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Simon le Magicien ou Jésus ?

Qui est Simon le Magicien ? (partie I)

 

Simon le Magicien est aussi appelé Simon de Gitta (en Samarie) ou Simon de Samarie. L’époque à laquelle il vécut n’est pas certaine. D’après les Actes des Apôtres, il aurait vécu dans les années 40–60 (ce qui est aussi estimé par le Roman clémentin). Néanmoins, il serait plus juste de dire que Simon de Samarie ait eu deux périodes d’activité, une première période comme magicien, dans les années 40–70 (sans que l’on ne puisse être plus précis), et une période comme divinité en Samarie dans les années 70–90.

 

La cananéenne dont la fille fut guérie par Jésus semble avoir été sa mère adoptive d’après le Roman Clémentin [Existe en deux versions, les Homélies Clémentines et les Reconnaissances Clémentines. Notons que les données historiques des Romans Clémentins sont suspectes et la datation qu’elles induisent sont problématiques, Jésus devrait donc être bien antérieur à Jean le Baptiste]. Simon le Magicien devint disciple de Jean le Baptiste, après sa mort il alla suivre les enseignements des magiciens égyptiens et ambitionnait de succéder à Jean. Pendant son séjour un certain Dosithée prit la succession du Baptiste, notons que Dosithée pourrait être la version grecque du Nathana’èl mentionné comme disciple du Baptiste dans les évangiles. Lorsque Simon revint d’Égypte, il utilisa ses pouvoirs pour impressionner Dosithée et se proclama Messie ou dieu.

 

Simon le Magicien pourrait être le magicien mentionné par Flavius Josèphe (Antiquités Juives, Livre XX) :

Peu après, le mariage de Drusilla et d'Aziz fut rompu pour la cause suivante. Au moment où Félix était procurateur de Judée, il vit Drusilla, et, comme elle l'emportait en beauté sur toutes !es femmes, il s'éprit de passion pour elle. Il lui envoya un Juif cypriote de ses amis, nominé Simon, qui se prétendait magicien, et il essaya de la décider à quitter son mari pour l'épouser, promettant de la rendre heureuse si elle ne le dédaignait pas. Elle, qui était malheureuse et voulait, échapper à la haine de sa sœur Bérénice — Félix l'invitait en raison de sa beauté qui, croyait-il, l'exposait à bien des tourments du fait de Bérénice — se laissa persuader de transgresser la loi de ses ancêtres et d'épouser Félix. Elle eut de lui un fils qu'elle nomma Agrippa. Pour la façon dont ce jeune homme périt avec sa femme dans l'éruption du Vésuve sous l'empereur Titus, je l'expliquerai plus tard.

Les Actes des Apôtres mentionnent deux magiciens, un appelé Simon et l’autre chypriote, voyons les textes :

5. Philippe, étant descendu dans la ville de Samarie, y prêcha le Christ. 6. Les foules tout entières étaient attentives à ce que disait Philippe, lorsqu’elles apprirent et virent les miracles qu’il faisait. 7. Car des esprits impurs sortirent de plusieurs démoniaques, en poussant de grands cris, et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris. 8. Et il y eut une grande joie dans cette ville. 9. Il y avait auparavant dans la ville un homme nommé Simon, qui, se donnant pour un personnage important, exerçait la magie et provoquait l’étonnement du peuple de la Samarie. 10. Tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, l’écoutaient attentivement, et disaient  : Celui-ci est la puissance de Dieu, celle qui s’appelle la grande. 11. Ils l’écoutaient attentivement, parce qu’il les avait longtemps étonnés par ses actes de magie. 12. Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus Christ, hommes et femmes se firent baptiser. 13. Simon lui-même crut, et, après avoir été baptisé, il ne quittait plus Philippe, et il voyait avec étonnement les miracles et les grands prodiges qui s’opéraient. 14. Les apôtres, qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean. 15. Ceux-ci, arrivés chez les Samaritains, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit. 16. Car il n’était encore descendu sur aucun d’eux  ; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. 17. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit. 18. Lorsque Simon vit que le Saint-Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l’argent, 19. en disant  : Accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive le Saint-Esprit. 20. Mais Pierre lui dit  : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent  ! 21. Il n’y a pour toi ni part ni lot dans cette affaire, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. 22. Repens-toi donc de ta méchanceté, et prie le Seigneur pour que la pensée de ton cœur te soit pardonnée, s’il est possible  ; 23. car je vois que tu es dans un fiel amer et dans les liens de l’iniquité. 24. Simon répondit  : Priez vous-mêmes le Seigneur pour moi, afin qu’il ne m’arrive rien de ce que vous avez dit. [Actes des Apôtres 8, 5–24.]

Et

4. Barnabas et Saul, envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie, et de là ils s’embarquèrent pour l’île de Chypre. 5. Arrivés à Salamine, ils annoncèrent la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Ils avaient Jean pour aide. 6. Ayant ensuite traversé toute l’île jusqu’à Paphos, ils trouvèrent un certain magicien, faux prophète juif, nommé Bar Jésus, 7. qui était avec le proconsul Sergius Paulus, homme intelligent. Ce dernier fit appeler Barnabas et Saul, et manifesta le désir d’entendre la parole de Dieu. 8. Mais Élymas le magicien — car c’est ce que signifie son nom —, leur faisait opposition, cherchant à détourner de la foi le proconsul. 9. Alors Saul, appelé aussi Paul, rempli du Saint-Esprit, fixa les regards sur lui, et dit  : 10. Homme plein de toute espèce de ruse et de fraude, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies droites du Seigneur  ? 11. Maintenant voici, la main du Seigneur est sur toi, tu seras aveugle, et pour un temps tu ne verras pas le soleil. Aussitôt l’obscurité et les ténèbres tombèrent sur lui, et il cherchait, en tâtonnant, des personnes pour le guider. 12. Alors le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant frappé de la doctrine du Seigneur. [Actes des Apôtres 13, 4–12.]

Irenée de Lyon après avoir rappelé ce qu’il est dit de Simon dans les Actes ajoute : 

Simon de Samarie, de qui dérivèrent toutes les hérésies, édifia sa secte sur le système que voici. Ayant acheté à Tyr, en Phénicie, une certaine Hélène, qui y exerçait le métier de prostituée, il se mit à parcourir le pays avec elle, disant qu'elle était sa Pensée première, la Mère de toutes choses, celle par laquelle, à l'origine, il avait eu l'idée de faire les Anges et les Archanges. Cette Pensée avait bondi hors de lui : sachant ce que voulait son Père, elle était descendue vers les lieux inférieurs et avait enfanté les Anges et les Puissances, par lesquels fut ensuite fait ce monde. Mais, après qu'elle les eut enfantés, elle avait été retenue prisonnière par eux par malveillance, parce qu'ils ne voulaient pas passer pour être la progéniture de qui que ce fût. Lui-même, en effet, fut totalement ignoré d'eux : quant à sa Pensée, elle fut retenue prisonnière par les Puissances et les Anges qu'elle avait émis : pour qu'elle ne pût remonter vers son Père, elle fut accablée par eux de toute espèce d'outrages, jusqu'à être enfermée dans un corps humain et à être comme transvasée, au cours des siècles, dans différents corps de femme. Elle fut, entre autres, en cette Hélène qui causa la guerre de Troie ; et ainsi s'explique que Stésichore, pour l'avoir outragée dans ses poèmes, devint aveugle, tandis que, après s'être repenti et l'avoir célébrée dans ses « palinodies », il recouvra la vue. Tout en passant ainsi de corps en corps et en ne cessant de subir des outrages, pour finir elle vécut même dans un lieu de prostitution : c'était la « brebis perdue ». C'est pourquoi il vint en personne, afin de la recouvrer la première et de la délivrer de ses liens, afin aussi de procurer le salut aux hommes par la « connaissance » de lui-même. Car, comme les Anges gouvernaient mal le monde, du fait que chacun d'eux convoitait le commandement, il vint pour redresser cette situation. Il descendit, en se métamorphosant et en se rendant semblable aux Principautés, aux Puissances et aux Anges : c'est ainsi qu'il se montra également parmi les hommes comme un homme, quoique n'étant pas homme, et qu'il parut souffrir en Judée, sans souffrir réellement. Quant aux prophètes, c'est sous l'inspiration des Anges auteurs du monde qu'ils avaient débité leurs prophéties. Aussi les fidèles de Simon et d'Hélène ne devaient-ils plus se soucier d'eux, mais, en hommes libres, faire tout ce qu'ils voulaient : ce qui sauvait les hommes, c'était la grâce de Simon, non les œuvres justes. Car il n'y avait point d'œuvres justes par nature, mais seulement par convention, selon qu'en avaient disposé les Anges auteurs du monde dans le but de réduire les hommes en esclavage par de tels commandements. Aussi Simon promettait-il de détruire le monde et de libérer les siens de la domination des Auteurs du monde. Leurs mystagogues vivent donc dans la débauche, et, d'autre part, s'adonnent à la magie, chacun autant qu'il peut. Ils usent d'exorcismes et d'incantations. Ils recourent aussi aux philtres, aux charmes, aux démons dits parèdres et oniropompes et à toutes les autres pratiques magiques. Ils possèdent une image de Simon représenté sous les traits de Zeus et une image d'Hélène sous ceux d'Athéna, et ils les adorent. Ils portent aussi un nom dérivé de Simon, l'initiateur de leur doctrine impie, puisqu'ils sont appelés Simoniens, et c'est d'eux que tire son origine la gnose au nom menteur, ainsi qu'il est loisible de l'apprendre par leurs déclarations mêmes. Il eut pour successeur Ménandre, originaire de Samarie, qui atteignit, lui aussi, au faîte de la magie. La première Puissance, disait-il, était inconnue de tous ; quant à lui, il était le Sauveur envoyé des lieux invisibles pour le salut des hommes. Le monde avait été fait par des Anges, lesquels, affirmait-il à l'instar de Simon, avaient été émis par la Pensée. Par la magie qu'il enseignait, il donnait une gnose permettant de vaincre les Anges mêmes qui avaient fait le monde. Car, du fait qu'ils étaient baptisés en lui, ses disciples recevaient la résurrection : ils ne pourraient plus mourir, mais se maintiendraient à l'abri du vieillissement et de la mort. [Contre les Hérésies, Livre I, partie III.]

Les sources sont donc assez complexe à interpréter. Néanmoins, on peut déduire qu’il enseignait une méthode de salut, qu’il s’est proclamé Dieu, ou Christ, voire les deux. 

 

Quelques possibles réminiscences de Simon le Magicien dans les évangiles (Partie II)

 

Si Simon le Magicien s’est proclamé dieu et sauveur, il n’est pas le seul, Jésus aussi s’est proclamé dieu et sauveur. Évidemment, nous aurons droit aux discussions sans fin des partisans de Jésus qui estiment que pour Jésus c’est vrai et que pour Simon c’est faux… 

Dans un article précédent, nous avons montré que la source des évangiles est originellement une vie de Bannous composée par Flavius Josèphe et recyclée en vie de Jésus. Néanmoins, certains passages sont impossibles à attribuer à Bannous et nous présentent un Jésus proche de Simon le Magicien.

 

Examinons les passages douteux. 

En premier le passage relative à la guérison de la cananéenne qui se trouve en Matthieu 15, 21–28 et en Marc 7, 24–30. Les deux versions diffèrent légèrement et se complètent, nous proposerons donc les deux textes, d’abord celui de Matthieu et ensuite celui de Marc :

Jésus, étant parti de là, se retira dans le territoire de Tyr et de Sidon. Et voici, une femme cananéenne, qui venait de ces contrées, lui cria  : «  Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David  ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon.  » Il ne lui répondit pas un mot, et ses disciples s’approchèrent, et lui dirent avec insistance  : «  Renvoie-la, car elle crie derrière nous.  » Il répondit  : «  Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.  » Mais elle vint se prosterner devant lui, disant  : «  Seigneur, secours-moi  !  » Il répondit  : «  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens.  » «  Oui, Seigneur  », dit-elle, «  mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.  » Alors Jésus lui dit  : «  Femme, ta foi est grande  ; qu’il te soit fait comme tu veux.  » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. 

Jésus, étant parti de là, s’en alla dans le territoire de Tyr et de Sidon. Il entra dans une maison, désirant que personne ne le sût  ; mais il ne put rester caché. Car une femme, dont la fille était possédée d’un esprit impur, entendit parler de lui, et vint se jeter à ses pieds. Cette femme était grecque, syro-phénicienne d’origine. Elle le pria de chasser le démon hors de sa fille. Jésus lui dit  : «  Laisse d’abord les enfants se rassasier  ; car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens.  » — «  Oui, Seigneur  », lui répondit-elle, «  mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants  ». Alors il lui dit  : «  À cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille.  » Et, quand elle rentra dans sa maison, elle trouva l’enfant couchée sur le lit, le démon étant sorti. 

Rien ne permet d’affirmer que cette femme soit Hélène la prostituée compagne de Simon le Magicien. Notons, l'insistance sur la nécessité d'avoir la foi en Jésus, plutôt qu'en Dieu...

 

Le second passage est celui de la pècheresse chez le pharisien [7, 36–50], elle n'est rapportée que par Luc. Voici le passage :

Un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien, et se mit à table. Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum, et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait  ; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum. Le pharisien qui l’avait invité, voyant cela, dit en lui-même  : «  Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c’est une pécheresse.  » Jésus prit la parole, et lui dit  : «  Simon, j’ai quelque chose à te dire.  » — « Maître, parle  », répondit-il. «  Un créancier avait deux débiteurs  : l’un devait cinq cents deniers, et l’autre cinquante. Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l’aimera le plus  ?  » Simon répondit  : «  Celui, je pense, auquel il a le plus remis.  » Jésus lui dit  : «  Tu as bien jugé.  » Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon  : «  Vois-tu cette femme  ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as point donné d’eau pour laver mes pieds  ; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as point donné de baiser  ; mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a point cessé de me baiser les pieds. Tu n’as point versé d’huile sur ma tête  ; mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds. C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés  : car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu.  » Et il dit à la femme  : «  Tes péchés sont pardonnés.  » Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes  : «  Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés  ?  » Mais Jésus dit à la femme  : «  Ta foi t’a sauvée, va en paix.  »

La parabole est médiocre, cette femme ressemble beaucoup à Hélène, Jésus lui pardonne à condition qu'on croie en lui, comme il fallait croire en Simon le Magicien pour être sauvé, pardonné... La foi peut tout... Notons encore, la possible allusion homosexuelle du passage, Jésus se plaint de ne pas avoir reçu de baiser de son hôte, or vu le contexte, il s'agit sans l'ombre d'un doute de baisers faits sur la tête de Jésus... donc il y a indéniablement une connotation particulière...

 

Le troisième passage est celui de la femme adultère qui se trouve dans l'Évangile de Jean [8, 1–11] :

Jésus se rendit à la montagne des oliviers. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S’étant assis, il les enseignait. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère  ; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus  : «  Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes. Toi donc, que dis-tu  ?  » Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit  : «  Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.  » Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers  ; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit  : «  Femme, où sont ceux qui t’accusaient  ? Personne ne t’a-t-il condamnée  ?  » Elle répondit  : «  Non, Seigneur.  » Et Jésus lui dit  : «  Je ne te condamne pas non plus  : va, et ne pèche plus.  » 

Dans l'ensemble des évangiles, Jésus hait l'adultère :

Vous avez appris qu’il a été dit  : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. [Matthieu 5, 27–28.]

Il a été dit  : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce. Mais moi, je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour cause d’infidélité, l’expose à devenir adultère, et que celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère. [Matthieu 5, 31–32.]

Une génération méchante et adultère demande un miracle, etc. [Matthieu 12, 39.]

Les quatre évangiles condamnent les adultères, sauf ce passage [Jean 8, 1–11], il est donc probablement un intrus. Se rapporte-t-il pour autant à Simon le Magicien ? À notre sens oui. La plupart des passages dans lesquels Jésus pardonne les péchés, comme s'il était Dieu, sont certainement des passages simoniens.

Nous émettons aussi de sérieuse réserves concernant la samaritaine. Certains passages ne posent pas de problèmes, mais d'autres sont clairement simonien, particulièrement les passages dans lesquels Jésus se déifie.

 

Il reste une dernière énigme. Dans le passage relatif à Jean le Baptiste, nous lisons un passage très curieux à son propos :

En effet, Hérode [Antipas] l'avait fait tuer [Jean le Baptiste], quoique ce fût un homme de bien et qu'il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptême ; car c'est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s'il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu'on eût préalablement purifié l'âme par la justice. [Antiquités Juives, 18, 5, 2.]

Le baptême pour faire pardonner les fautes, peut se référer aux pratiques de conversions en usage chez les pharisiens ; au baptême chrétien ou alors, il faudrait admettre que Simon le Magicien est bien un disciple de Jean le Baptiste qui a viré dans la magie... et qui a construit un baptisme révisé, qui prétendait pardonner les pécher et qui sera ultérieurement intégré au christianisme.

 

Les origines du christianisme restent bien mystérieuses. Il est possible que les rédacteurs des évangiles aient attribué des parties de la vie de Simon le Magicien à Jésus, afin de rendre Jésus plus attractif... soyons clair le Jésus qui énonce le Sermon sur la montagne est nettement moins attractif que le Jésus qui pardonne les péchés... Mais le Jésus qui énonce le Sermon sur la montagne est probablement Bannous, révisé par Flavius Josèphe.

 

Les judaïsants d'Alexandrie en développant la doctrine du Logos énoncée par Philon lui ont attribué comme fonction de pardonner les péchés. Jésus symboliquement étant une forme humaine du Logos, il pouvait apparaître comme normal qu'il pardonne les péché, n'empêche que cela donne à Jésus des allures de Simon le Magicien. La mode de l'époque (vox populi, vox dei) était au pardon des péchés... Pourtant le repentir existe dans le Judaïsme, mais le judaïsme laissait l'homme face à lui-même, dans l'ignorance de savoir si Dieu accepterait son repentir. Le christianisme offre le repentir et en plus garantit que votre repentir est accepté par Dieu. 

Maintenant, il est possible que Simon le Magicien avait peut-être énoncé une doctrine de la transgression volontaire, dans laquelle le péché était considéré comme un moyen de libération. Pécher devenait alors une action volontaire, le christianisme n'ira pas aussi loin. Enfin quoi que la transgression du sabbat ne semble pas poser de problèmes à Jésus. Mais ces passages, nous semblent indiquer que les judaïsants des années 120–150 voulaient justifier leur abandon du repos du sabbat.

 


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7 réactions à cet article    


  • Massada Massada 12 juin 2015 11:38

    Pour info les Samaritains existent toujours, ils sont environ 700, dans les faubourgs de Naplouse et à côté de Tel-Aviv.

    Ils résident en Israël et sur les papiers d’identité des membres de cette minorité figure la mention « samaritain » et non « juif. »

    Tous les ans pour Pessah, ils égorgent des agneaux pour les sacrifier à Dieu. A ce titre, on pourrait dire qu’ils sont plus juifs que les juifs. smiley



    • Stephan Hoebeeck Stephan Hoebeeck 12 juin 2015 12:52

      @Massada

      oups je croyais qu’ils avaient été reconnus comme juifs... 

      dsl...

    • Stephan Hoebeeck Stephan Hoebeeck 12 juin 2015 12:57

      Il y a un point que j’avais oublié : c’est que le passage de la femme adultère est absent de nombreux manuscrits anciens... 


      Papyrus 66 (vers 200)Papyrus 75 (vers 220)Codex Sinaiticus (vers 325), Codex AlexandrinusCodex Vaticanus, Codex Ephraemi RescriptusRegiusPetropolitanus PurpureusCodex BorgianusCodex WashingtonianusCodex MonacensisCodex MacedoniensisSangallensisCodex KoridethiAthous LavrensisOnciale 01410211, 22, 33, 124, 157, 209, 565, 788, 828, 1230, 1241, 1242, 1253, 1333, 1424, 2193, 2768, et beaucoup d’autres manuscrits.

      • Massada Massada 12 juin 2015 13:17

        @Stephan Hoebeeck


        La péricope de Jésus et la femme adultère pardonnée est juste un ajout tardif de copistes. La toute première apparition de cette histoire inventée se trouve dans un manuscrit datant de la fin du 4ème siècle. 

        A cette époque les gens croyaient que le « Saint Esprit » leurs soufflait les idées religieuses qui leur passaient par la tete et n’hésitaient pas à faire quelques ajouts. smiley


      • Ruut Ruut 12 juin 2015 16:47

        Dire que des gens se massacrent pour ça.....
        Des comptes écrits 300 ans après l’action donc forcément loin de la réalité des faits.


        • fred.foyn Le p’tit Charles 13 juin 2015 09:47

          Et le père Noël est arrivé a quel moment dans votre histoire.. ?


          • Raphaël 29 mai 12:54

            Très intéressant. Tout cette histoire n’a pas fini de nous faire réfléchir et conjecturer, mais le tout est de (tenter de) se libérer progressivement de l’ignorance dans laquelle elle nous plonge depuis des millénaires. Grâce, notamment, à des travaux comme le votre, faits d’audace et d’esprit critique sans pour autant sombrer dans le scepticisme... (certains me comprendront)

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