. Autant d’affirmations qui ne concordent pas avec le portrait et le profil psychologique du Prophète. Ni la violence, ni l’injustice, ni le mépris, ni même l’ambition politique ne furent les ressorts de son âme. Seule la Révélation le guida dans son oeuvre et ses compagnons, qu’il ne cessait de consulter, avant chaque décision. Sa vie entière en témoigne. Encore faut-il avoir la constance et fournir l’effort de lire et d’étudier cette vie, en entier, comme il se doit 2.
 
Concernant le passage suivant : “ Mahomet se retrouva, effectivement, dans l’obligation d’avoir recours au pillage, dans le double objectif de gêner le commerce des Mecquois et de récupérer une part de leurs profits à son propre avantage” , vous ne restituez pas le contexte historique, ce qui déforme considérablement la présentation des faits. Ces détournements de caravanes correspondaient à deux objectifs. Restituer aux mouhajjirouns (les émigrés mecquois) leurs biens matériels dont les mecquois de Qoraysh s’emparèrent, des biens qu’ils durent laisser derrière-eux, à leur départ et qu’ils perdirent définitivement. Riposter aux politiques d’embargos économiques décrétées par La Mecque. Par conséquent, ces détournements de caravanes étaient légitimes et représentaient la seule alternative de survie, pour la nouvelle communauté de Médine.
 
Au sujet des relations du Prophète avec les juifs, vous parlez à juste titre, d’une détérioration progressive de ces relations. Hélas, vous évoquez, avec beaucoup de légèreté et sans mentionner de quoi précisément il s’agit, ces propos : “De fait, impitoyable, Mahomet le fut sans aucun doute, et à partir de cette époque le divorce fut consommé entre musulmans et juifs “.
 
Impitoyable, le Prophète ? Sans pitié, celui que ses prisonniers de guerre, admiraient pour son pardon et venaient grossir les rangs de sa oumma ? Sans pitié celui qui décréta, lors de son retour victorieux et triomphant à La Mecque, après 23 ans d’exil et de souffrances, l’amnistie générale et l’abandon de toutes poursuites contre les fauteurs de troubles, la population mecquoise ?
 
A la lumière de sa biographie, vos propos résonnent comme une injustice flagrante. Cela dit, je présume, et vous me le confirmerez, que vous faites référence à l’épisode qui a entrainé l’exécution de la tribu juive des Banu Qurayzah. Cet épisode ultime doit être jugé et évalué à la lumière de l’ensemble des relations judéo-musulmanes, de cette époque. De ces relations, on peut dire qu’elles évoluèrent de l’invitation au message divin, de son refus par les tribus juives (Banou Nadir, Kaynouka, Kourayzah), de la signature de pactes de non-agression, trahis pour la plupart d’entre eux par ces tribus qui préfèrent s’allier au puissant voisin mecquois, des multiples tentatives d’assassinats envers le Prophète, qui aboutirent toutes à un pardon de sa part, enfin du combat armé, dont l’une des batailles se solda par un siège et une défaite des Kourayzah. Ce siège fut décidé en réponse à la trahison des tribus juives de Médine qui étaient liés par un pacte d’assistance mutuelle avec les musulmans contre les mecquois, pacte qu’ils trahirent en se retournant contre eux, au moment de la bataille dite du Fossé. Vaincus, le sort des Kourayzah ne fut pas déterminé par le Prophète mais par un arbitre, Sa’d ibn Mu’âdh, d’une tribu allié des Kourayzah. Ces derniers acceptèrent cet arbitrage. Sa’d décida que les juifs de Kourayzah seraient jugés selon leur propre loi, celle du Pentateuque (Deutéronome, XX, 10-14), soit la peine de mort pour les hommes et la captivité des femmes. Le Prophète regretta la sévérité de ce jugement, mais il s’en était remis à cet arbitrage. On voit donc que la vérité historique est plus complexe que les récits simplificateurs qu’on en donne, parfois, dans la presse.
 
Enfin, concernant le changement d’orientation de prière, de Jérusalem à la Mecque, il intervint antérieurement, quelques années avant ces évènements (dix-sept mois après l’hégire) et n’est donc pas la conséquence de cette évolution négative. Il correspond lui-même à un changement de paradigme spirituel, révolutionnaire, au sens ou il fait retour à la foi d’Abraham, qui construisit la Kaaba. J’ajoute que le monothéisme n’est pas une invention israélite mais est beaucoup plus ancienne, que les fils d’Israël. Ni Noé, Ni Enoch, ni Abraham, pour ne citer qu’eux n’étaient juifs. Le monothéisme n’a pas commencé, ni ne s’est terminé avec le judaïsme.
 
Le dernier des monothéismes
 
Vous dites encore que “moins de dix ans furent donc nécessaires à Mahomet pour imposer l’Islam à l’Arabie tout entière” et qu’il fut le “créateur d’une nouvelle religion”.
 
Rien n’est moins vrai que cela et je regrette de vous dire, Frédéric, que l’expression imposer l’islam est en tout point étrangère à la philosophie religieuse de l’islam qui considère que la contrainte annule la foi, qu’elle ne peut produire que de l’hypocrisie religieuse, ce qui la condamne, aux yeux des textes sacrés, plus encore que l’athéisme. Si elle est étrangère à cette philosophie, elle l’est aussi en la personne de son Messager. Je vous renvoie encore, à ce sujet, aux références et aux sources biographiques.
 
L’islam n’est pas une nouvelle religion, ni le Prophète un innovateur. L’islam se présente dans le Coran lui-même comme la confirmation des Ecritures précédentes, un retour vers le monothéisme abrahamique. Seules quelques prescriptions légales et rituelles en forment la caractéristique, dont l’universalité de son statut.
 
Dernier point que je vous conteste, Frédéric, vos affirmations selon lesquelles, “le refus de la séparation du spirituel et du temporel fut, du temps de Mahomet, davantage le fruit des faits et de la situation politique arabe, puis après sa mort, de la pratique, notamment avec l’instauration du califat, que la conséquence délibérée d’un Islam "englobant", véritable idéologie à tendance totalitaire”.
 
Si les circonstances historiques jouent toujours un rôle majeur dans le destin d’un homme ou d’une religion3, elles ne déterminent pas tout et n’éludent en rien les choix, les décisions et les orientations de ces acteurs privilégiés de l’histoire.
 
La dimension politique du Prophète est un fait. Le califat qui fut établi par le Prophète lui-même est une invention politique, une institution, qui n’existait pas auparavant. Elle fait donc partie de l’héritage et de la réforme prophétique au même titre que l’ensemble de son oeuvre, quoi qu’à un niveau de moindre importance sur l’échelle des valeurs.
 
Cette globalité du message coranique, que l’on nomme shumuliyya l islam, n’infère en rien un totalitarisme, comme vous le dites. Le totalitarisme est avant toute chose un système bureaucratique , technologique et politique qui obéit à une volonté de contrôle absolu des individus. Il n’est pas déterminée fondamentalement en amont, dans une idéologie. Toute idée qu’elle soit politique, économique, religieuse ou philosophique, peut mener à ce totalitarisme. D’ailleurs, pensez-vous Frédéric, que ce n’est pas déjà le cas, au vu du fichage et du flicage permanent que nous subissons en Europe même ? Et, en dehors d’Agoravox, où aurions-nous pu mener ce débat, franc et courtois ?
 
1- Si votre comparaison part d’un bon sentiment et est dans son esprit positif, elle ne convient pas à la nature, ni idéologique, ni historique de l’islam. Elle traduit, en outre, un ethnocentrisme courant qui tend à projeter sur l’islam, la relation et le rapport au christianisme et de manière générale, à l’histoire européenne. Les choses ne sont pas vraiment comparables.
 
2- Il existe de nombreuses biographies écrites sur le Prophète. Voir “Le Prophète de l’islam, sa vie, son oeuvre”, en deux volumes du professeur Muhammad Hamidullah ou encore “La vie de Muhammad”, d’Etienne Dinet, pour en citer deux, parmi les plus prestigieuses.
 
3- Les circonstances historiques de la Révélation (asbab-an nuzul) représentent un département d’étude à part, dans les sciences du Coran, preuve qu’elles sont intégrées dans sa compréhension.
 
 
 

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180 réactions à cet article    


  • projetX projetX 5 novembre 2009 09:56

    Il faut arreter toute cette publicité autour de ces délires de religieux.

    Ces vieilles croyances, dignes du père Noel, font pitié à voir.
    De meme, votre vision des choses est faussée par votre attachement à ces dogmes.

    "celui que ses prisonniers de guerre, admiraient pour son pardon et venaient grossir les rangs de sa oumma ?« 
     »Sans pitié celui qui décréta,...., l’amnistie générale et l’abandon de toutes poursuites contre les fauteurs de troubles, la population mecquoise ?"

    Traduction :
    - les prisonniers de guerre avaient le choix entre s’enroler ou la tete coupée !
    - mohammed regne par la peur, il propose à une population entiere le pardon plutot que la mort.

    Je n’appele pas cela un homme tolérant (si jamais il a existé), mais un tyran.


    • jps jps 5 novembre 2009 10:15

      @ auteur
      pourquoi ne pas avoir apporté cette contradiction sur l’article même de Frédéric Alexandroff ? La rubrique « ajouter une réaction » est faite pour cela


      • abdelkader17 5 novembre 2009 10:31

        Toujours les mêmes réactions de « nos modernes » dont le sectarisme est la fermeture d’esprit n’est plus à démontrer,quelle belle conception de la tolérance et de la liberté d’expression,un dialogue a sens unique qui refuse les orientations intellectuelles de ce qui est étranger ,de ceux qui pensent différemment ,la laïcité mère fouettarde que voudrez nous imposer nos amis n’est rien d’autre qu’un diktat de la pensée unique,l’uniformisation des modes de vie et de pensée pour atteindre le bonheur de supermarché n’est pas finalité de tout être ,il faudrait peut être sortir de ces schémas binaires ,nous atteignons vraiment le degrè zéro de l’intelligence,quelques chiffonniers de la pensée se débattent désormais dans leur profonde ignorance ,leur inculture et leur contradiction.


        • hed 5 novembre 2009 17:31

          Il me semble que la laicité ne s’oppose point aux religions et qu’au contraire elle empeche leur instrumentalisation par les pouvoirs, je ne comprends pas, ou alors vous ne comprenez pas le vrai sens de la laicité.


        • abdelkader17 5 novembre 2009 10:40

          @Léon
          et oui je sais ça vous dépasse mais il existe en effet des savants de l’islam, tel le professeur Mohamed Arkoun et qui sont bien loin mais bien loin de reproduire les caricatures dans lesquelles vous tentez de les enfermer.
          http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_Arkoun


        • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 5 novembre 2009 10:45

          "Il vous expliquera que c’était un grand moraliste, un non-violent, un laïc dans l’âme, un grand progressiste sur le statut de femmes et un protecteur des juifs et des chrétiens..."

          Mais Léon, c’est tout à fait ce qu’écrit Alexandroff. A ceci près qu’il concède que Mahomet fut un guerrier, mais que s’il le fut, ce fut la faute à ceux qui refusèrent de l’entendre, ne lui laissant d’autre choix que la vengeance sanguinaire. Donc, pas de problème !
          Frédéric Alexandroff nous dit en effet que le Coran, contemporain du prophète, élabore une morale sociétale, est laïc (cf. réponse à Péripate), progressiste avec les femmes et tolérant...


        • abdelkader17 5 novembre 2009 10:51

          @Léon
          votre laïcité n’est qu’un petit concept Français sans importance et significations au regard des traditions mentales et intellectuelles d’autres contrées,votre provincialisme d’esprit vous enferme dans votre petit pré carré Français comme si les traditions intellectuelles Françaises et les manières de penser l’existence avait encore une quelconque résonance dans le monde,la colonisation est terminée mon ami,l’universalisme chauvin Jacobin n’a plus qu’a s’exercer sur ses sous prolétaires intérieurs discriminés.
          Ce n’est surement pas avec des types comme BHl le nouveau phare de la pensée Française,que le rayonnement de la culture intellectuelle risque de reprendre sa place.


        • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 5 novembre 2009 10:53

          Oui Léon, comme vous dites, « un peu » (mais si peu) de « perspective » « historique »... Sans toutefois mettre en cause les qualités ajointes développées par le présent auteur.

          La grippe ? Fièvre, fatigue, fébrilité, courbatures. La mienne est toute classique, je me désole de n’avoir rien d’exceptionnel à en dire. La prochaine, peut-être smiley


        • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 5 novembre 2009 11:02

          Bien vu, Léon. Comme quand Ramadan s’en réfère aux « savants » pour « défendre un islam en phase avec le monde moderne », sans jamais préciser que les « savants » en question sont des « docteurs en foi islamique ».

          J’ai lu l’excellent article que vous avez proposé en lien, hier. Il résume tout ce que je pense et m’échine à répéter ici depuis trois ans. Je le conserve en archives, merci. (Et d’ailleurs, il explicite aussi ce que j’écrivais à Alexandroff sur l’historicité du Coran et l’importance qu’il y a à la reconnaître, ce qui n’est pas une question de forme mais de fond.)


        • abdelkader17 5 novembre 2009 11:05

          @Léon
          vous êtes limité par votre petit périmètre intellectuel et vos petites certitudes , votre conception plus que fermée ce qu’on appelle l’intéllectualité et la connaissance.Vos prétentions à la vérité ne sont qu’illusions.

          René Guenon 

          Voici quelques courts extraits de son oeuvre nommée « La crise du monde moderne ».

          Le chaos social.

          (...) Cela peut sembler paradoxal à une époque de « spécialisation » à outrance, et pourtant il en est bien ainsi, surtout dans l’ordre politique ; si la compétence des « spécialistes » est souvent fort illusoire, et en tous cas limitée à un domaine très étroit, la croyance à cette compétence est cependant un fait, et l’on peut se demander comment il se fait que cette croyance ne joue plus aucun rôle quant il s’agit de la carrière des hommes politiques, où l’incompétence la plus complète est rarement un obstacle. Pourtant, si l’on y réfléchit, on s’aperçoit aisément qu’il n’y a là rien dont on doive s’étonner, et que ce n’est en somme qu’un résultat très naturel de la conception « démocratique », en vertu de laquelle le pouvoir vient d’en bas et s’appuie essentiellement sur la majorité, ce qui a nécessairement pour corollaire l’exclusion de toute véritable compétence, parce que la compétence est toujours une supériorité au moins relative et ne peut être que l’apanage d’une minorité.

          (...) Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s’il n’y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu’ils se sont attribué eux-mêmes ; mais la grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel » : c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé : nous ne savons plus qui a parlé de "fabriquer l’opinion", et cette expression est tout à fait juste, bien qu’il faille dire, d’ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat. Cette dernière remarque donne sans doute la raison pour laquelle l’incompétence des politiciens les plus « en vue » semble n’avoir qu’une importance très relative ; mais, comme il ne s’agit pas ici de démonter les rouages de ce qu’on pourrait appeler la « machine à gouverner », nous nous bornerons à signaler que cette incompétence même offre l’avantage d’entretenir l’illusion dont nous venons de parler : c’est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent apparaître comme l’émanation de la majorité, sur n’importe quel sujet qu’elle soit appelée à donner son avis, est toujours constituée par les incompétents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes qui sont capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause.


          Une civilisation matérielle.

          (...) On dira que ces hommes sont peu nombreux aujourd’hui, et on se croira autorisé par là à les tenir pour quantité négligeable ; là comme dans le domaine politique, la majorité s’arroge le droit d’écraser les minorités, qui, à ses yeux, ont évidemment tort d’exister, puisque cette existence même va à l’encontre de la manie « égalitaire » de l’uniformité. Mais, si l’on considère l’ensemble de l’humanité au lieu de se borner au monde occidental, la question change d’aspect : la majorité de tout à l’heure ne va-t-elle pas devenir une minorité ? Aussi n’est-ce plus le même argument qu’on fait valoir dans ce cas, et, par une étrange contradiction, c’est au nom de leur « supériorité » que ces « égalitaires » veulent imposer leur civilisation au reste du monde, et qu’ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien ; et, comme cette « supériorité » n’existe qu’au point de vue matériel, il est tout naturel qu’elle s’impose par les moyens les plus brutaux. Qu’on ne s’y méprenne pas d’ailleurs : si le grand public adopte de bonne foi ces prétextes de « civilisation », il en est certains pour qui ce n’est qu’une simple hypocrisie « moraliste », un masque de l’esprit de conquête et des intérêts économiques : mais quelle singulière époque que celle où tant d’hommes se laisse persuader qu’on fait le bonheur d’un peuple en l’asservissant, en lui enlevant ce qu’il a de plus précieux, c’est-à-dire sa propre civilisation, en l’obligeant à adopter des moeurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l’astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! Car c’est ainsi : l’Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivre  ; comme la quantité seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous le sens est d’ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s’agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu’un « paresseux » ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n’y a qu’à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans les milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n’y a plus de place pour l’intelligence ni pour tout ce qui est purement intérieur, car se sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent : il n’y a de place que pour l’action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification. Aussi ne faut-il pas s’étonner que la manie anglo-saxonne du « sport » gagne chaque jour du terrain : l’idéal de ce monde, c’est l’« animal humain » qui a développé au maximum sa force musculaire ; ses héros, ce sont les athlètes, fussent-ils des brutes ; ce sont ceux-là qui suscitent l’enthousiasme populaire, c’est pour leurs exploits que les foules se passionnent ; un monde où l’on voit de telles choses est vraiment tombé bien bas et semble bien près de sa fin. (...)


        • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 5 novembre 2009 11:07

          Notre « petit concept français de laïcité », dixit Abdelkader, est un trésor national qu’il convient de choyer parce qu’il garantit la concorde versus la fragmentation confessionnelle façon Liban.

          Mais Abdel abomine la laïcité comme il abomine les valeurs qu’il juge « sionistes » et « impérialistes », espérant que la gauche française finira par s’en remettre à l’islam politique et social en lutte contre le capitalisme mondial. Rengaine...


        • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 5 novembre 2009 11:10

          Vous entendez, Léon ? Vous êtes limité intellectuellement. Convertissez-vous...


        • abdelkader17 5 novembre 2009 11:12

          @Léon
          qu’est ce que la science ? doit elle se limiter au périmètre du profane ?


        • abdelkader17 5 novembre 2009 11:20

          @Cosmic
          Vous faite preuve de bien peu d’intelligence pour atteindre les bas fonds voir le caniveau ,la laïcité est un concept Français rien de plus,qui n’est pas universellement transposable.
          Pourquoi voulez me diriger vers les sentiers de l’impérialisme et du sionisme est ce que j’en ai fais mention ?je ne suis aussi stupide que vous , je sais encore faire la part des choses.


        • Gazi BORAT 5 novembre 2009 11:37

          « Fragmentation confessionnelle du Liban »

          Ce qui est curieux, concernant le Liban, c’est que sa constitution fut élaborée du temps d’un mandat sur le pays d’une puissance coloniale très laïque..

          Les responsabilités politiques étaient ainsi réparties selon l’appartenance confessionnelle..

          Vérité d’un côté de la Méditerranée, erreur en deçà ?

          gAZi bORAt


        • abdelkader17 5 novembre 2009 11:43

          « Vous n’avez qu’à considérer l’état pitoyable de la pensée dans les pays musulmans pour vous en convaincre. »
          Est ce que l’islam est responsable de l’autoritarisme des potentats du monde arabe ?
          Des sociétés ou la pluralité n’existent pas, ou les courants de pensée divergents,discordants contradictoires sont exclus voir réprimés par le pouvoir,ou les associations sont interdites ou le seul lieu de contestation radical est la mosquée.
          Ce n’est l’islam qu’il faut incriminer mais ces politiques erratiques, faites de népotisme et de corruption,vous cédez aux modes intellectuelles aux représentations dominantes et convenues de l’orient ,vous ne faite que véhiculer le mythe du choc des civilisations.
          Il ne suffit d’aller chercher l’échec des sociétés dans la culture et la religion, c’est trop simpliste, c’est une marque de confort intellectuel rien de plus et que faite vous donc du critère déterminant de l’économie ?


        • samir 5 novembre 2009 11:45

          @Leon MDRR

          a l’ethnocentrisme typiquement francais personnalisé dans les posts de Leon....

          la laicité seul modele social viable ? il sera adopté par tous le monde ??

          allez donc dire ca aux americains ou aux english ils vont vous rire au nez lollllll

          sans laicité d’autres pays s’en sortent tres bien...

          faut arreter ca rend sourd a ce qui parait


        • ZEN ZEN 5 novembre 2009 11:53

          « la laïcité est un concept Français rien de plus, »

          Non, la laïcité est un concept universel, bien que d’apparition tardive et d’expression limitée
          Il est une condition indépassable du vivre ensemble, de la coexistence pacifique des croyances variées, pour les contenir dans l’espace privé, la tolérance mutuelle
          Ne pas confondre concept (idéal) et réalité (culturelle)
          Les deux peuvent entrer en conflit


        • Gazi BORAT 5 novembre 2009 12:05

          L’Italie se voit sommée aijourd’hui par le Conseil de l’Europe de retirer les crucifix de ses salles de classes et d’abroger le décret loi de 1924 stipulant que doivent être arboré sur l’établissement le drapeau italien.. et à l’intérieur des salles crucifix et effigie du roi..

          Au nom d’une idée laïque ?

          Que nenni.. Au nom de la « liberté religieuse »..

          Telle serait ainsi la tendance au sein de l’U.E.

          gAZi bORAt


        • samir 5 novembre 2009 12:06

          la laicité est francaise ? elle a surement du etre miose en application a différrentes periodes de l’histoire evite de te mentir a toi meme l’ethnocentrisme peut etre temporel...

          non je ne crois pas que les british lorgnent du coté du systeme francais...ni les americains
          quand aux scandinaves encore moins c’est plutot la France qui devrait apprendre d’eux...et ce sur bien des points parfois c’est bien de remettre les gens a leur place...


        • abdelkader17 5 novembre 2009 12:32

          @Léon
          Ne prenez pas le mauvais exemple de bédouins « rigoristes » assis sur des puits de pétrole.
          L’exemple de la Tunisie est très éclairant des modes de représentation occidentales,régime montré en occident comme l’exemple même de l’accession à la modernité en fait un travestissement pur et simple d’une réalité donnée.

          Tunisie : Le pays du jasmin, le miroir déformé de l’occidenthttp://www.renenaba.com/?p=1840

        • jps jps 5 novembre 2009 13:25

          @abdelkader 17
          vous écrivez : « votre laïcité n’est qu’un petit concept Français »

          Doit-on en conclure que vous n’êtes pas français ?


        • abdelkader17 5 novembre 2009 13:44

          @JPS
          Je ne comprend pas ou vous voulez en venir .


        • abdelkader17 5 novembre 2009 15:04

          @Vilistia
          hahaha
          le coup des radiateurs excellent.


        • jps jps 5 novembre 2009 16:19

          @abdelkader17

          vous ne comprenez pas ?

          répondez à ma question au moins

          elle vous dérange cette question ? Pourquoi vous dérange t-elle ?


        • abdelkader17 5 novembre 2009 16:29

          @JPS
          je la trouve stupide tout simplement.


        • jps jps 5 novembre 2009 16:43

          @abdelkader17

          belle dérobade
          avez vous honte de répondre ?


        • abdelkader17 5 novembre 2009 16:46

          @JPS
          Abdelkader est Français descendant de colonisés et vit en France ça vous convient.


        • jps jps 5 novembre 2009 16:51

          @abdelkader17

          alors si vous etes français
          pourquoi écrire : «  »votre laïcité n’est qu’un petit concept Français« 
           il suffisait d’écrire »« votre laïcité n’est qu’un petit concept »
          mais, dans votre critique, vous avez éprouvé le besoin de le qualifier de « Français »

          révélateur, n’est-ce pas ?
          les lecteurs apprécieront


        • abdelkader17 5 novembre 2009 16:55

          @JPS
          pourquoi c’est interdit ?
          les fines déductions de notre ami JPS,qu’ils apprécient ou pas je m’en tape comme de ma première chemise avec les saloperies déversées ici je devrais en plus faire allégeance à votre chapelle, faut pas pousser le bouchon l’ami.


        • Frédéric Alexandroff Frédéric Alexandroff 5 novembre 2009 18:04

          « Mais Léon, c’est tout à fait ce qu’écrit Alexandroff. A ceci près qu’il concède que Mahomet fut un guerrier, mais que s’il le fut, ce fut la faute à ceux qui refusèrent de l’entendre, ne lui laissant d’autre choix que la vengeance sanguinaire. Donc, pas de problème !
          Frédéric Alexandroff nous dit en effet que le Coran, contemporain du prophète, élabore une morale sociétale, est laïc (cf. réponse à Péripate), progressiste avec les femmes et tolérant... »

          Preuve s’il en fallait une que Cosmic n’a pas lu mon article, ou l’a lu à la lumière de ses préjugés.


        • ELCHETORIX 5 novembre 2009 18:45

          ah leon , vous citez les émirats et l’arabie séoudite avec leurs « esclaves » qui viennent du bengladesh , de l’inde et ailleurs pour construire des tours de « babel » , dans des conditions de tfavail « très humaines » par 50° à l’ombre !
          pendant ce temps ces « cultivés » d’émirs s’achètent comme jouets des roll - royces de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel .
          UN PIB n’est pas le porte-drapeau d’une « démocratie  » , que nenni !
          votre commentaire est nul et non avenu , surtout avec votre « suffisance » et vos « connaissances » .
          Un peu d’humilité ne ferait pas de mal en ce site .
          Hasta la victoria siempre !
          RA


        • ladhraa ladhraa 5 novembre 2009 21:14

          @Léon
           je sens que vous étes pris de panique quand Abdelkader dit la vérité pour corriger des mensonges intentionnés .Avez vous lu un écrit honnéte sur le Coran ou le Prophète Mohamed non ? ou bien c’est l’influence de certains malades politiciens ou journalistes en quéte de reconnaissances par les médias et les urnes.


        • DESPERADO 5 novembre 2009 23:26

          Par contre on peut appeller un docteur es cretinisme « Léon ».
          Sacré Léon,


        • monbula 6 novembre 2009 08:06

          Leon

          Je pense que vous êtes athée et que si vous subodorez que les religions viendraient à disparaître, il se pourrait que les mouvements sectaires prendraient le dessus. Sectes moins faciles à surveiller ....


        • tourn en ron 27 mars 2010 17:19

          laicité+ français =le monde, non ,la colonisation ideologique capitalo-occidentale sa marche pas le monde grandis mais sans vos connerie vous allez vous faire bouffé par d’autre que les musulman plus sournois plus nombreux et qui eus seront dangereux pour la france est oui vous préférer parler des musulman pour ne pas voir ce qui va arriver ce voilé la face pour ne pas faire dans sont froc mais ils avance avance dans l’ombre doucement mais surement allez pecnot ciao et ci tu veut savoir qui cherche tous seule au lieu d’avoir des réactions qui sont vide de sens du moins pour un esprit éclairé ils n’y a que les petit nazillon qui doivent aimer tes réactions


        • Gollum Gollum 5 novembre 2009 10:44

          J’ajoute que le monothéisme n’est pas une invention israélite mais est beaucoup plus ancienne, que les fils d’Israël. Ni Noé, Ni Enoch, ni Abraham, pour ne citer qu’eux n’étaient juifs. Le monothéisme n’a pas commencé, ni ne s’est terminé avec le judaïsme.


          On peut en dire autant de l’Hindouisme souvent présenté comme un polythéisme ce qui est une idiotie, puisque le principe suprême s’appelle le Brahman et qu’il est unique.

          • amipb amipb 5 novembre 2009 11:27

            En fait, l’hindouisme est à la fois un monothéisme, dans le fond, et un polythéisme, dans la forme. Il n’y a quasiment pas de rites ou de croyances autour de Brahman, qui n’a de valeur que par son principe originel et la transmission des Vedas au travers des mystiques (rishis). Krishna, Shiva, Ganesh, etc. sont, par contre, quotidiennement vénérés au travers d’un grand nombre de rites.


          • Gollum Gollum 5 novembre 2009 13:50

            A amipb : oui, cela est vrai. Mais on a un peu la même chose dans le Christianisme où les gens ont une dévotion pour tel ou tel saint, le Christ ou la Vierge.. Ce polythéisme est plus le fait du peuple que des élites. Il correspond aussi au fait que l’Hindouisme respecte plus les diversités avec une pluralité de voies d’approche du divin.. Mais une fois arrivé au sommet, le Libéré Vivant ne connaît plus que l’Un.


            Cette accusation de polythéisme par nos élites occidentales n’est d’ailleurs pas innocente. Elle consiste à discréditer l’Hindouisme dans l’esprit des gens afin de faire du monde judéo-chrétien le seul « inventeur » du monothéisme. Les Églises chrétiennes ne supportant pas la concurrence dans ce domaine. Et nos universitaires agnostiques préférant faire accroire à une évolution progressive allant du polythéisme au monothéisme, de façon à faire accroire à une pure invention intellectuelle de toutes les choses religieuses... 

          • Alpo47 Alpo47 5 novembre 2009 10:49

            Judaisme, Christianisme, Islam... toutes ces religions ont 50, 20, 15 siècles. Des livres ont été écrits, souvent avec retard, par des auteurs plus ou moins bienveillants, soucieux de vérité ou de transformation, traduits, re-re-traduits ... et ne rapportent plus grand chose de ce qui s’est réellement passé.

            La plupart d’entre nous, avons vécu à l’école primaire l’expérience d’aligner un groupe d’enfants, de donner une information au premier et de lui demander de faire passer... Le message rapporté par le dernier n’avait plus qu’un lointain rapport avec la première mouture.

            Comment peut on, tout de temps passé, se disputer sur des mots, des interprétations, des « compréhensions » ?

            Diviser pour régner. Nos « maitres » sont contents.

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