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Accueil du site > Actualités > Santé > Bretagne : les algues vertes sont-elles comestibles ?

Bretagne : les algues vertes sont-elles comestibles ?

De nombreuses associations agricoles le crient haut et fort : les nitrates liés aux engrais que l’on retrouve dans notre alimentation sont bons pour la santé. Ces groupes d’intérêts militent même pour un relèvement des doses limites de nitrates autorisées en France. Devra-t-on manger des algues vertes pour sauver les éleveurs bretons ? 

Point d’orgue de cette mobilisation, un colloque intitulé « Nitrate, nitrite, oxyde nitrique : nouvelles perspectives pour la santé » affirmait en mars dernier, dans les locaux de l’Hôpital Salepétrière, l’innocuité voir les bienfaits des nitrates contenus dans notre eau et notre alimentation courante.

En réalité, comme l’a noté la blogueuse Anne Gouyon, cette réunion n’avait rien d’académique : elle était organisée parL'Institut Scientifique et Technique de l'Environnement, un organisme créé pour la défense des intérêts du monde agricole.
 
Pour cet institut, le rejet d’engrais azotés n’aurait même rien à voir avec la prolifération des algues vertes sur le littoral Breton.
 
A lire le compte-rendu publié sur www.coordinationrurale.fr, l’objectif de cette mobilisation est bien d’inciter l’Etat à doubler la dose journalière admissible de nitrates contenue dans notre eau robinet.
 
Aujourd’hui, la teneur maximale en nitrates contenues dans l’eau du robinet est limitée à 50 mg/L, soit le seuil préconisé par l’OMS.
 
Les représentants agricoles voudraient remonter ce seuil à 100 mg/L. Ils prétendent qu’aucune étude ne met en évidence l’impact négatif d’une exposition aux nitrates pour la santé.
 
 
Voici donc quelques exemples d’études qui montrent clairement la responsabilité des nitrates dans l’apparition de différentes pathologies :
 
1/ Cancers de l’estomac :
 
Deux études de références, une chilienne et une anglaise, ont conclut à une corrélation positive entre l’exposition aux nitrates dans l’alimentation et le cancer de l’estomac (1)(2).
 
De nombreux travaux menés en Colombie, en Angleterre, en Italie, au Danemark, en Hongrie et à Singapour ont établit des incidences entre la présence de nitrates dans l’eau et l’apparition de cancers de l’estomac.
Les teneurs de nitrates étudiées étaient par exemple inférieures à 20mg/L en Italie, proches de 25 mg/L en Angleterre et supérieures à 100 mg/L au Danemark.
 
Quelques études ne décèlent pas de liens entre l’exposition aux nitrates et la survenue de cancers, mais ces thèses sont très largement minoritaires et comportent parfois des biais méthodologiques.

Les liens d’incidence entre nitrates et cancers sont aujourd’hui démontrés. 

2/ Méthémoglobinémie des nourrissons

Chez les nourrissons, une eau trop riche en nitrates provoque un manque d’oxygénation du sang . La transformation des nitrates en nitrites dans l’organisme déclenche une maladie appelée méthémoglobinémie.

Entre 1945 et 1970, 2 000 cas de méthémoglobinémie ont été recensés.

Le plus souvent, les teneurs en nitrates étaient supérieures à 100 mg/L. Mais dans 3% à 4,4% des cas étudiés aux Etats-Unis, la teneur de l’eau en nitrates était inférieure à 50mg/L. Ce qui signifie que ce type de maladies peut se déclencher en dessous du seuil fixé par l’OMS ou jugé acceptable en France.

Car la virulence de la maladie dépend aussi de l’état général des enfants en bas âge, plus vulnérables s’ils ont des maladies respiratoires ou des diarrhées. La présence de certaines bactéries dans l’eau peut également faciliter la transformation des nitrates en nitrites et ainsi priver l’organisme d’oxygène.

La norme de teneur maximale de 50mg/L de nitrates dans l’eau est loin d’être excessive. Elle protège a priori les adultes. Mais pas les nourrissons, qui doivent boire des biberons préparés avec une eau dont la teneur en nitrates est inférieure à 50 mg/L.

3/ Femmes enceintes et malformations :

Une étude australienne réalisée sur 215 femmes a estimé que le risque d’avoir un enfant atteint de malformation était quatre fois plus important lorsque la concentration d’eau du robinet dépassait les 15 mg/L.

Plusieurs études sur des animaux ont confirmé l’altération de facultés motrices sur les progénitures lorsque les femellles étaient exposées à des doses de nitrates significactives.

Sur ce sujet, les études sont plus contradictoires. Mais on sait que les nitrates impactent de façon négative la grossesse.

Conclusion :

Apporter une preuve absolue d’un lien de causalité direct entre cancers et pollution est toujours difficile.

Si les scientifiques préfèrent souvent parler d’incidences ou de corréaliations, c’est parce que « même une dose journalière admissible­ peut se révéler dangereuse. C’est en effet la durée d’exposition au produit, la répétition de cette exposition, même à des doses infinitésimales, qui peuvent entraîner un cancer » estime Dominique Belpomme, cancérologue et auteur de Ces maladies créées par l’homme.

Certes, il existe une poignée d’études qui n’ont pas trouvé de liens entre l’exposition aux nitrates et l’apparition de différentes pathologies.

Mais la littérature scientifique dispose d’une cohorte de travaux très étayés pour établir un risque d’impact négatif des nitrates sur la santé. Il est aussi absurde de déclarer les nitrates bons pour la santé que de prétendre les algues vertes comestibles.

Doubler la dose de nitrates autorisée dans l’eau, c’est multiplier le risque sanitaire par deux sur des expositions à long terme.

Pourquoi prendre un tel risque sanitaire ? Pour la prospérité des exploitations porcines bretonnes ? Pour la beauté des marées vertes ?

Les agriculteurs bretons – par ailleurs très exposés aux maladies professionnelles liées à la manipulation d’engrais azotés – doivent se sentir bien mal représentés. Ils sont pourtant une majorité à respecter la réglementation sur les rejets excédentaires de nitrates. Pourquoi les pousser à utiliser toujours plus de nitrates ?

—————————————————————————————————————–

(1) Armijo, R., Gonzalez, A., Orellana, M., Coulson, A.H., Sayre, J.W. et Detels, R. Epidemiology of gastric cancer in Chile : 2. Nitrate exposure and stomach cancer frequency. Int. J. Epidemiol., 10:57 (1981).

(2) Forman, D., Al-Dabbagh, S. et Doll, R. Nitrates, nitrites and gastric cancer in Great Britain. Nature, 313 : 620 (1985).

(3) Organisation mondiale de la santé. Health hazards from nitrates in drinking-water. Report on a WHO meeting. WHO Regional Office for Europe, Copenhagen (1985).

(4) Dorsch, M.M., Scragg, R.K.R., McMichael, A.J., Baghurst, P.A. et Dyer, K.F. Congenital malformations and maternal drinking water supply in rural South Australia : a case-control study. Am. J. Epidemiol., 119 : 473 (1984).

Les études citées dans l’article ont été sélectionnées sur le très complet site gouvernemental Santé Canada qui recense de nombreux autres travaux sur le sujet.

 
Crédit photo : mll


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9 réactions à cet article    


  • nounourse nounourse 4 février 2012 11:27

    J’ai trouvé votre article intéressant et très instructif.
    Toutefois je ne vois pas le lien entre son contenu et le titre que vous lui avez donné ! La question de la nocivité des nitrates dans l’eau n’a strictement rien à voir avec la question de la valeurs nutritive des algues, et je m’interroge sur les raisons d’une telle confusion des genres !

    Pour le cas où ce serait simplement par ignorance, je tiens donc à repréciser quelques détails.
    Oui, les algues vertes sont comestibles !
    Comme bien d’autres algues bretonnes d’ailleurs qui non seulement sont comestibles mais possèdent de multiples richesses autant nutritives que gastronomiques ;
    Parmi les algues vertes par exemple on trouve l’ULVE (ou laitue de mer) très riche en iode qui apporte Protéines, vit A, Niacine, B12, acide folique très abondants, 26 fois plus de fer que les épinards, 7 fois plus de calcium que le lait, manganèse magnésium, phosphore.

    Et franchement il y a plein de recettes délicieuses. Juste à titre indicatif un site parmi d’autres
    http://www.bord-a-bord.fr/la-cuisine-aux-algues.php


    • Walid Haïdar 4 février 2012 13:43

      Deux choses :

      1/le titre de l’article reformule ironiquement la question de l’innocuité des nitrates en posant une question parallèle et à demi absurde : les algues vertes (dont on soupçonne les nitrates porcins d’en être la cause) sont-elles comestibles ?
      2/Spécifiquement, ces algues vertes issues du caca de cochon industriel sont-elles bonnes pour la santé ? C’est une question à laquelle on ne peut pas répondre en parlant de laitue de mer ou d’autres algues vertes différentes. D’une part parce qu’il ne s’agit pas forcément de la même espèce, d’autre part parce que les algues vertes dont on parle s’épanouissent dans un milieu hautement pollué.

    • nounourse nounourse 4 février 2012 16:43

      Si je mentionnais l’exemple de l’Ulve, ce n’est pas par hasard, c’est parce qu’elle une des principales composantes des « algues vertes » dont il est question ici !
      Vous semblez critiquer la pertinence de mon commentaire sans bien connaitre le sujet !
      Je vous confirme qu’il s’agit bien de la même espèce.

      Il est évident que le déséquilibre entre les différentes espèces d’algues (du effectivement en partie à la trop forte présence de nitrates) et la prédominance des ces algues vertes au détriment des autres pose un vrai problème d’équilibre de l’écosystème. Mais les marées vertes ne sont qu’une conséquence de la pollution, les algues vertes ne sont pas une pollution en elle-même.

      C’est à mon sens une erreur que de laisser penser (même sous forme de question humoristique) à ceux qui ne connaissent pas le sujet que les algues vertes sont toxiques, comme le font déjà bien trop les medias . Car il se trouve que les algues représentent une grande chance pour l’avenir de l’humanité, que ce soit sur le plan alimentaire, ou sur le plan de la gestion du gaz carbonique dans l’atmosphère.

      Ce qui est toxique et mortifére, ce ne sont pas les algues, ce sont les gaz issus de leur décomposition !
      Un énorme tas de n’importe quel légume en train de se décomposer dans le fond de votre jardin, parce qu’il y en aurait beaucoup trop (déséquilibre) dans votre potager aurait exactement le même résultat !


    • velosolex velosolex 4 février 2012 16:59

      On en est plus à l’air du soupçon
      Les algues vertes, arrivées dernièrement dans le paysage, sont liées évidemment « aux lessivages » des terres agricoles, et aux écoulements de lisier.

      Vingt millions de cochons, ça fait tout de même du monde, sans parler que les rejets sont trois à quatre fois supérieurs à ceux d’un humain....Quand ils n’étaient que dix millions, on disait que cela equivallait à la ville de Mexico, sans station d’épuration.

      Mais il est vrai que Mexico a augmenté sa population.
      La Bretagne, elle n’a pas augmenté de superficie.

      Quand à cette salade putride et nauséabonde, si vous voulez en manger, servez vous, je vous laisse même ma part.
      Mais là aussi je pense qu’il y a algues et algues.

      On fait bien la différence entre ce sympathique varech, dont on engraisse le jardin l’hiver en Bretagne ( en disparition d’ailleurs) de cette laitue envahissante et mortifère, gorgée certainement d’engrais, et qui couvre la mer comme un couvercle de cercueil.


    • velosolex velosolex 4 février 2012 15:42

      Il faut se rappeler que c’est la France et son lobby agricole qui a déjà réussi imposer cette norme des 50mg/l de nitrates, l’Europe penchant pour 25mg/l.

      Sur la qualité des eaux en Bretagne, les habitants sont accablés.
       Devant payer une eau totalement surtaxée, la plus chère de France, beaucoup ne la boivent pas, au simple constat bien souvent du gout, ou de la limpidité ( bien qu’elle soit évidemment déclarée potable...
      .Ceci fait la fortune des eaux en bouteille, dont les montagnes de packs s’accumulent dans les supermarchés.
      Vous pouvez toujours boire.
       Et vous demander dans vingt d’où vient votre cancer du colon.
      Aucune preuve d’incidence directe.
      « Pas de témoin, pas de papier, va t’laver les pieds » comme disaient auparavant les potaches.

      Question pollution et risque, le problème a été invoqué pour la première fois, quand les paysans se sont rendus compte que la manipulation des produits chimiques ( engrais et pesticides pouvaient être nocifs pour eux.....)

      vingt millions de porcs, trois millions de bovidés, sans compter les volailles, n’en jetez plus...

      La coupe est pleine, mais apparemment ça ne suffit pas..
      Pourtant, « cachez ce sein que je ne saurais voir », cette marée verte, si dérangeante, on ne peut pas le repeindre en bleu, et ça gâche un peu le paysage, sans compter le risque mortifère, avéré, malgré les dénégations agricoles, après le décès de cette horde de sangliers, qui n’est pas la première affaire.

      Une campagne un peu trop dérangeante a été retiré promptement l’an passé des couloirs du métro parisien....Las, voilà que quelques mois plus tard cette horde de sangliers est morte dans un ria !
       On n’aurait bien voulu qu’ils soient morts d’une plante toxique, mais les analyses ont été accablantes. Leur mot était bien du une absorption d’hydrogène sulfurée, liée à la décomposition des algues...

      Cette marée visqueuse envahit maintenant, après celles des cotes, d’Armor, les plages et rias du Finistère et du Morbihan.

      Il m’est difficile de donner une image négative de notre belle région, mais un problème de santé publique ne peut être occulté.


      • velosolex velosolex 4 février 2012 16:43

        Telerama nous a cette semaine donné une belle couverture :

        Un cochon trônait, avec dessous ces mots : « L’énergie de demain ! »

        Etait-ce une blague ?
        Non, un article se faisait l’écho d’une initiative des cultivateurs du Méné, en bretagne, qui avaient réussi à mener à bien leur projet de méthanisation : Procédé de transformation énergétique, à partir des déjections de porc et des boues issues de l’industrie agroalimentaire.
        Peut-on faire de « l’énergie verte »,en partant des aberrations d’un lobby agricole non maitrisé.
        C’est ce que cet article nous amenait à croire, plaçant cette technique au milieu d’un patchwork d’initiatives plutôt sympathiques : Éoliennes et panneaux solaires.

        Seul bémol : La méthanisation ne détruit pas l’azote. Cela ne résout pas le problème des excédents d’azote en Bretagne.

        Ce n’est pas le sujet de l’article, me direz vous.
        Juste un article sur l’énergie.
        Problème, tout de même !
        Les choses sont liées, et on ne peut faire l’apologie d’un système de production, sans penser aux causes, et aux conséquences : Banalisation de la production porcine, et même encouragement à continuer à la développer.


        • CONVERS 4 février 2012 22:35

          Le rédacteur de cet article semble mal documenté. De nombreux points méritent un éclaircissement :

          - le colloque auquel vous faites référence était introduit par le Professeur Cabrol, membre de l’académie nationale de médecine : peut-ton faire plus académique ? un représentant de l’OMS, M. FAWEL a d’ailleurs déclaré qu’une norme plus flexible serait souhaitable si la qualité de l’eau est microbiologiquement saine. 

          - les experts du CEVA déclarent que la suppression de tous les élevages hors-sol de la Bretagne ne résoudrait pas la question des algues vertes. L’azote d’origine porcine ne représente que 21% des fertilisants azotés apportés aux cultures.

          - sur la maladie bleue, sur 1000 cas recensés en près de 40 ans aux USA et en Europe,100% étaient dus à une eau de puits bactériologiquement polluée et 0% à l’eau d’adduction publique. Aucun cas n’a été identifié depuis plus de 10 ans. 

          - quant aux caractéristiques diététiques et médicinales des algues fraîches, nous avons face à nous un champ d’investigation insoupçonné . 

          - pouvez-vous préciser le type de maladie professionelle liée à la manipulation d’engrais azoté, car la relation semble pour le moins curieuse ?


          • epapel epapel 5 février 2012 12:03

            L’auteur met en évidence un théorème bien connu associé au déni de réalité : « la solution, c’est le problème ».


            • Herve.C Herve.C 7 février 2012 21:40

              Bonsoir à tous et merci une nouvelle fois pour vos commentaires.

              Voici quelques éléments de réponses à vos remarques :

              - vous trouverez les nombreux effets nocifs liées à une exposition aux nitrates d’ammonium contenus dans les engrais sur cette fiche http://www.caledonlabs.com/upload/msds/1460-f.pdf.

              - le site Santé Canada distingue bien les études réalisées après une contamination par eau de puits ou eau courante du robinet. Pour info, la norme de 50 mg/L a été adoptée en 1962 par l’OMS.
              Mais depuis la teneur moyenne en nitrates dans l’eau en Europe a considérablement augmentée. Aujourd’hui, on estime que 25% de notre exposition journalière aux nitrates est liée à l’eau du robinet.
              S’il existe des difficultés pour repérer les cas de méthémoglobine liées à l’eau courante en France, c’est tout simplement que les teneurs contenues dans l’eau du robinet évoluent très rapidement.

              - par ailleurs, le titre « les algues vertes sont elles comestibles » était ironique. Je m’étonne un peu que vous évoquiez les « caractéristiques diététiques et médicinales des algues fraîches » à propos d’un débat sur les nitrates et les algues vertes, dont on sait qu’elles sont l’origine de plusieurs intoxications d’animaux et probablement d’humains par inhalation.

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