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Accueil du site > Actualités > Religions > Science et christianisme : la nouvelle alliance

Science et christianisme : la nouvelle alliance

En ce début de XXIème siècle, il y a beaucoup de science. Il y a aussi beaucoup de foi. Mais ces deux composantes sont en train d’opérer sous nos yeux un rapprochement fantastique. Loin de la caricature classique de la science détricotant la religion, c’est une nouvelle alliance qui se dessine. Au profit du christianisme.

Mathématiques et logique : les nouvelles armes fatales

3%. Telle est, selon Richard Swinburne, philosophe émérite des sciences et des religions à Oxford, la probabilité que Jésus de Nazareth n’ait pas ressuscité. Il l’a écrit dans un livre publié en 2003, The Resurrection of God Incarnate[1] . Cependant le degré de précision ne doit pas tromper. Il ne s’agit pas d’établir un nombre fixé dans le marbre. Il s’agit plutôt de montrer quelle direction indiquent les faits quand on utilise l’arme fatale des probabilités. Et l’on se rend compte que même si Swinburne, malgré sa démarche précautionneuse et volontairement minimaliste, a commis une gaffe énorme et que la probabilité de la non-résurrection est dix fois supérieure, cela ne fait toujours pas pencher la balance de l’autre côté.

Une autre arme fatale est celle de la méthode historique. Il y a encore une dizaine d’années, on entendait très fréquemment les historiens reprendre en chœur la formule selon laquelle il leur faudrait des preuves absolument miraculeuses, donc hors de leur portée, pour pouvoir dire qu’un événement miraculeux s’est produit. Ce raisonnement sonnait bien. Il était basé sur un essai du philosophe écossais du XVIIème siècle David Hume et permettait aux historiens spécialistes du Nouveau Testament de ne surtout pas entrer au cœur du problème et de ne fâcher personne. Oui, cela sonnait bien et c’était bien pratique. Mais c’était faux. Plus que faux c’était, pour reprendre le titre d’un livre que le philosophe des sciences John Earman a consacré à la question en 2000, un « raté lamentable » de la part de Hume[2]. Beaucoup d’historiens se cachent encore derrière le paravent de cette faillite logique en l’adaptant au cas de Jésus de Nazareth[3]. L’infime probabilité d’un événement « miraculeux » est présupposée, mais cette base de départ engendre une contradiction interne puisque les historiens admettent dans le même temps que l’existence de Dieu n’entre pas dans leur champ de compétence. Dès lors comment fixer une probabilité à un événement impliquant quelque chose qui n’entre pas dans son champ de compétence ?

Des disputes instructives

Et dès que l’on se rend compte de l’absurdité de la position historique traditionnelle, les conclusions sautent presque aux yeux. Et cela se remarque très bien dans les débats publics que les universités américaines offrent régulièrement à leurs étudiants et où des défenseurs de l’existence de la résurrection affrontent des agnostiques et des athées. Ce ne sont pas du tout des divertissements mais bien de véritables remakes des « disputes » médiévales et les meilleurs universitaires acceptent d’y participer. A un regard français, habitué à la recherche quasi désespérée du consensus mou, ces confrontations sont à première vue tout ce qu’il y a de plus bizarre. Mais on s’habitue vite à ces explications franches et toujours polies. La participation à ces événements a même contribué à ce qu’un ce qu’un des plus célèbres philosophes analytiques du XXème siècle, Antony Flew, abandonne en 2004 son athéisme militant pour devenir déiste. Depuis une quinzaine d’années, il est impressionnant de constater combien le meilleur défenseur de la thèse, le philosophe des sciences et théologien William Lane Craig, s’en sort à chaque fois à bon compte quand il doit répondre aux objections de spécialistes aussi reconnus que Gert Lüdemann, John Dominic Crossan et Bart Ehrman.

L’impasse des lois naturelles

C’est qu’en fait le poids des preuves est presque accablant en faveur de la résurrection. Car si l’on se base uniquement sur les faits admis par 99% des spécialistes du Nouveau Testament, la résurrection devient de loin la meilleure explication possible[4]. En effet, aucune explication naturelle n’est en mesure de coller avec le plus ancien témoignage historique sur la vie de Jésus. Ce petit passage ne se trouve pas dans les Evangiles mais dans la première Epître aux Corinthiens de Paul. Aujourd’hui la quasi-unanimité des experts s’accordent pour dire que ces quelques lignes remontent aux années 30, c’est-à-dire au plus tard 10 ans après la mort de Jésus. Il s’agit d’un ancien credo que Paul a probablement découvert lors de sa visite à Jérusalem où il a pu interroger notamment Jacques et Pierre. On peut y lire que Jésus est mort, qu’il a été enterré, ressuscité et qu’il est apparu à Pierre puis aux apôtres, puis à une foule de cinq cents personnes. Le problème est qu’il n’existe aucune « explication naturelle » permettant de comprendre ces phénomènes : l’explication la plus souvent donnée par les experts, l’hallucination collective, ne tient pas la route puisque la littérature médicale n’a jamais pu constater un seul cas d’hallucination en groupe (qu’il ne faut pas confondre avec des interprétations erronées de phénomènes visibles). En trouver d’un coup plusieurs, étalées dans le temps, durables, à différents endroits, sur des gens différents, certaines connaissant très bien la personne en question, relèverait en soi d’un défi aux lois de la nature. Et comme on l’a vu le paravent historique adapté de Hume est invalide au plus haut point. L’explication par des lois naturelles amène à une impasse logique. Une impasse logique du même genre que celle des "sceptiques" dans l'affaire de l'apparition en France du suaire de Turin, rendus à devoir postuler, avant même de commercer à chercher une technique de reproduction de l'image, un faussaire médiéval, modeste, génial, inconnu et sans scrupules[5].

En ce début de XXIème siècle, l’évolution des connaissances scientifiques amène donc à un renversement très piquant : pour contester l’existence de miracles, il faut d’abord admettre que l’on se base sur une série d’événements dont la probabilité de survenue est plus faible que la probabilité d’un « miracle ».

Dès lors, la conclusion s’impose : le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas scientifique.


[1] Richard Swinburne, The Resurrection of God Incarnate, Clarendon Press, Oxford, 2003.

[2] John Earman, Hume’s Abject Failure, The Argument Against Miracles, Oxford University Press, 2000.

[3] Le spécialiste vivant le plus connu de Jésus, John P. Meier, a une position légèrement différente mais tout aussi incohérente (voir particulièrement W.L. Craig, « "Noli Me Tangere’’, Why Meier Won’t Touch the Risen Lord », The Heythrop Journal, 2009, 1, pp. 91-97.)

[4] Le livre le plus rigoureux et le plus à jour sur ces questions est de Michael Licona, The Resurrection of Jesus, A New Historiographical Approach, IVP Academic, 2010.

[5] Voir nos deux articles précédents sur Agoravox et un autre de nos articles hébergé par l’encyclopédie Larousse ( http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/Suaire_de_Turin/11019930 )


Moyenne des avis sur cet article :  1.96/5   (25 votes)




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20 réactions à cet article    


  • Dinu pass Dinu pass 12 février 2011 12:19

    Une nouvelle religion s’est imposée au XIXe siècle qui a mis sur un piédestal Pasteur, Darwin et Einstein. 3 faux prophètes doublés pour certains de faussaires et qu’il est interdit de contester.

    Quand la science ne fait plus de la science mais devient un outil politique, social ou un business bien rémunéré.


    • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque 12 février 2011 13:34

      David Hume, né David Home (1711 – 1776), c’est le XVIIIe siècle et non le XVIIe.


      • Cazab 12 février 2011 21:59

        Oui, vous avez raison, je me suis aperçu de cette erreur juste après avoir soumis l’article et c’était trop tard pour le modifier !


      • Crab2 12 février 2011 15:42

        - Janvier 1954 - L’idée de Dieu est un "produit des faiblesses humaines« , la Bible, »plutôt enfantine" (Albert Einstein)
        Lettre d’Albert Einstein à Eric Gutkind

        -

        Cette lettre d’Einstein écrite en 1954, un an avant sa mort, prouve une fois de plus qu’Einstein n’était pas un croyant religieux, idée qu’essaient de faire accroire les adeptes du surnaturel.

        Lettre manuscrite adressée au philosophe Eric Gutkind décrit l’idée de Dieu comme « le produit des faiblesses humaines » et la bible comme « plutôt enfantine », permet en outre de mettre au placard des faussaires toutes les tentatives de travestir l’illustre penseur avec les couleurs de la foi religieuse

        La lettre

        http://laiciteetsociete.hautetfort.com/media/00/02/2588783885.jpg

        -

        Suite sur

        http://laiciteetsociete.hautetfort.com/0a-bibliographie/


        • Castel Castel 12 février 2011 22:13

          Einstein était assez malin pour faire croire qu’il ne croyait qu’en un dieu énergie (ce que je crois aussi très logiquement). Cela ne l’empêchait pas de prendre une kippa de temps en temps.


        • SYLVIE 12 février 2011 16:23

          Pour ressusciter il faut mourir et pour mourir il faut vivre.
          Avons nous des preuves de l’existence de Jésus ?

          Peut être que Jésus n’est pas mort sur la croix, il n’y a donc pas résurrection. 
          Certains l’on vu ici et là ...et il leur a juré que plus jamais on le reprendrai à faire le pitre pour amuser la galerie.


          • Castel Castel 12 février 2011 22:07

            Comment faites-vous une révolution sans révolutionnaire ? il n’y a pas dans ce bas monde d’effet sans cause, vous êtes bien d’accord ?
            Je ne suis plutôt du genre agnostique (enfin, c’est l’étiquette que les autres me donneraient) mais, je trouve que la polémique sur l’existence ou non de Jésus est complétement futile. Quand vous allez mourir, qui pourra démontrer votre ancienne existence, pouvez-vous démontrer votre existence maintenant ? En criant ? en me blessant ? en disant des bêtises ? Vous ne pouvez pas. Démontrer quelque chose, c’est possible pour les gens et les scientifiques que sur un plan intellectuel. Et sur un plan intellectuel, il n’y absolument aucune raison de contester l’existence d’un être humain qui a fait une révolution philosophico-religieux, probablement parce qu’il était éveillé.


          • xray 12 février 2011 17:12


            La science est une religion de remplacement 
            (Autrefois les miracles étaient l’œuvre des Saints, aujourd’hui ils sont l’apanage des scientifiques.) 
            Mais, les miracles d’aujourd’hui s’accompagnent toujours du même cortège d’illusions, de supercheries, de mensonges, d’offrandes, de sacrifices, de répressions qu’autrefois. 


            Le premier travail de la science, c’est de fabriquer des croyants. 
            Il sera toujours plus facile de fabriquer des cohortes de croyants que quelques penseurs. 

            Sur un sujet donné, la pensée nécessite les moyens de la réflexion du sujet. En revanche, croire évite de réfléchir sur tout sujet. (Il suffit de répéter.) 


            LES GRANDES IMPOSTURES 


            CONQUISTADOR SPACE 
            La connerie humaine est la seule approche que l’on peut avoir de l’infini. 
            http://conquistador-space.over-blog.fr/ 

            Le 9/11 
            Une opération menée par l’armée américaine. 
            http://mondehypocrite501.hautetfort.com/archive/2006/10/05/un-certain-11-septembre.html 

            La « cuisine » diabolique des croyances (Le complot des blouses blanches et des soutanes) 
            http://levirusmachin.hautetfort.com/archive/2010/11/27/la-cuisine-diabolique-des-croyances.html 


            SIDA, L’IMPOSTURE (Le complot des blouses blanches et des soutanes) 
            http://levirusmachin.hautetfort.com/archive/2010/11/27/sida-l-imposture.html 


            Sida, un petit mensonge 
            (Le complot des blouses blanches et des soutanes) 
            http://mondehypocrite.midiblogs.com/archive/2011/01/31/sida-un-petit-mensonge.html 

            La loi 1905 (France) 
            http://mondehypocrite.midiblogs.com/archive/2008/05/06/moralistes-par-devant-sans-scrupule-par-derriere.html



            • Marie Marie 12 février 2011 18:00

              Jésus a dit : j’ai guéri les aveugles, les lépreux, j’ai ressuscité les morts.

              Mais contre les imbéciles, je n’ai rien pu faire.
              Ils avaient des yeux pour ne point voir.
              Amen.

              • Castel Castel 12 février 2011 22:21

                C’est ce qu’a dis Einstein d’ailleurs. deux choses sont infinis... l’univers et la bêtise humaine, et l’univers c’est pas sûre !


              •  C BARRATIER C BARRATIER 12 février 2011 19:58

                Les convictions sont plus fortes que la raison. Alors on ne peut pas vraiment débattre.

                http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=59

                Sens de la vie, sens de l’univers....besoin de se fabriquer un dieu ou capacité à se passer de cette chimère, cela ne change rien à la marche de l’univers.


                • Marie Marie 12 février 2011 20:05

                  Oui, il est bon de débattre à perte de vue et discuter sans avoir à se battre.

                  C’est l’esprit Français et celui des lumières.

                  • Bobby Bobby 12 février 2011 21:24
                    Bonsoir,

                    Les questions de foi, de croyances... soulèvent bien des polémiques parfois fort virulentes...

                    et la vie est courte !

                    Nos perceptions, déjà, sont très peu fiables... seule l’analyse peut être considérée comme une base (relativement) saine ! encore faudrait-il que cette dernière ne soit pas entachée d’erreurs de parcours...

                    De toute chose, la certitude me paraît suspecte et ses « afficionados » peu crédibles !

                     

                    • ddacoudre ddacoudre 12 février 2011 22:26

                      bonjour cazad

                      il y a longtemps j’avais u la bible sorti des sables. la recherche de ces scientifiques reposaient sur le postulat que nous n’imaginons rien qui e puisse avoir exister, et que donc nous sommes en mesure de retrouver des traces des événement rapportés une fois nettoyés, de tous les bruits et distorsions qui accompagnent la circulation de l’information. tu n’es pas sans ignorer tous les écrits qui ont été écarté, car ils relevaient .plus d’une circulation de rumeur concernant jésus, tu n’ignore pas non plus qu’en ces temps la pratique divinatoire était courante, et les prophètes monnaies courantes,
                      donc il est fort probable qu’une partie de l’existence de jésus christ, à été « enluminé » et que souvent il faut trouver l’esprit que recouvre la lettre. je pense que toute la période de christianisation des légendes gauloises ou celtes, si quelqu’un veut encore partir à la recherche du Grall bien du plaisir.

                      par contre nous disposons de nombreuses histoires de mort qui s’éveillent ce qui a donné naissance aux croques morts. pour mon interprétation personnelle je crois plus dans ce genre de possibilité qu’en une résurrection, que ce soit de Lazare ou du christ. aujourd’hui nous dirions qu’il est un idéologue. cela n’empêche pas d’avoir la foi en un créateur. en ce qui concerne les hallucinations collectives, celle du petit Trianon n’est pas piqué des vers.« Le plus connu des cas est celui de deux anglaises qui, lors d’une promenade au Petit Trianon, furent brusquement transposées au siècle de Marie-Antoinette... ». Celui universellement connu est celui de la DAME Blanche.

                      cordialement


                      • Didier 67 Didier 67 12 février 2011 23:19

                        Science et christianisme, la nouvelle alliance ?

                        Ok, je ne crois plus à la science non plus dans ce cas.


                        • hpspt 12 février 2011 23:29

                          Le Père Noël est-il végétarien ?


                          • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 13 février 2011 12:24

                            Toutes les références que vous citez sont le fait de ceux qui croyaient et voulaient faire croire en cette résurrection ; mais de témoins directs, il n’ y en a aucun, ni même de témoins directs qui ont vécu avec le dénommé Jésus, devenu par la grâce des chrétiens le Christ, lequel n’a laissé aucun texte ni document de sa main, ni avant sa mort, ni après. 


                            C’est donc l’histoire de l’homme qui vu l’homme qui a vu l’ours... : la rumeur n’est une preuve de rien, sinon de la crédulité de ceux qui la prenne au pied de la lettre. Ce qui est votre cas. Cela vaut pour tous les mythes, chrétiens ou non.

                            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 13 février 2011 12:28

                              qui la prennent, avec mes excuses.


                            • Cazab 13 février 2011 13:00

                              Faux. Paul a interrogé des témoins directs. Ce n’est pas remis en doute.
                              Je vous conseille de lire le livre de Michael Licona que j’ai cité qui discute pendant six cents pages de cette question.
                              Si vous n’avez pas le temps, vous pouvez regarder ce débat très intéressant entre deux opposants majeurs : William Lane Craig et Bart Ehrman http://www.youtube.com/watch?v=AjOSNj97_gk 
                              J’espère que vous y apprendrez beaucoup de choses.


                            • Kristian 13 février 2011 15:41

                              Il faudrait tout d’abord distinguer 2 types de croyants, le premier qui se dit croyant par convention, en obéissant à des dogmes et qui, appartenant à une communauté humaine ressent en cela le même sentiment qu’un adhérent à un parti à forte connotation idéologique tel que le parti communiste. Il n’y a pas une grande différence entre ces deux croyances, elles sont humaines
                              Mais le véritable croyant n’a pas besoin d’intermédiaire, ni de dogmes, ni de cathédrale, ni de mosquée, c’est tout autre chose. Et là il n’y a pas de preuves, comme il n’y a pas de preuve à ce que l’on ressent en étant amoureux. Idem pour la folie, c’est de cet ordre là, dans le sens contraire.
                              Les athées sont sincères mais ils devraient faire l’effort de lire le nouveau Testament, ils constateraient avec stupefaction que le Christ est plutôt de leur côté... Et il est vrai que le Christ ne fait que nous mettre en garde contre dogmes, goût du pouvoir et des richesses.
                              C’est le Christ qui est universe,l pas une quelconque religion.



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