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Accueil du site > Actualités > Santé > « AFSSAPS post-Mediator » : un ancien apparatchik se rebiffe

« AFSSAPS post-Mediator » : un ancien apparatchik se rebiffe

Dans une tribune publiée le 17 janvier 2013 dans le Quotidien du Médecin, Jean-François Bergmann, le vice-président de l'ex-commission d'AMM de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) - Comprenez la structure clé régissant le médicament en France - lance une vive attaque contre la nouvelle structure "post-Mediator".
 

Jean-François Bergmann fut le vice-président de la Commission de Transparence (chargée d'évaluer le service médical rendu des médicaments) de 1996 à 2001. Il fut ensuite le vice-président de la prestigieuse Commission d'Autorisation de Mise sur le Marché de l'AFSSAPS à partir de 2002. En parallèle, il a exercé un véritable mi-temps comme consultant privilégié et très prisé de Big Pharma comme en témoigne sa tentaculaire déclaration de liens d'intérêts, disponible sur le site de la même agence : Sanofi, Lilly, GSK, Roche, AstraZeneca, BMS, etc. (Cliquez ici pour consulter l'ensemble des liens d'intérêts du Professeur Bergmann depuis le 31/12/2008) (il aurait été instructif de consulter les liens d'intérêts de M. Bergmann depuis 1996 à la lumière de ses activités pendant la même période dans les instances officielles de l'Etat mais l'ANSM s'offre un "droit à l'oubli" passé quelques années).

En tant que vice-président de la Commission d'AMM, le Professeur Bergmann a bénéficié pendant des années d'une vue exceptionnelle sur tous les médicaments comme le Mediator, l'Actos, l'Avandia, le Vioxx, les pilules de 3ème et 4ème génération, etc.

Lors de la Commission d’AMM du 23 juin 2011, il vociférait contre Dominique Maraninchi, le nouveau patron de l'Agence, ne comprenant pas ce qui avait pêché parmi les "experts" de l'Etat.

Fulminant il laissa échapper sa colère :

M. MARININCHI est venu avec un message très paternel : « Ne vous inquiétez pas, je vous soutiens, je vous aime, vous êtes merveilleux. Je ne dirai rien, je ne parlerai pas avant qu’on sache tout, avant les Assises. » En gros, on se taisait et on « exaquinisait », on « noctranisait »… La trêve est rompue ; il a écrit à Libération (vous l’avez sans doute lu) qu’il s’étonnait que les membres de la commission d’AMM n’aient pas démissionné. Il faudra qu’il nous explique et il faudra qu’on ait une explication au sein de cette commission qui a pris beaucoup de coups, qui continue à en prendre et aujourd’hui, ce sera le coup final, donc on est pré-mortem. J’espère que vous nous ferez une « teuf » avant notre enterrement pour qu’au moins, on se marre une fois. Je pense qu’il faut que la commission d’AMM, en séance, avec son directeur, après ce qu’il a dit et qui donc laisse désormais toutes les interventions publiques ouvertes... On s’est tu quand on nous a demandé de nous taire, maintenant qu’on parle, parlons. J’aimerais qu’il nous explique clairement pourquoi il pense qu’on aurait dû démissionner.

Deux semaines plus tard il n'avait toujours pas décoléré. Lors de la Commission d’AMM du 7 juillet 2011 il attaqua vigoureusement le Directeur de l'ANSM, Dominique Maraninchi qui avait osé critiquer dans la Presse le noble fonctionnement du gendarme du médicament du pays qui a le meilleur système de santé au monde :

Libération de la semaine dernière : « Interview du directeur général de l’AFSSAPS » : « Mais rien n’a changé », demande le journaliste, « les experts ne changent pas. Le président de la commission d’AMM est toujours en place ». Réponse : « C’est vrai. Après l’affaire du Médiator, pas un membre des deux commissions ne m’a proposé de démissionner, ce qui est un peu surprenant. On verra par la suite, mais de mon point de vue, il y a trop de membres dans cette commission, qui plus est, ils restent en poste trop longtemps ».

Les nécessaires réformes de l'ANSM auraient probablement du se faire en conservant les mêmes personnes avec leurs mêmes conflits d'intérêts, aux mêmes postes... Les nostalgiques de l'ex-Union Sociétique, de l'Egypte de Moubarak, ou de la Tunisie de Ben Ali apprécieront.

Les victimes des médicaments sus-cités aussi.

Dans sa colère, Jean-François Bergmann ne comprend pas pourquoi Maraninchi avait évoqué la démission de tous ces experts.

M. BERGMANN : Cela n’a rien à voir. Aujourd’hui, vous écrivez que l’on est trop nombreux depuis trop longtemps. Non seulement, vous l’avez écrit, mais vous l’avez dit plusieurs fois aux Assises dans les mêmes groupes que moi. Donc, ce n’est pas un journal…
M. MARANINCHI : Mais cela n’est pas un scoop.
M. BERGMANN : D’accord.
M. MARANINCHI : C’est consensuel.
M. BERGMANN : Entre vous qui arrivez et nous qui sommes sur le départ, qu’il y ait une divergence…
M. MARANINCHI : Pourquoi sur le départ ?
M. BERGMANN : Parce qu’on est là depuis trop longtemps et qu’on est trop nombreux, donc on est sur le départ.
M. MARANINCHI : Pas tout le monde.
M. BERGMANN : Mais si, on est tous là depuis des siècles.
M. MARANINCHI : Cela est votre propre opinion.
M. BERGMANN : On est tous… Qui est là depuis moins de six ans ? Donc voilà, vous serez trois pour la prochaine commission.


(...)

M. BERGMANN : (...) Après tout, on est pourri, on est nul, on peut aussi être « couillon », donc c’est le « couillon » qui parle au nom de certains de mes collègues, probablement la majorité d’entre eux, pour dire qu’on ne comprend pas l’analyse que vous faites ou que certains font de la responsabilité des experts dans l’affaire Médiator. On aimerait bien qu’un jour, quelqu’un nous dise où nous avons fauté. Quelle a été notre faute ?
(...)
M. BERGMANN : Non, mais si on est trop nombreux depuis trop longtemps et qu’on aurait dû démissionner, qu’est-ce qu’on a fait de mal, nous, membres de la commission d’AMM, dans l’affaire Médiator ? On aimerait bien savoir parce qu’il est assez normal…


C'était il y a un an et demi.

Aujourd'hui, Jean-François Bergmann dénonce une fois de plus la réforme qui a impacté son petit business auprès de l'ANSM qui l'occupait entre 2 consultations pour Big Pharma.

Dans le Quotidien du Médecin il nous émeut en affirmant que lui et les experts se sentent "responsables, coupables, honteux mais aussi leurrés par des structures bureaucratiques et apathiques". Nous y voilà ! On regrette, mais c'est pas notre faute.

L’observation du problème a été laissée aux médias et à certains députés ou autre ancien doyen plus provocateurs que constructifs, l’expérimentation s’est limitée à une loi d’affichage opportuniste et répressive, l’analyse est restée superficielle conduisant à des changements organisationnels sans réflexion sur les missions ni les modes de raisonnement.

Les problèmes qui ont conduit à tous ces scandales étaient pourtant tellement évidents :

Une pharmacovigilance archaïque et somnolente, des agences frileuses, crédules et manquant d’acuité et de curiosité, une administration n’arrivant pas à hiérarchiser les problèmes ni a canaliser les énergies.

Pourquoi, cher Monsieur Bergmann, n'avez-vous pas dénoncé ces dysfonctionnements quand vous occupiez des postes clés dans ces "agences frileuses crédules, manquant d'acuité et de curiosité" ?

Vous critiquez ensuite sans ménagement tous les efforts mis en place pour corriger ce qui a failli. Nous ne manquons d'ailleurs pas d'en faire autant régulièrement. Mais dans votre hotte du Père Noël des solutions pour un monde meilleur, vous avez omis ce qui concerne les conflits d'intérêts. Dommage puisque chacun reconnaîtra que ce sont ces mêmes liens d'intérêts qui ont permis à ces médicaments dangereux de rester sur le marché pendant toutes ces années. Un oubli malencontreux. Et à propos de copinage, comment va votre beau-frère, le Professeur Emmerich que vous avez placé à la tête des médicaments en cardiologie, endocrinologie, gynécologie, urologie à l'ANSM ?

Etes-vous vraiment la personne la mieux placée pour critiquer les mesures prises pour tenter de réparer un système qui a tué ?

Maintenant que vous n'occupez plus votre poste historique de vice-président de la Commission d'AMM, les firmes pharmaceutiques ont-elles renouvelé vos contrats de consultant ?

Références

Ne dites pas à ma mère que j’étais membre de la commission d’AMM... , Le Quotidien du Médecin

Déclaration des liens d'intérêts du Professeur Bergmann, ANSM

Commission d’AMM du 23 juin 2011 - Verbatim, ANSM

Commission d’AMM du 7 juillet 2011 - Verbatim, ANSM


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