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Comment J&J a perdu sa bonne réputation

Le laboratoire Johnson & Johnson a multiplié les erreurs depuis quelques années, et rien ne semble pourvoir endigué la baisse de sa réputation. Alors qu’il figurait systématiquement sur le podium des laboratoires à la meilleure réputation, il vient de dégringoler à la septième place. Pendant ce temps, les mesures correctives tardent à faire effet. 1

Qui est Johnson & Johnson ? 2

Johnson & Johnson (ou J&J) est un plus qu’un laboratoire. C’est un groupe pharmaceutique, autour de trois activités :

  • La pharmacie
  • La parapharmacie
  • Le matériel médical

On rencontre rarement le nom de J&J, qui a une stratégie de marque très développée et une multitude de filiales. L’activité pharmaceutique est, par exemple, est gérée par les filiales, Janssen, Cilag ou Ortho McNeil. Saviez-vous par exemple que la Marque Neutrogena qui arbore fièrement le drapeau norvégien est en fait détenue par ce groupe américain ?

Des rappels en série

Au mois de janvier, Johnson & Johnson (J&J) rappelait un lot de lotion pour bébé commercialisé dans une partie des Etats-Unis. La FDA, l’agence sanitaire américaine, avait en effet détecté des taux anormalement élevés de bactéries. 3

Ce rappel, pour choquant qu’il soit car le produit est destiné aux bébés, n’est qu’un épisode de plus dans une longue série noire. En décembre dernier par exemple, J&J rappelait 12 millions de bouteilles de Motrin. 4 En septembre, ce sont 200 000 seringues d’Eprex qui ont du être rappelées. 5

En mars 2011, plus de 340 lots d’équipements fabriqués par Ethicon sont rappelés, « la faute à un sous-traitant ». 6 En février 2011, une faute de frappe dans l’étiquetage entraîne le rappel de 660 000 boites de Sudafed. 7 Guignols !

Début 2011, J&J doit rappeler presque chaque semaine un lot de produit parce que l’emballage pue. En cause le bois des palettes. 8, 9, 10

Je pourrais passez des heures à lister les gaffes. Je ne mentionnerai que la période du mois d’avril 2010, pendant laquelle J&J a rappelé pas moins de 43 produits destinés aux enfants. En cause des erreurs lourdes intervenues dans la fabrication du produit : doses inadaptées, contamination bactérienne, fuites, présence de particules de verres ou de métal… 2 L’entreprise écope de 483 mises en garde pour manquement sur les deux usines qui fabriquent ces produits. 11 Ces rappels en masses ont provoqué d’importantes ruptures de stocks, laissant les patients sans soins. Un article de novembre 2011, décrivait comment plus d’un an et demi plus tard, J&J n’avait toujours pas été capable de compenser le manque.

Les syndicats ont dénoncé une politique délétère de réduction des coûts : réduction des effectifs, accélération des procédures, recours accru à la sous-traitance, démotivation… En effet, en Novembre 2009 (soit avant que ne surgissent les problèmes), J&J annonce la suppression de 6 à 7% de ses effectifs, soit 7 à 8000 postes. 12, 13 La réponse de J&J à ces nouveaux problèmes ? Licencier plus pour empoisonner plus. En janvier, une centaine de personnes est remerciée. Comme l’écrit Ed Silverman, le seul qui n’ait pas été rappelé est Bill Weldon, le PDG du groupe. Il a en revanche reçu une augmentation. 14

Des produits pas sûrs, toxiques

Les rappels sont une choses : le produit ne convient pas, donc, on arrête de le vendre… ou pas.

En 2009, la FDA décide de suspendre la vente d’un implant de la hanche fabriquée par DePuy, filiale de J&J. L’implant, qui doit favoriser la croissance osseuse et éviter une opération chirurgicale, est défectueux et entraîne de terribles douleurs. La décision avait bien entendu entrainé un rappel des produits. Un article récent nous apprend que le même implant est néanmoins vendu à l’étranger, notamment en Europe. Pire : profitant d’un vide juridique, DePuy continue de vendre, y compris aux Etats-Unis, un modèle très similaire. 15

Similairement, depuis 2009, J&J a fait l’objet d’intenses pressions car l’entreprise utilisait des produits toxiques (ou du moins très suspects) dans ses shampooings pour bébés (oui, ils n’ont pas l’air d’aimer ces créatures) : le 1,4-dioxane et le quaternium-15, tous deux soupçonnés de provoquer des cancers. Ces ingrédients sont interdits notamment en Scandinavie, en Allemagne ou au Royaume-Uni, mais J&J continue de les utiliser dans ses shampooings aux Etats-Unis ou en Chine par exemple. Il faudra attendre novembre dernier et la menace d’un boycott pour que J&J envisage enfin de changer sa formule. 16, 17

Corruption

Il y a enfin les affaires de corruption.

J’ai déjà écrit un article sur le scandale du Risperdal. Pour promouvoir son produit, J&J a acheté la complicité d’un décideur texan. L’homme mettait en avant le produit et l’a fait adopter comme traitement de première intention des patients schizophrènes. Par la suite, il a visité le reste des Etats-Unis pour que tous reprennent ces recommandations. 18

Ce n’est pas le seul cas où J&J s’est fait prendre pour corruption. En avril 2011, le laboratoire a été condamné à une amende de 70 millions de dollars pour avoir versé des pots-de-vins à des médecins grecs, polonais et roumains afin que ceux-ci prescrivent les « bons » produits. 19

L’image de J&J

Comme je l’écris plus haute, l’image de J&J était jusqu’alors presque immaculée. On avait beaucoup parlé dans les années 80 d’un terroriste qui trafiquait des bouteilles de Tylénol dans les pharmacies pour tuer sans discernement. Mais on ne saurait mettre le laboratoire en cause !

Je suis plus surpris en revanche que le laboratoire n’avait pas écopé durablement d’une image d’immondes grippe-sous en 2008. En effet, J&J porte alors plainte contre la Croix-Rouge ! Et tenez-vous bien, parce que la Croix Rouge utilise le logo d’une croix rouge sur fonds banc, logo déposé par J&J ! 2

Attention, asseyez-vous. Oui, le logo a bien été trouvé par Henri Dunant, fondateur de la Croix Rouge, qui inverse les couleurs du drapeau de son beau pays de montagne, la Belgique (je sais, c’est comme ça qu’on débusque les cancres en géographie). La loi américaine est à l’époque assez floue, et J&J obtient la possibilité d’utiliser le logo. Par la suite, et pour éviter d’être copiée par des laboratoires concurrents, elle le dépose auprès de l’office de propriété intellectuelle. D’après le droit des brevets, le laboratoire ne peut en aucun cas attaquer la Croix Rouge qui bénéficie de l’antériorité : elle l’a utilisé avant. Les droits appartiennent pour de bon à J&J, mais l’entreprise ne peut rien réclamer à l’ONG puisqu’elle s’en servait la première. Alors je ne sais pas ce qui s’est passé, si les avocats étaient en vacances, s’ils étaient cuits ou s’ils ont fait un pari, mais ce que je sais, c’est que l’entreprise n’en est pas sorti grandie.

Mystères de l’opinion

Et pourtant, 1 an après plus personne ne s’en souvenait. N’est-ce pas paradoxal ? S’en prendre à une ONG n’avait pas eu d’impact durable sur la réputation de J&J. Un rappel massif de produit en 2010 n’était alors présenté que comme un mauvais moment. La présence de produits toxiques dans les shampooings n’aurait eu aucun impact en soit sans le reste : J&J aurait affirmée être en conformité avec la loi américaine, et des détracteurs auraient été invités aimablement à choisir des produits concurrents si ceux de J&J ne leur plaisaient plus. On se moque que les médecins grecs touchent des pots de vins, de toute façon, ils sont grecs et la fraude est une seconde nature chez eux, même qu’on devrait surtaxer les restaurants de kébab pour financer l’emprunt à la Grèce, et qu’on devrait leur faire payer le droit d’avoir inventé la république.

Non, les vrais problèmes de J&J sont venus des odeurs suspectes de ses produits : on n’attend pas d’un médicament qu’il sente comme un animal mort ou comme le slip de tonton Georges un lendemain de choucroute.

Cela, ce n’est que pour l’image. Car pour le problème de fond, l’origine des morceaux de verre dans les fioles, des produits non-stériles, des fautes de frappes (guignols ! oui, je sais, je l’ai déjà dit) et même des mauvaises odeurs, peut-on donner tort aux syndicats ?

Bon courage à AstraZeneca, qui supprime 12% de ses effectifs, soit 7300 postes dans le monde. Je sens de grands moments en perspective…

1. The Johnson & Johnson Reputation Takes A Dive, Ed Silverman, Pharmalot, 14 Février 2012

2. Johnson & Johnson, Wikipedia

3. J&J recalls Avveno Baby Calming Comfort Lotion, Randsell Pierson, Reuters, 27 Janvier 2012

4. J&J Recalls Keep On Coming, And So Does A Lawsuit, Ed Silverman, Pharmalot, 21 Décembre 2011 

5. The Johnson & Johnson Recalls Keep On Coming, Ed Silverman, Pharmalot, 23 Septembre 2011

6. And Those J&J Recalls Just Keep On Coming, Ed Silverman, Pharmalot, 24 Mars 2011

7. A Johnson & Johnson Typo Causes Another Recall, Ed Silverman, Pharmalot, 25 Février 2011

8. The Johnson & Johnson Recalls Keep On Coming, Ed Silverman, Pharmalot, 14 Avril 2011

9. For The Record, Another Johnson & Johnson Recall, Ed Silverman, Pharmalot, 30 Mars 2011

10. What’s That Smell ? Another Johnson & Johnson Recall, Ed Silverman, Pharmalot, 11 Mai 2011

11. The Sorry List Of Johnson & Johnson Troubles, Ed Silverman, Pharmalot, 9 Décembre 2010

12. Liveblog : J&J Execs Discuss Job Cuts, Jacob Goldstein, The Wall Street Journal Health Blog, 3 Novembre 2009 

13. J&J Plans Restructuring Including Job Cuts, Cosmetics & Toiletries, 9 Novembre 2009

 14. And Yet Another Johnson & Johnson Recall…, Ed Silverman, Pharmalot, 2 Mars 2011

15. Hip Implant U.S. Rejected Was Sold Overseas, Barry Meier, The New York Times, 14 Février 2012

16. J&J starts removing toxins from baby products, Linda Johnson, Associated Press, 16 Novembre 2011

17. J&J Faces A Boycott Over Baby Shampoo Chemicals, Ed Silverman, Pharlamot, 1er Novembre 2011

18. Le point sur le Risperdal, Pharmafox, Agoravox, 27 Janvier 2012

19. Johnson & Johnson Fined $70M For Overseas Bribes, Ed Silverman, Pharmalot, 8 Avril 2011


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1 réactions à cet article    


  • Pharmafox 27 février 2012 14:15

    Mise à jour : Le dernier rappel était celui de trop. Bill Weldon a donné sa démission, en temps que directeur général (il reste président). Lui succède Alex Gorsky, qui était jusqu’alors vice-président responsable des appareils médicaux, des activités de diagnostic et de la chaîne d’approvisionnement.

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