De retour de séjour estival, je constate que la presse française n’a pas dérogé à ses habitudes en ce qui concerne l’actualité médicale internationale, en particulier les gesticulations de Big Pharma. Je m’empresse donc de réparer quelques lacunes.
AstraZeneca signe un nouveau chèque
Malgré plusieurs accords amiables visant à enterrer les poursuites intentées contre AstraZeneca, l’entreprise anglo-suédoise doit toujours faire face à diverses procédures suites aux malversations autour du Seroquel.
Petit rappel des faits : AstraZeneca avait fait la promotion du produit pour des maladies qu’il n’était pas censé guérir, et avait dissimulé des effets secondaires. (1)
S’il y a déjà eu des accords, pourquoi en parle-t-on encore ? On s’y perd, mais il faut tenir compte des spécificités de la justice américaine. Chaque Etat est en droit de porter plainte. Certains décident ensuite de regrouper ces plaintes, ce qui a pour avantage de réduire les procédures et les frais. Lorsque que l’entreprise ciblée propose un accord amiable, chaque Etat peut accepter ou refuser. Dans le cas qui nous intéresse, l’accord conclu l’an dernier concernait 36 Etats, celui conclu en 2010 concernait l’Etat fédéral.
C’est cette fois avec l’Etat de Caroline du Sud qu’un accord a été conclu. AstraZeneca versera 26 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites. L’entreprise nie toute culpabilité, mais préfère payer et être tranquille que payer des avocats et traîner cette casserole. (2)
Bon courage : il reste 6 Etats avec lesquels un accord doit être trouvé. (3)
La presse française, de son côté, préfère chanter cocorico car le nouveau directeur général du groupe est un français. (4)
Le coup de fumée d’Eli Lilly
Les uns après les autres, les médicaments prometteurs pour le traitement de la maladie d’Alzheimer échouent lamentablement. La maladie d’Alzheimer est le domaine thérapeutique qui fait fantasmer tous les analystes financiers et stratèges de l’industrie pharmaceutique, non seulement parce que ce sont des gens qui peur d’être les premiers touchés, mais surtout parce que le premier produit efficace aura un monopole le temps que des concurrents arrivent.
Ces analystes, de véritables béotiens en sciences, ne peuvent avoir de regards critiques sur les annonces lénifiantes des laboratoires et prennent pour argent comptant tout ce que leur promettent les services de communication. A chaque échec, ces analystes s’entichent d’un nouveau produit, espèrent la lune et sont déçus. J’ai observé que depuis le début de l’année la tendance s’accélère.
Dernièrement, le chouchou de ces dames était le Solanezumab, un anticorps monoclonal. Eli Lilly vient d’annoncer de mauvais résultats : le produit n'a pas permis de limiter les déclins de la mémoire et des fonctions quotidiennes. (5)
Seulement, et à la surprise de plus d’un, les analystes continuent d’y croire ! (6)
A cela une raison : Lilly leur a fait prendre des vessies pour des vessies plus grosses. Ainsi, on peut lire : (7)
• Oui, l’essai est raté, mais si on fait une soupe avec les résultats en éliminant les plus mauvais, on découvre que le produit marche vachement mieux !
• En plus, un autre essai est toujours en cours, c’est dire si on y croit ! Pourquoi pas vous ? Parce que vous le valez bien !
• Juste au cas où vous auriez des doutes, on a même demandé à un laboratoire indépendant de vérifier.
Au regard de ce dernier point, j’en viens même à penser que le laboratoire a mieux réussi son exercice de communication qu’il ne s’y attendait.
Le docteur Lowe décrypte un peu plus pour nous ces nouvelles : attendu le nombre d’échecs sur ce domaine, l’objectif des essais cliniques devait être assez limité (pour éviter un fiasco assuré). Et pourtant, ça a raté. Alors, constatant que le produit marche un peu mieux sur les patients légèrement atteint, les chercheurs ont restreint l’objectif. Et pourtant, ça a encore raté (l’effet n’est pas significatif, c'est-à-dire que la différence avec le placebo est trop faible). (8) En somme, Lilly doit revoir ses espoirs à la baisse, et repartir de très loin pour, peut-être un jour, commercialisé le Solanezumab pour les seuls patients légèrement atteints.
J’en suis à me demander si les fameux analystes tentent de convaincre le lampiste moyen d’acheter les actions Lilly qu’eux-mêmes leur vendront… D’autant qu’à cet échec s’ajoutent deux autres : Le Pomaglumétad, un produit développé contre la schizophrénie vient d’être abandonné, parce qu’il n’est pas assez efficace, (9) et le Prasugrel, que Lilly tente depuis plusieurs années de présenter comme le successeur du Clopidogrel (Plavix, l’antithrombotique le plus vendu au monde) vient de montrer qu’à défaut d’être plus dangereux (et plus cher) que son concurrent, il n’est pas meilleur. (10)

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