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Belgique : psychologues cherchent psys

Les psychologues universitaires ne sauront bientôt plus se payer un psy, c’est le constat douloureux qu’on doit faire aujourd’hui. Dans une société où l’excellence de la santé publique devrait être le fleuron des décisions politiques, il semblerait que le gouvernement belge ne soit pas décidé à légiférer là où il y a urgence. Des psys réceptionnistes ou laveurs de vitres : en Belgique, vous pourrez bientôt vous faire analyser en allant acheter votre kilo de raisins. Des psys, il y en a partout ! Et tous, universitaires...

Il est loin le temps où les psychologues étaient cités dans les débats scientifiques en matière de santé mentale, il est loin le temps où les psychologues étaient considérés comme des professionnels compétents, à même de mettre en perspective des problématiques complexes. Aujourd’hui, la pléthore de psychologues en Belgique remet en question et la compétence et le sérieux de ces thérapeutes. D’autant plus que la polémique s’installe autour d’un projet du ministre Demotte (affaires sociales et santé publique) qui vise à « sortir de l’ombre les thérapeutes ne bénéficiant pas du titre de psychologue ou de psychiatre ». Car la législation est claire à ce sujet, est psychiatre tout médecin ayant une spécialisation en psychiatrie ; est psychologue toute personne ayant effectué un cycle complet (5 ans) dans une faculté de psychologie. Mais la législation reste floue au sujet de la pratique de la psychothérapie. Si le titre de psychologue est bel et bien protégé, la pratique ne l’est pas.


Aujourd’hui, les psychologues au chômage ne se comptent plus, tant ils sont nombreux. Ils se retrouvent dans des situations de précarité telle qu’ils sont contraints de se tourner vers d’autres professions qui ne nécessitent que peu de qualifications (on citera réceptionnistes, vendeurs, magasiniers...). C’est un scandale, crieront certains ... C’est le résultat d’une mauvaise gestion des études, diront d’autres ... Ils n’ont que ce qu’ils méritent, diront les plus cruels.
Il n’en reste pas moins que la situation est inquiétante, et que la visite de quelques forums « psys » bien connus du web nous éclaire. En effet, les langues se délient facilement, mais les intéressés (les psys, ceux qui ont le titre) préfèrent garder l’anonymat car « on ne sait jamais », nous dit Marc B. Au chômage depuis 8 ans, ce psy travaille comme magasinier, comme beaucoup de ses confrères qui doivent bien nourrir leur progéniture ou encore payer leur voiture. Il ne désespère pas de trouver un emploi dans ce domaine, « mais la concurrence est rude et complètement déloyale, la quantité phénoménale de psys sur le marché du travail rend les choses complexes et nous pousse à mentir sur nos compétences et à séduire le moindre employeur potentiel ; personnellement, je ne veux pas entrer dans ce jeu ». Pour appâter le client, certains psys n’hésitent pas à recourir à des techniques thérapeutiques à la mode, qui sonnent le glas de la rigueur et du sérieux qu’on peut attendre d’un professionnel de la santé.

Catherine M., au chômage depuis 10 ans : « Mon boucher est devenu psychothérapeute, profession non réglementée. Il reçoit ses clients le soir, après journée. D’après ce qu’on m’a dit, il exerce une technique orientaliste dont le nom m’échappe maintenant. Ce qui me rend dingue, c’est que rien n’est fait du côté des universités pour diminuer le nombre d’étudiants dans les facultés de psychologie. Chaque année, des centaines de psychologues sortent des facultés, et tout le monde sait qu’ils ne trouveront pas de travail ou qu’ils se tourneront vers toutes sortes de pratiques dont ils ne maîtrisent pas les techniques. On se demande à qui tout cela sert. Pour moi, ce sont les universités qui sont responsables de ce chaos ».

D’autres psychologues, qui, eux, travaillent, relèvent le manque de suivi et de cohérence au niveau des fédérations, qui ressemblent plus à des chapelles qu’à de réels organes soucieux de suivre leurs affiliés. « Demain, nous rapporte un psychologue, n’importe qui peut placer une plaque sur sa façade et indiquer "psychothérapeute ". C’est une concurrence déloyale, et ça nuit à notre travail ; peut-on imaginer un médecin exerçant dans les mêmes conditions que nous ? personne ne l’accepterait ! ».


Dans les propositions de réformes, on notera le projet de loi du Mmnistre Demotte qui vise à réglementer le titre de psychothérapeute, mais qui ne parle en rien de la pléthore de psychologues sur le marché de l’emploi. Le projet le plus sérieux est probablement celui du Français Jean-Pierre Bouchard, docteur en psychologie, qui propose que le titre de psychologue et l’accès à la psychothérapie soit lié à la concrétisation d’un doctorat en science psychologique. Ce parcours d’étude garantirait un suivi des futurs psychologues par une équipe universitaire pluri-disciplinaire, dans la tradition des internes en médecine. Ramenant le nombre d’années d’études à 8 ans, ce projet aurait un effet rétroactif, et permettrait donc aux psychologues déjà en exercice de garder leur titre, sans faire ce doctorat.
Les professions de la santé, si on veut qu’elles gardent un semblant de déontologie, doivent probablement faire exception sur le marché de la concurrence. Mettre les psys en concurrence, c’est comme mettre les médecins en concurrence. Les risques de dérives sont grands, trop dangereux et trop risqués pour les citoyens, qui sont souvent mal informés et en souffrance psychologique.


Tout ce qui nous reste à espérer, c’est que notre boulanger ne soit pas un psy, analysant notre consommation quotidienne de pains au chocolat ; mais c’est loin d’être gagné.


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10 réactions à cet article    


  • Alexandre Santos (---.---.183.51) 13 janvier 2006 15:33

    On ne pourra jamais empêcher quelqu’un de recourrir aux médecines alternatives, qu’elles ayent un but curatif somatique ou psychologique.

    D’un autre côté j’imagine que seuls les psychologues peuvent faire de la clinique, comme les médecins.

    Je ne comprends donc pas où se trouve la différence entre ces deux situations ? Un patient peut aller guérir sa fièvre chez un médecin ou chez un sorcier, personne ne pourra l’empêcher. En quoi cela affecte-t-il plus les psychologues que les médecins ?


    • Guillaume Ribeaucourt Guillaume Ribeaucourt 16 janvier 2006 10:33

      Cher Monsieur,

      Evidemment, chacun est libre de choisir son gourou ... mais dans la situation que j’expose, j’essaye (peut-être maladroitement), de faire passer l’idée selon laquelle, la pléthore de psychologues, (et de psychothérapeutes dont la formation ni l’expérience clinique ne sont pas assurés), nuit gravement à la pratique clinique et thérapeutique et ouvre la porte à des dérives « psys », qui sont on ne peut plus inquiétantes pour le bien-être des patients en souffrance psychologique. Un psychologue au chômage, c’est comme un médecin au chômage, c’est « dangereux » pour la santé publique...

      Guillaume Ribeaucourt


    • (---.---.163.24) 14 janvier 2006 20:26

      « Si le titre de psychologue est bel et bien protégé, la pratique ne l’est pas. (...) Le projet le plus sérieux est probablement celui (...) qui propose que le titre de psychologue et l’accès à la psychothérapie soit lié à la concrétisation d’un doctorat en science psychologique. » Pensez-vous qu’une pratique comme celle-là s’apprenne sur les bancs de l’Université ? Ou plutôt en se frottant à la rugosité de la vie, au temps qui creuse les rides et surtout en visitant d’abord les tréfonds les plus sombre de son âme... avant d’oser écouter quelqu’un d’autre ? Tout cela prends beaucoup de temps ; temps pendant lequel il n’est en rien déshonorant de travailler comme magasinier. V.M.


      • Guillaume Ribeaucourt Guillaume Ribeaucourt 16 janvier 2006 10:44

        Cher VM,

        je pense effectivement, que la psychologie s’apprend sur les bancs des universités, mais aussi dans une pratique clinique. « se frotter à la rugosité de la vie » est certe une manière probablement intéressante qui permet de pratiquer une clinique psychothérapeutique ... mais ce n’est pas la voie royale, loin de là ... je ne pense pas qu’il faut avoir été schizophrène pour comprendre ce qu’est la schizophrénie, au même titre qu’il ne faut pas avoir eu un cancer du poumon pour être cancérologue, pourquoi alors faudrait-il avoir été dépressif pour soigner des dépressifs ? Alors « oui et non » ... je répondrais ... la pratique psychothérapeutique est une pratique rigoureuse qui ne se base pas, comme beaucoup le pensent, sur une faculté émotionnelle pointue ou « mise à l’épreuve », mais bien sur une technique maîtrisée et « mise à l’épreuve ». Même les psychanalystes seraient d’accord avec cette affirmation, ou alors ce serait renier les textes fondateurs de Freud. Pour ce qui est de l’image du magasinier, je n’ai à aucun moment écrit qu’il était déshonorant d’être magasinier, mais je pense avec force que ce n’est pas en faisant des bilans de stocks de haricots qu’on peut honnêtement s’engager dans un travail de suivi psychothérapeutique.

        Guillaume Ribeaucourt


      • (---.---.228.254) 17 janvier 2006 12:12

        Peut-être cet article apportera un petit éclairage


        • (---.---.101.231) 17 janvier 2006 20:53

          Bonjour,

          Je suis moi-même psychologue, en France, et constate sans étonnement que la situation pour les psychologues belges semble être la même que pour les français...

          En ce qui concerne l’exercice de la psychothérapie et sa non réglementation, là encore la situation est la même en France... pour l’instant, puisque cela va sans doute bientôt changer. Il est vrai que la multitude de « psycho-trucs » est parfois source de dérives et en tout cas de confusion pour les gens qui ne connaissent pas toujours les différences entre psychologue, psychothérapeute, etc. A la différence de la personne qui va voir un sorcier pour guérir sa fièvre, celle qui va voir le boucher psychothérapeute ne sait généralement pas qu’il n’a pas nécessairement de formation clinique.

          Cela dit, les diplômes n’ont jamais empêché l’incompétence (même si ils la limitent sans doute), ni les pratiques déviantes qui existent dans toutes les professions. Et à l’inverse, tous les psychothérapeutes ne sont pas des charlatans. Mais il est vrai, à mon sens, qu’il serait sans doute nécessaire d’encadrer davantage la pratique psychothérapeutique... et de limiter le nombre de diplômés en psychologie !


          • (---.---.145.161) 18 janvier 2006 10:54

            merci pour ce lien fort intéressant, que je ne connaissais pas ... il éclaire effectivement les propos, mais ne remet en rien en question les conclusions quant à la pléthore de thérapeutes « psys ».


            • Bénédicte G (---.---.146.59) 28 janvier 2006 16:06

              J’ai lu avec intérêt cet article, étant moi-même psychologue au chômage. Il est dangereux de penser que l’écoute thérapeutique et la prise en charge psychologique est quelque chose qui s’apprend avec l’expérience de la vie. Peu savent prendre le recul nécessaire vis-à-vis de ce à quoi ils sont confrontés. Ce savoir est, je pense, tributaire d’un enseignement spécialisé. C’est par la réflexion qu’on attise chez nous via les cours universitaires, les stages, qu’on acquiert cette compétence. Il est difficile d’expliquer en quoi consiste nos études, mais elles sont primordiales. La théorie se mèle au savoir pratique enseigné par les professeurs. La psychologie est une discipline qui allie savoir théorique et prise en compte de la relation thérapeutique, où tant de choses se jouent. Il ne suffit pas d’écouter une personne en souffrance pour se targuer d’être thérapeute. Même les psychologues sortant des universités ne sont pas encore aptes à porter ce titre, d’après moi. Il faut obligatoirement passer par une formation post-universitaires. Il est vrai qu’il existe des médecines parallèles, mais les gens savent en général faire la différence entre un médecin « traditionnel » et ces autres médecines. Par contre, en psychothérapie, peu savent de quoi il est question, ce qui rend les personnes en détresse psychologiques à la merci de personnes peu, voire non, qualifiées et donc « dangereuses ». Il est temps de clarifier cette situation très difficiles pour un métier au combien nécessaire.


              • Aspiral Aspiral 30 janvier 2006 08:51

                Quelle étrange discussion ! La souffrance humaine, éternelle, change de dénomination selon les cultures et les moments historiques. Ce qui s’apprend n’est jamais qu’un outil. La psychologie comme la physique nucléaire ne disent rien sur leur bon usage. Comment vérifier la sagesse de leurs utilisateurs ? La « agents du culte » sont-ils à reprendre dans la liste des « psys » officiels ou des « rebouteux » ? Répondre d’abord à cette question éviterait bien des débats inutiles.


                • Virginie 3 décembre 2009 11:28

                  Bonjour !

                  Je souhaite réagir à votre article, étant psychologue en France. Il est vrai que le marché du travail offre très peu de débouchés aux psychologues en France également, nous sommes trop nombreux à sortir diplômés chaque année... Cela rend les conditions de vie très difficiles pour nous autres praticiens !
                  Je tiens cependant à rectifier une chose : ce métier réclame investissement et rigueur, ainsi qu’adhésion à un code de déontologie, aussi je trouve cela très dangereux de votre part de laisser sous-entendre un manque de sérieux dans notre engagement, car ce ne sont pas les patients qui font les frais de cette situation, mais les psychologues qui acceptent des conditions de travail précaires (sous-payés, non reconnus dans notre statut de cadre, lieu de travail très éloigné du domicile, etc.), mais notre approche auprès du patient reste fiable, et on serait très vite mis en difficulté si on acceptait un poste réclamant des compétences que l’on n’a pas, et très vite repérés aussi !
                  Un psychologue est lui-même régulièrment supervisé par un confrère expérimenté, afin de lui exposer des situations de travail diffficiles, et aussi afin d’avoir toujours ce regard extérieur, dans un travail très difficile, car demandant à ce que nos propres problèmes ne rentrent pas en résonnance avec ceux du patient. Ainsi, cela nous demande un travail sur nous-même en permanence.
                  Comme dans tout domaine, il peut se glisser un praticien moins sérieux, bien sûr. Mais pas plus que pour un autre métier. On fait ce métier par vocation, c’est un métier très exigeant, ce serait bien plus difficile à assumer encore si on mentait sur nos compétences ou notre approche.
                  C’était important pour moi de réagir car notre métier souffre de méconnaissance, on le connaît mal, car beaucoup trop d’autres professions nous volent nos spécificités. Par exemple : le psychiatre est un médecin spécialisé en psychiatrie (il soigne donc des pathologies d’ordre psychiatriques et dépressions). Mais aujourd’hui, il reçoit aussi comme un psychologue pour d’autres types de consultation (consultation de couples, problèmes scolaires, etc), alors que ce n’est pas sa spécificité. Là encore c’est très flou, car certains ce seront formés à cette spécificité, d’autres non, mais il n’existe pas de règlementatin leur interdisant de le faire. Ensuite, il y a les éducateurs et infirmiers (souvent en CMP, hôpital, etc) qui se spécialise en art-thérapie, musicologie, etc. Cela fait encore partie des spécificités du psychologue qui, après 5 ans d’études, peut se spécialiser dans ces domaines. Pire : j’entends des personnes dépressives ou autre me dire qu’elles sont uivies en entretien (type psy) par des personnes de ces professions. Enfin, il y a effectivement les thérapeutes sans diplômes ou avec des diplômes dans d’autres domaines, il en existe une multitude, et je en suis absolument pas contre, mais encore une fois, il manque une règlementation sérieuse. Aussi, une personne souhaitant consulter ne saura plus vers qui se tourner, cela fait rêgner une confusion sans nom et donne mauvaise réputation à notre profession, car ensuite nous récoltons la mauvais image véhiculée par des personnes pratiquant notre métier sans en avoir les compétences, avec l’arsenal d’erreurs qui s’y rattachent. C’est très grave.
                  Actuellement en France est étudié un projet de loi qui règlementerait le titre de psychothérapeute. Les psychologues et les médecins y auraient accès. C’est un mieux. Mais encore une fois, lesmédecins, aussi bons praticiens soient-ils dans leur domaine spécifique, ne sont pas formés aux méthodes d’entretien, de diagnostic de personnalité, de pathologies mentales, etc. J’ai eu déjà plusieurs patientes m’ayant relaté avoir été suivies en entretiens psychologiques réguliers par leur médecin de famille, mais de grosses erreurs avaient été commises dans ces suivis, et une prtie de mon travail consistait à « réparer les dégâts ». Encore une fois c’est très grave.
                  Donc pour terminer, c’est un métier rigoureux et exigeant, qui nous oblige à continuer à nous former en permanence (car c’est un métier en évolution), et à être supervisé par un psychologue.
                  Allonger le temps des études et rendre obligatoire le suivi par un collège universitaire n’est pas la solution à mes yeux, en tous les cas pas de la façon dont c’est proposé, car le doctorat permet de devenir chercheur en psychologie, rien de plus. On s’éloignedonc de la pratique. Pour pratiquer, c’est bac +5, diplôme de master professionnel.
                  J’espère vous avoir apporté un peu plus de clarté sur ce sujet !

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