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C’est Mon droit et il m’est indispensable

Quand l'état est en faillite ...

La limite d'une loi.

Je découvre chaque jour un peu plus un monde nouveau et fort complexe : celui du handicap. L'intégration scolaire est une formidable idée, pour peu qu'elle se fasse réellement selon les modalités fixées par la loi. La limite naturellement réside dans la capacité de l'état français à tenir ses engagements, à maintenir un train de vie qui semble désormais bien trop excessif pour ses frêles finances.

Les promesses n'engagent que ceux qui les croient, disent nos chantres du mensonge de propagande. Je veux bien admettre cette suggestion ; le marketing politique ne diffère pas fondamentalement des principes qui prévalent pour gruger l'acheteur. Là où il me semble que nos chers responsables devraient établir une distinction nécessaire est dans l'établissement de la loi. Celle-ci sort du champ des paroles en l'air pour devenir engagement contractuel, inaliénable et intangible.

Je vous gratifie à dessein de trois adjectifs un peu pesants pour signifier que la loi devrait être d'airain ou bien elle n'est que farce et illusion. Fixer des principes, des critères, des droits, entraîne l'Etat dans la réalisation de ceux-ci ou bien il se discrédite et perd toute légitimité. Je crains que nous n'en soyons arrivés à ce triste constat en ce qui concerne notre République en cessation de paiement.

Comment accorder crédit à un dispositif qui est totalement saturé, ou les files d'attente dépassent l'acceptable, ou la lenteur de la prise en compte des admissions diffère encore un peu plus le moment où l'enfant, en situation de handicap, va enfin bénéficier de quelques droits ? Car, ce n'est pas un dossier qui traîne ainsi de bureaux en bureaux, d'instances en instances, c'est un enfant qui grandit et pour lequel, l'échelle du temps n'est pas celle des professionnels de l'adaptation.

Je n'évoquerai pas l'angoisse des parents, les impatiences qui ne cessent de s'accumuler, les déceptions après des espoirs qui ont été agités devant les yeux en quête de solution miracle. Vous devez bien imaginer qu'ils sont bien peu de chose dans les rouages administratifs mis en branle par les difficultés de leur enfant . Eux ne seront que les témoins passifs et impuissants de ce psychodrame qui ne fait que se rajouter à celui que fut la connaissance initiale du drame personnel.

Tout cela pour illustrer une situation que je viens de découvrir, un cas comme tant d'autres, certainement. Une jeune fille aux lourdes difficultés motrices se trouve dans l'incapacité physique de prendre des notes. Sa scolarité n'est envisageable que par le truchement d'un scripteur. C'est grâce à cet apport, primordial pour elle, qu'elle a obtenu le baccalauréat.

Elle se trouve en BTS avec des charges horaires et de travail qui s'alourdissent alors que, dans le même temps, elle se voit privée de son Auxiliaire de Vie scolaire parce que celle-ci attend un enfant. Le Lycée a bien cherché une solution en interne, proposé des aménagements bien au-delà de ce qu'on était en droit d'espérer, le problème reste entier : sans scripteur, l'école est un enfer pour cette étudiante.

Que peut-il se passer alors ? Les professeurs multiplient les aides, les aménagements, l'administration se met en quatre et là, je ne peux que leur tirer mon chapeau devant tant d'humanité et de solidarité, mais le fond du problème demeure : l'absence de la rédactrice annihile toutes les autres tentatives.

J'ai rencontré cette jeune fille pour examiner avec elle l'ensemble des suggestions proposées pour compenser la lacune d'une procédure qui ne peut répondre, désormais, à toutes les demandes et, à fortiori, aux absences légitimes d'une personne désignée pour remplir cette fonction. La jeune fille reste campée sur son refus de tout aménagement, de réduction d'heures de cours ou bien d'allégement de son programme personnel. Ce qu'elle répète sans cesse devient leitmotiv : « j'ai besoin d'un scripteur ! » Puis, elle me lâche, passablement exaspérée par cette situation qui la pénalise au-delà de l'acceptable : « C'est mon droit et ça m'est indispensable ! »

Que lui répondre d'autre ? Que l'Etat n'est plus en mesure de financer ses promesses ? Qu'il a proposé des dispositifs sans vraiment prendre en compte l'immensité des besoins ? Que la priorité affichée pour le quinquennat était un vœu pieux ? Elle, se moque de toutes les arguties, les excuses conjoncturelles, la recherche de l'équilibre budgétaire ou le redoutable pragmatisme des décideurs. C'est son avenir qu'on met en danger, ici et maintenant.

Impuissamment sien


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2 réactions à cet article    


  • prolog 8 octobre 2014 08:04

    Bonjour,
    La situation doit être pénible à voir.

    Les lois donnent des droits et des devoirs théoriques...ok.

    Maintenant, la pratique c’est ce que vous décrivez. Et cela pour toutes les lois. Suivant votre position, elles seront plus ou moins appliquées.

    En vrai, les lois ne sont rien d’autre que des menaces de la part de ceux qui les appliquent, envers ceux à qui elles s’appliquent. Si on est du bon côté alors on les adore... l’esprit guerrier habituel quoi.


    • C'est Nabum C’est Nabum 8 octobre 2014 12:55

      Prolog


      Rien n’est simple en effet et à l’impossible nul n’est tenu

      L’état lui-même ne peut échapper à cette maxime et pourtant nous aimerions le lui demander sans cesse

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