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Saint Nicolas et la marine de Loire

Une assurance céleste.

Mes Bonimenteries

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La Loire n'a jamais été tendre pour ceux qui voulaient s'aventurer sur ses flots. Les incidents et les accidents ne manquaient pas, les hommes mettaient parfois leur vie en danger. Les aléas climatiques, les humeurs de ce cours d'eau impétueux, les passages compliqués aux ponts, aux moulins, aux écluses et aux duits faisaient grands périls pour nos braves mariniers.

Les blessures étaient nombreuses, les doigts cassés ou coupés, les hommes écrasés par le fret mal arrimé et ceux qui tombaient dans le flot à moins que ce ne fut sur le pavé dans une de ces innombrables bagarres dans les tavernes. La vie à quai était parfois aussi périlleuse que sur l'eau quand le vin se mêlait de l'affaire.

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Les femmes, restées à terre avaient de quoi s'inquiéter de longues semaines durant. Les nouvelles ne profitaient pas des moyens modernes de transmission et la rumeur faisait souvent son œuvre malsaine. Beaucoup se tourmentaient, elles craignaient souvent pour la vie de leur époux alors que bien souvent ce n'était que sa réputation qui risquait d'être écornée.

Elles prirent l'habitude, comme leurs homologues de l'océan, de confier à Dieu et à tous ses saints la sauvegarde de ces maudits mécréants. Le Tout-Puissant devait rire sous cape de devoir sauver des âmes aussi noires, de protéger des larrons si peu respectueux du rite et si prompts aux blasphèmes. Ne voulant pas se charger d'un tel fardeau, il délégua la chose à quelque saint homme fort réputé pour sa patience et sa largesse d'esprit.

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C'est au brave saint Nicolas qu'il confia le dossier. Les mariniers se conduisant souvent comme des grands enfants, il avait trouvé le bienheureux qui ferait l'affaire. C'est ainsi que depuis cette délégation divine, il est devenu saint patron de tous ceux qui vont sur l'eau au péril de leur vie. Il avait fort à faire avec tous ces flibustiers pas plus raisonnables que les chenapans dont il avait également la charge. Mais pour les plus vieux, le père fouettard n'était plus d'aucune utilité, il lui fallait trouver autre moyen de pression.

C'est auprès de leur dame qu'il obtint ce coup de pouce qui vous fait bonne presse. Leur inquiétude, leur religiosité, leur dévotion étaient si parfaites qu'il trouva dans la place des alliées zélées et redoutables pour mettre à la raison ces affreux garnements.

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Une fois l'an, pas plus, il ne faut pas exagérer, il réussit à les mettre à genoux. Une procession, de belles prières, une journée de tempérance et de vaines promesses. C'est ainsi qu'une fois l'an, le nom de saint Nicolas devint le long de la rivière l'occasion d'une journée exceptionnelle. Les tavernes, ce jour-là, désemplissaient étrangement quand dans le même temps, les églises affichaient salle comble. Mais pour des raisons de navigation, ce n'était jamais le 6 décembre ...

Les mariniers, cornaqués par leurs dames, portant l'habit de fête, défilaient dans les rues en longue procession, offraient couronnes de pain et de fleurs à la rivière et s'en venaient prier à la mémoire des leurs qui avaient péri sur la Loire. Le porteur de bannière était le plus fier, marchant en tête, il était ce jour-là le premier d'entre-eux.

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Le prêtre se frottait les mains, il avait sous la main tous ces lascars qui ne venaient jamais le reste de l'année. Il en profitait pour bénir les embarcations, une petite assurance-vie qui ne fait de mal à personne, une eau bénite que les vilains gras s'empressaient d'écoper dès le lendemain, mais ne le répétez pas, je vous prie.

En Orléans, tout se passait en l'église Recouvrance la bien nommée. Les femmes de mariniers s'y retrouvaient régulièrement quand leurs maris jouaient les filles de l'air. Elles l'avaient choisie pour obtenir de Recouvrer leurs gars qui s'en allaient en Loire. Elles ne se satisfirent pas de prier la très Sainte Vierge, elles édifièrent de leurs mains, une petite chapelle à la gloire de Notre-Dame-de-Bon-Secours pour obtenir du très haut que leur époux leur revienne sain et sauf.

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À Châteauneuf-sur-Loire, un monument aux marins disparus était fleuri chaque année. Il commémorait surtout les gars qui avaient péri en allant au secours des gens du pays lors des terribles crues de 1846, 1856 et 1866. Partout ailleurs, sur le bord du fleuve, des croix de saint Nicolas rappellent cette culture si présente à l'époque. La légende attribue à celle de Saint-Père-sur-Loire le pouvoir de marier les filles et de leur permettre d'enfanter.

Maintenant il faut avouer que la saint Nicolas, un 6 décembre, était bien mal placée dans le calendrier des mariniers. Les eaux étaient hautes, les transporteurs par voie d'eau avaient bien d'autres chats noirs à fouetter qu'à se confire en dévotions. L'église dans sa souplesse d'esprit, accepta facilement de décaler les festivités au moment de l'étiage. C'est souvent en août que nos villes ligériennes étaient en fête. Et nos mariniers ayant bien plus de disponibilité pouvaient alors lever le coude jusqu'au bout de la nuit sans risquer mésaventure le lendemain.

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La tradition survécut jusqu'au détour de la première guerre mondiale puis tout fut oublié dans le désastre de cette terrible épreuve. Les mariniers d'aujourd'hui qui ne sont que marins amateurs et amoureux de la Loire relancent ce rituel pour honorer une mémoire encore vive sur les bords de notre rivière. Laissons les géographes la nommer fleuve et gardons la manière marinière de la chérir respectueusement. La Loire vaut bien une procession, une fois par an !

Chapitrement vôtre.

 


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10 réactions à cet article    


  • ARMINIUS ARMINIUS 7 décembre 2012 15:30

    Bel article Nabum, merci, j’habite aussi sur les rives de la belle encore rebelle, et par chez nous en Anjou ce sont d’humbles et minuscules chapelles que les mariniers ont dédiées à leurs saints...je parcours souvent les grèves et il m’arrive d’y faire des découvertes du temps de la marine de Loire : ici un bout de poterie estampillé Gien 18.., là un flacon de verre de forme étrange marqué SUEZ et opaque d’avoir été drossé par le flot, là encore une fiole maladroite ayant probablement contenu onguent ou liniment et le plus attendrissant un verre au contour également ovalisé ayant probablement protégé la photo d’une belle...une odeur de coltar, une ancre rouillée on attend la gabarre..qu’un charpentier fabrique encore à quelques miles d’ici et parfois quand la brume commence à effacer les cimes il me semble encore entendre le rythme vaillant des chants de halage...


    • C'est Nabum C’est Nabum 7 décembre 2012 16:45

      ARMINIUS


      Venez nous rejoindre dès demain en Orléans

      Nous fêtons saint Nicolas qui n’est que prétexte à se rassembler et à naviguer sur une Loire grosse et puissante

      Puis nous ripaillons et je raconte des histoires

      Le lendemain, ça continue à Chateauneuf

      On vous attend !

    • ARMINIUS ARMINIUS 7 décembre 2012 20:03

      Merci pour l’invitation, je suis hélas engagé demain, une autre fois peut-être et bons contes...


    • C'est Nabum C’est Nabum 7 décembre 2012 20:13

      ARMINIUS


      Ce n’est que partie remise

    • Richard Schneider Richard Schneider 7 décembre 2012 17:02

      Encore un beau texte ! Bravo.


      • C'est Nabum C’est Nabum 7 décembre 2012 19:31

        Richard Schneider


        Merci beaucoup

        Je suis heureux d’avoir pu le mettre en scène dans une soirée contée jeudi soir.

        Les gens du Liger club 45 furent ravis de mes pitreries. Pas conteur mais Bonimenteur !

      • Brontau 7 décembre 2012 18:36

         Deux texte parus aujourd’hui sur AV, c’est Byzance pour vos lecteurs jamais rassasiés, Nabum. La Loire, la Garonne, la Seine, le Rhône, le Rhin, le genre des cours d’eau, le genre des fleuves a visiblement toujours posé problème.

         Pour ne pas prendre parti les Romains utilisaient le plus souvent flumen, mot neutre (c à d ni masculin ni féminin) mais laissaient aux plus résolus le choix de fluvius, rigoureusement masculin, ou de fluvia, plus mystérieusement féminin.

         En choisissant de nommer rivière votre Loire féconde de mots, vous rendez hommage à ses vertus fondatrices tout comme à son mystère et à ses légendes présentes et à venir.


        • C'est Nabum C’est Nabum 7 décembre 2012 19:34

          Brontau


          Pour opter pour le mot Rivière, il m’a fallu régler le conflit qui m’opposait avec la part de moi même qui est instituteur. Mais rien à faire, la Loire est féminine et fleuve ne peut lui convenir.
          Samedi et dimanche ce sera Loire et fête, contes et navigation.

          Que du bonheur

          J’ai encore deux contes à mettre en ligne pour l’occasion. Pourvu qu’ils franchissement le barrage rédactionnel !

        • Brontau 7 décembre 2012 20:41

           Je ne puis concevoir une eau qui ne soit féminine (à l’exception peut-être de l’Océan, mais dans ma famille on dit toujours la mer !) et notez comme je suis comblé avec mes deux Baïses, liliputiennes certes mais jumelles, sinueuses, folles et siamoises !

           


        • C'est Nabum C’est Nabum 8 décembre 2012 06:29

           Brontau


          Avec vos deux rivières vous semblez consommer une passion qui pour nous demeurent simplement platonique ...

          Ah les gens du sud, toujours fanfarrons !

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