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Strasbourg : condamnation requise pour avoir brûlé le Coran

Caliméro, l'internaute qui s'était filmé en train de brûler le Coran et d'uriner dessus, est passé en correctionnelle le 11 avril au matin. Le procureur a requis trois mois de prison avec sursis et mille euros d'amende. La Licra et la Grande mosquée de Strasbourg se sont contituées parties civiles. Une affaire inquiétante par ce qu'elle montre du recul de la liberté d'expression, et de l'oubli d'importants principes juridiques comme celui qui veut que le droit pénal soit d'interprétation stricte. Le délit de blasphème, absent de notre code pénal, revient en fraude sous l'appellation d'incitation à la haine raciale, qui elle-même devient extensible à l'infini.

Au départ, c'est un défi débile : Caliméro (c'est un pseudonyme) s'ennuyait à l'automne dernier et avait lancé une sorte de web-télé sur laquelle il faisait l'idiot. Un correspondant le met au défi de brûler le Coran (idée qui était "dans l'air" à l'époque : le pasteur fondamentaliste Terry Jones en parlait aux Etats-Unis). Caliméro se prête au jeu, et le voilà maintenant devant les juges.

Ceux-ci ont du s'y reprendre à deux fois. Une première convocation au tribunal avait été annulée pour des raisons présentées comme de pure forme : elle ne visait pas les bons alinéas des bons articles du Code pénal. Ce qui veut dire que le problème était en réalité de fond et non de forme. On ne trouvait pas les bons articles parce que les faits n'y entraient pas. Le code pénal est en principe d'interprétation stricte. On ne "tire" pas sur les articles comme sur du caoutchouc pour y faire entrer ce qu'on veut. C'est une garantie essentielle pour le justiciable. Le juge n'a pas le droit de dire : "Je vous traîne au tribunal selon le code pénal ... euh ... pour choisir un article j'ai un peu de mal." Quand des faits n'entrent pas dans un article du code pénal (et dans des alinéas quand celui-ci est subdivisé), c'est parce que le législateur n'en a pas fait un délit.

Au cas d'espèce, il s'agissait d'une affaire de blasphème (pisser sur le Coran et le brûler). Or, le blasphème n'est pas incrit au code pénal français. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. La dernière tentative pour créer un délit de blasphème a pris la forme d'une proposition de loi de M. Eric Raoult, toujours disponible pour relayer des revendications islamiques. Ces dernières s'inscrivent dans une stratégie suivie depuis dix à à l'ONU par les Etats de l'OCI pour faire criminaliser ce qu'ils appellent la "diffamation des religions", en clair pour interdire de critiquer l'islam. Cette stratégie connait quelques succès. Des résolutions "anti-diffamation" sont votées chaque année à l'ONU, rendant la liberté religieuse totalement méconnaissable. On en est arrivé au point où même l'Etat du Vatican refuse de voter ces résolutions anti-blasphème, car elles servent entre autres à persécuter les chrétiens. Il y a même un projet de demander une peine de mort au plan mondial pour blasphème. Au Pakistan, la loi anti-blasphème donne lieu à des persécutions de masse qui ont conduit à une pétition d'Aide à l'Eglise en détresse.

Dans un tel contexte, on attendrait, de nos pouvoirs publics, en particulier judiciaires, une ferme résistance à ces tentatives de judiciariser le blasphème. Or, c'est tout le contraire que nous avons vu se produire à l'occasion du procès Caliméro.

L'audience du 11 avril nous est relatée par les Dernières Nouvelles d'Alsace, qui étaient sur place. Nous apprenons, en lisant leur article, que Caliméro est jugé pour incitation à la haine raciale. Quel rapport entre l'incitation à la haine raciale et le blasphème ? Ben ... nous n'en savons trop rien, si ce n'est que le délit d'incitation à la haine raciale est si élastique qu'on se demande bien ce qui n'y entrerait pas.

A cette occasion, le procureur inventa la notion d' acte provocateur « à double détente ».

« Il incite à la haine à l’égard des musulmans, car tout le monde sait que le Word Trade Center a été attaqué par des extrémistes musulmans (...). Et en urinant sur le Coran (...) c’est une incitation à la haine des musulmans contre les non-musulmans ».

Examinons de plus près ce double mécanisme.

Caliméro avait fait une allusion gestuelle à l'attentat du World Trade Center en manipulant un avion en papier.

Cette allusion est-elle jugée mensongère ? Monsieur le Procureur se range-t-il au nombre de ceux (il y en a) qui estiment que les auteurs de l'attentat n'étaient pas musulmans, et que celui-ci résultait d'un complot américano-sioniste ?

Non, pas du tout. Monsieur le Procureur pense au contraire que "tout le monde sait que le Word Trade Center a été attaqué par des extrémistes musulmans". Le message gestuel de Caliméro n'était donc pas mensonger. Il a imputé le Wall Trade Center à l'islam, et celui-ci avait bien des musulmans pour auteurs.

Caliméro a dit (par gestes) la vérité. Il doit être exécuté !

Aurons-nous encore le droit, demain, de parler du Wall Trade Center, et aussi de la charia, des lapidations, des amputations, des condamnations pour adultère de femmes violées ? Toutes ces choses sont vraies mais justement : c'est parce qu'elles sont vraies qu'elles mettent en colère ; et, de la colère à la haine, il n'y a parfois qu'un pas.

Garde-t-on le droit de dénoncer le mal à propos de faits parfaitement établis ?

On dirait que, pour Monsieur le Procureur, ce ne soit pas évident !

 Voyons maintenant l'autre branche de cet acte provocateur "à double détente" :

" Et en urinant sur le Coran (...) c’est une incitation à la haine des musulmans contre les non-musulmans"

Nous sommes là en pleine inversion accusatoire. Nous savons que la foule musulmane est inflammable, en particulier à propos de blasphèmes vrais ou supposés. Pour autant, les musulmans sont responsables de leurs émotions et de leurs réactions. Il n'y a aucune raison de faire droit à une revendication souvent entendue de ne pas les offenser.

Personne n'aime être offensé, ni eux ni les autres. Pour autant, il n'existe pas de droit à ne pas être offensé. Un tel droit, s'il existait, serait incompatible avec la liberté d'expression. En contrepartie de cette liberté, nous devons, tous et toutes accepter d'entendre des choses qui nous offensent, et prendre sur nous pour ne pas exploser. Nous mêmes, les femmes, on nous demande de montrer beaucoup de tolérance vis à vis des expressions de "liberté religieuse" islamique, comme le voile, qui sont aussi bien peu respectueuses de l'égalité homme/femme.

Pour vivre en société, chacun prend sur lui. Il n'y a pas de raison que les dévots des différentes religions aient, plus que d'autres, le droit de n'être jamais offensés. Et il n'y a aucune raison que ce "droit" soit reconnu plus aux musulmans qu'aux chrétiens ou aux athées.

Le blasphème fait partie des traditions françaises. Nous connaissons tous des histoires d'enfants de choeur qui urinaient dans le bénitier.

Récemment, une "oeuvre d'art" nommée Christpiss, représentant le Christ plongé dans de l'urine, a été exposée en Avignon avec subventions publiques s'il vous plait !

L'Eglise a osé protester, et elle s'est attiré les foudres de Libération, qui traite les protestataires de pisse-vinaigre.

Puisque Libération est si attaché à la liberté de blasphémer en utilisant de l'urine, on espère voir ce journal au nombre de ceux qui défendront Caliméro.

 Le procès Caliméro a ce point commun avec le procès Sabaditsch-Wolff : l'acharnement à condamner, quitte à opérer des figures acrobatiques entre des incriminations qui n'ont rien à voir avec les faits. On rappellera d'Elisabeth Sabaditsch-Wolff est une conférencière qui avait, elle aussi, été inculpée en Autriche d'incitation à la haine raciale, mais sans qu'il soit possible de la condamner de ce chef, car ses critiques de l'islam étaient parfaitement étayées. Elle fut donc condamée pour blasphème pour avoir osé dire que Mahomet était pédophile. Le tribunal lui reprocha d'avoir menti sur ce point. Il reconnut que Mahommet avait bien épousé Aïcha à six ans et l'avait bien déflorée à neuf, mais, étant donné qu'il couchait AUSSI avec des femmes adultes, Madame la Juge considéra qu'il n'était pas pédophile.

On en rirait, si ce n'était tragique.

par Catherine Segurane mardi 19 avril 2011 - 83 réactions
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  • Par tSbeNjY (xxx.xxx.xxx.6) 19 avril 2011 17:20
    tSbeNjY

    @ Traroth

    Parce-que selon vous cet acte est condamnable ?
    Et pour quelle raison donc ? J’ai une bibliothèque bien fournie, et s’il me prend la fantaisie de brûler certains de mes livres c’est tout naturellement mon droit.
    Que parmi ces livres se trouvent des livres religieux ne rentre pas en ligne de compte. Que ça défrise des barbus me laisse indifférent.
    Caliméro a blasphémé, soit, mais en république Française et laïque il en a le droit. Comme il a le droit d’être bête et de faire des choses stupides tant qu’il ne viole pas la loi.
    Quant à considérer qu’il y ait une "race musulmane", comme le sous-entend le procureur... c’est de l’ineptie, c’est tordre les idées et le droit pour les adapter à une vision bien étriquée de la réalité.
    Que Dieu me tripote, mais sont-ils tous devenus fous ?
  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 19 avril 2011 13:14
    Voltaire

    Pour une fois, je suis (sonnez trompettes !) d’accord avec l’analyse de l’auteure. Enfin, partiellement d’accord (il ne faut pas exagérer), puisque l’auteure a des oeillères qui la conduise à ne regarder qu’en direction de l’islam (on attend toujours sa condamnation des imbéciles qui ont détruit les oeuvres d’Andres Serrano au musée d’art contemporan d’Avignon et menacé de mort ses responsables, ce qui est, cela, un délit...).

    Cette condamnation est une stupidité, et je doute qu’elle tienne en appel.
    Comme le souligne l’auteure, en France, le délit de blasphème n’existe pas, fort heureusement ! On peut donc dire ce que l’on veut des religions et des dieux, et faire ce que l’on veur des livres religieux, tant que cela ne constitue pas une menace à l’ordre public (genre un autodafé du coran devant une mosquée...) ou à la sécurité (bruler des livres dans son salon à côté d’une bouteille d’essence...).

    Evicemment, il ne s’agit pas là d’une condamnation à la haine raciale (quelle race ?), mais à la haine tout court, mais avouons-le, c’est tellement tiré par les cheveux que cela en devient risible (je conseille à tous de relire un peu Gotlib, côté carricature des dieux, il est champion et ça détend...). Le geste de cet alsacien était bien sûr un peu béta, mais franchement on se demande si la justice n’est pas déjà assez encombrée comme cela pour avoir du temps à perdre avec ce genre d’affaire.

    Ce qui est beaucoup plus grave, c’est la triple exploitation de ce fait divers :
    - exploitation politique du pouvoir, par procureur interposé, pour sembler démonter on ne sait pas trop quoi à on ne sait pas trop qui ;
    - exploitation politique des extrême, genre FN, qui utilise ce fait pour stigmatiser une religion et ses croyants (genre, pauv’ français de souche qui ne peut même pas bruler un coran sans que les musulmans lui tombent dessus par pouvoir interposé, alors qu’on affiche avec nos sous des photos de crucifix dans l’urine...)
    - exploitation des organisations cultuelles ou anti-racistes qui montent en exergue un fait divers ridicule.

    Bref, tout cela va comme d’habitude mettre de l’huile sur le feu (c’est le cas de le dire) pour des raisons ridicules.

  • Par tikhomir (xxx.xxx.xxx.34) 19 avril 2011 13:01

    Bonjour,

    Citation : Le blasphème fait partie des traditions françaises. Nous connaissons tous des histoires d’enfants de chœur qui urinaient dans le bénitier.

    Bof... On a les traditions qu’on peut, si un gamin qui fait une bêtise dans une église, que sa bêtise est cautionnée et élevée au rang de tradition nationale, il faut se poser des questions sur ses traditions. De plus au vu du nombre de saints qui sont Français, au vu de ce qu’a été la France catholique, j’aurais plutôt dit que la tradition était justement tout l’opposé du blasphème.

    Citation : L’Eglise a osé protester, et elle s’est attiré les foudres de Libération, qui traite les protestataires de pisse-vinaigre.

    Même sans ça, elle s’attire les "foudres" de Libération, Libération est dans l’opposition à l’Eglise par principe, dogmatique. Rien de nouveau sous le soleil...

    Pour cette histoire avec le dénommé Caliméro, c’est pareil, il a fait une bêtise, sa condamnation est tout autant une bêtise car je suis d’accord, à ce moment là, on reconnaît indirectement un droit de blasphème.

    @Cocasse
    Je n’aimerais pas que la mode dont vous parlez se fasse (et pourtant, je n’aime vraiment pas l’islam). C’est tout simplement une agression, dans une agression, il y a une/des victime(s) et faire des victimes n’amène que la rancœur de la part desdites victimes. Tout ça ne peut que mal finir...
    En plus de ça, vous parlez de la Torah comme quoi si on brûle la Torah ce serait condamné et pas pour la Bible... Drôle d’opinion car si vous brûlez une Bible, vous brûlez aussi la Torah (les 5 premiers livres de la Bible, que nous appelons aussi le Pentateuque).

    Quand on voit ce qu’on fait les Français de leur patrimoine religieux, culturel et traditionnel , l’ont renié, ridiculisé, conspué ou comment ils l’ont perverti pour se bâtir quelque chose de médiocre ("la tradition du blasphème"... fallait la faire celle-là !), on se dit qu’ils ont bien cherché l’islamisation. Pleurer sur des conséquences qu’on a provoqué c’est bien, mais redressez la tête et arrêtez ces idéologies qui nous ont amenés là où nous sommes. C’est l’histoire d’un pays qui s’est lui-même détesté... pfff

  • Par clostra (xxx.xxx.xxx.79) 19 avril 2011 12:19

    Peut-on faire un parallèle avec des dictateurs dont on brûle l’effigie en place publique ?
    Car s’il s’agit de symboles, il y a derrière quelque chose de l’ordre de l’Autorité et l’ordre établi soustendue par une violence répressive .
    Une année, dans un village de très proche banlieue parisienne, nous nous sommes retrouvés dans une sorte de procession de carême avec en tête, un "homme de paille", souvenir d’un hobereau du coin qui allait être brûlé en place publique et devant tous les villageois. Manifestation festive, libératoire...
    Ne brûle-t-on pas les cahiers et les livres d’écoliers en fin d’étude ? une façon d’affirmer qu’on va désormais fabriquer son propre miel, ouvrir le champ des possibles et de l’avenir...
    Brûler fait réfléchir, plus qu’il n’incite à la haine, il me semble : la flamme réchauffe, éclaire, s’étire vers le haut (s’élève en prière ?).
    "Pisser dessus" c’est un peu un contre sens car ça rend plus difficile l’allumage de la chose-symbole à brûler. Mais c’est également liberté d’éteindre un feu ou de ne pouvoir l’allumer.

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