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Comment Ignaz Semmelweis est entré dans l’histoire

Au milieu du 19ème siècle, en Europe occidentale, il n’est pas rare qu’une femme accouche chez elle, en pleine rue, voire à l’épicerie du coin. Bien que des maternités offrent leurs services aux futures mères, beaucoup préfèrent encore recourir aux sages-femmes et mettre au monde leur enfant à domicile. D’autres, moins chanceuses, se voient contraintes de vivre l’« heureux événement » en milieu inhospitalier. Mais ces dernières sont-elles pour autant plus à plaindre que les patientes de l’Hôpital Général de Vienne ? Permettez-nous d’en douter.

Quand le Dr Ignaz Semmelweis prend la direction du service d’obstétrique de cet établissement autrichien, le taux de mortalité lié aux accouchements y crève tous les plafonds. À l’époque, mieux valait perdre les eaux au beau milieu d’une bagarre de bistrot plutôt que parmi les obstétriciens de la maternité viennoise. Entre 1841 et 1846, la fièvre puerpérale y cause en effet la mort de presque 10 % des patientes transitant par le pavillon des médecins. Détail qui a son importance : dans le même temps, le pavillon des sages-femmes gravite, lui, autour des 4 % ! Vous n’en croyez pas vos yeux ? Eh bien, les demi-dieux en blouse blanche non plus ! Plus embarrassés qu’un voleur de crottin pris en flagrant délit, ils cherchent à se dédouaner en avançant des explications sans rime ni raison. Ainsi, ils incriminent, sans le moindre scrupule, leur patientèle, accusée de somatiser ou de se livrer à de piètres régimes alimentaires, mais aussi les « miasmes de l’atmosphère viciée des salles d’accouchement » ou encore le stress induit par la présence de praticiens hommes – la médecine restant, rappelons-le, leur domaine réservé à cette époque.

À boire et à manger, donc. Devant l’inanité patente des arguments déployés, Semmelweis décide de prendre le taureau par les cornes. Une question le taraude particulièrement : pourquoi les patientes du pavillon des sages-femmes contractent-elles moins souvent la fièvre puerpérale que celles soignées par les obstétriciens ? Tandis que notre homme rassemble des éléments pour percer ce mystère, le hasard vient quelque peu lui faciliter la tâche. La mort soudaine d’un professeur qu’il tenait en haute estime lui montre en effet la voie à suivre. Malencontreusement coupé au doigt par un élève distrait qui réalisait une autopsie, il développa rapidement des symptômes en tous points similaires à ceux des patientes de l’Hôpital Général – pleurésie bilatérale, péricardite, péritonite, méningite. De toute évidence, le vieil homme avait succombé à l’inoculation de particules cadavériques dans son système vasculaire. Semmelweis, clairvoyant, sait qu’il tient là une piste sérieuse.

Il décèle sans tarder ces mêmes particules dans le flux sanguin des patientes décédées au sein de sa maternité. Alors même que les autopsies se répandent comme une traînée de poudre dans les hôpitaux universitaires – quoi de mieux, pour apprendre, que d’opérer directement sur les organes ou le sang ? –, les cas de fièvre puerpérale évoluent en corrélation directe avec elles. Dans les faits, les femmes perdant la vie lors d’un accouchement sont immédiatement transférées en salle d’autopsie, accompagnées par les obstétriciens et les internes. Une fois l’analyse du cadavre dûment effectuée, ces mêmes médecins regagnent la maternité pour y mettre au monde d’autres enfants. Entre les deux actes médicaux, ils se contentent, au mieux, de se rincer sommairement les mains. Voilà, grossièrement résumé, comment les futures mères contractent la maladie qui leur est fatale. C’est donc – ô surprise ! – aux praticiens eux-mêmes que revient l’entière responsabilité du décès de leurs patientes.

Têtue comme une mule bretonne, la communauté médicale attendra cependant presque vingt ans avant d’accepter (enfin) la théorie des germes. Semmelweis, lui, avait déjà tout compris depuis bien longtemps. Et puisque la fièvre puerpérale résultait manifestement d’un cruel manque d’hygiène, il imposa aux obstétriciens exerçant dans son service de se désinfecter les mains à l’eau chlorée avant de rejoindre les salles d’accouchement. Un geste simple comme bonjour, qui sauvera chaque année, à l’Hôpital Général, des dizaines de vies. C’est ainsi que le Dr Ignaz Semmelweis entra dans l’histoire, bien avant que Louis Pasteur ne défende à son tour les vertus de l’asepsie.

 

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5 réactions à cet article    


  • MKT 22 février 2014 14:50

    Une thèse de médecine traite de Semmelweis.

    Elle fut écrite par un certain Louis Ferdinand Destouches en 1924.

    Mais ça vous le saviez déjà !

  • doctorix doctorix 22 février 2014 15:53
    Au génial Semmelweiss, la misère.
    A l’escroc Pasteur, la gloire et l’argent.
    C’est ainsi que notre société rétribue ses grands hommes, et ses petits.
    Mais l’Histoire finit toujours par rétablir le vrai.
    Un peu tard, hélas...

  • Claudius Claudius 22 février 2014 13:29

    Bien vu La Vigue, bien vu, il faudrait une thèse de médecine sur le sujet ..


    le bon docteur Semmelweis aurait quand même pas cassé sa pipe pour rien

    Je crois que Tardy a illustré sa vie cependant .. en tout cas, l’Eglise a reconnu ses talents

    • doctorix doctorix 22 février 2014 15:46

      Je vais vous raconter une histoire, qui vous en dira plus sur le formidable travail de Semmelweiss, par rapport aux supposés bienfaits de la vaccination, antitétanique en particulier.

      En Afrique, les nourrissons mourraient comme des mouches dans les premiers jours de la vie, atteints par la terrifiante toxine secrétée par le bacille tétanique.
      Une grande campagne de vaccination antitétanique fut donc organisée, et c’est vrai que la baisse de mortalité par tétanos chuta de façon spectaculaire.
      Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que les personnels soignants chargés de cette campagne instruisaient dans le même temps les futures mères.
      En particulier, elles leur demandaient de cesser cette coutume ancestrale de mettre de la bouse de vache sur la section du cordon ombilical pour le cautériser.
      Et devinez laquelle de ces mesures vint à bout du tétanos ?
      Et je pourrais vous en raconter tout autant à propos de n’importe quel vaccin, dont j’ai cessé la pratique depuis quelques années.
      Selon mon expérience, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : de l’hygiène (merci Semmelweiss), de l’eau pure et une nourriture saine sont les seuls ingrédients d’une bonne santé.
      Et tous les vaccins, y-compris l’antitétanique, sont des substances nocives pour la santé, et sans le moindre intérêt. Les bienfaits dont ils se réclament viennent toujours d’une autre cause, et ils ne sont pour rien dans aucune disparition d’épidémie que ce soit. D’ailleurs de nombreuses maladies ont disparu sans vaccin, la scarlatine, la peste, la suette, entre autres : c’est leur destin naturel et spontané.
      Et croyez bien que ce fut un parcours difficile pour moi d’aboutir à ce constat, après trente ans de pratique aveugle.
      Mais sachez que nous sommes un grand nombre de médecins à l’avoir compris, et que ce nombre va grandissant. Bientôt, un seuil fatidique de prise de conscience globale sera atteint, et les vaccins retomberont dans les poubelles de l’histoire, dont ils n’auraient jamais du sortir, n’étaient les féroces appétits et l’absence totale de conscience des laboratoires pharmaceutiques, couplées à l’ignorance et la vénalité de trop de mes confrères.
      J’en profite pour déconseiller formellement touts les dernières trouvailles, depuis le papillomavirus juqu’au rotavirus, cette escroquerie du criminel Paul Offit.
      Il y a trois vaccins obligatoires, Diphtérie, Tétanos et Polio, refusez tous les autres, puisqu’il faut accepter ces trois-là pour l’instant.

      • totor101 totor101 23 février 2014 12:28

        Au milieu du 19ème siècle, en Europe occidentale, il n’est pas rare qu’une femme accouche chez elle
        Au milieu du 20ème siècle, en Europe occidentale, il était normal qu’une femme accouche chez elle.
        Nous étions huit gosses nés entre 1944 et 1957 tous nés à la maison !
        Il serait bon que l’acroche d’un article corresponde à la vérité historique...

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