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Vespasien, la finance islamique, les marchands du Temple

image source http://archeopiplette.sosblog.fr

Deux hommes en burqa braquent le bureau de poste d’Athis-Mons. Croyant avoir affaire à deux femmes, un employé avait ouvert le sas de l’établissement. Butin : 4.500 €. (Le Monde du 9 février 2010)

S’agissait-il d’étudiants suivant le cursus du diplôme universitaire Principes et pratiques de la finance islamique, dispensé à Paris Dauphine ( frais d’inscription : entre 4.000 et 8.000 € ; 5 modules : finance fondamentale, environnement international, approches conceptuelles, banques/assurances ; technique islamique de la finance ) qui étaient passés aux travaux pratiques ?

Ou bien venaient-ils de Strasbourg où l’Université a inscrit à son programme un D.U. de Finance islamique, aux intitulés plus typés : droit musulman applicable à la banque et à la finance ; les banques islamiques, marchés financiers islamiques, régulation des institutions financières islamiques, management et gouvernance ?

A moins que ces braqueurs imaginatifs n’aient potassé, au calme chez eux, les coupures de presse relatant les exploits du gang des postiches, qui s’étaient fait la spécialité, dans les années 80, d’opérer, bourgeoisement habillés, afin de passer inaperçus.

Selon le contexte, le trois pièces-cravate est aussi commun et monsieur ou madame-tout-le-monde que le voile intégral. 

La finance islamique présente-t-elle des différences avec la finance judéo-chrétienne ?

En première analyse, aucune des deux ne semble avoir l’exclusivité des bulles.

Parties des Etats-Unis, les subprimes ont contaminé l’ensemble du corps bancaire européen et généré la crise que l’on sait.

Mais que dire du penchant de Dubaï pour les tours style Babel et un immobilier de loisirs fort kitsch se développant sur des îles artificielles dessinant sur la mer des branches de palmiers, au mépris de l’écologie marine ?

N’eût été l’aide d’un voisin, c’était la cessation de paiement, les bédouins rendus à leurs tentes et les tours inhabitées aux vautours.

 Gharar et Maysir sont des mots-clés lancés lorsque la spécificité d’une finance aux couleurs de l’Islam est revendiquée.

Le premier désigne une vente risquée dont les détails sont inconnus ou incertains. Cette pratique est interdite par la charia qui condamne explicitement toute transaction impliquant un risque jugé excessif. La plupart des contrats à terme rentrent dans cette catégorie, en raison de l’incertitude qui entoure la délivrance du produit en cause.

Quelques exemples : l’achat d’un animal non né dans la matrice de la mère ; l’achat du produit de la pêche avant que celle-ci soit faite ; l’achat d’un butin de guerre avant sa distribution.

Maysir peut être défini comme toute forme de contrat dans lequel les droits des parties dépendent d’un évènement aléatoire ( par exemple, les jeux de hasard et les paris avec mises). Ce dispositif est également interdit.

Et alors, le séisme immobilier de Dubaï : comment les montages comptables et financiers des opérations de construction sont-ils passés à travers les mailles de ce filet et reçu l’aval des « gardiens » qui veillent sourcilleusement à la stricte application des préceptes ?

La formulation interrogative d’un livre récent – La finance islamique : une solution à la crise ? ( Jouini, Pastré ; édit. Europlace, Economica )-, ouvre le débat et introduit le questionnement.

Le couplage entre ces deux principes de sagesse et les acrobaties financières des promoteurs immobiliers de Dubaï ne paraît pas avoir été réalisé, la main droite ignorant ce que fait la gauche, sauf à démontrer que cette frénésie verticale et manhattanienne était un placement de bon père de famille, à risque nul, gros de substantielles plus-values, une combinaison à dormir sur ses deux oreilles, conseillée par un notaire de campagne à des héritiers prudents.

En plus de la prohibition de la spéculation, la finance islamique se réclame d’un autre maître-mot : ribâ.

« Je vous paierai, lui dit-elle/ Avant l’oût, foi d’animal/ Intérêt et principal », s’engageait la fourmi de La Fontaine vis-à-vis de la cigale, sollicitée pour un prêt personnel.

En application de la ribâ, un tel montage impliquant un taux d’intérêt assis sur un capital est interdit.

Ce concept de ribâ recouvre, en premier lieu, l’usure, qui est condamnée à l’unanimité. Mais, selon une majorité d’ulémas, il englobe aussi « l’intérêt sous toute ses formes ».

En fait, selon certains, les banques islamiques se contenteraient de jouer sur les mots : utiliser le terme de loyer aux lieu et place d’intérêt ; imaginer un schéma compliqué et tortueux, avec des écrans et des étapes nombreuses, pour dégager un profit, dont la quotité est au moins égale à celle qui serait produite par un taux d’intérêt, tout en respectant la lettre de la charia.

Une histoire court : aux U.S.A. , un candidat à l’achat d’une maison avait comparé deux offres de prêt : l’une émanant d’une banque quelconque, la moins attractive que celle-là…

Le sukuk est un produit obligataire qui répond aux prescriptions de la charia : il permet de contourner l’interdiction de la perception d’un intérêt. C’est un titre représentant une créance ou un titre participatif, dont la rémunération est indexée sur la performance d’un ou plusieurs actifs détenus par l’émetteur.

Comment de tels produits parviendraient-ils à séduire les prêteurs s’ils n’offraient pas des caractéristiques de sécurité et de rentabilité de même niveau que celles des montages conventionnels ?

In fine, quelle est donc la différence, le plus, l’avantage qu’apporte, en

terme de développement économique, le sukuk ? Sans faire preuve de relativisme, derrière l’habillage technique ou sémantique, c’est, quasiment, bonnet blanc et blanc bonnet.

L’empereur Vespasien, dont la société J.C. Decaux est le lointain descendant, a légué son nom à un édicule. Répondant à ceux qui le critiquaient le péage que devaient régler les utilisateurs, il avait répliqué, réaliste, que l’argent n’avait pas d’odeur. Il ne s’embarrassait pas des apparences.

Quant à un autre monothéisme, comment se débrouille-t-il avec l’argent ?

image source http://home.nordnet.fr

La lecture des Quatre Evangiles ne laisse guère apparaître qu’une situation au cours de laquelle Jésus se livra à des voies de fait. L’épisode est relaté par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Il est connu comme celui de marchands du Temple. Une gravure de Gustave Doré montre Jésus, tenant à la main une corde qu’il manie comme un fouet, au dessus de la tête de quatre marchands, se protégeant maladroitement des coups.

Dans une description presque identique, les Evangélistes indiquent que Jésus renversa les tabourets et les tables des marchands et des changeurs en les accusant d’avoir fait de la maison de son Père une caverne de brigands et de voleurs.

Est-ce à dire que le business est péché mortel et aller simple pour l’enfer ? Bien sûr que non, même si certaines pratiques déviantes ont, très tôt, été condamnées. Ainsi, le prêt à intérêt, banni par les Pères de l’Eglise.

St Thomas d’Aquin s’est inspiré des principes aristotéliciens, selon lesquels l’argent ne fait pas de petits, étant stérile. Le temps n’appartenant pas aux prêteurs, ceux-ci ne peuvent le vendre. L’argent n’est qu’un intermédiaire des échanges.

Calvin introduisit une distinction entre deux catégories de prêts. Les uns, qui permettent la création et le développement d’entreprises, qui procurent un profit à celui qui ne bénéficie, peuvent être assortis d’un intérêt considéré comme légitime.

Les seconds, non productifs, tels les prêts à la consommation, doivent être gratuits.

Au fil des siècles, la question de la « constitutionnalité » canonique du prêt à intérêt a été pesée, analysée, débattue et rebattue. Un article du Père J.C. Lavigne retrace les étapes de cette réflexion.

En 1745, l’encyclique Vis pervenit, qui était une non-réponse de BenoîtXIV au problème : « La ville de Vérone peut-elle emprunter au taux de 4% ? », introduit la distinction entre les situations où l’intérêt était prohibé et celles où des causes extrinsèques l’autorisaient.

De toutes façons, Rome ne voulait pas se placer sur le terrain du conflit théologique, mais sur celui de la pratique et du discernement pastoral. Les penseurs du Siècle des Lumières et les Encyclopédistes s’empareront du sujet et considéreront que le taux d’intérêt est un loyer légitime. La Révolution légalisera le prêt à taux fixe. Le Code civil napoléonien, en fixant un taux légal, marquera la frontière entre les prêts légaux et les prêts usuraires, interdits.

Les discussions au sein de l’Eglise se poursuivront, sur fond de révolution industrielle et de développement des échanges économiques. En 1891, Léon XIII, dans Rerum novarum, fustige « l’usure dévorante » qui prolétarise certaines catégories sociales. Mais, en 1917, le code de droit canon concède que la prestation de biens fongibles, tels que la monnaie, peut être assortie de la perception d’un intérêt.

 Depuis Paul VI, le débat s’est déplacé sur un autre terrain : celui de la « grande finance », de la spéculation, de la manipulation des taux de change et, plus largement, sur l’affirmation que le lien social n’est pas réductible aux seules lois du marché.

En complément de ces morceaux choisis de littérature sacrée consacrés à l’épisode des marchands du Temple, Goriot, Grandet et Harpagon viendront apporter la preuve par neuf des méfaits de la cupidité, sans oublier la « livre de belle chair à découper et prendre en la partie de votre corps qu’il me plaira » que Shylock exige d’Antonio, en garantie du remboursement des 3000 ducats empruntés.

En fait, La Mecque et Rome sont, l’une et l’autre, bien empêtrées dés lors que l’on parle gros sous.

On les comprend sachant que Freud considérait que, peu ou prou, cette substance était un excrément. Vespasien n’est pas loin !!!


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2 réactions à cet article    


  • Antoine Diederick 3 mars 2010 11:37

    Bonjour,

    article plaisant... ;et intéressant.

    J’ai participé à votre amusement avec votre formule :« Decaux est un descendant de l’empereur Vespasien » smiley

    Il parait aussi que marcher dans le m***** porte chance en argent et dans bien d’autres domaines....

    Plus sérieusement pour moi aussi finance islamique ou classique c’est kif-kif bourricot ou kif-kif le même sac....pour avoir les deux expressions une arabe et l’autre occidentale smiley


    • zelectron zelectron 3 mars 2010 12:37

      "L’empereur Vespasien, dont la société J.C. Decaux est le lointain descendant, a légué son nom à un édicule. Répondant à ceux qui le critiquaient le péage que devaient régler les utilisateurs, il avait répliqué, réaliste, que l’argent n’avait pas d’odeur « . Les »vespasiennes", tout à fait comme dans Topaze, la pièce (1ère édition) de Marcel Pagnol avec Louis Jouvet.

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