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Maradiaga sera-t-il le prochain secrétaire d’État du Vatican ?

Le poste le plus important au Vatican, après celui du Pape, c'est celui de Secrétaire d'État. Pas surprenant que les pays qui souhaitent avoir une influence déterminante sur les destinées et les orientations sociales, politiques et économiques de l'État du Vatican y mettent toute leur influence pour que se soit le candidat de leur choix. Dans le cas présent, la candidature du cardinal Maradiaga répondrait bien aux attentes de Washington. Il a, comme on dit, le profil pour répondre aux attentes de Washington et de toute l'aile droite de l'Église. Sous des apparences d'ouverture pour les pauvres et les prophètes de la théologie de libération, il demeure foncièrement un fidèle allié pour les premiers.

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Le pape François avec le cardinal Madariaga du Honduras
 
Religion digitale, portail d’information religieuse d’Espagne et du monde nous fait part que le cardinal Maradiaga, cardinal du Honduras, Amérique centrale, serait le candidat favori du pape François pour occuper le poste de Secrétaire d’État.

EN QUOI CONSISTE CETTE FONCTION ?

La nomination du futur Secrétaire d’État du Vatican sera certainement l’une des plus importantes nominations qu’aura à faire le pape François. Il est celui qui agit comme véritable premier ministre de la gouvernance de cet État avec ses divers ministères (dicastères) et représentations internationales. Il est, à toute fin pratique, celui qui en contrôle les véritables pouvoirs politiques.

« Conformément aux articles 45-47 de la Constitution Pastor Bonus, la Section pour les Relations avec les États, ou Seconde Section, a pour mission propre de suivre les questions qui doivent être traitées avec les gouvernements civils. Relèvent de sa compétence les relations diplomatiques du Saint-Siège avec les États, y compris l'établissement de Concordats ou d'accords similaires, la représentation du Saint-Siège auprès des conférences et des organismes internationaux ; dans des circonstances particulières, sur mandat du Souverain Pontife et après consultation des Dicastères compétents de la Curie, la préparation des nominations dans les Églises particulières, ainsi que la constitution de ces dernières ou leur modification ; les nominations des Évêques dans les pays qui ont conclu avec le Saint-Siège des traités ou des accords de droit international, en collaboration avec la Congrégation pour les Évêques. »

Une nomination, comme on peut facilement le soupçonner, qui intéresse au plus haut point Washington qui a eu, jusqu’à maintenant des relations privilégiées avec les autorités vaticanes, tout particulièrement, avec Jean-Paul II et Benoît XVI. D’ailleurs, ses représentants sont bien présents dans les jeux de coulisse et les influences, toutes, plus subtiles les unes que les autres, sont souvent couronnées de succès. Le pape François parviendra-t-il à s’en distancier ?

QUI EST OSCAR ANDRES RODRIGUEZ MARADIAGA ?

Selon Wikipedia « ses positions de lutte contre la pauvreté, et son engagement doctrinaire traditionnel en font un des papabili à la mort de Jean-Paul II ; il aurait obtenu 3 votes en sa faveur au conclave d'avril 2005.

En 2007, il est nommé à la tête de Caritas Internationalis par Benoît XVI.

Il était considéré par beaucoup comme un successeur très crédible de Benoît XVIV. Il exprime sa considération pour la valeur de la théologie de la libération et son apport pour la défense des pauvres, estimant que le cardinal Ratzinger l'a encouragée tout en concédant qu'elle a connu des problèmes doctrinaux qui « ne sont pas le cœur » de cette théologie4.

Toutefois, son attitude face au coup d'État de 2009 au Honduras a suscité polémiques et interrogations5.

Il préconise un renouveau de l'organisation et du fonctionnement de l'Église catholique, selon lui trop centralisée et éloignée des préoccupations des gens, en particulier des plus humbles : « Si l'Église s'éloigne du monde, elle se vide »6.

Toujours considéré comme papable lors de la renonciation de Benoît XVI, il participe aussi au conclave de 2013 qui élit le pape François. Celui-ci le nomme à la tête d'un groupe de huit cardinaux chargés de la révision de la Constitution apostolique « Pastor Bonus » sur la Curie Romaine7. »

  • Passionné d'aviation, il a piloté dès l'âge de 14 ans.
  • Il a étudié le piano au conservatoire, joué dans un orchestre, enseigné la musique au grand séminaire8.

Il parle 5 langues en plus de l'espagnol : l'anglais, l'italien, le français, l'allemand et le portugais.

QUE PENSER DE SON ÉVENTUELLE NOMINATION À CE POSTE ?

Ce n’est un secret pour personne que les deux derniers pontificats, ceux de Jean-Paul II et de Benoît XVI, ont amplement permis de procéder aux nominations importantes qui correspondaient le mieux à leurs orientations politiques et doctrinales. Ce sont justement ces dernières que l’arrivée du pape François est en voie de bouleverser.

D’abord, sur le plan politique, le Vatican s’aligne avec les politiques de WASHINGTON, tout particulièrement en Amérique latine, bassin le plus important de la chrétienté. Cet alignement a eu pour effet d’éloigner des centres décisionnels de l’Église les porteurs d’une pensée plus évangéliques et plus sensibles aux impératifs de justice, de vérité, de solidarité. La théologie de la libération a été mise au pilori des accusés et ses prophètes, comme Ernesto Cardenal, les frères Boff et bien d’autres, rappelés à l’ordre de l’autorité. Pour ces gens en autorité, ces orientations et ces prophètes sont communistes.

Ainsi le discours officiel de l’Église se garde bien de confronter les puissances dominantes du continent sur les questions fondamentales de justice sociale, de domination et d’exploitation. Le discours demeure au niveau des grandes considérations humaines sans vraiment entrer dans le vif des débats de société et mettre des noms sur les véritables causes. En ce sens, dire que le cardinal Maradiaga est un sympathisant de la théologie de libération est comme dire que Michelle Bachelet du Chili est une socialiste ou que François Hollande, président français, est également un socialiste. Il ne s’agit que d’une marque de « marketing » qui fait bien dans certaines circonstances. Il ne faut pas oublier que celui qui a présidé à sa consécration comme évêque n’est nul autre le cardinal du Nicaragua un fier allié de Washington contre le gouvernement sandiniste.

Maintenant, sur le plan de la doctrine, le discours parle beaucoup de Dieu, de la nécessité de le mettre dans nos vies. On parle également beaucoup de l’Église et de ses institutions, mais peu des Évangiles et des hommes et des femmes qui vivent dans l’enfer de la misère et des tirailles des dictatures militaires. En somme un discours sans âme et sans corps. Un discours dont le pape François essaie de sortir l’Église.

Dans ce contexte, le cardinal Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, n’échappe pas à cette vision des choses. S’il parle de pauvreté, il n’en identifie pas les causes. S’il parle de la foi, il s’en tient au discours qui permet à peu près toutes les interprétations, « mettre Dieu dans sa vie », pratiquer les sacrements, ne pas rechercher la consommation pour la consommation, etc.

Dans une homélie récente au Honduras il disait ceci :

« Nous avons besoin d’être soigné non seulement parce qu’il y a dengue et beaucoup d’autres épidémies du genre, mais parce que nous avons besoin de guérison pour ceux qui vivent sans eucharistie et pour cela il nous faut prendre des engagements.

En ce sens, c’est seulement en inculquant la foi et l’amour de Dieu à ses enfants que le monde pourra être différent, alors que nous vivons dans une société de consommation, tout ce dont on parle est du pouvoir d’achat et celui qui ne l’a pas est comme s’il n’existait pas.

Dieu nous ne nous a pas fait cadeau de la vie pour faire de l’argent, ni pour consommer. C’est pour cela que la vie perd tout son sens. »(la traduction de l’espagnol au français est de moi)

Quelqu’un qui écoute ou lit cela est en droit de se demander à qui il parle. S’adresse-t-il aux oligarchies dominantes de la société hondurienne ? S’adresse-t-il aux travailleurs au service des grands propriétaires des terres et des industries ? S’adresse-t-il à ces groupes qui remettent en question le système qui tient la grande majorité de la population dans la misère, l’esclavage, la domination ? À qui s’adresse ce cardinal du haut de sa chaire ?

C’est un discours qui s’adresse comme à tout le monde, mais dont tout le monde ne peut en l’être l’objet. Un discours qui porte sur le générique et sur l’institution ecclésiale à travers un vocabulaire non compromettant.

Avec de pareils discours, les oligarchies et Washington peuvent dormir tranquille.

En 2009, suite au coup d’État militaire du 28 juin, j’ai découvert ce cardinal, complice avec les oligarchies honduriennes, de ce renversement du président Celaya, élu démocratiquement par le peuple. Il a participé aux rencontres préparatoires devant conduire à ce bris des institutions démocratiques.

Il ne pouvait ignorer que le référendum sollicité par le président Celaya ne comportait aucune intention de sa part de demander un second mandat. C’était même impossible dans les circonstances qu’il en fut ainsi.

Il ne pouvait ignorer que la signature au bas de la lettre de démission du soi-disant Président, était une falsification de la signature de ce dernier. 

Il savait que les Etats-Unis, à travers sa base militaire au Honduras et son ambassadeur, étaient directement impliquées dans ce coup d’État.

Pendant toute la période de répression qui a suivi, il s’est fait bien silencieux. Des journalistes ont été assassinés et des dirigeants syndicaux éliminés. On ne l’a pas vu s’élever contre des militaires et ces élites qui menaient l’État comme bon leur semblait. Pour un sympathisant de la théologie de libération, ils s’est fait bien silencieux sur le sort réservé au peuple et sur les privilèges récupérés par les oligarchies.

Je vous réfère à un article, écrit sur le sujet en juillet 2009. J’y ajoute également celui d’un montage en faveur du cardinal Maradiaga en reconnaissance pour sa grande contribution humaine. Ce dernier événement a dû être annulé en raison des protestations des milieux sociaux et intellectuels.

De cela on ne parle que très peu. Il y a comme une campagne de promotion du candidat Maradiaga pour occuper le poste de Secrétaire d’État du Vatican.

CONCLUSION

Je fais mien ce vieux dicton qui dit que l’on ne fait pas du neuf avec du vieux. Le cardinal Maradiaga n’y fait pas exception. Il fait partie de cette école d’une Église au service de l’Empire et d’une Institution ecclésiale qui ne saurait gêner les politiques et interventions de l’Empire. Pour ce faire, le Dieu qui y trône est un Dieu suffisamment lointain et individuel qui préfère la morale institutionnelle à la morale évangélique.

Si le cardinal Maradiaga sait parler de pauvreté, il ne semble pas en être particulièrement dépendant. S’il pilotait dès l’âge de 14 ans un avion dans ce Honduras très pauvre de l’Amérique centrale, c’est sans doute que son milieu familial le lui permettait. Parler des pauvres et en être, sont deux choses bien différentes. Nous avons connu un François d’Assise qui a tout laissé, mais il ne semble pas que ce soit son cas.

Pour moi, si cette nomination se confirmait, ce serait une bien mauvaise nouvelle pour lune Église au service des impératifs évangéliques, comme le souhaite le pape François.

Pour Washington et tous ses alliés, ce serait une très bonne nouvelle. Ce serait la continuité de sa main mise sur les destinées et orientations de l’État du Vatican.

Pour le pape François, ce serait une épine dans les pieds qui lui rendrait la vie bien difficile, surtout s’il veut vraiment ouvrir les portes de l’Église pour aller retrouver les plus démunis et les laissés pour compte. Le message ne peut plus être : « courage, Dieu vous aime et ne vous abandonnera pas. » Ce temps est périmé. Nous en sommes : « Jésus de Nazareth et son Esprit sont avec vous, poursuivez vos luttes pour la justice, la vérité, la solidarité, la compassion. La victoire est assurée en ce Jésus qui a vaincu le mensonge et tout ce qui l’accompagne. »

Ça sent la campagne électorale.

 

Oscar Fortin

Québec, le 15 juin 2013

http://humanisme.blogspot.com

http://humanisme.blogspot.ca/2009_06_01_archive.html

http://humanisme.blogspot.ca/2009/06/la-democratie-la-bonne-et-la-mauvaise.html

http://humanisme.blogspot.ca/2009_07_01_archive.html

http://centpapiers.com/d’un-changement-de-souliers-a-un-changement-de-mentalite/

 


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3 réactions à cet article    


  • Tall 30 juillet 2013 21:19

    non            


    • BOBW BOBW 30 juillet 2013 21:40

      Ce cardinal défenseur des capitalistes a-t-il oublié la parole de son christ ?? :

      « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu »

      • oscar fortin oscar fortin 31 juillet 2013 12:47

        En janvier 2010, suite à l’élection du nouveau président Porfirio Lobo, au profil oligarchique acceptable, le cardinal Maradiaga a ces mots d’encouragement lors de la messe d’assermentation :

        « Réjouissez-vous, chers frères et chères sœurs, vous qui êtes appelés à diriger ce pays. Dieu vous a choisis, car Dieu bénit le Honduras ».

        « Nous voulons que règnent parmi nous la communion, la fraternité, la réconciliation et la paix ».
        « Nous nous réjouissons dans le Seigneur quand un Hondurien respecte un autre qui pense différemment, quand nous ne nous traitons pas comme des ennemis, mais comme des frères, quand nous nous regardons dans les yeux et nous reconnaissons le fils de Dieu, du même père, du Honduras et de Notre-Dame de Suyapa ».
        « Nous sommes pleins d’espérance, car nous savons que l’humanisme chrétien guidera cette nouvelle étape du Honduras, et souhaitons pouvoir tous collaborer à ce projet pour le bien de la nation ».

        Voilà bien un discours qui mériterait à lui seul une analyse approfondie. Toutefois, on peut se poser dès maintenant une question de fond. Pourquoi n’avoir pas tenu ce discours aux oligarchies et aux putschistes avant qu’ils commettent leurs crimes en juin 2009 ? Loin de là, il suggère même que les élus de Dieu, que sont les nouveaux dirigeants oligarchiques, sont les authentiques porteurs de l’humanisme chrétien et que les autres, ceux qui les ont précédés, n’étaient ni les élus de Dieu, ni les porteurs de l’humanisme chrétien. De quoi faire réfléchir sur l’idéologie qui le guide.

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