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Carabin et Carabine

Coup de fusil ou de bistouri ?

Vidéo sans ordonnance :

 

Un petit dépassement sans importance

Il était un temps où notre bon pays, dans la quiétude de ses certitudes et des valeurs qui étaient les siennes ronronnait à l'ombre tutélaire de ses clochers. On y trouvait en ordre d'apparition près de la vespasienne qui pouvait parfois être le lieu de rassemblement, le curé dans sa soutane, l'instituteur dans son importance d'alors et le médecin avec sa serviette de cuir.

Chacun à sa manière œuvrait pour le bien de ce petit monde qui se satisfaisait de peu et se découvrait très respectueusement devant ces trois piliers de la sagesse. Monsieur le curé et l'instituteur se faisaient bien quelques grimaces mais notre bon docteur remettait ces deux-là sur le droit chemin avec quelques remèdes de grand-mère quand les intérêts supérieurs de la communauté villageoise étaient en jeu.

Puis les temps ont changé, le monde s'est modernisé, la communauté a explosé et l'homme est devenu un individu ! Le curé a perdu sa soutane, ses ouailles et sa visibilité. L'instituteur est devenu un petit fonctionnaire méprisé et anonyme. Seul, le médecin a conservé sa belle posture d'importance.

Mais si les deux premiers ont malgré tout gardé dans leur cœur une foi profonde et bien naïve dans les hommes, ce qui les unit fondamentalement malgré tout ce qui semble les séparer, le médecin est devenu l'archétype des temps nouveaux. Il a renoncé à son serment, il a oublié le service et l'intérêt collectif pour se focaliser sur son propre enrichissement.

Il n'a pas eu grand chemin à faire. Enfant des classes moyennes ou privilégiées, le futur docteur en médecine a grandi dans le culte de l'argent, dans la vénération de la réussite, dans l'amour de soi et la haine des autres. Ses études, financées par des parents aisés, lui ont fait comprendre les lois de la jungle, le chacun pour soi élevé en principe de survie. Ceux qui en sont sortis, savent désormais qu'ils ne doivent rien à personne et qu'il faudra faire payer tout le monde au-delà du raisonnable et du tarif conventionné.

Le Carabin exerce une activité à but essentiellement lucratif. Il ne consulte plus, il encaisse. Il n"examine plus, il fait défiler les clients (pardon les patients) pour augmenter ses avoirs. Il lui faut, pour paraître dans la bonne société, disposer d'une belle voiture, d'une grande maison, d'une résidence secondaire, d'un chalet, d'une jolie femme et d'autres marques incontestables de sa réussite.

Que lui importe que tout cela se soit constitué sur le dos de pauvres gens qui doivent maintenant se saigner pour se faire soigner ! Il n'y a pas de radars automatiques pour contrôler les dépassements d'honoraires, plus de curé pour leur parler de charité chrétienne, plus d'instituteur pour faire la morale républicaine à leurs enfants. Les rejetons de cette caste soignante vont dans des écoles où le culte de l'argent et de la réussite individuelle remplace les idéaux d'une République qui se rêvait solidaire.

Depuis, dans une nation qu'on dit encore développée, alors que le Monde entier envie encore son régime d'assurance maladie, les bandits de grand Caducée exercent une coupe réglée sur le budget de leurs concitoyens. Le remède est si onéreux que de plus en plus de gens renoncent à se soigner. La mafia n'en reste pas là, elle fait de la maladie, de la vieillesse et du handicap une mine inépuisable de revenu. Il y a des combinards qui s'arrogent tous les droits sur des cliniques, d'autres qui inventent l'hôpital public libéralisé (Ils sont tous libéraux et les gens libres de crever en silence).

Pour assurer leur petit racket, ils investissent le parlement où leur profession est sur-représentée. Il est plus sûr d'être dans la place pour que la loi favorise ce commerce si lucratif. Il y a bien longtemps que ces doctes personnages n'ont plus le sens du service. Ils se moquent de nous, jouent avec notre santé, organisent la rareté des spécialistes pour justifier des honoraires délirants. Ils se regroupent au soleil ou dans les grandes villes pour interdire à d'autres de bénéficier de leurs soins.

Et si par hasard ; des gens viennent à s'indigner de leurs pratiques dévastatrices, du mépris affiché par la réalité économique des familles, ils se drapent dans leur dignité outragée, parlent de la longueur de leurs études, de la cherté des assurances, des coûts de la profession, des dépenses incompressibles, des charges salariales. Ils oublient de dire qu'ils se goinfrent quand ils accordent une misère à leurs collaborateurs et certains poussent l'indécence à opérer avec des personnels non qualifiés.

Il y a tout à repenser sur ce dossier. Quand on arrive dans un centre de soin, on a le sentiment de devenir un mouton à tondre. La relation humaine a disparu, la médecine n'est qu'une question d'argent. Le Carabin braque sa carabine sur nous : Faites un chèque mon bon monsieur. Contrairement à ce qu'on prétend, la santé a un prix, celui de la honte et du parjure.

Dépassement vôtre


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8 réactions à cet article    


  • Brontau 2 novembre 2012 18:42

    Bonsoir « C’est Nabum », et encore le chèque ne concerne-t-il que le dessus de la table... de consultation. Pour le dessous de table, c’est en liquide, pour faciliter la transfusion ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 3 novembre 2012 06:25

       Brontau


      Il est vrai que quelques margoulins se pensant carabins exigent ce genre de chose ... avant que d’aller planquer ce trafic danns des paradis fiscaux.
      Un coup de sang s’impose !

    • velosolex velosolex 2 novembre 2012 19:12

      Bravo pour ce billet d’humeur que tant de nous pourrait écrire, de façon peut-être un peu différente, mais pour arriver au même constat d’indignation générale.
      Le comble a été atteint lors de ces dernières « négociations » entre médecins, mutuelles et sécu.
      Au bout d’un long marathon, on nous annonce d’un ton victorieux que l’assuré est une fois de plus tondu !
      Vous y comprenez quelque chose ? C’est comme si trois colosses acceptaient de se mettre à genoux devant un gamin caractériel.
      Car qu’elle est la marge de négociations des médecins ?
      Que pourraient faire ces nouveaux « pigeons » ?
      Partir à l’étranger, faire la grève des soins et de leur finance ?
      .L’état a toute latitude pour légiférer.
      S’il renonce à ces droit régaliens, il se fait complice une fois de plus.

      La solution existe à ce monstrueux dérapage. Nationalisons les soins !
      Mais ça ne risque guère, en dépit de cette monstrueuse gabegie qui rapporte trop à certains et à leurs valets
      Le trou de la sécu est bien sûr volontairement entretenu pour légitimer les hausses incessantes.
      S’il n’existait pas il faudrait l’inventer.


      • velosolex velosolex 2 novembre 2012 19:18

        J’ajoute à cela mon indignation totale devant le numéro de clown de Holland : Afficher son ambition sociale en déclarant qu’il avait pour ambition à ce que les pauvres puissent accéder à une mutuelle dans les années à venir !
        Un comble ! La mutuelle est justement le révélateur négatif que le système de sécu ne suffit plus pour se protéger.
        L’ambiton devrait être inverse : Que la sécu augmente ses remboursements, afin que les français ne continuent plus à se ruiner dans les mutuelles, qui seront bientôt au niveau des assurances américaines.


      • C'est Nabum C’est Nabum 3 novembre 2012 06:26

        velosolex


        Mes humeurs sont bileuses et les apothicaires et médecins d’opérettes ne font que les rendre plus sombres encore.

        Une bonne saignée mon bon Diafoirus !

      • C'est Nabum C’est Nabum 3 novembre 2012 06:27

        velosolex


        Vous faites bien d’évoquer le Président imaginaire. Il fait du Libéralisme sans le savoir !

      • kettner 3 novembre 2012 16:12

        197 pages lues depuis mon entrée dans la salle d’attente .
         
        Mon tour arrive,ni bonjour ni merde , j’emboite le pas de la praticienne dans le couloir pour arriver dans la salle de consultation , la toubib est tendue , j’ai bien senti à ses regards biaisés que le potentiel nouveau patient qui attendait son tour lui posait un problème . La dégaine , le bouquin ? vas savoir ?
        - Qu’est ce qui vous emmène ? m’interroge-t-elle en contournant son bureau les yeux posés sur un prospectus de visiteur médical , l’accueil est sympa l’ambiance va être bonne , je la sens bien celle la .
        - Pour faire court , madame , je vais vous exposer l’objet de ma visite , il se trouve qu’en tant que bénéficiaire de la CMU j’ai reçu un papier de la CPAM m’enjoignant de trouver un médecin traitant .
         Aie ! elle avait vu venir le coup, la riposte était prête .
        - D’accord , et qu’est ce qui vous fait penser que je pourrait être celui ci ?
        - A priori rien si ce n’est que, déambulant sur l’allée je suis tombé sur la très belle plaque en cuivre qui orne votre entrée, indiquant qu’en ces lieux pratiquait une dépositaire du serment d’hypocrate .
        Je sens la bourgeoise quelque peu déstabilisée , sa façade pourtant botoxée à hautes doses n’a pu dissimuler sa contrariété, ça ne dure pas , son argumentaire spécial emmerdeurs est rodé .
        - Vous avez vu comment je travaille , les temps d’attente sont très longs et il vous faut savoir que je ne consulte pas à domicile .
        - Ça ne pose aucun problème , je suis véhiculé j’ai une bonne centaine d’ouvrages que je tiens absolument à lire , il ne me restera qu’à caler mes affections sur votre calendrier de consultations .
         La commerçante me sort son joker
        - Et je n’ai pas à ma disposition le formulaire de déclaration , il vous faudra donc vous représenter muni de ce papier ..... mais au fait , est ce que vous êtes souffrant ? vous n’en avez pas l’air .
        - Si vous le permettez je réserverai ma réponse qui n’a pas lieu d’être , le diagnostic étant inclus dans la question, à mon médecin traitant . Mais rassurez vous vous ne serez pas celui la, ma visite ne découle, que de la lecture d’un article écrit sur internet par un certain Nabum , et comme je ne suis pas déçu, vous me voyez donc ravis de vous avoir fait perdre votre temps .

        - Bonsoir , je ne vous raccompagne pas .

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