Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Santé > Combien coûte la santé

Combien coûte la santé

A l’occasion de la réouverture du débat sur le financement de l’assurance maladie en Suisse, épeluchons quelques chiffres avant d’esquisser quelques idées.

Combien ça coûte chez les autres

Selon les données extraites du rapport "Eco-Santé OCDE 2008" [1] et de ses "notes par pays", la situation n’a pas beaucoup évolué depuis depuis 2004 : la Suisse est toujours le pays de l’OCDE consacrant la plus grande part de son PIB (11.6% en 2004) à la santé, à part les USA (15.3%) :

health9004
Dépenses de santé en part du PIB, pays de l’OCDE, 1990 et 2004

On voit également que l’augmentation des coûts a été générale, à l’exception de la Finlande, seul pays qui est parvenu à stabiliser ses coûts sur 14 ans, le Canada, la Suède et de Danemark y parvenant presque aussi. L’augmentation des coûts en Suisse est très nette jusqu’en 2004, mais les chiffres des dernières années montrent une stabilisation autour de 11% du PIB. Cette valeur est très proche de celle trouvée chez nos voisins de France ou d’Allemagne. Les différences de pouvoir d’achat modifient légèrement la donne lorsqu’on compare les dépenses par habitant, en dollars PPA. Un Norvégien dépense autant en santé qu’un Suisse, mais nettement moins qu’un Luxembourgeois, comme on le voit ci-dessous :

cout-sante
Dépenses de santé publiques et privées par habitant, pays de l’OCDE, 2004

Mais ce graphique montre un autre aspect intéressant : la répartition entre les coûts couverts par la collectivité (violet) et les dépenses privées (en bleu) varie beaucoup d’un pays à l’autre, sans qu’une corrélation visible ne permette de trouver un avantage à une solution plutôt qu’à une autre.

Aux USA, moins de la moitié (46%) de la facture de la santé est couverte par l’Etat. Suit la Suisse à 60%, puis seuls la Grèce (62%) et les Pays-Bas(62.5%) et le Canada (70%) sont en dessous de la moyenne de l’OCDE à 73%. A l’exception de la Grèce, tous ces pays se situent au dessus de la moyenne de l’OCDE à $2550/habitant, ce qui semble indiquer que le secteur privé ne maitrise pas mieux les coûts que le public.

Pourquoi la santé coûte si cher

Grâce à la médecine, on vit plus longtemps. On s’attend donc à une corrélation entre les dépenses de santé et l’espérance de vie, mais elle n’est pas très nette* :

cout_sante_esperancevie

Certains pays comme la Jordanie atteignent aussi 80 ans d’espérance de vie, mais la santé n’y coûte que $140/habitant et par an seulement (soit 9.3% du PIB jordanien tout de même...), alors que plusieurs pays africains dépensent plus alors que les nouveaux-nés ne peuvent espérery vivre que 50 ans. Est-ce donc bien parce qu’on dépense de l’argent dans la santé qu’on vit plus vieux ? Ou est-ce parce qu’on vit vieux que la santé coûte cher ? La question est délicate à plus d’un titre, mais une chose est certaine : le cout de la santé varie énormément avec l’âge, comme le montre ce graphique tiré des statistiques suisses [2] :

relation âge/coût de la santéLa conséquence de ceci est qu’une petite augmentation de la part de personnes âgées dans la population correspond (dans les deux sens) à une forte augmentation des coûts de la santé. Ce n’est peut-être pas parce qu’il y a plus de médecins ou d’IRM que la santé coûte cher, mais parce qu’il y a plus de personnes (âgées) qui en ont besoin...

Comment réduire les coûts de la santé

Le scénario démographique [2] prédit que les coûts continueront à augmenter au rythme de 2% par an en moyenne et atteindront 16% du PIB suisse vers 2030, où l’espérance de vie atteindra 90 ans.

Pour ralentir cette croissance, un modèle potentiellement intéressant est celui du Japon. Les japonais jouissent d’un niveau de vie très élevé, de la plus grande espérance de vie du monde (82.6 ans), et leur population est particulièrement âgée. Pourtant leurs dépenses de santé sont inférieures à la moyenne de l’OCDE. Comment font-ils ?

On trouve très peu d’information sur le sujet (si vous en avez, elles sont les bienvenues dans les commentaires) mais selon le document de l’OCDE, leur situation est très différente de celle de la Suisse, voire de l’Europe :

  • En raison d’un numerus clausus, il n’y a que 2.1 médecins japonais et 9.3 infirmiers-ères pour 1000 habitants, contre 3.8 médecins et 14.1 infirmiers-ères en Suisse (3.1 médecins et 9.7 infirmiers en moyenne dans l’OCDE).
  • Par contre il y a 8.2 lits de soins intensifs pour 1000 japonais, contre 3.5 en Suisse (moyenne OCDE : 3.9)
  • De plus le Japon possède près de 4x plus d’appareils IRM par million d’habitants que la moyenne de l’OCDE, la Suisse juste un peu plus que la moyenne.

Comment financer les coûts de la santé

Comme on l’a vu plus haut, les faits ne donnent pas raison à ceux qui prétendent que les lois du marché sont plus efficaces que le financement public dans le domaine de la santé. A mon humble avis, ceci est du au fait que la "demande" de santé n’a pas de limite. A partir de quel tarif direz-vous à votre médecin : "c’est trop cher, je préfère crever..." ?

L’introduction de la Lamal en 1994 a introduit une solidarité entre générations : désormais les jeunes paient pour les vieux. (Pourvu que ça dure jusqu’à ce que je sois vieux moi aussi...). Mais la solidarité économique existe aussi, via les 60% de contribution publique d’une part et par les subsides accordés au tiers le moins favorisé de la population.

Plutôt que de définir des primes variables en fonction du revenu impliquant encore plus de paperasse et d’administration, on peut obtenir exactement le même effet en augmentant la part publique dans les dépenses de la santé. En l’augmentant de 60% à 80%, la Suisse se retrouverait dans une situation proche de la Norvège ou du Japon, et les primes seraient divisées par deux !

Note* : la corrélation "espérance de vie/part de la santé du PIB" est encore moins nette.

Références :

  1. "Eco-Santé OCDE 2008 : Statistiques et Indicateurs pour 30 pays", OCDE, 2008
  2. Mathieu Vuilleumier, Sonia Pellegrini et Claude Jeanrenaud "Evolution des coûts de la santé en Suisse à l’horizon 2030 / Explosion des coûts de la santé : mythe ou réalité ?", Institut de recherches économiques, Université de Neuchâtel 31 octobre 2008
 

Moyenne des avis sur cet article :  4.56/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

16 réactions à cet article    


  • Dr. Goulu Dr. Goulu 4 mai 2009 13:28

    Pour info, cet article a été publié il y a quelques jours sur mon blog, où se trouvent quelques déjà quelques commentaires intéressants, notamment un lien vers cette excellente analyse de la situation en France


    • Kalki Kalki 4 mai 2009 14:32

      Comment réduire les cout de la santé ?

      Se poser la question (formulé de cette manière) c’est déjà tomber dans le piège.

      Il faut accepter que la santé coute : si on veut qu’elle fasse partie de la société.

      Sinon je le répéte « on » peut choisir un société « anarchie de droite » et se dire qu’avec un peu de chance on aura pas besoin de médecin et d’hopitaux etc.. etc... et Qu’ON MOURRA RAPIDEMENT ET SANS SOUFFRIR.

      Je ne sais pas dans quel monde vivent les libéraux, mais ca à l’air d’être un monde plus merveilleux que notre réalité.

      « Libéraux Capitaliste » : Optimiste, hypocrithe ? Prendre des risques ? pfff, attend j’ai trop de la change moi , le hasard est avec moi, rien de mal ne peut m’arriver, rien que le bien et toujours plus ne peut qu’arriver dans ma poche. (on voit ou cela mene par exemple dans le domaine de la finance, de l’économie : ET DE CE QUE CA VA IMPACTER DANS LA REALITE, DANS LA SOCIETE, ET DANS LES ETRES HUMAINS. Il n’est meme pas question d’une autre guerre avec des armes, il n’y a plus besoin d’armes pour faire souffrir, asservir ou priver de liberté)


      • Kalki Kalki 4 mai 2009 14:37

        Alors prendre la santé : et vouloir l’optimiser économique,

        c’est déja se tromper lourdement.

        La santé ne rapporte pas..

        Il y a des choses qui ne rapportent pas économiquement, mais qui sont indispensable aux être humains.

        La santé est surement un service social minimum pour une société du genre humain

        C’est comme cela que le voyaient les résistants apres la première guerre
        Mais biensur l’idéologie capitaliste mondial fait des siennes, A QUI MIEU MIEU, et COPIONS NOUS LES UNS LES AUTRES.

        Remettez en cause le systeme de santé si vous voulez,
        Pour ce qu’il reste de la conception de la france.

        Autant repartir de ZERO.( un chiffre qui fait peur ou hurler de joie les économistes)


      • Dr. Goulu Dr. Goulu 4 mai 2009 17:53

        J’ai pas tout compris à votre rhétorique, d’autant que l’article montre justement que le libéralisme n’a pas fait ses preuves dans ce domaine.


        Reste que le Japon par exemple arrive à maintenir sa population en bonne santé longtemps (record du monde d’espérance de vie) pour moins cher que beaucoup de pays. 2.5% de PIB en moins, pour la France ça ferait 40 Milliards d’euros qui pourraient être utilisés à autre chose...

        Ca ne vous intéresserait pas de comprendre comment ils font ? moi si !

      • french_car 4 mai 2009 18:15

         Comment font les Japonais pour vivre vieux sans dépenser plus ?
         Ils mangent plus sainement c’est simple comme bonjour ! Ils fument et boivent tout autant que nous autres occidentaux - il reste donc une marge de manoeuvre.
         L’obésité y est rare - oui bon il y a les sumos ! - les maladies cardiovasculaires moins fréquentes.
         Pour en revenir au fond de l’article, pour dépenser moins ou mieux la solution est simple : prévenir plutôt que guérir.


         


      • Dr. Goulu Dr. Goulu 4 mai 2009 18:55

        En apparence ça se tient. L’espérance de vie des japonais n’est « que » de 1.2 ans de plus qu’en France mais ils vivent en moyenne en bonne santé 2.3 ans de plus (73.6 ans contre 71.3 en France, voir http://www.nationmaster.com/graph/hea_lif_exp_hea_yea-health-life-expectancy-healthy-years )


        Ils sont donc malades statistiquement plus tard, mais alors ils vont quand même chez le médecin et à l’hopital pour les mêmes soins qu’en France...

        D’autre part ils ont une population beaucoup plus âgée : l’âge médian y est 4.6 ans plus élevé qu’en France (http://www.nationmaster.com/graph/peo_med_age_tot-people-median-age-total NationMaster c’est le pied !)

        Or on le voit bien sur les courbes : les coûts augmentent très fortement avec l’âge, donc de ce côté ils sont très désavantagés par rapport à la France.

        A part ça on idéalise souvent la qualité de vie nipponne : Tokyo a 13 millions d’habitants et le stress et la pollution de l’air qui vont avec. Et 46% des hommes y fument tous les jours...

        Bref, en gros personne en Europe n’a l’air de savoir vraiment comment marche le système de santé japonais. J’ai cherché, j’ai pas trouvé...

      • Kalki Kalki 4 mai 2009 21:13

        Pour le japon c’est une autre culture et encore un autre mode de vie ?

        Ca peut etre simplement les aliments ou l’absence de certains aliments ..., et également le poids « surpoid » , et /ou la génétique.

        Pour en revenir a la santé et à l’économique : il ne faut pas les mélanger, c’est tout est la vision de votre article sur la santé est liberal économique, et vous pouvez vous dire gentil ou ce que vous voulez...

        QUand le signe, le chiffre, remplace la chose , signifié la réalité
        c’est trop tentant, comment resister de toujours vouloir faire plus et mieux,
        C’est un cas psychologique du « comptable » et de l’économique , un peu comme le maniaque du rangement ou de la propreté qui si il voit du chaos, ou de la saleté chercher a mettre de l’ordre et faire que tout soit droit et optimisé.

        L’économiste ou le comptable : Dès qu’il voit des chiffres et un « systeme économique » , il fait sont boulot le saligot, allez on compare avec les autres systèmes et on cherche à optimiser, pour grignoter du bénéfice sur ? Sur qui ? sur quoi ?

        Sur le temps ? Sur l’argent/force économique de la société et IL FAUT LE REDIRE POUR LA SOCIETE.

        Cette logique là s’épuisent et devient folie si on optimise tout le temps, meme les humains, et ce dont ils ont besoins.

        On définit une fois un systeme, un bon systeme, et on à pas besoin de l’optimiser : l’optimiser continuellement est un TOC ! Trouble obsessionel CONTREPRODUTIF et dangereux.


      • french_car 5 mai 2009 11:43

        L’age médian est plus élevé au Japon pour la simple raison qu’ils ne font plus d’enfants !
        Cela dit en passant les femmes enceintes et les enfants aussi ça consomme de la médecine .
        La vie au Japon est beaucoup moins stressante, y compris à Tokyo. Le Japonais moyen est un être discipliné, courtois, le postier japonais est aimable, il y a toujours un guichetier dans le métro, on ne vous fait pas de queue de poissons sur la routen bref moins de stress = moins d’hypertendus.


      • Kalki Kalki 5 mai 2009 15:29

        Oui mais de la docilité de fourmis, et le premier pays a connaitre la crise contemporaine, et personne pour se révolter en 15 ans, mentalité aimable (soumis), et en général au lieu d’extérioriser pour changer les choses, intériorisation, suicide, prendre la faute sur soi.

        C’est qu’une impression de la culture.

        Je vois aussi leur vision du sex et de la sexualité, c’est passeiste, meme maintenant , je veux dire juste : la vision du sex chez les femmes c’est révélateur, fait de douleur, traditionnaliste ;
        et puis les hommes qui se sentent impuissant, et se tournent vers le lolicon (ou des femmes jeunes)

        J’avais vu il y un ou 2 ans que le japon avait mis en place un critère de santé basé sur le poid ( et la grosseur du ventre) quelque chose comme ca.


      • clostra 4 mai 2009 19:27

        Norbert Bensaïd dans son ouvrage « La lumière médicale ou Les illusions de la Prévention » (on pourrait ajouter « de santé publique ») constatait que c’est la dernière maladie qui coûte cher, dernière maladie à laquelle il n’est sans doute pas possible d’échapper (autrement que par la « solution » de « Soleil Vert » par exemple). Peu importe sans doute le moment où elle a lieu et statistiquement, on voit que c’est de plus en plus tard (?) sans pour autant alourdir les dépenses des années qui précèdent (?).

        Être gravement malade le plus vieux possible et en mourir est une donnée acceptable.

        Et si on calcule l’intégrale de la phase basse en comparaison de l’intégrale de la phase haute (courbe âges/dépenses de santé) il est probable (non ! je ne le ferai pas !) qu’on ait avantage à étudier comment diminuer les dépenses dans cette phase là, en déduisant les dépenses dues à la « dernière maladie » pour les « jeunes âges » (maladies rares avec diminution de l’espérance de vie).

        Voeux pieux, je vous prie de m’en excuser.

        Et pour relancer la polémique sur la Prévention médicale publique : on devrait indemniser ceux qui ne la respecte pas (les gros fumeurs par exemple) qui vont faire faire de grosses économies aux Systèmes des retraites.


        • Comité Cicéron 4 mai 2009 22:38

          Article très intéressant, mais qui ne donne pas vraiment de solution, et qui ne prend pas en compte la recherche médicale. La croissance des dépenses de santé n’est pas un mal si elle permet de financer des recherches permettant des ruptures technologiques.

          Le pire pour moi est le système français où l’Etat souverain prétend régir toutes les dépenses de santé, et, au total, fait pas mal de gaspillages au détriment de sa recherche. La France a été, avant la Sécurité sociale généralisée, une grande puissance médicale. Depuis qu’on rembourse les anti-dépresseurs prescrits à tour de bras, les labos français ne cherchent plus rien et les Français n’ont plus la force de s’en rendre compte !!


          • french_car 5 mai 2009 18:31

            Comité Cicéron, vous proposez quoi ? Que chacun paie ses dépenses de santé ? Que l’on privatise ? Le fait que l’on rembourse les molécules conduit les labos à faire du récurrent au détriment de la recherche ? En quoi le non -remboursement des andit-dépresseurs conduirait les labos à chercher plus ?


          • Lulu de Pantin 5 mai 2009 07:51

            Réduire les coûts de santé c’est pour pouvoir payer la dalle LCD, la voiture électronique et les vacances en République Dominicaine ?


            • Kalki Kalki 5 mai 2009 18:04

              A ce niveau la ça serait plutôt pour baisser les cotisations de tout le monde ( et ça veut d’abord dire des plus gros salaire /fortunes).

              Le libéralisme : « Moi je donne pas pour les autres, ils n’ont qu’a crever, et je n’aurai jamais besoin de leur aide »

              Ce qui il y a de bien avec la crise c’est que là ils s’aperçoivent de QUI ils ont besoin d’un seul coup/cout ! Il faut leur rappeller !


            • french_car 5 mai 2009 11:44

              @Lulu, et oui pourquoi pas ? Même si le secteur de la santé est un secteur qui crée de l’emploi ne serait-il pas plus intéressant de consommer des biens que de consommer des médocs ?


              • tioneb 5 mai 2009 12:21

                Ne jetons pas la pierre à l’auteur de l’article. Quelques bon chiffres valent mieux qu’un long discours militant et remettent les choses dans leurs juste place.

                Très bon article.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès