Parler d’un régime n’est pas facile, parler d’une expérience c’est prendre le risque d’être accusé de raconter simplement une anecdote sans intérêt. Pourtant, je suis persuadé que l’histoire ci-dessous a quand même une certaine valeur d’exemple.
Il y a trois mois, il était énorme, il tournait montgolfière, à moins que ce ne soit Zeppelin, dont la forme évoquait celle de son ventre. Il faisait de l’obésité morbide, il mangeait de trop et se tuait à petit feu. Et puis, un de ses proches l’ayant secoué efficacement, lui ayant donné un bon coup de pied -moral- dans le fondement, il avait décidé de reprendre son équilibre alimentaire en main, ainsi que sa santé et sa vie tout court. Il comprit aussi que jusque là au bout du compte, il avait tout simplement peur de vivre. La dérision dont il faisait preuve lui faisait office de cuirasse, pour se protéger de ses sentiments que lui vivait beaucoup plus que les autres. Cela faisait bien une décade que ne voulant plus souffrir, il ne voulait plus ressentir, il ne voulait plus supporter les mensonges, les faux-semblants.
Pour cela, il avait fait le vide autour de lui.
Il fallait bien une compensation, lui il se vengeait sur la nourriture comme d’autres se rabattent sur l’alcool, la drogue, ou d’autres addictions comme déverser sa haine et son ressentiment sur Internet, ce qui était maintenant la grande mode. Cela n’aurait rien résolu car finalement, se défouler sur le réseau attise un peu plus la colère et les frustrations que l’on veut éteindre.
Au départ, comme tous les gros, il était certain que sa perte de poids allait tout changer, que les autres allaient le considérer autrement. Il pensait naïvement que l’apparence conditionnant toujours le jugement, cela allait aller beaucoup mieux quant au manque de considération et de respect qu’il subissait jusque là. Dans les premiers temps, comme sa fonte n’était pas si spectaculaire, il n’y eut pas de transformation probante de comportement des personnes qu’il croisait.
Quand il disait qu’il maigrissait, on lui répondait en riant sous cape ou tout à fait franchement : « Mais oui, bien sûr », plusieurs croyant bon de rajouter : « Pour l’instant, ça se voit pas trop ».
Puis, progressivement, des personnes qui ne lui disaient plus bonjour depuis des années se remirent à le reconnaître et le saluer, ce qui était ironique, plus sa silhouette redevenait discrète, moins sa personne l’était. Il s’offrit quelques douces petites vengeances en appuyant sur le fait qu’il n’avait pas changé, c’était toujours lui.
Les gens gênés détournaient alors le regard. Plutôt que d’être moins caustique, moins sarcastique, sa perte de poids accentuait son sens de la dérision, car il s’apercevait qu’il devenait plus lucide et aussi plus libre. Il comprit que ce qui gênait tant chez lui, ce n’était pas son obésité finalement, celle-ci ayant un avantage finalement dans ses rapports aux autres, elle le maintenait dans un état de faiblesse psychologique qui donnait un ascendant sur lui à tous ceux qu’il croisait, car il manquait aussi totalement de confiance en lui et dans ses qualités.
Il était très vulnérable, les conseilleurs de tout poil s’en donnaient à coeur joie, il comprit que s’il y en avait de bonne volonté, il y en avait aussi qui étaient tout simplement jaloux de ses qualités qu’ils voyaient mieux que lui, et qui se disaient, il n’est pas mieux que moi car il est gros, et gros c’est pire que d’être envieux du monde entier.
Un matin, il réalisa qu’il n’avait plus aucune angoisse, il s’était libéré de sa peur, la peur d’être lui-même, la peur de se confronter au monde et aux autres. Il comprit que son sens de la dérision n’était pas un handicap, bien au contraire, celui lui permettait de voir tout de suite les impostures des bons apôtres, de ceux qui prétendaient l’aimer. Il ne réussisait pas à leur vouloir tout à fait non plus, car lui aussi les aimait bien mal, ce qui était normal, ne s’aimant pas lui-même. L’important ce n’était pas la méthode de régime employée, l’important était là, apprendre à s’aimer.
Les gros sont pratiques pour les gens dans notre société, ce sont des boucs émissaires commodes. Leur rapport incontrôlée à la nourriture fait d’eux des alibis faciles pour tous ceux qui ne contrôlent pas leurs frustrations ou leurs complexes sociaux ou personnels, ils peuvent alors se dire que ceux-ci ne sont pas si graves, et qu’un gros qui bouffe pour ne pas vivre sa vie c’est bien pire.
Contrôler son corps jusqu’à l’extrème donne l’impression de contrôler sa vie, mais finalement cela revient strictement au même, l’on y perd le goût de vivre et de ressentir de la même manière, anorexie et boulimie à l’extrême sont les deux facettes de la même souffrance. Les gros sont les boucs émissaires du consumérisme et de la société d’abondance, ceux vers qui il est facile de transfèrer le sentiment de culpabilité ressenti en voyant des enfants du Sahel mourir de faim.
On raille les gros, mais on n’en fait pas plus pour ces gosses, ainsi la machine continuer de tourner.
Ci-dessous une chanteuse qui connait le problème...

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Exact Annie, et merci pour ce commentaire intelligent et sympathique.
01/12 19:12 - Amaury Watremez5 commentaires ?? Seulement ?? Dommage, un bon article. Seulement on aurait pu remplacer gros (...)
30/11 21:42 - AnnieFaut faire attention au régime, surtout lorsqu’il devient totalitaire.....
30/11 19:05 - pyralenea la base ; il peut y avoir plusieurs ptoblemes a notre epoque, c’est surtout due a la (...)
30/11 15:55 - foufouilleLes grosses oui, les gros je ne sais pas.
30/11 13:30 - Amaury WatremezMouais... Physiologie du tissu adipeux :"L’obésité peut-être un refuge isolant, la (...)
30/11 13:26 - Massaliote
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