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Accueil du site > Actualités > Santé > Affaire de l’esthésioneuroblastome : faut-il légiférer sur (...)

Affaire de l’esthésioneuroblastome : faut-il légiférer sur l’euthanasie ?

Docteur, faites-moi une piqûre que j’en finisse ! Quel médecin n’a jamais entendu cette phrase chez un malade en phase terminale d’une longue et douloureuse maladie ? Chantal Sébire, une patiente atteinte d’une tumeur faciale rarissime, demande judiciairement une dérogation afin de bénéficier d’une euthanasie. Examinons les faits :

Chantal Sébire, patiente de 52 ans, ancienne enseignante et mère de trois enfants est atteinte depuis plusieurs années d’un esthésioneuroblastome, rarissime tumeur développée aux dépens du nerf olfactif, ayant pour conséquence un envahissement des sinus et de la face. Actuellement, elle est atteinte d’une déformation monstrueuse et épouvantable de la face, qui a pu être vue par tous aux actualités télévisées, déformation compliquée de cécité complète, d’anosmie et de douleurs intenses et permanentes. Cette maladie est incurable selon les données actuelles de la médecine, et va entraîner avec certitude une mort douloureuse dans un délai plus ou moins bref.

Mercredi, l’avocat de Chantal Sebire a annoncé avoir déposé une demande d’euthanasie de la part de sa cliente. La justice rendra sa décision lundi sur cette requête. Sur France 3, Chantal Sebire a expliqué qu’elle n’était pas un cas isolé et souhaite un référendum sur la question en déclarant : "Faisons un référendum, et demandons au peuple ce qu’il en pense". "Je n’ai absolument pas l’impression que les politiques se moquent de moi, seulement si eux ne veulent pas avancer, la France ne peut avancer", a-t-elle insisté.

Le chef de l’Etat, "très touché" par la lettre que lui a adressée Mme Sebire, a demandé à son conseiller sur les questions de recherche et de santé, le Pr Arnold Munnich, d’entrer en contact avec elle, selon le porte-parole de l’Elysée, David Martinon. "Il lui a proposé qu’un nouvel avis soit donné sur son cas par un collège de professeurs d’université du plus haut niveau". Cette réunion, destinée à "prouver que toutes les ressources de la médecine sont épuisées", "aura lieu dans quelques jours si Mme Sebire accepte le principe". Le porte-parole de l’Elysée a rappelé "le cadre juridique fixé par la loi Leonetti du 22 avril 2005 sur les droits des malades et la fin de vie", selon laquelle "l’intervention des médecins ne saurait en aucun cas mettre fin à la vie du patient". "Pour le moment nous restons dans le cadre de cette loi Leonetti", a-t-il souligné, parlant d’un "bon équilibre".

La garde des Sceaux (ministre de la Justice), Rachida Dati, a fait part de son opposition à cette demande d’euthanasie. "Cette dame demande à la justice de pouvoir exonérer de la responsabilité pénale le médecin pour lui administrer une substance létale, qui l’aidera à mourir. Ce n’est pas notre droit", a-t-elle expliqué sur France-Inter. "Nous avons fondé notre droit, et aussi bien la Convention européenne des droits de l’homme, sur le droit à la vie."

En l’absence de législation autorisant l’administration de substances létales (penthotal), à l’instar de la législation helvétique, que peut faire le médecin traitant d’une telle malade ? On avait vu il y a quelques mois un reportage télévisé concernant un patient suisse incurable, entouré de sa famille proche, auquel une équipe venait apporter un cocktail létal, et ce reportage montrait la procédure du début à la fin. C’est le patient lui-même qui absorbait le fatal breuvage, l’équipe médicale se contentant de le fournir et d’en donner le mode d’emploi, en restant sur place jusqu’au décès. En tant que médecin, je dois avouer que cette émission m’avait provoqué un certain malaise. Néanmoins, ayant été confronté à ce genre de situations, il faut dire que le problème n’est pas si insoluble que cela.

Tout d’abord, il faut analyser la demande du patient. Un patient qui demande à mourir est, la plupart du temps, en fait, en demande de soins palliatifs efficaces. Ce qu’il demande en réalité, c’est de ne pas avoir mal, de ne pas être angoissé, et qu’on s’occupe bien de lui, dans le respect de sa dignité.

Or, bien rares sont les cas ou des soins palliatifs efficaces sont impossibles. En effet, bien utilisée, à doses suffisantes et parfois très importantes, et en administrant simultanément un traitement préventif de ses effets secondaires, la morphine peut contrôler la plupart des douleurs cancéreuses. Lorsqu’elle est mal tolérée ou impossible à prendre par voie orale, la morphine peut être avantageusement remplacée par des patchs d’un puissant dérivé morphinique, le fentanyl (patchs de "durogésic"). Ces patchs réalisent l’équivalent d’une perfusion continue de morphine. Ces traitements contrôlent quasiment toutes les douleurs cancéreuses à l’exception des douleurs neuropathiques ou de désafférentation qui surviennent lorsque la maladie envahit des nerfs. Dans ces cas, il existe d’autres traitements (certains antidépresseurs tricycliques, certains antiépileptiques ou apparentés, certains appareils de stimulation électriques, certaines procédures neurochirurgicales). Dans le cas de Chantal Sébire, bien que je ne connaisse pas le dossier, il est probable que l’inefficacité de la morphine résulte d’un envahissement tumoral des nerfs crâniens (situés dans cette zone), réalisant un "syndrome de Garcin". Auquel cas, les ressources thérapeutiques non morphiniques précédemment mentionnées peuvent souvent être efficaces.

Néanmoins, certains patients peuvent légitimement dire (et cette légitimité est manifeste dans le cas de Chantal Sébire), que leur vie ne vaut plus d’être vécue. On est en droit de refuser d’accepter de se retrouver aveugle, atrocement défiguré, et promis à une mort certaine dans d’horribles souffrances dues à l’inefficacité de traitements pourtant bien conduits. Néanmoins, est-on pour autant en droit de demander au médecin, dont ce n’est pas le métier, et dont c’est contraire à la déontologie, de vous administrer la potion fatale ? Il faut rappeler qu’en droit français, le suicide n’est ni un crime ni un délit. Par contre, administrer une substance mortelle à un patient est considéré comme un homicide, et regarder un patient prendre une substance mortelle peut être considéré comme "non-assistance à personne en danger". En conséquence de quoi, l’argument "on fait bien une piqûre aux animaux, pourquoi pas à moi", n’est pas recevable. Pourquoi finalement demander au médecin ce qu’on peut parfaitement faire soi-même ? Cette demande de transfert de responsabilité n’est-elle pas un peu abusive de la part du patient ?

Quand certains patients demandent une injection fatale pour une maladie fatale, il faut d’abord faire sortir l’entourage familial de la pièce afin de respecter le colloque singulier entre le médecin et son malade, lui expliquer que c’est impossible, lui expliquer qu’on fera tout pour qu’il ne souffre pas et que, si malgré tout il veut en finir, rien ne l’empêche de mettre d’un coup tous ses patchs de durogésic ou de prendre tous ses comprimés de morphine du mois simultanément, en y ajoutant sa boîte de somnifères d’un seul coup, ce qui procure une mort rapide, certaine et indolore, analogue à celle de la potion suisse. Jusqu’ici, aucun patient auquel j’ai indiqué cette façon de procéder ne l’a jamais utilisée, comme si, en fait, ils avaient plus peur de ne pas savoir comment faire pour se suicider, que de l’évolution de leur maladie.

Prenons maintenant le cas des malades en fin de vie hors d’état d’exprimer leur consentement, mais qui semblent souffrir fortement. C’est le cas par exemple de malades au dernier stade de l’Alzheimer, couverts d’escarres dont les pansements sont douloureux. Là aussi, le colloque avec la famille proche est de première importance. On avertit l’entourage que l’augmentation des doses de durogésic, nécessaire pour combattre la douleur, comporte un certain risque d’arrêt respiratoire ou de mourir quelques semaines plus tôt que l’évolution fatale inéluctable, et on leur demande s’ils acceptent néanmoins ce risque inhérent aux augmentations de posologie (ce risque est pratiquement toujours accepté par les familles). Ceci est parfaitement conforme aux textes législatifs en vigueur, le décès qui peut survenir parfois rapidement dans ces cas ne saurait être assimilé à une injection létale.

Reste le cas épineux, heureusement exceptionnel, des malades ayant perdu toute motricité, et donc toute faculté de mettre eux-mêmes fin à leurs jours. La loi Léonetti prévoit qu’ils sont parfaitement en droit d’exiger de faire débrancher tous appareillages les maintenant en survie, ce qui suffit dans la plupart des cas.

Enfin, je me rappelle une anecdote que m’avait racontée il y a une trentaine d’années un vieux confrère, alors que je commençais mes études médicales. Un jour, il avait été appelé pour signer le constat de décès d’un enfant d’une dizaine d’années, enfant monstrueusement malformé qui avait vécu toute sa vie une vie végétative. Les parents étaient effondrés, en larmes. Mon confrère vit des marques rouges autour du cou, témoignant d’une strangulation, néanmoins, il signa le certificat de mort naturelle en feignant de n’avoir rien vu. "Tu comprends", me déclara-t-il ,"il y a des cas où la justice ne sert à rien". "La vie de ces parents depuis la naissance de cet enfant était déjà une punition, à quoi bon tenter d’en faire rajouter une autre par la justice en faisant un certificat de mort suspecte ?". Pour moi, ce confrère était dans le vrai, l’humanité consiste parfois à savoir opportunément fermer les yeux...

Au vu de cette anecdote, les personnes, en particulier celles privées de motricité, souhaitant une assistance pour leur suicide n’ont en fait aucun intérêt à médiatiser leur demande. En effet, le médecin appelé pour signer le constat de décès d’un patient en fin de vie après un suicide "assisté par la famille ou un ami" aura toutes les chances de conclure à une mort naturelle, et n’ira pas prescrire une autopsie pour recherche de toxiques. En cas de médiatisation, un procureur sourcilleux peut se mêler de l’affaire et provoquer d’absurdes poursuites judiciaires...

En conclusion, l’arsenal législatif existant ne me semble pas devoir être modifié, car cela constituerait un risque de bouleverser un système de valeurs, certes imparfait, mais qui fonde notre société. L’intelligence des médecins, du malade et de son entourage suffit pratiquement toujours...


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103 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 17 mars 2008 09:56

    200% d’accord avec cet article. Il faut des pratiques humaines, pas des lois en plus.


    • gecko gecko 17 mars 2008 10:09

      Cet article m’a quelque peu troublé il est vrai. Parce que l’euthanasie finalement c’est demander au docteur de faire ce qu on n’est pas capable de faire soi même.

      Mais il reflète totalement la réalité des choses et je le trouve très pertinent. La réalité est souvent bien différente du prisme déformé des déclaration diverses des médias et des acteurs en jeu.


      • LE CHAT LE CHAT 17 mars 2008 12:46

        @gecko

         

         c’est sûr que les médecins possèdent les connaissances médicales pour pouvoir en finir rapidement et en douceur car même si on a la volonté d’en finir , tout le monde ne veut pas se tirer une balle dans la tête ou se pendre faute de possèder la pharmacopée qui va bien !

        la France est un pays arriéré , il serait tant de se mettre à la page sur l’euthanasie , une personne ne supportant plus sa misérable existence ne devrait pas être contrainte à souffrir davantage !


      • Paul Villach Paul Villach 17 mars 2008 10:48

        Cher Docdory,

        Merci de cette intéressante réflexion tirée de votre expérience. Paul Villach


        • Internaute Internaute 17 mars 2008 10:50

          Je suis bien d’accord avec vous. « Pourquoi finalement demander au médecin ce qu’on peut parfaitement faire soi-même ? Cette demande de transfert de responsabilité n’est-elle pas un peu abusive de la part du patient ? » Dans le cas cité en exemple, pourquoi la patiente ne se jette-elle pas par la fenêtre du 10eme étage ? Elle voudrait que le médecin prenne sur lui la responsabilité qu’elle-même fuit.

           

          Cependant, en toute logique, qu’y a-t-il de différent entre expliquer au malade qu’il n’a qu’à prendre en une fois sa dose de morphine pour le mois ou bien lui déposer un verre de poison prés de son lit ? Aprés tout c’est bien le médecin qui a fait l’ordonnance pour qu’on achète la morphine ; c’est vrai qu’à l’origine l’objectif n’était pas le même.

           

          En conclusion, laissons la loi comme elle est et les médecins se débrouiller du mieux qu’ils peuvent avec les familles.


          • Vilain petit canard Vilain petit canard 17 mars 2008 10:58

            Tout à fait d’acord avec toi, doc, et merci pour cet article rigoureux et plein d’humanité. J’ai été personnellement assez choqué par cet appel public de Mme Sebire, qui est pour moi une sorte de mise en demeure de prendre parti. L’aide (raisonnée) au suicide comme en Suisse me paraît une solution à creuser. Il n’en reste pas moins qu’ne France, le suicide n’est pas répréhensible, et que trop souvent on cherche à charger les médecins de cette tâche, comme si on pouvait se suicider sans avoir à le faire soi-même, si j’ose dire.

            Notons quand même qu’il y a quelques mois (février 2007), le candidat Sarkozy, interrogé sur l’euthanasie dans des cas extrêmes, avait déclaré avec sa classe habituelle et son sens grammatical que "c’est sûr, d’vant des cas pareils, on peut pas rester les bras ballants". Néanmoins, il était contre une loi sur l’euthanasie, faisant confiance au dialogue. Sa réaction sera instructive, car d’une certaine façon, Mme Sebire s’adresse à lui au nom de cette déclaration d’alors.


            • docdory docdory 17 mars 2008 12:08

               @ Léon

              Non , la rédaction d’agoravox ne m’a pas contacté à ce sujet , néanmoins , je crois que ce qui est réprimé , c’est l’incitation au suicide . Or là il ne s’agit pas d’incitation . Je crois que presque tout le monde sait qu’un surdosage d’opiacés provoque une overdose fatale . La verbalisation de ce fait connu de tous n’a rien à voir avec une incitation ( cette verbalisation est nécessaire en tout état de cause car le médecin doit informer légalement le malade des dangers potentiels des traitements ). Je m’engage toujours auprès de mes patients à leur donner des soins palliatifs consciencieux . Les quelques patients qui m’ont réclamé " une piqûre " ne se sont jamais suicidés en fait . Toute demande de mort est très ambivalente ( celle de Chantal Sébire n’échappe peut-être pas à la règle ).

              Comme je l’expliquais hier dans un commentaire à l’article de Bernard Dugué sur le même sujet , le dernier patient proche de la mort et incurable à m’avoir demandé une piqûre , je lui ai expliqué que c’était légalement impossible , j’ai fait toutes les adaptations nécessaires à son traitement antalgique , il était prévenu que des dépassements importants de doses étaient mortels . Malgré son état plus que précaire , il a pris l’avion une semaine plus tard pour rentrer dans son pays d’origine où il est mort quinze jours plus tard parmi les siens . 

              Aurait il eu une " meilleure mort " si l’euthanasie avait été légale et si j’avais dans cette hypothèse souscris à sa demande au moment où il l’avait formulée ? La question mérite d’être posée ...


            • slaf 17 mars 2008 11:13

              Bravo et merci pour ce réel retour d’expèrience !

              Tout est dit et cela soulève la question du misérabilisme médiatique et du tout judiciaire.


              • ZEN ZEN 17 mars 2008 11:53

                Merci, Doc, pour cette réflexion et cette expérience

                Mais je suis sceptique sur ta conclusion , et notamment la dernière phrase :

                "En conclusion, l’arsenal législatif existant ne me semble pas devoir être modifié, car cela constituerait un risque de bouleverser un système de valeurs, certes imparfait, mais qui fonde notre société. L’intelligence des médecins, du malade et de son entourage suffit pratiquement toujours..."

                Je manque d’expérience, et j’aimerais que quelqu’un apporte des témoignages montrant que quelques règles minimales et claires seraient tout de même nécessaires, à l’instar de ce qui se passe en Belgique ou en Hollande, par exemple...

                 


                • ZEN ZEN 17 mars 2008 12:04

                  Voici un lien canadien qui peut stimuler la réflexion

                  http://agora.qc.ca/thematiques/inaptitude.nsf/Dossiers/Suicide_assiste


                  • ZEN ZEN 17 mars 2008 12:09

                    @Doc

                    J’aimerais avoir ton avis sur la position de Martin Winckler et l’appel à la dépénalisation...

                    http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=55


                  • Claustaire 17 mars 2008 16:25

                    Merci pour votre lien sur le texte et les réflexions de Winckler, et donc les liens proposés par celui-ci vers d’autres sites. Cela alimente utiliement la réflexion sur un sujet essentiel que nous ne pouvons plus esquiver.


                  • Claustaire 17 mars 2008 16:57

                     

                    Merci pour votre témoignage et vos réflexions.
                     
                    Je pense néanmoins que la situation mériterait une réflexion plus aboutie, notamment pour prendre en compte la sensibilité de l’opinion publique à cette question. Opinion largement favorable, depuis des années, à l’extension du droit de mourir dans la dignité.
                     
                    A mon avis, la question de la fin de vie, de la "bonne mort" (euthanasie) relève d’un débat et de décisions qui doivent pour large part échapper au corps médical mais relever du corps démocratique (si l’on peut dire !) de notre société. Une consultation référendaire permettrait sans doute, à la fois le débat collectif nécessaire puis la prise de décision assurée par tous.
                     
                    Pourriez-vous aussi nous préciser si un médecin généraliste pourrait être susceptible de prescrire des patchs de Durogésic à un patient non hospitalisé (mais souffrant chez lui de telle ou telle pathologie qui ne nécessiterait pas une hospitalisation) souhaitant pouvoir disposer de suffisamment de patchs pour prendre une décision éventuellement létale quand il l’estimerait opportune ?
                     
                    Bien à vous !
                     

                  • docdory docdory 17 mars 2008 21:28

                     @ Zen 

                    Le suicide assisté décrit dans ce texte canadien est différent de l’euthanasie , dans laquelle une tierce personne administre à un malade une injection mortelle . Dans le suicide assisté tel qu’il est décrit ,le malade se voit prescrire une ordonnance , mais en dernier ressort , c’est lui qui se l’auto-administre . Ce n’est pas non plus la même chose que de prévenir un malade en demande d’injection mortelle du caractère fatal du surdosage en morphiniques , médicaments qu’il a de toutes façon en sa possession , et dont-il a été de toutes façons averti depuis parfois plusieurs mois des effets secondaires ou de surdosage , comme il est d’usage constant lorsque l’on prescrit des médicaments potentiellement dangereux . ( Cette pratique bien entrée dans les moeurs du consentement éclairé est d’ailleurs une obligation légale et jurisprudentielle . )


                  • docdory docdory 17 mars 2008 21:46

                     @ Zen 

                    Il semble que la position de Martin Winkler ait quelque peu varié entre ses deux textes . ll critique , comme à son habitude , le corps médical dans son ensemble , bien qu’il en fasse lui aussi partie . Je ne pense pas que la majorité du corps médical actuel soit aussi désagréable qu’il l’affirme . Une chose est sûre , c’est qu’il sera assez difficile de trouver des confrères pour accepter d’injecter eux-mêmes une substance létale . Moi-même , je ne pense pas que je pourrais le faire .

                    Quant à l’idée d’une dépénalisation , elle me gêne un peu . Lorsque des affaires d’euthanasie familiale ( type affaire Vincent Humbert ) arrivent devant la justice , il est fort rare que des jurés d’assise prononcent plus qu’une peine de principe , et , lorsqu’ils ont la main lourde , c’est que l’affaire n’était pas nette du tout , en général . 

                    Les auteurs d’euthanasie sont jugés , lorsqu’ils le sont , par des jurés du peuple français , dont chacun d’entre eux sait bien qu’il pourrait se retrouver confronté à la même situation , et donc sont jugés avec la plus grande bienveillance .


                  • Geve74 17 mars 2008 12:11

                    Oui, bien sûr, on peut se suicider ... ce n’est pas interdit ! Oui mais comment ? La pendaison, le destop, la noyade ??? En cachette ? Tout seul, dans son coin, pour ne géner personne ?

                    Quelle hypocrisie ! Pourquoi Chantal Sebire a-t-elle besoin de la médecine ? Tout simplement pour lui procurer les 10 g de penthobarbital nécessaires pour s’endormir en douceur, dignement, au milieu de ses proches. Et oui, elle n’a pas de connaissances ou de relations dans le milieu médical pour le lui procurer. Dommage pour elle ... Et oui, il y a encore en France des privilèges et des inégalités face à la mort.

                    La mission d’un médecin n’est plus de prolonger la vie à tout prix, mais bien plutôt d’accompagner et de sauvegarder la dignité de son patient. Il est trop facile de simplement fermer les yeux, il est peut-être temps d’agir.


                    • Vieux Bob 17 mars 2008 12:18

                       

                      J’ai lu cet article avec le plus grand intérêt et je puis dire que la justesse et la sensibilité de l’argumentation m’ont touché.

                      Et pourtant !…

                      L’article est rédigé par un médecin généraliste dont l’humanisme paraît évident, et je peux admettre qu’il n’est pas exceptionnel.

                      Mais une immense majorité des français meurent à l’hôpital.

                      Excusez-moi de citer mon histoire personnelle, mais j’ai subi, il y a quelques mois, deux interventions chirurgicales lourdes, à deux jours d’intervalle, dans un hôpital réputé de cardiologie. Je crois pouvoir dire que j’ai été pendant quelques jours à la limite de la souffrance supportable.

                      Membre de puis quelques années de l’ADMD (Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité), âgé de 85 ans, je n’ai pas pu ne pas penser à l’euthanasie ; j’étais certainement très éloigné du passage à l’acte, la seule pensée de ma nombreuse descendance, de mes nombreux petits enfants et arrière petits enfants, me retenant à la vie.

                      Je souhaitais parler, j’étais sans force et j’imagine que ceux, aussi rares soient-ils, qui souhaitent réellement partir, sont parfois dans le même état. Personne ne leur donne cette possibilité de parole, car les soignants, aussi dévoués soient-ils, n’ont pas le temps d’écouter, et ce n’est pas leur rôle, d’autant plus que l’euthanasie est illégale, donc il n’y a rien à dire, eux-mêmes n’ont-ils pas rien à dire !…

                      J’ajoute que dans un hôpital, depuis le chirurgien et son assistant, les infirmières jusqu’aux aides-soignantes, il y a du monde et tout traitement un peu douteux ne risque-t-il d’être dénoncé par un assistant mal intentionné (ou naïf)… Mieux vaut être prudent…Nul n’est censé ignorer la loi.

                      RIEN N’EST RÊGLé !


                      • docdory docdory 17 mars 2008 21:55

                         @ Vieux Bob

                        Malheureusement , les douleurs post opératoires après chirurgie cardiaque sont parmi les plus difficiles à contrôler . En effet , la sternotomie ,en général pratiquée comme voie d’abord chirurgicale , réalise une sorte de foyer de fracture artificielle du sternum , lequel , bien que fixé en fin d’opération , bouge néanmoins à chaque mouvement respiratoire . 

                        La médecine devra progresser dans ce domaine , néanmoins , je pense que ces opérations vous ont amélioré , et que vous ne les regrettez pas . 


                      • astus astus 17 mars 2008 12:25

                        Merci pour votre témoignage que je trouve intéressant parce qu’il est fondé sur une expérience personnelle, vécue et réfléchie de l’intérieur, à distance aussi bien de la médiatisation et de la judiciarisation outrancières qui caractérisent notre société, que des bondieuseries moralisantes de toute sorte que l’on entend habituellement sur ce sujet (allusion aux remarques déplacées de Mme Boutin).

                        Malheureusement je ne suis pas certain que toutes les équipes et médecins directement confrontés à ces problèmes aient habituellement le même souci explicatif que vous, ou qu’ils possèdent  tous la formation relationnelle ou l’intuition nécessaires à leur résolution, sans parler des effectifs souvent insuffisants dans les hôpitaux où se produisent pourtant la majorité des décès, (ce qui ne facilite pas la disponibilité du personnel concerné), ni des cas désespérés que les services se refilent entre eux comme une patate chaude pour ne pas plomber leurs statistiques, tout en continuant des investigations aussi coûteuses qu’inutiles, pour faire semblant de faire quelque chose.

                        Tout n’est donc pas rose au moment où la grande faucheuse approche, ce qui n’est pas surprenant dans une société qui a tout fait  pour donner une image d’éternelle jeunesse (cela fait vendre) où la possibilité même de la mort semble exclue. Et l’on comprend mieux alors que certains souhaiteraient sortir de ces dilemmes par des textes de loi généraux figés dans le marbre venant réglementer les cas les plus criants en dépit du contexte forcément unique et particulier de chaque situation de fin de vie.

                        Il faut cependant reconnaître que là où ces textes existent, par exemple en Suisse, cela n’a pas donné lieu aux abus que certaines personnes font semblant de craindre même si je comprends le malaise que vous avez éprouvé en regardant l’émission que vous citez pour la principale raison, à mon avis, qu’il y avait là une transgression de l’espace du secret nécessaire à tout être humain par la médiatisation de faits qui devaient demeurer non pas cachés, mais simplement intimes ou privés. De tels reportages sont tout simplement indécents.

                        De même que notre société refoule ou dénie tout de cette mort qui nous concerne pourtant tous, il faut constater qu’il n’y a pratiquement plus de limite entre l’espace privé et public ce que tout un chacun a  ressenti avec malaise un jour en étant forcé en raison de l’exiguïté des lieux à écouter des communications téléphoniques qui ne le concernaient pas. A un autre niveau notre président est en train d’en faire aussi l’amère expérience.

                        La question de l’euthanasie est donc une question paradoxale difficile à résoudre parce qu’elle est située,  par définition, dans un lien entre  vie et mort, entre espace  privé et public, entre individu et société, entre pratique humaine tolérée et intransigeance de la loi. Mais il me  semble personnellement que celle de Léonetti pourrait être assouplie suffisamment pour que les gens qui désirent mourir en paix puissent le faire de façon assistée et contrôlée sans ameuter les populations et que les personnels qui prennent part à ces démarches ne soient pas inquiétés, à condition bien sûr de fixer des garde-fous clairs.

                        Dans ces cas là d’aucuns objectent toujours que les médecins sont là pour soigner et non pas pour donner la mort, mais chacun sent bien l’hypocrisie sous-jacente d’une  telle pétition de principe contredite par les faits qui ne semble pas pouvoir ou  vouloir regarder en face que certaines positions médicales, même passives, sont de véritables arrêts de mort conscients pour les personnes concernées, qui ne demandaient que cela pour mettre fin humainement et dignement à leur souffrance. Et d’autres de dire aussi qu’après tout ces patients n’avaient qu’à mettre fin eux-mêmes à leurs jours : mais vous en connaissez beaucoup de personnes hospitalisées en fin de vie suffisamment conscientes et valides qui ont à leur libre disposition au bon moment sur leur table de nuit tous les produits nécessaires, et le mode d’emploi ?

                         


                        • Vieux Bob 17 mars 2008 14:04

                          Le commentaire d’ "astus" semble m’être adressé, mais je n’ai jamais fait de commentaire sur l’émission concernant l’exemple suiss, ni sur le témoignage de Marie Humbert !

                          Au risque de me voir reproché mon exhibitionnisme, je citerai ce texte écrit quelques semaines avant mon opération en cardio :

                          "Réflexions sur la mort…

                          Je suis mal placé pour en parler… Et pourtant, depuis que je sais que ce peut-être imminent, j’y pense tous les jours.

                          Je serais prêt à accepter un départ brutal, à moins qu’au dernier moment … ?

                          Serais-je prêt à prendre la décision de partir, si la fin était difficile ; je l’ai longtemps cru, me fiant aux expériences racontée, par des témoins, je pense à Mireille Jospin, à certains reportages télévisés, comme " la mort de Jean " : tout cela paraît presque simple … à vivre et mourir !

                          J’aurais presque eu envie d’écrire " l’euthanasie, mais c’est très simple ", pourquoi pas " l’euthanasie pour les nuls " !

                          Et puis, une de mes filles m’a écrit : " papa, j’ai encore besoin de toi ! " et le plus jeune de mes petits enfants a dit à sa mère : " mais si papy s’en va, je ne pourrais plus me promener avec lui… "

                          J’ai lu " De chair et d’âme ", de Boris Cyrulnik, si controversé. Son sujet est tout autre, mais il insiste beaucoup sur l’importance vitale, même chez certains animaux dont le cerveau est si proche du nôtre, des liens affectifs, qu’il appelle " les attachements ", tel ce petit singe, qui brutalement séparé de ses proches, ne tarde pas à mourir, à moins que l’on ne lui substitue d’autres attachements !

                          Une amie a récemment perdu son mari et peine à " faire son deuil ", et un groupe l’aide à recréer des liens de substitution.

                          Eliane Feldmann-Desrousseaux, médecin et psychanalyste, dans un livre récent, " Prendre soin de l’autre souffrant ", raconte quel arrachement a été pour elle, alors jeune médecin d’un " mouroir ", le départ de patients auxquels elle s’était attachée…

                          Enfants, jeunes ou vieux, sommes nous tous " attachés par des liens " que nous aurions créés, parce que nous en avions besoin pour vivre et dont nous serions plus les seuls maîtres ?

                          Coq à l’âne ou rêve nocturne, je passe le plus clair de mon temps sur Internet, le Web,… la Toile ! Encore des fils tissés et mon père était " fabricant de toiles " !

                          Que m’importe l’historicité des évangiles, mais la tunique de Jésus…" C’était une tunique sans couture, d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Ils se dirent donc entre eux : "Ne la déchirons pas,… "

                          L’humanité constituerait-elle une immense toile, en bien piètre état, certes, déchirée par les églises, les nationalismes ,

                          les luttes économiques, mais aussi toujours à réparer par suite des ruptures de "fils", de fil, de fils et de pères en partance, de conjoint, de soignants, ou de patients, d’amis.

                          Quand j’étais enfant, j’avais l’habitude de voir les contrôleurs vérifier les pièces de toile, mètre par mètre, afin de déceler toute " rupture " de fil.

                          Au risque de heurter certains, je ne pense pas que " la vie soit sacrée ", mais lorsque je pense à cette immense toile humaine,…

                          Si un jour, je me sens las de vivre, me sentirai-je libre de couper tous ces fils, aurai-je le courage de délier ces attachements, trouverai-je un bénévole qui m’aide dans cette lourde tâche ?"

                          Puissent, un jour, les patients avoir un lieu pour parler et être écoutés...

                          Puisse la liberté de chacun etre respectée

                           

                           


                        • astus astus 17 mars 2008 14:53

                          Désolé Vieux Bob : mon commentaire ne s’adressait pas à vous mais plutôt au rédacteur principal de l’article, comme une façon d’essayer de prolonger sa réflexion et d’en susciter éventuellement d’autres pour voir où tout cela nous mène...


                        • docdory docdory 17 mars 2008 21:58

                           @ vieux Bob 

                          Merci pour ce très beau texte


                        • SciFi SciFi 17 mars 2008 13:07

                          @docdory

                          J’attendais avec impatience cet article dont vous aviez annoncé la parution dans un billet de Dugué. Sachez que je respecte votre point de vue de praticien et ne voyez aucune attaque personnelle à ce que je vais dire.

                          Après avoir énoncé clairement les faits concernant Chantal Sébire et la position des politiques, vous parlez de la rareté des cas où les soins palliatifs sont impossibles, puis de votre position sur le sujet. C’est bien de ces rares cas dont il est question, ceux pour lesquels la médecine est impuissante à éliminer la douleur.

                          Je vous rejoins sur certains points : votre déontologie (toute à votre honneur) qui vous empêche d’envisager une telle pratique. Vous auriez même pu légitimement vous appuyer sur le serment d’Hippocrate, à partir du moment où vous attachez de l’importance à la parole donnée. Et également le malaise que vous avez pu ressentir face à une émission que j’ai moi-même vue. Ce sont des arguments que je respecte totalement. Mais une quelconque disposition légale sur le sujet, si elle devait voir le jour, ne pourrait jamais imposer à un médecin de pratiquer une mort volontaire si cela est contraire à ses principes.

                          Maintenant, à vous lire je ressens moi aussi un malaise. D’abord parce que vous fournissez un mode d’emploi, qui je suppose pourrait appeler à des questions complémentaires de la part du malade au moins pour être sûr qu’il ne souffrira pas en employant cette solutions. Ce qui me gêne, c’est que quelque part, vous devenez complice de cette mort, car si vous n’avez pas effectué le geste, vous avez fourni les clés qui permettent de mourir. De plus, on pourra toujours trouver des cas - rares, je vous l’accorde - où une personne est incapable d’agir sans une complicité

                          L’autre malaise que je ressens, c’est le traitement a posteriori qui est fait des cas d’euthanasie en France. Si les choses étaient si claires sur le plan moral et légal, pourquoi ne punit-on pas durement ceux qui ont eu une participation active ?

                          Léon Schwartzenberg, cancérologue en faveur de l’euthanasie malgré son état de médecin, avait révélé avoir pratiqué une euthanasie. Il a été suspendu par le conseil de l’Ordre au début des années 90, décision annulée ensuite par le Conseil d’Etat. Il n’a pourtant pas été poursuivi au pénal à ma connaissance, bien qu’ayant donné la mort. Il y a donc bien une forme d’hypocrisie sur le traitement ce problème.

                          Alors peut-être avez vous raison sur un point : établir une loi complexe et problématique pour résoudre quelques rares cas, n’est peut-être pas la bonne solution. Pourtant il me semble malgré tout qu’il faut pouvoir apporter une réponse à ces rares cas. Et dans ce cas, pourquoi ne pas établir un dispositif exceptionnel, une commission nationale (du fait de la rareté des cas) composée de médecins, psychologues et juristes, tous volontaires pour assumer cette mission, et qui pourraient agir en dérogation par rapport à la lettre de la loi ?

                           


                          • brinb666 17 mars 2008 14:31

                            Félicitations pour cet article qui sort un peu de l’émotion ambiante.

                            Il est bon de prendre un peu de hauteur pour réfléchir aux conséquences d’une loi votée dans la précipitation médiatique.

                            Je voudrais rajouter 2 choses cependant :

                            - Je pense que le problème chez Chantal Sébire est que si elle se suicide, ses proches ne pourront pas être près d’elle pendant ses derniers instant (non assistance à personne en danger). C’est une déduction personnelle, mais ça a l’air de coller à la situation.

                            - Les médecins qui font du soin palliatif (j’en connais 2 dans mon entourage immédiat) sont souvent des gens qui aiment vraiment leur métier et leurs patients parce que d’une part c’est un métier qui se pratique essentiellement à l’hopital et d’autre part si on veut vraiment être médecin pour gagner un max de blé ce n’est pas là qu’il faut aller, mais plutôt en radiologie ou autres spécialités et dans le privé.

                            Je commençais à me demander si j’étais le seul du même avis que vous.... 


                            • docdory docdory 17 mars 2008 22:09

                               @ brinb 666

                              Votre objection concernant la non assistance à personne en danger est pertinente . Cependant , supposons que Chantal Sébire , en accord avec ses enfants , veuille en finir avec les médicaments qui sont à sa disposition sur sa table de chevet , et que ses enfants assistent au décès .

                              Croyez vous un seul instant que le médecin appelé le lendemain pour constater le décès aura l’idée saugrenue d’inscrire " obstacle médico-légal à l’inhumation " sur le constat de décès ?? 

                              On peut raisonnablement supposer à 99,99 % qu’il n’ira pas chercher plus loin que " mort naturelle " lors de la rédaction du constat de décès , même s’il n’est pas le médecin traitant !


                            • Georges Yang 17 mars 2008 14:46

                               

                              Je suis pour la pratique de l’euthanasie quand elle se justifie et contre sa légalisation. Ce n’est pas un paradoxe mais une question de bon sens.
                              Beaucoup de malades sont hypocondriaques et sont souvent psychologiquement diminuées par la maladie. La légalisation entraînera la peur de se faire abattre contre son gré une fois hospitalisé par de potentiels Petiot (peur infondée certes, mais qui risque de s’installer, rumeurs aidant). D’autre part, même en se référant a un collège de médecins (2 ou3, du même établissement ou non ?) on peut envisager aussi des manœuvres de familles désirant hériter au plus vite et disant : Docteur, il souffre beaucoup. Que se passera t-il dans une clinique privée ou une famille ayant payé très cher demandera l’euthanasie d’un proche avec plus ou moins l’accord d’un patient un peu dans le coaltar ?
                               
                              Laisser le choix de la mort assistée au médecin et à son patient après en avoir posé le pour et le contre et éventuellement en parler à la famille, mais maintenir l’interdit.
                              D’ailleurs, le cas ne se présente pas tous les jours à un praticien, sauf dans des services spécialisés avec malade en fin de vie. Les soins palliatifs aident beaucoup de gens a mourir sans faire de bruit. Quelques rares cas posent problèmes, douleurs extrêmes, délabrement et forte résistance physique.
                              Et une fois une affaire découverte, déboucher sur un non lieu ou une peine de principe.
                              La mort ne devrait pas être un forum médiatique, même pour ceux qui souffrent énormément.
                              Respecter le colloque singulier, si besoin avec la famille et respecter le silence, on peut augmenter les doses sans en parler. Il ne faut pas s’américaniser et faire des lois sur tout, souvent le bon sens suffit.

                              • docdory docdory 17 mars 2008 22:15

                                 @ Georges Yang 

                                Je partage votre analyse . La confiance est à la base de l’acte médical . Chaque malade sait que son médecin est là pour le soigner , et non pour le tuer . Il ne faut pas transformer le médecin , dont la fonction est claire dans l’esprit du public , en un personnage ambigu , ayant un pouvoir de vie ou de mort sur ses patients .

                                 


                              • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 17 mars 2008 15:19

                                 Je m’étonne que vous ne fassiez pas mention de l’agument principal de la malade en question :

                                Le fait, pour un médecin, de donner un puissant moyen palliatif anti-douleur dont on sait qu’il va entraîner la mort à coup sûr dans un état de complète inconscience est bien un moyen de suicide assisté et il y a quelque hypocrisie à le nier.

                                D’où la question : Au nom de quelle morale ou de quelle idée de la dignité humaine peut-on préférer que le malade meure suicidé inconscient à terme (8jours) que lucide immédiatement ?

                                C’est, selon moi, une grave faute éthique de maintenir une distinction fallacieuse entre un suicide inconscient différé et un suicide immédiat. De quel point de vue ? De celui de la volonté consciente du malade...Donc précisément de sa dignité.

                                Le médecin est éthiquement doublement en faute en refusant un moyen immédiat : il s’exonère à tort de la responsabilité de mettre fin à la vie du malade. Il se ment à lui-même et refuse de considérer la volonté explicite du malade pour sauver sa fausse mauvaise conscience.

                                Le droit au suicide assisté n’est pas contraire au droit européen, puisqu’il existe ailleurs en Europe qu’en France (ex : en Hollande) , sans susciter de recours devant la CEDH de Strasbourg dès lors qu’on l’interprète comme un droit de mourir dans le dignité.


                                • SciFi SciFi 17 mars 2008 16:32

                                  @Sylvain Reboul

                                  "Le médecin est éthiquement doublement en tort..." :

                                  J’ai réagi moi-même sur le sujet évoqué par docdory (montrer la possibilité du suicide, sans y participer), mais il est impossible de faire un procès d’intention à ce médecin.

                                  D’abord parce qu’il agit visiblement selon des convictions humanistes profondes et réfléchies, ensuite parce qu’on ne peut lui faire reproche de participer à une chose interdite par la loi. On ne peut pas dire "qu’il s’exonère à tort", car cela revient à porter un jugement de moralité qui n’a pas lieu d’être (il n’a pas tort selon son éthique).

                                  Dans tous les cas, si responsabilité il y a, elle n’est pas le fait du corps médical. En effet, un livre, "Suicide mode d’emploi" était paru il y a quelques années et a été retiré de la vente. Ce livre a fait l’unanimité contre lui, pas seulement du fait des autorités religieuses, mais aussi civiles et judiciaires.

                                  Il est vrai que le champ d’application un tel livre dépasse les cas exceptionnels dont il est question dans l’article, mais son retrait est symptomatique d’une société qui refuse toute prise de position "officielle" sur le sujet, y compris sur la seule solution proposée par docdory.

                                   


                                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 17 mars 2008 16:52

                                  La seule solution ? Justement non sauf à prétendre refuser a priori tout débat sur le bien fondé de la loi précisément "éthique" qui est en débat !

                                  L’auteur défend la lettre et l’esprit de la loi et c’est cela qui est en question et qui pose une question fondamentale de bio-éthique ! Je ne commente pas l’attitude personnelle de l’auteur médecin, en tant que personnelle, (de fait il la publie pour en faire un exemple probant pour les autres) mais sa défense éthique de la loi , pour en montrer, sur un plan éthique, les limites et les paradoxes.

                                  De fait la loi actuelle autorise l’aide au suicide (différé et inconscient), sans vouloir le dire, c’est un fait et ma position est que la loi est hypocrite ainsi que ceux qui en défendent l’esprit...confus et donc que cette loi rend précaire et ambiguë l’application d’une telle loi.


                                • Bulgroz 17 mars 2008 17:14

                                  "confus et donc que cette loi rend précaire et ambiguë l’application d’une telle loi."

                                  Bien dit, Reboul, c’est vrai, vous êtes confus.

                                  et pourquoi vous n’iriez pas abréger la vie de cette dame vous même ? Vous semblez avoir tant d’assurances.

                                  Puisque vous êtes non chrétien, cela doit être facile.

                                   


                                • Bulgroz 17 mars 2008 19:06

                                  Bravo pour votre commentaire, Bulgroz, je suis tout à fait d’accord avec vous.

                                  Léon

                                   


                                • claude claude 17 mars 2008 21:30

                                  @ doc,

                                   

                                  merci pour votre article,

                                  mais je ne suis pas totalement d’accord avec vous.

                                  comme sylvain, je pense qu’il y a une grande hypocrisie de la part du législateur, qui se défausse sur le corps médical, sur la famille, pour aider les patients à mourir.

                                  dans un autre fil, j’ai fait part de ma position concernant l’euthanasie. si celle-ci est demandée par le patient et discutée en collège, médecin, famille, psychologue, comme cela se pratique en belgique ou en hollande, pourquoi ne pas permettre au malade de mourir en conservant toute sa conscience, et non comme un légume ?

                                  d’autre part, parce que je le vis tous les jours dans mon corps, la douleur n’est pas si facile que ça à contrôler...que ce soit par tritement morphinique ou antidépresseur, anti-épileptiques ou autres molécules utilisées sur les douleurs d’origine neuropathique. il est impossible de se mettre dans la peau de quelqu’un qui souffre, car la douleur ne se voit pas sur une échelle, comme la température.

                                  je comprends que pour un médecin, voir un patient mourir volontairement, provoque un malaise, car c’est un échec de ce qui fait l’essence même du médecin : soulager et guérir. mais, malheureusemnt, malgré tous les progrès faits ces dernières années, vous ne pouvez faire des miracles et préserver tous vos patients.

                                  c’est pourquoi, lorsqu’une personne qui possède toutes ses capacités mentale demandes qu’on l’aide à quitter son corps défaillant, sa requête devrait être acceptée... et non pas exécutée à la sauvette, clandestinement, en risquant d’être dénoncé comme ce fut le cas à périgueux l’an dernier ( Chantal Chanel, et un médecin, Laurence Tramois, comparaissent pour avoir, la première, injectée le 25 août 2003 un produit létal à une femme, Paulette Druais, atteinte d’un cancer terminal du pancréas, et la seconde pour avoir prescrit cette piqûre www.liberation.fr/actualite/societe/240400.FR.php )

                                  ce n’est pas facile pour vous médecins, mais c’est encore pire pour les patient qui souffrent et qui ont dépassé leur seuil de résistance, et qui désirent malgré tout guarder le contrôle sur leur vie.


                                • docdory docdory 17 mars 2008 22:18

                                   Objection , Sylvain Reboul !

                                  Un traitement anti-douleur bien conduit , dans le cadre de soins palliatifs , est celui qui supprime la douleur sans placer le patient dans l’inconscience .


                                • claude claude 17 mars 2008 23:16

                                  pardon docteur,

                                  excusez-moi de vous contrarier : c’est pas toujours vrai !!! il y a des cas, où la douleur persiste et signe...

                                  mais vous n’y pouvez rien, c’est comme cela, et il faut s’y faire... et vivre avec


                                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 18 mars 2008 12:32

                                  Vous ne pouvez ni le prévoir, ni l’affirmer dans le cas de cette maladie ! De plus, est-ce à dire que si cela ne marche pas comme vous le dites, vous seriez pour une intervention immédiate ? et cela ne supprime pas la volonté de la malade et des ses proches et leur revendication légitime à la dignité.


                                • haddock 17 mars 2008 15:30

                                  Très bon article ,

                                   

                                  Il est très compliqué de pencher pour l’ euthanasie , en même temps laisser des personnes dans l’ état de cette dame relève de peu d’ humanité ,

                                   

                                   


                                  • Soleil2B Soleil2B 17 mars 2008 19:13

                                    Bonjour Hadd


                                  • haddock 17 mars 2008 19:18

                                    Salut Soleillou ,

                                     

                                    T’ as vu , sujet du jour pas facile ,

                                     


                                  • Soleil2B Soleil2B 17 mars 2008 19:54

                                    Surtout pour moi mon cher Hadd

                                    - Tu sais, je survole un peu le débat et quelque part le trouve un peu superfétatoire.Quelles lois ?

                                    - Le jour où les pâtes aux tellines, les tripettes maisons, enfin toutes ces bonnes choses ne passeront plus, je crois effectivement qu’il conviendra d’y mettre un terme.

                                    - Il ne faut que le courage. Pour le reste, c’est d’une simplicité extrême.

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