La population mondiale compte environ 2,5% d’athées (environ 160 millions d’individus), 12% d’agnostiques (ni athées ni croyants) et 85,5% de personnes adhérant à une religion (source). Ces statistiques doivent évidemment être relativisées dans la mesure où parmi les croyants, il n’est pas fait distinction entre ceux ayant effectivement accompli une démarche personnelle et ceux, sans doute beaucoup plus nombreux, qu’on comptabilise comme adhérant à la religion de leurs ancêtres, pour des raisons ethnique et culturelle. Beaucoup de « Non Dit », donc, qui s’explique sans doute par le fait que la Question de Dieu relève, avant tout et après tout, d’un questionnement individuel, mais également par le fait que, bien souvent, les échanges sur ce sujet tournent davantage à la caricature qu’à une vraie argumentation. Pour essayer d’y voir un peu plus clair, ce billet présente les différentes conceptions du monde qui sous-tendent telle ou telle réponse à ce questionnement, avec quelques commentaires qui n’engagent que l’auteur, en fin d’article.
Il existe quatre conceptions du monde : l’athéisme, l’agnosticisme, le déisme et le théisme.
La conception athéiste consiste à nier l’existence de Dieu et de toute autre forme de divinité. Selon cette conception, l’univers est le produit du Hasard et, dans cet univers, l’apparition de l’Homme sur terre n’est qu’une anomalie exceptionnelle dans l’histoire des mutations génétiques. En effet, l’Homme a, en fin de compte, les mêmes besoins que l’animal pour vivre, c’est-à-dire : s’alimenter, dormir, se reproduire, prendre du plaisir, se soigner… Et s’il se distingue de l’animal, c’est uniquement par ses besoins culturels et spirituels, qui sont liés à la créativité particulière du cerveau de l’Homme. Cette créativité, elle-même, n’a nulle autre finalité que de satisfaire les objectifs "animaux" de l’Homme, à travers la connaissance et l’innovation technique. Quant à l’autre particularité distinctive de l’Homme, par rapport à l’animal, qui est sa conscience, elle ne constitue, pour l’athée, qu’un artifice naturel du cerveau de l’Homme, ayant pour fonction de réguler ses relations avec ses semblables ; l’Homme naturellement craintif n’aime pas s’exposer aux risques que les autres peuvent lui faire courir s’il empiète sur leurs intérêts, et c’est surtout pour cette raison qu’il fait appel à sa conscience dans ses relations sociales.
La deuxième conception du monde est l’agnosticisme, fondé sur le doute quant à la création de l’univers par Dieu, tant que l’existence de Dieu n’est pas prouvée scientifiquement. C’est un peu la case de réponse "Indécis/ sans opinion" à la question de l’existence de Dieu et ce, pour cause d’impossibilité de trancher scientifiquement cette question.
La troisième conception, dite déiste, consiste à admettre que l’univers est bien l’œuvre de Dieu, mais que, depuis cette création, Dieu n’y intervient jamais et n’a pas le moindre égard pour ce que ces "poussières dans le cosmos" que sont les Hommes, peuvent faire de leur vie. De ce fait, le déiste ne croit ni aux révélations ni aux miracles et pense que le fait que l’Homme croit en Dieu ou n’y croit pas, fasse le bien ou le mal, ne change strictement rien à sa destinée ultime et définitive qui ne peut être, rien d’autre, que la mort. Néanmoins, le déiste tâchera pour son propre intérêt de rester dans "le bien" et il peut même éprouver l’envie de se relier avec Dieu spirituellement, par les moyens qui lui semblent appropriés. Et même si cette spiritualité lui procure du bien, le déiste reste convaincu que cet état de fait ne peut découler que du fonctionnement de son propre cerveau et de ses propres facultés émotives, et non d’une quelconque attention de Dieu à son égard.
Enfin, la quatrième conception est le théisme, selon lequel l’univers a été crée par Dieu (ou plusieurs Dieux, pour les polythéismes) qui en assure et suit constamment le fonctionnement. Le théisme recouvre trois formes : le panthéisme, le polythéisme et le monothéisme. Le panthéisme est un théisme philosophique et non religieux ; il consiste en une philosophie à la fois naturaliste et créationniste, qui considère que Dieu est la nature et vice versa. Selon cette philosophie, tout ce qui existe, n’existe pas seulement par Dieu mais en Dieu. Dieu n’est donc pas un créateur qui transcende le monde mais Il lui est essentiellement immanent (Certains principes panthéistes sont très présents dans la tradition Hindoue).
Quant au monothéisme, il est fondé sur le principe de l’existence d’un Dieu unique qui a créé l’univers pour une raison bien précise. Celui des religions dites Abrahamiques (Judaïsme, Christianisme, Islam) est l’une des formes de religion les plus répandues dans le monde. Ce monothéisme affirme aussi bien la transcendance que l’immanence du Dieu Unique et s’appuie sur les révélations (Torah, Evangile, Coran) - et le cas échéant les miracles - par lesquels Dieu s’est fait connaître à l’Homme à travers ses Envoyés et Prophètes, de même qu’Il a, par ce moyen, fait connaître à l’Homme ce qu’Il aime et ce qu’Il déteste chez ses créatures. Ces religions ont donc en commun un double principe ; la croyance en un Dieu unique et la soumission à la Loi divine, en ce sens que toutes les créatures de Dieu sont soumises à sa Loi, soit de gré soit de force. Le vrai croyant, se référant à l’une ou l’autre de ces religions, est, donc, celui qui accepte librement de se soumettre à son Créateur, en un acte d’amour et en toute intelligence. Dés lors, cette soumission devient salutaire, en ce sens qu’elle permet au croyant d’entrer dans la paix de Dieu, une fois qu’il accède à la paix intérieure par la guidée divine et l’effort individuel de prière, de compréhension et d’observation de la Loi divine.
Telles sont, en résumé, les différentes conceptions du monde qui sous-tendent généralement la réponse à la Question de Dieu, dont le thème central revient finalement à s’interroger sur la cause qui est derrière la création de notre univers. Et ce questionnement est d’autant plus sensé que cette création a été prouvée scientifiquement et, même, datée avec grande précision, au cours du siècle dernier. Dés lors, la Question de Dieu requiert un changement d’approche, dans le sens d’une conciliation de la science et de la foi au lieu de continuer à les opposer. Cela est d’autant plus indiqué que le monothéisme Abrahamique est, parmi les conceptions du monde précitées, le seul à présenter une "revendication" de cette création de l’univers "par Dieu" .Et cette "revendication" est transcrite dans les Ecritures révélées (Bible, Coran) avec, d’ailleurs, d’autres informations sur la création et les phénomènes naturels.
A moins, donc, que ces Ecritures n’offrent pas assez d’informations vérifiables de ce type ou que ces informations n’aient été modifiées dans les textes originaux par les Hommes, un rapprochement avec les résultats issus de la science moderne permet d’avoir une idée précise du niveau de crédibilité de ces Ecritures. Or, il se trouve que le Coran a été parfaitement conservé dans sa version originelle, révélée il y a plus de 1400 ans, et contient de nombreuses réflexions sur les phénomènes naturels (plus d’un millier de versets), tout à fait vérifiables scientifiquement, allant de la création des cieux et de la terre à la reproduction de l’Homme en passant par les étoiles, l’atmosphère, les montagnes, les mers, le règne animal ou encore le règne végétal. Et force est de constater qu’au lieu de relever dans le Coran ne serait-ce qu’une infime trace de l’ignorance "scientifique" qui régnait à l’époque de sa révélation, on note plutôt la concordance de ces réflexions avec les découvertes les plus récentes de la science moderne (voir par exemple l’ouvrage de Maurice Bucaille « la Bible, le Coran et la Science – Les écritures saintes examinées à la lumière des connaissances modernes »).
En réalité, ces spécificités du Coran sont non seulement largement ignorées, faute d’une lecture en profondeur du texte Coranique, mais donnent souvent lieu à de mauvaises interprétations et à des confusions chez le grand public ; Dieu n’a privilégié aucune des trois religions de Moïse, de Jésus et de Muhammad, par rapport à une autre ; elles relèvent, toutes, du même monothéisme d’Abraham et avaient pour mission de s’inscrire dans la continuité à se référer au même Dieu unique et à la même Loi divine. Sauf qu’il ne faut pas perdre de vue que les textes révélés de la Bible n’avaient pas la même vocation que le Coran, puisqu’ils étaient accompagnés de miracles surnaturels donnés par Dieu à Abraham, Moïse et Jésus, et qu’il y était annoncé la venue d’un nouveau messager avec de nouvelles révélations. Or, ce n’est pas le cas du Coran qui présente, lui, la spécificité d’être le dernier livre révélé des religions Abrahamiques.
Le Coran devait donc, d’une part, confirmer l’origine divine de la Torah et de l’Evangile et, d’autre part, être conservé ; c’est dans ce sens, qu’il faut comprendre pourquoi cette conservation est assurée par Dieu Lui-même (Coran s15-v9). De même, pour l’abondance des réflexions concordantes avec la science moderne dans le Coran, et plus généralement la sophistication et la rationalité du message Coranique ; plus qu’un livre éclairant et un guide ultime pour les pieux qui cherchent l’agrément de Dieu, le Coran est un recueil de preuves de Dieu ; pour les croyants, Muhammad, Sceau des Prophètes, qui, rappelons le, n’a pas eu de miracles similaires à ceux d’Abraham, de Moïse et de Jésus, a reçu de Dieu le Coran, son miracle, pour perpétuer le rappel de la Loi divine.
Ben Khabou

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