Durant des semaines et même des mois, je n'ai pas « ouvert » Agora.
Une succession de deuils plus ou moins brutaux vous ramène sans ménagements à l'essentiel, loin des affirmations hautaines et des interminables débats..
Chacun affronte comme il peut la douleur causée par la disparition d'un être cher. On s’y prépare tant bien que mal selon ses convictions, sa foi et la force de son caractère.
Lorsque la disparition est soudaine, violente et douloureuse, on est submergé par la stupeur, la tristesse, la colère, un sentiment de profonde injustice. Ces états se bousculent dans un grand chaos intérieur.
La fin prévue, redoutée, presque annoncée, bien que formellement refusée n'est guère plus supportable. La débâcle des corps est toujours une tragédie.
La raison et la foi ne vous sont d’aucun secours. Vous êtes anéanti par la conviction de l’inutilité de tout, de l'implacable fatalité.
Lorsqu'on se trouve en cet état de morosité il n'existe guère qu'un livre qui puisse correspondre à votre état de dévastation intérieure : l’« Ecclésiaste », texte sombre et pessimiste que l'on attribue au roi Salomon. Il s'impose dans le cours des méditations, obsédant, désespéré.
« Vanité des vanités, tout n’est que vanité et poursuite du vent »
« L’homme n’est pas maître de son souffle pour pouvoir le retenir et il n’a aucune puissance sur le jour de sa mort »
Tout est inutile, même la recherche de la sagesse :
« Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin et celui qui augmente en science augmente en douleur…J’ai vu que les sages ont de l’avantage sur la folie mais j’ai reconnu qu’ils ont l’un et l’autre le même sort. Et j’ai dit en mon cœur : j’aurai le même sort que l’insensé, pourquoi donc ai-je été plus sage ? Et j’ai dit en mon cœur que c’est encore là une vanité. Car la mémoire du sage n’est pas plus éternelle que celle de l’insensé puisque dans les jours qui suivent, tout est oublié. Car tout est vanité et poursuite du vent »
« Ce qui a été, c'est ce qui sera, ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil »
Descente douloureuse :
« Le sort du fils de l’homme et celui de la bête est pour eux le même sort ; comme meurt l’un ainsi meurt l’autre, ils ont tous le même souffle et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle car tout est vanité »
Et, tout au fond du fond :
« Même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort ».
On ne peut se délecter de cette noire lucidité. La juxtaposition avec la campagne électorale va tout de même nous arracher un sourire :
« Le cœur du sage est à sa droite et le cœur de l’insensé à sa gauche ( !!!). Il est un mal que j’ai vu sous le soleil : la folie occupe des postes très élevés et les riches sont assis dans l’abaissement. J’ai vu des esclaves sur des chevaux et des princes marchant sur terre comme des esclaves »
On imagine Mélenchon crucifié comme une vieille chouette sur une porte de grange. Car, dans l’Ancien Testament, on ne badine pas avec la richesse. Le pouvoir lui revient de droit !
La campagne électorale, son résultat et ses suites, je suis passé largement en travers. Un œil sur le premier grand rassemblement de Mélenchon à Paris. Une perruche exaltée coiffée d'un foulard très XVI ème : « C'est un discours gaullien ! » En bas de l'écran, les thèmes principaux du discours en question. « Inscrire avortement et euthanasie dans la constitution ». Ouahhh !GAULLIEN !
Et puis ce « DEBAT ». Incroyable. Ils ont failli se battre une fois, une seule, pour savoir si oui ou non Hollande avait prétendu fermer les centres de détention. Ça, c'est un débat à la hauteur des enjeux !
De quoi me replonger de plus belle dans l'Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout n'est que vanité et poursuite du vent », « RIEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL ».
Revenons en au roi Salomon : « J'ai vu des esclaves sur des chevaux et des princes marchant sur terre comme des esclaves ». Oui certes, mais voilà...
Entre l’Ecclésiaste et nous, le plus beau dialogue du monde a été transmis par saint Jean, l’évangéliste :
« Elle (Marie-Madeleine) se retourna et elle vit Jésus debout mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit :
-Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?
Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit :
-Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis et je le prendrai.
Jésus lui dit :
-Marie !
Elle se retourna et lui dit en hébreu :
-Rabbouni !
Adieu monde des puissants, des riches et des princes. Le Fils de Dieu ressuscité s’adresse d'abord à une prostituée repentie. Juste avant de mourir en croix, il a canonisé le premier Saint, un voleur, un malfaiteur, un larron.
« Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis »
L’image de Dieu elle-même est bouleversée et avec elle notre représentation de la mort.
Au Dieu de l’Ecclésiaste qui exige qu’on le CRAIGNE :
« Le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu »
« Craindre Dieu et observer ses commandements, c’est là ce que doit tout homme »
répond le Dieu de ce magnifique premier épitre de Jean.
« Personne n’a jamais vu Dieu.
Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour est parfait en nous »
« Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui »
L'espérance chrétienne née de la parole de Jésus et de sa Résurrection balaie définitivement chagrin et douleur devant la mort.
« Rendre son âme à Dieu » est entrée dans une éblouissante clarté car :
« Dieu est lumière et il n’y a point en lui de ténèbres » (premier épitre de Jean).
La souvenir de celui qui nous a quitté est sublimé. Il nous parvient du passé un immense ressac de tendresse. La fatalité devient destin….

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