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Accueil du site > Actualités > Santé > Des trous dans la résilience : charité bien ordonnée commence par (...)

Des trous dans la résilience : charité bien ordonnée commence par soi-même

Les fées ne se sont pas penchées sur leur berceau : des sorcières, peut-être... Ils ont vécu des enfances difficiles, surmonté des traumatismes parfois effroyables. Mais ils en sont sortis plus forts, plus lucides. Souvent, nul ne devinerait, à voir leur parcours de vie exemplaire ou la démonstration de leurs talents, les manques essentiels qui ont prévalu à l’aube de leur vie. Ce sont des résilients, vous en connaissez surement, peut-être l’êtes-vous vous-mêmes. Je remercie ici Boris Cyrulnik d’avoir montré si brillamment que tout n’est pas joué avant six ans, et que du pire peut parfois sortir le meilleur.
Mais le meilleur pour qui ? C’est la question que je veux explorer ici.
 

La résilience est un phénomène très humain, qui donne espoir en l’homme. Son existence, qui traduit bien le phénomène du libre-arbitre, nécessite plusieurs facteurs pour se mettre en place, en particulier un ou plusieurs « tuteurs de résilience ». Il va s’agir pour le petit d’homme traumatisé, de chercher dans tous les modèles qui sont à sa portée, autre chose que ce qui le condamnerait à revivre ses traumatismes ou à les faire vivre à d’autres. Comme l’évoque Boris Cyrulnik, ce tuteur de résilience peut être un proche de la famille ou un enseignant. Parfois, un modèle littéraire peut faire l’affaire. Grâce à ce tuteur de résilience, l’enfant va oeuvrer à l’édification de sa propre personnalité, en se donnant des valeurs qui ne sont pas forcément celle de son milieu, et il va utiliser une réelle énergie pour aller sur un chemin qu’il va se choisir. Les résilients sont des gens qui, comme le dit Joyce Mac Dougall, ont « investi leur grandissement ».

Mon projet ici n’est pas de décrire la résilience : les livres de Boris Cyrulnik sont très explicites à ce sujet et, de plus, agréables à lire. Je peux ici juste décrire les résilients eux-mêmes, parce que que cela introduit mon propos. Cette description n’est peut-être pas « classique », mais c’est ma façon de tenter d’illustrer ce concept, sachant d’ailleurs que toute typologie est générale et exclut inévitablement les cas particuliers différents. En fait, quand je parle de "résilients", je ne pense pas en terme de structures, mais en terme fonctionnel. Je me limite d’ailleurs aux résilients ayant développé un altruisme un peu plus élevé que celui de la moyenne des hommes, et je m’inspire, dans ma conception, de Boris Cyrulnik, et d’Alice Miller, entre autres, ainsi que de mes propres observations.
 
Les résilients

Ce sont en général des gens « sages ». Mêmes s’ils sont passionnés, ils prennent rarement de décision à la légère. Ils ont connu le poids du malheur, et ils tentent du mieux qu’ils peuvent, d’éviter de le revivre ou de le créer. Souvent, ils ont une pensée globale, anticipant beaucoup et prenant le parti de la collectivité ou d’autrui. Cela les rend altruistes, et en général bien acceptés dans les groupes où ils ont souvent un aspect modérateur. La faculté qu’ils ont de se mettre à la place de l’autre les rend très adaptables, et s’accompagne d’un altruisme parfois discret mais net. Quelquefois ils s’adaptent d’ailleurs un peu trop longtemps aux situations, même difficiles, plutôt que d’en sortir.

Ces caractéristiques viennent du mouvement résilient.

En effet, comment un enfant intelligent peut-il se sortir sans trop de dégâts d’une relation familiale marquée par un égoïsme et une maltraitance parentale ou sociale ?

Une des bonnes façons de s’en sortir, c’est de tenter de deviner ce qui se passe, par exemple dans la tête de ces parents immatures et imprévisibles, pour trouver l’attitude appropriée. Les enfants ayant trouvé ce mécanisme de défense vont avoir une grande facilité à l’âge adulte à se mettre à la place de l’autre : ils sont très sensibles à l’environnement et même très intuitifs.

De plus, cette aptitude s’accompagne d’une sorte d’ « appétence thérapeutique ». En effet, l’enfant au prise avec une mère ou un père immature ou en souffrance, va essayer de soigner son parent défaillant, à la fois parce que c’est la seule façon qu’il peut trouver pour que celui-ci soit davantage capable de lui apporter un peu de l’affection et de l’attention dont il a besoin, mais aussi parce, en apportant du soutien à son parent, et en s’identifiant à lui, il reçoit, en reflet, la satisfaction qu’il donne.

Ce dernier mécanisme est très fréquent, et n’est pas sans conséquence, aussi, je vais le détailler un peu.

Aider l’autre pour se secourir soi-même

Imaginons une mère déprimée, incapable de s’occuper de son enfant. Celui-ci peut s’identifier à sa mère et ressentir sa souffrance à sa place. Et trouver alors les mots apaisants ou les attitudes enjouées qui vont sortir celle-ci, au moins momentanément, de son marasme. Outre que celle-ci peut perdre effectivement, un peu de sa tristesse, ce qui est important, c’est que le mécanisme en lui-même permet à l’enfant de téléporter sa propre tristesse d’être délaissé par sa mère, en devenant activement celui qui la soigne : il transforme ainsi une position passive douloureuse en position active. En soignant sa mère, c’est lui qu’il soigne, mais il ne le sait pas.

C’est ce qui fait que beaucoup de résilients se retrouvent dans des professions de soins, mais en particulier de soins psychiques : psychiatres, psychologues, éducateurs...

Mais c’est aussi ce qui explique que toutes les caractéristiques positives décrites dans la résilience, ont aussi un aspect négatif : le revers de la
médaille.

La douleur des résilients

En effet, de quoi se plaignent les résilients, quand, un jour, ils se plaignent ? De ne pas avoir de retour. Ils disent « Ce n’est pas que j’attendais quelque chose en échange : quand je donne, cela m’est naturel et je ne vois pas comment je pourrais ne pas aider un ami qui a du souci. Mais, au bout du compte, moi j’aide tout le monde et, quand moi, j’ai un souci, je me retrouve seul. Cela me donne un profond sentiment de vide, comme si je m’étais vidé auprès des autres, et que l’on ne me donne rien quand, à moi, j’en ai besoin. »

A ce moment-là, la dépression guette, ou, parfois, la fragilisation psychosomatique. Le système s’effondre, mais peut reprendre comme avant, pour peu que le résilient retrouve son mode de fonctionnement habituel.

Cette identification à la souffrance de l’autre que l’on soigne pour soigner sa propre souffrance oubliée, c’est un mécanisme qui est à double-tranchant : effet bénéfique intégrateur évident, mais aussi, oubli d’un égoïsme naturel qu’on va perdre dans l’autre. Ce mécanisme est à l’oeuvre dans bien des acceptations de maltraitance. Et on comprend pourquoi certaines personnes marquées par une violence parentale, et qui s’en sont très bien sorties, vont un jour accepter une violence conjugale pour la raison que le mari violent, au fond, souffre...

Je laisse de côté la question, pourtant importante aussi, du sentiment de culpabilité. Freud dans "Totem et Tabou" a brièvement évoqué cette question du sentiment de culpabilité inconscient, qui serait l’introjection d’une culpabilité parentale non reconnue chez les parents. C’est vrai que les résilients donnent parfois l’impression de passer leur vie à racheter des fautes qu’ils n’ont pas commises, pardonnant à l’autre et lui trouvant toutes sortes d’excuses, tout en corrigeant, du mieux qu’ils peuvent, les conséquences pour celui-ci de ses conduites fautives.

Pour en revenir à ce mécanisme de la projection dans l’autre de son propre égoïsme, dans une sorte d’oubli de soi-même, je considère que c’est le noyau de la souffrance réelle, et profonde, de nombre de résilients qui semblent pourtant avoir tout à fait réussi leur vie.

Comme le décrit Alice Miller dans « Le drame de l’enfant doué », ces enfants doués qui cherchent par leur activité psychique à donner un sens au chaos dans lequel ils vivent, deviendront des adultes qui peuvent être sujets à la dépression, en particulier, la dépression devant le succès. Ils ne savent pas qu’ils recherchent l’approbation de leur mère, mais, en réussissant, ils ressentent comme un vide, qui est celui qu’ils ont vécu enfants.

De même, s’ils se sentent en difficulté, au lieu de demander de l’aide comme il semblerait judicieux de le faire, ils vont en donner à quelqu’un, en pensant que celui-ci en a davantage besoin qu’eux. Ils reproduisent là cette translation de leur douleur qui les a sauvés plus jeunes. A part que donner quand on est déprimé, cela coute beaucoup. Et, pour peu que celui qui est aidé ne donne en retour ni reconnaissance, ni affection, le vide peut finir par devenir vertigineux.

Cette défense infantile, qui fut un facteur d’évolution très positif, finit par se retourner contre le résilient. Quand, lors d’un travail psychothérapeutique, il essaie de se défaire de cette contrainte à l’aide d’autrui, tentant d’assouplir un peu cette défense, il se rend compte que, souvent, il n’y parvient pas. Le travail de réappropriation d’un égoïsme légitime, et l’acceptation de la position de demande d’aide, va se faire au travers de phases où la souffrance et la colère impuissante initiales devront être retraversées.

L’entourage du résilient

Les personnes dont s’entoure le résilient sont souvent des gens qui acceptent, sinon au début, du moins assez rapidement, comme un dû, ce qui leur est apporté par le résilient. L’homme est ainsi fait qu’il n’aime pas se retrouver en situation de dette, et qu’il confond souvent reconnaissance et dette. Là où le résilient s’attend à de la reconnaissance, son obligé évite le sentiment de dette en tenant leur relation réciproque et asymétrique comme allant de soi. Et, plus le temps passe, plus c’est le cas. Il est difficile de faire comprendre aux personnes altruistes que c’est leur propre générosité, et leur absence d’attente d’une réciprocité, qui conduit des gens qui ne sont pas, a priori, des monstres, à se comporter en goujats.

De même, l’habitude qu’ont les résilients de « prendre sur eux » pour ne peser sur personne, a des conséquences sur ce qu’ils rencontrent quand ils sont malades. En effet il arrive que leur entourage ou leur médecin, à l’instar de ce qu’ils font eux-mêmes, minimisent leurs symptômes. Et quand ils finissent par se plaindre, c’est tellement inhabituel, que ce n’est parfois pas entendu, voire critiqué « Tu ne vas pas t’y mettre ! ». C’est quelque chose qui se passe dans l’infra-verbal. Les résilients altruistes savent si bien faire passer le message que l’important, c’est l’autre, qu’il peut arriver que ce soit le médecin qui soit déstabilisé à l’idée que ce patient si solide soit malade ou déprimé, ce qui peut retarder le diagnostic. Il faut dire qu’il peut arriver que le résilient lui-même, qui ne sait pas vraiment se plaindre, oublie carrément d’évoquer tel ou tel signe fâcheux de son état. Parfois même un expert peut voir arriver une patiente maquillée et sur son trente-et-un, donnant le change comme si son but c’était de faire croire qu’elle n’était pas malade, ce qui est faux et pas du tout dans son intérêt.

Du pire sortir le meilleur, mais pour qui ? 

J’aurais envie de répondre qu’il faut prendre garde, quand on s’est sorti d’une enfance difficile, de ne jamais oublier que l’on doit être, d’abord, son propre meilleur ami. Si la société aime ces personnes généreuses et ayant le sens du collectif, si partout, en famille ou au travail, on favorise ces comportements d’oubli de soi, il faut savoir ne pas trop s’identifier à cet idéal, garder à l’esprit ce nécessaire équilibre entre intérêt personnel et intérêt de l’autre. Il faut savoir que rien ne réparera jamais les manques infantiles, mais que l’on s’en sort d’autant mieux qu’on les reconnait, ces manques. Qu’ils donnent, grâce à la résilience, accès à une sensibilité rare, et même à une créativité vivante. Mais que ce qu’il est important de reconquérir, ou de conquérir, c’est une relation à l’autre où l’on accepte autant de recevoir que de donner.

 

REF :

"Les vilains petits canards" Boris Cyrulnik chez Odile Jacob

"Le drame de l’enfant doué" Alice Miller aux PUF

NB : cet article est aussi publié sur Mediapart


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65 réactions à cet article    


  • Philou017 Philou017 14 août 2009 11:00

    Bon article.

    C’est sympa de voir Cyrulnik, Miller associés à Freud dans la compréhension des problèmes, là où aujourd’hui tant de praticiens ne font référence qu’au professeur Médicament.

    "Il faut savoir que rien ne réparera jamais les manques infantiles, mais que l’on s’en sort d’autant mieux qu’on les reconnait, ces manques."
    Je ne suis pas tout à fait d’accord. Les traumatismes peuvent être dépassés, mais là on parle d’un travail sur l’énergie, en particulier donc sur les énergies intérieures, qui n’est pas encore à l’ordre du jour de la science psychologique, trop matérialiste.


    • LilianeBourdin 14 août 2009 11:11

      Quand je dis que rien ne réparera jamais les manques infantiles, je veux dire que notre histoire nous constitue, et que l’on ne peut pas empêcher rétrospectivement ce qui a eu lieu de s’être passé. Cependant, notre histoire ne s’arrête pas à nos dix-huit ans, et ce que l’on fait de notre préhistoire psychologique est toujours remodelable. Les résilients en sont un bon exemple.

      Par cette phrase, je voulais exprimer que ceux qui pensent qu’il suffit de fermer la porte à ses traumatismes pour ne pas en souffrir, se trompent : le trauma a tendance à revenir par la fenêtre. Il vaut mieux, c’est du moins ce que je pense, accepter ce qui a été, et le transformer, pour en faire quelque chose de constructif pour soi. Mais je ne dis pas que c’est facile.


    • Bardamu 14 août 2009 21:02

      Très juste !
      Mais la psychanalyse « fige » beaucoup plus le trauma -en une fixation idéelle relèvant d’un « fatum »-, qu’elle ne lui permet d’évoluer en se métamorphosant.
      Elle fait d’ailleurs trop le jeu de la société pour amener l’analysant à résoudre un problème qui est lui démultiplié au contact du social !
      Oui, il ne faut pas oublier que les problèmes sont avant tout... « psychosociaux » !
      Un bon psy, s’il en existait un, devrait pour se faire être sociologue avant tout -je précise : « dans l’âme » !
      Pour preuve de cette relation étroite entre trauma et société, les conduites anorexiques !... de plus en plus entrevues comme « dérives sociales » avant tout !... alors, sans ce rapport de la société avec la minceur au féminin, plus d’anorexie ?
      Un peu aussi comme ces manies de fuguer le long des routes qui avaient cours au début du 20 ème siècle !... puis qui ont disparu par la suite...
      Ou la mode du spleen chez les romantiques !
      En tout cas, merci pour cet article !


    • Gabriel Gabriel 14 août 2009 11:36

      Bonjour,

      Votre article est très intéressant. Mais ne sommes nous pas, à un instant ou l’autre de la vie, un résilient ? Où plutôt, l’état de résilient est-il permanent ? Personnellement, il me plait de penser que chacun fait du mieux qu’il peut, comme il le peut avec ce qu’il a. Beaucoup disent, et à juste titre, que la vie n’est pas une partie de plaisir. J’aurai tendance à croire que si pour la première partie de la définition. Je pense que la vie est un jeu, une partie où il n’y a ni gagnant ni perdant mais juste une règle, jouer cette partie du mieux que l’on peut jusqu’au bout ! Tous les grands humanistes nous ont répété plusieurs fois : »Le bonheur c’est les autres ». Notre problème c’est la mise en application de cette vérité dans une société qui prône la réussite individuelle. Je pense que notre conscience sait ce qui est bon ou mauvais, j’entends par là que l’on ne peut pas se mentir à soi-même, donc cela devrait guider notre attitude envers autrui. Et même si l’on pense être en phase avec l’autre, le pire n’est pas de percer à jour les mauvaises actions que l’on sait comme telles, mais celles que l’on a crue bonnes à instant et qui ne l’étaient pas. Pour finir je vous citerais Ernest Hemingway « Le monde est un endroit merveilleux et il faut tout faire pour le sauver » Je suis d’accord avec la deuxième citation.

      Merci de votre indulgence pour mes écarts grammaticaux.

      Cordialement


      • LilianeBourdin 14 août 2009 12:05

        Bonjour
        Comme je l’évoque dans le texte, je préfère réfléchir en terme de fonction, plutôt qu’en terme de structure. La résilience est un mouvement, qui permet à certaines personnes ayant vécu des traumatismes infantiles, de s’en sortir cependant d’une façon inespérée (inespérée pour ceux qui pensent que l’on ne peut échapper au déterminisme psychologique, ou que tout est joué avant six ans).
        Donc, ce processus peut concerner plus ou moins tout le monde. Chacun a eu des difficultés dans son enfance, des manques ou des blessures, des deuils, etc. Quand on parle des résilients on parle de ceux qui ont eu à vivre davantage de blessures que la moyenne des gens. Et il y a des personnes qui ont grandi dans des conditions effroyables.

        Sur la deuxième partie de votre commentaire, j’hésite un peu. Je ne pense pas que le bonheur, c’est les autres. Ni qu’on ne peut pas se mentir à soi-même : si, on se ment facilement à soi-même. Nous sommes tous tentés de nous renvoyer à nous-mêmes une image flatteuse. Bien sûr que, si l’on veut vraiment faire du bien à l’autre il convient de se débarrasser le plus possible de cette tendance. Mais ce n’était pas vraiment le propos de mon article, puisque, justement, les résilients altruistes font souvent partie de cette catégorie de personnes qui savent bien s’oublier pour réfléchir à l’intérêt collectif ou à l’intérêt d’autrui. Leur problème, souvent ignoré par eux, étant qu’ils ne savent pas accorder à leur propre personne une attention équivalente à celle qu’ils accordent à l’autre.

        Cependant, je pense qu’effectivement le bonheur passe, aussi, par la rencontre avec l’autre, le respect réciproque, l’échange authentique, le partage, le soutien, etc. Toutes ces valeurs mises à mal par les valeurs individualistes contemporaines qui peuvent être vues comme des encouragements qu’apporte la société à l’égoïsme, lequel n’a pas besoin d’elle pour se développer tout seul... Mais pas chez les personnes dont je parle dans ce texte.


      • Gabriel Gabriel 14 août 2009 13:30

        @ l’auteur

        Si, on se ment facilement à soi-même. Nous sommes tous tentés de nous renvoyer à nous-mêmes une image flatteuse. 

        Sur cette partie là on diverge. Si vous ne pensez pas que le bonheur c’est les autres pourquoi faites vous ce métier ? Se mentir à soi-même, comment faites vous ? Vous ne savez pas si ce que vous faites est bien ou mal ? Sans vous vouloir vous offenser, vous souffrez d’un dédoublement de la personnalité et vous devriez consulter un confrère. Ne prenez pas mal mes propos un peu appuyés, cela est fait avec humour.

        Cordialement


      • Bardamu 14 août 2009 21:08

        Ah ! les ailes du désir !
        Ici, celles d’une pensée qui -à tire d’aile donc !- vous rapprocherait de cet Autre en empruntant les voies célestes de l’humanisme.
        Mais je pense bien plus que l’Autre est un mythe, moi !... et l’humanisme quelque fumisterie !
        Aimer une poignée d’êtres est un bien suffisant, comme parfois épuisant !


      • Gabriel Gabriel 16 août 2009 09:26

        Cher Barbamu,

        La fumisterie c’est que la politique et la finance nous ont éloigné de l’humanisme. Aimer est épuisant, certes si vous vous laissez cannibaliser par les sentiments. Tous comme la pitié est destructive et sans valeur par rapport à la compassion. Peut-être q’une des solution est l’impermanence.

        Cordialement


      • Bardamu 16 août 2009 09:46

        Jolie réponse !
        Je m’incline.


      • Bardamu 16 août 2009 10:21

        Non, Gabriel !... je pense l’auteur de l’article plus compétente que ses confrères au contraire... puisqu’elle a la sincérité de s’avouer quelques vérités que bien d’autres rejettent -par DéNI !
        Et, tel positionnement ne peut être que profitable -à qui la consulte !
        Je suis « anti-psy », certes ! mais je devine chez elle un réel et naturel SENS de la psychologie plus que la revendication d’une posture apprise sur les bancs de la fac.

        Elle doit aussi beaucoup fonctionner à l’instinct.

        Sinon, il n’y a pas pire qu’un faux altruiste... bien plutôt alors, vrai tartufe !

        Le Bien revendiqué à cor et à cri est une vraie DICTATURE ! 
        Un peu ce que l’on nous prépare chez nous actuellement... « démocratie dictatoriale », « démocrature », « dictature molle » : on commence à repérer la chose infâme sous différents vocables !
        Car elle est si gentille la Carlita caritative, et Lui qui si « proche » de nous.

        Ces deux-là sont de bien mauvais parents, voyez-vous... pour un peuple se complaisant encore dans l’enfance.
        Qu’on entre tous en RéSILIENCE alors ! sublimons ! chassons ces deux traumas sur pattes ! ne soyons plus des morts vivants !
        Mais pas pour en aimer d’autres aussi désastreux, piégés de nouveau par l’altruisme... là, non ! ça suffit comme ça !


      • Bardamu 14 août 2009 12:57

        RéQUISITOIRE contre les PSYS.
         
        La psychanalyse est un NAUFRAGE !

        Vous ne pourrez vous en sortir qu’en luttant CONTRE elle !
        Et alors, finalement, affirmera-t-elle :
        « C’est bien !... lorsque l’analysant se met à détester l’analyste, LA guérison est proche ! »

        Et, si vous affirmez que, pour vous en sortir, vous avez dû réellement lutter CONTRE le Léviathan.
        ... que, constatant l’inefficacité de la piètre discipline, vous avez pris conscience que votre volonté seule pourrait vous sortir du pétrin ! que vous devriez tout mettre en oeuvre pour vous soustraire à SON emprise !

        Eh bien ! d’après les psys, feriez-vous alors un TRANSFERT, n’est-ce pas !... et, c’est tout !... projetteriez-vous votre ressentiment sur le thérapeute et sa thérapie !
        Ah, elle n’est pas belle l’arnaque !

        Ainsi, ne cherchez pas !... les psys ont réponse à tout, sauf au constat général de leur INCOMPéTENCE !
        Posez-leur d’ailleurs la question : « Quelle PMD (ou bipolaire, c’est selon !), quel schizo avez-vous guéri ?
        Et là... le grand silence !

        Ainsi, par curiosité me suis-je intéressé à pareil domaine !
        Je sentais bien qu’il y avait sous roche une belle anguille, un gros MENSONGE.
        Bardamu est ainsi, il se renseigne d’abord, et cause ensuite le garçon !

        Freud, pour exemple, a été joliment mythifié, le gaillard ! jusqu’à en devenir intouchable !Génial découvreur -avant tout, car pionnier !-, il ne pouvait qu’avoir raison d’une certaine façon : puisque rien encore ne s’opposait à ses si nouvelles théories !

        Car, à y regarder de près, en pratique il n’a commis que des erreurs... ou presque !
        SON »Homme aux loups«  : un superbe ratage, avec la régression massive du sujet à la clé !
        Son »Homme aux rats«  : bien mal menée sa psychanalyse, pour une  »petite« névrose obsessionnelle en fait... pas de quoi fouetter un chat avec ces rats !
        Le »petit Hans« , n’en parlons pas !

        Bref, notre pourtant génie préfigurait déjà, avant même les impostures et autres délires lacaniens, le naufrage de la discipline.
        En passant par les murmures de Bergeret, l’imaginaire d’Anzieu !

        Désormais, elle n’est plus qu’un des PILIERS du libéralisme, SON indispensable religiosité, notre matière à »soigner«  !

        Eh oui, les »c’est mon choix« et »tu le vaux bien« que sous-tend une telle politique se trouvent si bien encouragés par nos PSYS, n’est-ce pas ! 
        La politique du triomphe de l’EGO ne pouvait avoir meilleur alliée que la méthode thérapeutique... plaçant l’EGO au coeur de ses études !

        Il faut l’avouer : les Cyrulnik et autre Rufo sont à leur façon... des aigrefins !
        Cyrulnik, d’ailleurs appelé en renfort par Attali, lors du grand PLAN mis en place par ce dernier.
        Preuve supplémentaire d’une certaine collusion : »vous les appelez, ils rappliquent« .
        Ils sont souvent les premiers à se vouloir médiatisés !

        Cyrulnik qui a développé ce concept de résilience !... EN FAIT, un truc bien foireux qui déjà flanche.. vous avez par ailleurs le mérite d’en faire la démonstration, madame BOURDIN !
        Car, plus que des trous dans cette résilience, des gouffres, des abîmes !
        Oui, parti d’une évidence : »on peut par la volonté s’enrichir de nos malheurs !« , il n’a fait que broder le bonhomme... jusqu’aux pires contradictions... développer son fonds de commerce en quelque sorte ! 

        Oui, tout ce qu’a pu faire la psychanalyse finira par se contredire, s’annuler !
        Les PSYS iront tous officier dans la psychologie comportementale, le traitement des phobies, le coaching, le développement personnel...

        Tout ce soutien facile, pavlovien qui ne réclame pas de réel talent.
        Puis aussi : comment s’arrêter de fumer, de boire, de jouer... en bref, des dérives sociétales que, via le libéralisme, ils ont eux aussi... un peu encouragées !

        Ils ne pourront s’affirmer qu’en ce domaine évident qu’est celui du conditionnement, de la répétition !
         »On t’expose plusieurs fois à une phobie, par doses progressives...
        tu es toujours en vie, non ?...
        voilà, ce n’était pas si grave, mon garçon !« 

        Bref, du facile !
        Et puis, les neurosciences progressant, bientôt nous rendrons-nous à ce constat :
        la psychanalyse n’était qu’un MYTHE... mythe de la modernité -qui a servi a en enrichir certains, certes !

         »Wait and see« , avec les psys, on n’a pas fini de rigoler... comme avec le libéralisme.
        Rire jaune, certes !... le nombre de malades, non ou mal soignés, croissant de jour en jour ; les pétages de plomb se faisant désormais légion -à ce propos : que font les psys ?

        En attendant, pour en ajouter à la comédie humaine : »à quand une présidente de la République... PSY ?
        Ségolène a d’une certaine façon ouvert la voie, non ? 


        • Nicole 14 août 2009 14:16

          Votre article, vos commentaires m’ont émue. Je vous en remercie.

          J’ai un certain rejet de Cyrulnik, dont j’ai lu les premiers livres avant de le prendre pour un marchand de soupe faisant commerce de son concept. Ca m’a été un plaisir de lire Tisseron recadrer les choses à la suite de ce que j’ai vécu un gavage médiathique de Cyrulnik.

          Je voudrais vous faire un commentaire précis et nuancé, ce qui me demande beaucoup. Je fais partie de ces gens confrontés jeunes et longtemps à des violences massives. On me considère résiliente, et je me vis telle, du reste, j’aime profondément vivre, et je peux goûter de vivre dans des circonstances difficiles.

          Je partage bien des choses que vous avez écrites, et je trouve important de préciser que quantité de personnes confrontées aux séquelles d’une enfance traumatique rejettent Cyrulnik, et même violemment. Je pense par exemple aux groupes de « survivants de l’inceste » (Je déteste ce label). Ce rejet est lié, pour ce que je crois en comprendre, à des aspects décrits dans le Tisseron mis en lien. Si on ne s’en sort pas, si on a du mal à vivre, ce serait parce qu’on n’est pas résilient.

          Moi-même, je me définirais comme quelqu’un de plus atypique que la moyenne, du fait de la distorsion entre mes zones de force et « ce que je n’ai pas réussi à guérir ». Il y a des choses qu’on ne peut passer sous silence impunément, et en ce sens, témoigner plus personnellement ne me gêne pas, si ça peut apporter ne serait-ce qu’une ouverture à quelqu’un. Quand je parle de « passer sous silence », je veux dire qu’il y a des refoulements tout à fait réels oh combien difficiles à dépasser, et qu’un psy freudien peut abîmer de façon grave un patient qu’il n’entend pas. Si je prends mon exemple, une chose a marqué ma vie de façon indélébile. J’ai grandi (ma famille y était depuis deux ans avant ma naissance) dans un appartement sur un palier en comportant deux. En face, il y avait un vétéran des guerres d’Indochine et d’Algérie très traumatisé qui venait régulièrement taper à notre porte, et dire qu’il allait tous nous tuer. Nous avions peur. Les descentes de flics étaient régulières, mais en terme de soin, de soutien à cet homme et sa famille en difficulté, rien. Nous n’avions le droit de parler à personne. Je me souviens très bien que j’ai parlé à cet homme, et que la petite fille que j’étais a gardé une mémoire sensorielle très précise de cette extrême confusion qu’induit le fait de sentir la souffrance de cet autre que tout le monde rejette, dont j’avais peur, parfois très peur, et par rapport à qui je sentais qu’il y avait une injustice. Je dis bien c’est sensoriel. C’est quelque chose de tellement marqué chez moi que je le reconnais.

          Le 6/6/66, j’avais, ce qui n’est pas neutre pour moi 6 ans, 6 mois, 6 jours, il était un peu plus de 16h30, je revenais seule de l’école, et en poussant l’ascenseur, j’ai été prise à la gorge par l’odeur. J’ai eu la peur de ma vie, je me suis dit qu’on allait tous sauter. Il s’était suicidé, la tête dans le four.

          J’ai tout oublié du quotidien avant, et un long travail thérapeutique ne m’a pas aidée à retrouver la mémoire refoulée (j’ai très vite eu conscience du danger que fait porter à l’autre une violence non gérée).

          Mon analyste freudien, réputé une pointure, m’a littéralement massacrée. J’allais très mal, et la première fois qu’il m’a vue, sa question a été « comment avez-vous tenu ? ».

          Mais il ne voulait rien entendre de ce que cette mort avait occasionné en moi, et qui est illustré dans votre article. Je pensais, je crois que cet homme avait besoin d’aide, et je savais qu’il m’aimait bien.

          Mon analyste ne cessait de me triturer pour me faire me souvenir du désir qu’enfant j’avais éprouvé pour un père pas franchement désirable. Je n’exagère pas, ça frôlait le harcèlement, sans cesse il remettait le couvert, et quand je voulais partir, il y voyait une résistance. Le médecin familial qui m’avait envoyé à lui m’a garanti qu’il ne trouverait pas son équivalent à Paris.

          Lire Alice Miller m’a permis de lui faire un beau bras d’honneur en lui disant qu’il pouvait s’asseoir sur les 6000 francs que je lui devais, et de le remercier pour les années qu’il m’a fait perdre.

          J’ai 50 ans, bientôt. Je suis heureuse de ça : plus j’avance en âge, mieux je me connais et mieux je sais m’y prendre avec moi, accepter les côtés raides que cet évènement a inscrit en moi : je ne tolère pas la guerre. Je suis prête à laisser ma peau si je peux faire quelque chose pour influer de sorte que d’une façon ou d’une autre, elles diminuent. Cet article, évidemment ne me laisse pas indifférente :

          http://www.alternet.org/story/140828/

          Ce que je veux dire c’est que les séquelles sont indéniables, et que tout se joue dans le rapport que l’on établit avec la part de soi qui les contient. Vous lire m’a instantanément mis les larmes aux yeux, alors que je me suis levée joyeuse, et que je vous ai lue après avoir dansé en musique.

          Je dois aussi faire avec mes côtés raides, un non négociable plus étendu que d’autres : me taire quand il y a eu Gaza était impossible. J’ai sollicité tous les parlementaires français du Parlement Européen par mel joint que j’ai posté sur mon blog.

          Cela étant, j’ai eu besoin d’aller demander à la mairie un acte de décès de cet homme, passés 40 ans, parce que je ne me souvenais que de ma main sur la porte de l’ascenseur, l’odeur, ma terreur, l’urgence de frapper, prévenir ma mère. Rien d’autre ni saison ni année, et personne de ma famille ne se souvenait.

          Je vous avais écrit autre chose dont je ne me souviens pas. Je suis abonnée aux copies de post dans le bloc-note parce qu’il n’est pas rare que mes messages ne passent pas. Celui-ci a été perdu, et j’ai oublié ce que je n’avais pas copié.


          • Nicole 14 août 2009 16:29

            J’ai retrouvé ce qui m’avait échappé. Un des points que je trouve très intéressants chez Alice Miller, c’est la notion de témoin secourable. Elle explique bien des choses. Je n’en ai pas eu dans la mesure où j’ai subi des traumas graves dont personne ne m’a protégée, et que par exemple, par rapport àce suicide, àpeine le corps enlevé, le silence est retombé. C’est devenu tabou. En face, un repaire de drogués où l’on dealait, ce qui se comprend tout de même facilement, vu ce que les enfants avaient subi. Mais, et ça c’est amusant, parce qu’après la vie nous a séparés, j’ai puisé une grande force dans la profonde tendresse que mon grand frère avait pour moi, dans sa drôlerie. Un jour, je suis tombée sur une photo de nous deux, enfants, et l’intensité du regard que nous échangeons dessus m’a confirmée dans la justesse de ma mémoire. Je me suis nourrie de cette photo que je regardais dans les moments où je flanchais.

            Autre point que je trouve important au plan thérapeutique. Je trouve hallucinant d’entendre, et c’est fréquent, en groupe de thérapie, dire que la souffrance ne se pèse pas. C’est àmes yeux d’une extrême violence. L’enfant maltraité est seul, et c’est sa personne qui est attaquée, ni un groupe, ni une communauté. Lui, dans son individualité sans qu’on lui donne jamais accès àce qui lui est reproché.

            J’ai vécu jusqu’àl’excès de m’occuper des autres, de me faire passer derrière. Jusqu’au bord de lâcher. Je connais très bien ce que vous décrivez (le sens unique, l’absence de reconnaissance, ou même de manifestation de ce que vous pouvez avoir des besoins, que l’autre le sente et manifeste le prendre en compte). Puis quand le fardeau devient trop lourd, le besoin de se plaindre se fait sentir, et là, vous avez droit au couplet sur la plainte "c’est pas bon, ça, c’est de la mollesse"...et patati et patata. Quand vous n’en pouvez plus et énoncez que vous trouvez une injustice monumentale àvotre situation, le couperet tombe « la souffrance ne se pèse pas ! » Sauf qu’en ce qui me concerne, j’ai une infinie compassion pour les enfants de Gaza, et je n’aurais jamais l’impudeur d’aller comparer ma souffrance àla leur. Je n’ai pas connu les bombes, ni le phosphore blanc.

            Dernier point, j’apprécie beaucoup votre ton, et je trouve la psy nécessaire. Néanmoins quantité de vos confrères me semblent graves. J’ai longuement échangé avec Isabelle Aubry la Présidente française de la branche française de l’association internationale des victimes d’inceste, et il faut bien reconnaître que les anecdotes fusent comme un défoulement au refus d’entendre de prétendus spécialistes, victimologues et autres « vus àla télé » où ils vendaient leur soupe, toute autre que celle bien moins comestible présentée en cabinet.

            Il y aussi des emprises très gênantes au plan déontologique par exemple en EMDR, qui évidemment portent tort àla profession. J’ai commencé un master de psy (en pause actuellement) et il faut bien reconnaître que ce qu’on voit en tant que stagiaire pose parfois question.

            Voilà : quand mon message ne plante pas, il apparaît comme ça, de temps à autre, seulement sur ce site, dès la prévisualisation. Je recopie sans accent.

            J’ai retrouve ce qui m’avait echappe. Un des points que je trouve tres interessants chez Alice Miller, c’est la notion de temoin secourable. Elle explique bien des choses. Je n’en ai pas eu dans la mesure ou j’ai subi des traumas graves dont personne ne m’a protegee, et que par exemple, par rapport a ce suicide, a peine le corps enleve, le silence est retombe. C’est devenu tabou. En face, un repaire de drogues ou l’on dealait, ce qui se comprend tout de meme facilement, vu ce que les enfants avaient subi. Mais, et ca c’est amusant, parce qu’apres la vie nous a separes, j’ai puise une grande force dans la profonde tendresse que mon grand frere avait pour moi, dans sa drolerie. Un jour, je suis tombee sur une photo de nous deux, enfants, et l’intensite du regard que nous echangeons dessus m’a confirmee dans la justesse de ma memoire. Je me suis nourrie de cette photo que je regardais dans les moments ou je flanchais.

            Autre point que je trouve important au plan therapeutique. Je trouve hallucinant d’entendre, et c’est frequent, en groupe de therapie, dire que la souffrance ne se pese pas. C’est a mes yeux d’une extreme violence. L’enfant maltraite est seul, et c’est sa personne qui est attaquee, ni un groupe, ni une communaute. Lui, dans son individualite sans qu’on lui donne jamais acces a ce qui lui est reproche. Le deces d’un, voire d’eux parents sera toujours different d’une negation de l’enfant par des maltraitances.

            Ensuite, par rapport a la plainte : J’ai vecu jusqu’a l’exces de m’occuper des autres, de me faire passer derriere. Jusqu’au bord de lacher. Je connais tres bien ce que vous decrivez (le sens unique, l’absence de reconnaissance, ou meme de manifestation de ce que vous pouvez avoir des besoins, que l’autre le sente et manifeste le prendre en compte). Puis quand le fardeau devient trop lourd, le besoin de se plaindre se fait sentir, et la, vous avez droit au couplet sur la plainte "c’est pas bon, ca, c’est de la mollesse"...et patati et patata. Quand vous n’en pouvez plus et enoncez que vous trouvez une injustice monumentale a votre situation, le couperet tombe « la souffrance ne se pese pas ! » Sauf qu’en ce qui me concerne, j’ai une infinie compassion pour les enfants de Gaza, et je n’aurais jamais l’impudeur d’aller comparer ma souffrance a la leur. Je n’ai pas connu les bombes, ni le phosphore blanc.

            Dernier point, j’apprecie beaucoup votre ton, et je trouve la psy necessaire. Neanmoins quantite de vos confreres me semblent graves. J’ai longuement echange avec Isabelle Aubry la Presidente de la branche francaise de l’association internationale des victimes d’inceste, et il faut bien reconnaitre que les anecdotes fusent comme un defoulement au refus d’entendre de pretendus specialistes, victimologues et autres « vus a la tele » ou ils vendaient leur soupe, toute autre que celle bien moins comestible presentee en cabinet.

            Il y aussi des emprises tres genantes au plan deontologique par exemple en EMDR, qui evidemment portent tort a la profession. J’ai commence un master de psy clinique(en pause actuellement) et il faut bien reconnaitre que ce qu’on voit en tant que stagiaire pose parfois question.


          • LilianeBourdin 14 août 2009 17:12

            Bonjour et merci beaucoup de votre témoignage et de vos réflexions.
            Beaucoup de choses me viennent en vous lisant. Je vais essayer de les dire succintement.

            D’abord je trouve que votre texte traduit bien la difficulté à exprimer ce qu’on a vécu, quand on a subi un traumatisme. Vous parlez d’odeurs, de sensations. Et effectivement, le traumatisme se caractérise par un afflux d’événements affectifs qui parviennent au psychisme alors que celui-ci n’est pas en mesure de les gérer. Il s’ensuit un débordement des capacités d’intégration de celui-ci, et ce que l’on appelle une « carence de la représentation ». Un traumatisme est souvent irreprésentable, et donc, intraduisible. Comme une des façons de réagir à ce débordement d’affects désagréables, c’est le clivage psychique, donc la mise hors-circuit d’un certain nombre d’informations, on comprend que ce n’est pas facile de parler de ce que l’on a vécu.
            De plus, bien sûr, vient la question de comment l’énoncé du traumatisme est reçu par l’entourage ou par les professionnels. Et là, votre expérience traduit bien ce qui arrive malheureusement parfois, c’est-à-dire que le traumatisme est nié, avec souvent pour conséquence une culpabilisation accrue de la victime, qui se met à culpabiliser de sa souffrance.
            Il y a des psys, ou des soignants en général, de toutes formations, qui n’entendent qu’avec une seule grille de compréhension. Cela peut avoir des conséquences néfastes. Que cette grille soit le complexe d’Oedipe universel ou autre chose, ne change rien à la question que ce qui est important c’est d’être entendu et compris.

            Sur les limites et les dangers du concept de résilience, je rajoute ce lien à propos du livre de Serge Tisseron, qui détaille un peu plus le contenu du livre : http://www.nonfiction.fr/article-293-resilience_attention_dangers_.htm

            A propos du « témoin secourable » , je pense au « tuteur de résilience » de Cyrulnik. Il me semble qu’il est important de rencontrer au moins un exemple de relation positive riche et vivante dans son enfance, pour pouvoir s’aider soi-même à sortir de l’enfer.

            L’aide que l’on a envie d’apporter à celui qui est à l’origine du traumatisme : on le retrouve aussi dans le syndrôme de Stockholm : http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Stockholm

            L’emprise dans la relation d’aide est un risque majeur dont il faut être conscient et se protéger.

            Et par rapport au fait que la souffrance ne se « pèserait pas » ( ce qui est une formule que je ne connaissais pas ) je préciserais que ce qui a fait du tort à la question du traumatisme, et donc aux anciens traumatisés, c’est quand Freud a énoncé qu’il avait « abandonné sa neurotica ». Il a, à ce moment-là, cessé de penser que les jeunes filles de Vienne qu’il recevait étaient victimes de traumatismes d’enfance, mais qu’elles étaient victimes des phantasmes qu’elles construisaient sur leur enfance. A partir de là, un courant de la psychanalyse a commencé de considérer que vivre un traumatisme ou l’inventer avait la même fonction dans l’économie psychique, que ce qui comptait ce n’était pas la réalité vécue, mais la « réalité psychique » ; ce avec quoi d’autres psys ne sont pas d’accord du tout, ce qui est mon cas. Là, je simplifie à l’extrême une question complexe, mais cela me semble important. Aller voir un psy qui ne « croit pas au traumatisme » quand on a été soi-même traumatisé fait courir le risque de, au mieux, ne pas être entendu.

            Tout en regettant de ne pouvoir détailler davantage, je vous remercie beaucoup de vos interventions.


          • Nicole 15 août 2009 12:53

            J’ai envie par rapport à ça de vous rapporter une situation vécue, de la façon la plus juste qui me soit accessible ; j’ai fait de la danse thérapie avec une remarquable danse thérapeute. Avant, j’ai pratiqué différentes approches corporelles, ce qui fait que plus d’une personne me pointaient que j’étais très bien dans mon corps, ce qui n’est pas faux. La façon dont la séance se déroulait était un temps de parole en groupe autour de la semaine écoulée, puis relaxation, puis danse, souvent improvisée mais à partir de consignes précises, conclusion sur un partage par rapport à la séance. L’intérêt évident que je trouve à cette approche, c’est qu’elle est très différente de l’expérience de quelque aute danse que ce soit, en étant bien plus dans le registre de la créativité, et en partant de l’acceptation de s’exposer au regard d’autres dans un contexte propice à déclencher des émotions. Il y a des solos, des duos, des danses de groupe. Je trouve ça infiniment riche. J’avais de bonnes relations avec le groupe, c’était très sympa. Et ça se passait à un moment où j’étais assez violemment harcelée ce que j’énonçais avec une colère certaine. J’avais des preuves matérielles de ce harcèlement, ce n’était pas du tout une manifestation de parano. Et là, alors que cette danse thérapeute était particulièrement fine dans ses interventions, par rapport à ma colère tout à fait actuelle et légitime, elle me renvoyait sans cesse à mon histoire, disant que l’origine de ma colère (largement travaillée) était ancienne. Puis évoquant mon côté colérique. Elle était très accro à « la souffrance ne se pèse pas », ce qui m’agaçait particulièrement, même si ça remonte à un an, donc à une période où je me sens plutôt dégagée de mon enfance. En tout cas plus sous son emprise.

            Il s’est produit une situation que j’ai trouvée sidérante et non déontologique. Deux nouvelles personnes ont rejoint le groupe, et j’avais de bonnes relations avec elles. La dernière séance avant l’été, j’ai appris incidemment qu’elles avaient été amenées au groupe par une personne qui en faisait déjà partie, je crois bien la seule avec qui mes relations, sans être désagréables, n’étaient pas non plus agréables. Ca n’avait pas été énoncé dans le groupe, dont la règle de fonctionnement était que ne viennent dans ce groupe (il y en avait un autre) que des personnes qui ne se connaissent pas au préalable.

            A la séance de rentrée, j’étais bien, ce que j’ai énoncé dans le temps de parole. La séance a été très riche, mais la personne qui avait introduit les deux récemment venues (dont une seule était présente) a refusé de participer, manifestant un retrait net, et, ce qui ne s’était jamais produit, l’animatrice l’a laissée en retrait.

            En fin de séance, on commente, et chacun avait apprécié cette séance, donc je l’énonce à ma façon, comme les autres. Puis la thérapeute donne la parole à la femme qui était en retrait, et celle-ci me prend à partie avec une violence insensée, disant que j’introduis une agressivité qui l’agresse dans le groupe et qu’elle veut l’avis des autres, savoir si elle est seule à penser ça. Personne ne l’a suivie. Mais l’animatrice l’a laissée m’agresser d’une façon que je trouve grave. J’ai arrêté là. En y repensant, dans le début de la séance, une personne avait évoqué une souffrance importante et la réponse de l’animatrice m’avait choquée, toujours dans son registre « la souffrance ne se pèse pas » ; j’avais vécu ça comme un refus d’entendre, et j’avais dit très calmement que je n’étais pas d’accord, que ce qui venait d’être énoncé était particulièrement lourd.

            J’ai eu des contacts avec des personnes du groupe malgré mon interruption, et j’ai donc su que l’animatrice avait de la toussaint à janvier pris un arrêt de maladie, annoncé juste une semaine avant qu’il soit effectif.

            Les questions que m’a posées ce contexte sont très liées au fait que pendant le temps où le groupe se déroulait j’intéragissais sur des forums sur le 9/11 ; il m’arrivait de l’évoquer dans le groupe, ce qui provoquait une fermeture certaine de sa part. Quand j’ai pris du recul, j’ai envisagé que cette personne soit d’origine juive, question que je ne me pose jamais, mais son patronyme l’est. Et la profession comporte une proportion importante de personnes juives. (je finis par ne plus savoir quelle appellation donner pour ne pas être qualifiée d’antisémite), et je me suis dit que le rapport à la Shoah comme souffrance maximale tellement entretenu chez eux pouvait être à l’origine de son refrain « la souffrance ne se pèse pas ».

            Pour moi, c’est très dommage, je visais le DU de danse thérapie puisque ces approches me semblent particulièrement justes, et là, je suis grillée (enfin, il y a d’autres formations), mais je suis restée avec ces questions, avec « qu’est-ce qui empêche certaines personnes d’entendre qu’on n’est pas à égalité quant aux épreuves contenues dans notre lot de naissance (je ne suis pas du tout la seule à avoir eu drot au couple »la souffrance ne se pèse pas") ?


          • Bardamu 15 août 2009 21:26

            @Nicole
            Je me prends à vous lire, chère Nicole !...
            Bon, c’est vrai, loin de ma petite famille -femme, enfants - pour deux mois ; seul en un territoire quasi désert, je m’ennuie parfois assez ferme, ce forum constituant donc mon principal divertissement... avec l’alcool (hips) !
            Mais, il est un fait que vos mots m’accrochent !
            Je pense que vous gagneriez à écrire... je dis cela, et je n’aime pourtant guère conseiller, m’imiscer dans la vie des gens.
            Pour cette femme danseuse thérapeute, votre analyse quant à l’influence de la judéité sur sa valeur accordée à la souffrance me semble très fine.
            Quant à « l’autre hystérique » qui s’est mise en retrait pour ensuite mieux vous agresser, elle devait développer moult dénis dans sa vie... sa personnalité devait reposer sur ça même !
            Ainsi, avec votre implication dans les évènements du 11 SEPTEMBRE, l’auriez-vous empêchée de dénier plus en avant !... oh, elle n’a pas apprécié la vilaine !
            Oui, c’est incroyable le nombre de gens se refusant aux vérités les plus élémentaires.
            Ils pensent et... pfft ! l’instant d’après, ils rejettent, mettent de côté...
            Dans une conversation, pour qui sait être observateur, cela se lit sur leur visage, le fait de repousser une idée encombrante !... et de passer à autre chose.
            Oui, décidément, quel bourrin que notre humain !


          • Nicole 16 août 2009 11:35

            Coucou Bardamu, et merci, mais que donc êtes-vous allé faire dans ce désert ? Pas âme qui vive, comme dans les vieux westerns, mais une connexion internet !

            Cela étant, c’est vrai que toutes ces choses ne sont pas simples, et par rapport aux expressions faciales, je crois qu’on peut aussi les sentir sur son propre visage quand quelque chose nous met mal à l’aise pour une raison ou pour une autre. Ce qui fait la différence, c’est ce qu’on choisit de faire de ce malaise. Le dénier ou l’observer et écouter ce qu’il nous dit de nous et de notre rapport au monde.


          • crazycaze 14 août 2009 14:35

            Un article intéressant sur les problèmes rencontrés par des individus qualifiés de « résilients ». Mais le problème est que ce concept est moins attaché à la personne qu’à une constellation particulière d’opportunités et de dispositions. En conséquence, on peut se demander : quel pourcentage d’individus ayant dépassé des traumas ou confrontés à des contextes familiaux à risque connaissent ces problèmes psychologiques à l’âge adulte, ce pourcentage est-il différens par rapport à une population d’individus « non résilients », ce qui permettrait d’inférer qu’effectivement les enfants résilients sont plus ou moins à risque pour ce type de problèmes. 

            Par ailleurs, ce concept a été repris par Cyrulnik, mais est un concept né aux tout début des années 80 aux USA (je crois que c’est Suzanne Harter qui l’évoque la première). Bien que l’objectif a été dans un premier temps de rechercher les qualités intrinsèques de l’individu résilient, la conception actuelle de la résilience est effectivement dans l’opportunité d’un étayage socio-affectif avec un partenaire régulier dans l’environnement habituel.

            @ Bardamu : Je suis en grande partie d’accord avec votre critique à l’égard de la psychanalyse, mais Cyrulnik, même s’il est un peu cabot et surfe davantage sur la vague médiatique pour vendre ses bouquins qu’il ne contribue à faire avancer les connaissances en psychologie, n’a pas le même discours qu’un Marcel Rufo, un Aldo Naouri ou un Jacques Salomé qui profèrent des absurdités sans nom qu’ils assènent du haut de leur piédestal complètement surfait. Je doute que ces personnes aient une seule fois dans leur vie lu « Child Development » ou « Developmental Psychology », qui sont pourtant les revues scientifiques incontournables dans lesquelles sont publiées les études « rigoureuses » (globalement) sur le développement psychologique de l’enfant.

            Oui la psychanalyse est en très grande partie une escroquerie, oui Freud a menti, triché, et ses idées n’étaient pas si novatrices que ça, mais bien dans l’air du temps. Notamment, il s’est inspiré des conceptions de Franz Brentano dont il suivra ses cours à Vienne prendant trois ans pour développer sa théorie des trois instances de la personnalité. Oui la psychanalyse est une religion, car elle repose sur des théories fumeuses que l’on ne peut mettre à l’épreuve, et qui, lorsqu’elles sont confrontées aux faits, sont largement contredites par la psychologie du développement contemporaine, notamment le Complexe d’Oedipe (voir Roos et aL ).

            Faut pas jeter tous les psys tout de même, mais en France, un des derniers bastions de la psychanalyse avec l’Argentine et le Portugal, il faudra un peu plus de temps pour qu’une approche plus scientifique de la psychologie puisse se faire entendre, tant la psychologie française est tenue par les sectes freudiennes, neo-freudiennes et lacaniennes. Le tout neuroscience ne résoudra rien, malheureusement... on revient aux mêmes écueils des grandes controverses du 19eme (remarquez, c’est cohérent avec ce qui se passe au niveau du salariat !!...).

            Seule une approche holistique, systémique, cohérente avec les théories du chaos, héritière de la pensée de James Mark Baldwin, Pierre Janet, Lev Vygotsky, et en filiation directe de James J. Gibson et Urie Bronfenbrenner me semble crédible pour une compréhension du fait psychologique.



            • Bardamu 14 août 2009 16:34

              EXCELLENT commentaire que le vôtre !
              Les arguments les meilleurs que j’ai pu lire à propos de cette discipline ont toujours été énoncés par des gens qui s’en méfiaient, n’y croyaient guère !

              C’est un fait : le psychisme est une chose bien trop sérieuse... pour l’abandonner aux mains des psys, non ?

              J’évoque ici des neurosciences qui finiront par triompher de la psychanalyse, mais sans pour autant les approuver... loin de là !
              De fait, leur « victoire » ne fera que souligner les manquements de cette dernière.

              L’arrivée des petites « pilules du bonheur » -ce soma du « Meilleur des mondes d’Huxley »-, ne résoudra pas pour autant le problème... les problèmes de leurs désormais consommateurs.

              Il est d’ailleurs bien impossible de voir ses tourments chassés grâce à l’absorption de quelque substance... sauf à provoquer un état semi comateux... une survie sans souffrances, mais... une survie !
              Donc, neurosciences et psys même combat : la facilité et une efficacité toute relative ! 


            • Nicole 14 août 2009 17:47

              Bardamu,

              Il a écrit qu’il ne fallait pas jeter tous les psys ! ;o)
              On a là un auteur qui montre une belle sensibilité, et une maturité évidente. Qui exerce.

              Je vous dirais une chose qui m’a marquée ; je crois beaucoup au travail du corps, tout simplement parce que la mémoire est dans le corps.

              J’ai été stagiaire au CNRS dans un labo qui étudiait notamment les jeux vidéos comme méthode de soins. Pas de transfert, là. C’était à la Salpétrière, donc très branché neurosciences. Pour accompagner les patients, je tenais à faire l’expérience moi-même, et donc j’ai fait ces jeux où vous êtes face au mur sur lequel est projetée une scène dans laquelle se produisent différentes choses selon le jeu. L’un d’eux m’a marquée au point qu’il y a peu, je me suis fait reprendre, comme j’en parlais ;j’avais dit « la mémoire, je l’ai dans le corps ». Je parlais de la mémoire de la défense, de la réception d’une agression. Le jeu qui m’a marquée, donc, est un jeu où des 4 angles viennent des assiettes que vous devez intercepter en bougeant promptement (vous êtes sur un tapis qui capte vos mouvements, et par ailleurs si vos mains interceptent bien les assiettes, vous gagnez. Ca n’a l’air de rien (c’est en fait assez difficile et stimulant, ça donne envie de réussir), mais ça m’a marquée, plus tard, je me suis rendue compte que je ne me sentais pas agressée par des agressions, je les observais, répondais.

              Ce que je veux dire, c’est que je suis contre les médocs, plutôt branchée huiles essentielles. Mais les neurosciences m’ont appris, et par rapport à cette expérience, ce que je savais m’a aidée à mieux m’y impliquer, et l’intégrer.

              Cela étant, il y a des jeux où je me sentais très gauche (il y en a de très durs, avec des miroirs, où il faut très vite capter que l’angle a changé, puisqu’il y a interaction constante entre ce qui est projeté et vos réactions) et il y avait un patient dit schizophrène (en fait, il ne me parlait pas du tout), et d’une habileté sidérante. Il prenait plaisir aux jeux, et était vraiment très pertinent dans ses réactions. Tout ça pose question. J’ai appris de la lecture de « Spinoza avait raison » (notamment les travaux d’Agid) -l’émotion est prédée par une réaction physiologique qui donc est première- et du « cerveau des émotions ».

              Conclusion : je pense qu’il faut développer la connaissance du psychisme, y compris au plan neurologique, et le travail du corps qui me semble fondamental.

              Par ailleurs un psy ne peut être bon qu’à la hauteur du travail qu’il a effectué sur lui, et il y a trop de psy qui n’en font pas. Là aussi, Alice Miller est très juste dans son analyse.


            • Philou017 Philou017 14 août 2009 18:57

              Intéressant débat. Permettez-moi de m’y joindre.

              Bardamus : "Freud, pour exemple, a été joliment mythifié, le gaillard ! jusqu’à en devenir intouchable !Génial découvreur -avant tout, car pionnier !-, il ne pouvait qu’avoir raison d’une certaine façon : puisque rien encore ne s’opposait à ses si nouvelles théories.
              Car, à y regarder de près, en pratique il n’a commis que des erreurs... ou presque !« 

              Freud a eu l’mmense mérite d’apres moi d’établir qu’un problème psychologique était relié à des expériences anciennes notamment des traumatismes. Apres il a pu faire des erreurs, mais c’était un précurseur.

               »Cyrulnik qui a développé ce concept de résilience !... EN FAIT, un truc bien foireux qui déjà flanche.. vous avez par ailleurs le mérite d’en faire la démonstration, madame BOURDIN !« 

              Je ne trouve pas. La résilience est ce qui peut se faire de mieux avec la science psychologique actuelle, du moins celle oficielle. Elle a evidemment des limites importantes. Il faut savoir que la psychanalyse (que j’emploie en tant que terme générique des thérapies classiques couramment utilisées) sert surtout à accepter ses problemes, à les identifier, à les gerer. Elle permet aussi de réduire les symptomes et la difficulté, mais permet assez peu souvent la guérison. Cela tient aux limites de la science psychologique actuelle qui est dogmatique et peu ouverte aux recherches extérieures et aux idées nouvelles.. Il y aurait bcp à dire là-dessus.
              Néanmoins elle peut être assez efficace dans bcp de cas.

              Crazycase »Cyrulnik, même s’il est un peu cabot et surfe davantage sur la vague médiatique pour vendre ses bouquins qu’il ne contribue à faire avancer les connaissances en psychologie« 
              Je ne crois pas que ce soit son rôle de faire avancer la psychologie. Il est tres pédagogue, clair et est un excellent vulgarisateur, tout en avançant un discours intelligent. Tellement mieux que certains olibrius diplomés reconnus qu’on entend parfois proférer les pires conneries à la télé ou sur les radios.

               »Oui la psychanalyse est une religion, car elle repose sur des théories fumeuses que l’on ne peut mettre à l’épreuve, et qui, lorsqu’elles sont confrontées aux faits, sont largement contredites par la psychologie du développement« 
              Comme vous dites, c’est une religion, qui repose souent sur des théories contestables et non vérifiées. Ca vient en partie de la fermeture du milieu médical à l’extérieur et et de sa tendance au dogmatisme. Le mode de recrutement des psychiatres par exemple est aussi parfaitement contestable.
              Beaucoup de psy n’ont pas compris que le plus important qu’ils apprennent est en écoutant leurs patients.

               »tant la psychologie française est tenue par les sectes freudiennes, neo-freudiennes et lacaniennes. Le tout neuroscience ne résoudra rien, malheureusement...« 

              Si vous parlez de la tendance au tout médicament en parlant de neuroscience, je trouve que c’est un probleme dramatique en comparaison de certaines dérives sectaires ,que vous évoquez. Dans les hopitaux psy, on bourre les gens de médocs, en négligeant souvent toute
              autre approche thérapeutique.
              Catastrophique, comme l’a rapporté Sandrine Bonnaire avec l’histoire de sa soeur.
              Ces méthodes, appelées à soigner ce qui est souvent appelé »troubles de l’humeur« nous ramenent 70 ans en arriere.

              Nicole :
               »Conclusion : je pense qu’il faut développer la connaissance du psychisme, y compris au plan neurologique, et le travail du corps qui me semble fondamental."
              Tout à fait. Le travail psychologique devrait aussi passer par le travail sur le corps.
              Mais je ne pense pas qu’l y ait de méthode supérieure à une autre. C’est souvent la qualité du thérapeute qui fait la différence.


            • Bardamu 14 août 2009 21:45

              @Nicole :

              Mes conclusions :
              -mieux vaut un cerveau riche de multiples perceptions, mais qui, sous ce flux intense, peine parfois à les répérer -ici, votre exemple de ce schizophrène ne pouvant les maîtriser que par un subterfuge ludique -, que celui obtus d’un « intellectuel » s’obligeant à ressasser les mêmes idées !
              Ainsi, sans nul doute appartenez-vous à la première et foisonnante catégorie !

              -rien ne vaut la volonté !
              -s’en sortir, c’est toujours s’en sortir « contre » les autres.
              Seulement progressivement pourra-t-on s’en rapprocher.
              A cette fin, la « haine » n’est pas un sentiment à négliger, car il s’agit bien là d’une rage de vaincre !
              -beaucoup ont toujours besoin de se raccrocher à quelque chose -pour vous, un psy moins mauvais que les autres !
              Le jour où vous pourrez vous débarrasser de cette canne -cet autre indispensable- assurant votre marche, ce jour là vous serez « guérie ».
              -un homme fort est celui qui, ne croyant en rien, peut dès lors croire en tout !... car il n’est pas de monde plus vrai que celui que l’on se crée !


            • Bardamu 14 août 2009 21:59

              @Philou :
              Un forum étonnamment riche d’idées que celui-ci !
              Car vous avez raison, la résilience demeure la meilleure part du gâteau psychanalytique.

              Mais, là où il y a fumisterie de taille -c’est le terme que j’ai employé précédemment-, c’est de faire croire qu’elle devrait s’accomplir par et en l’« Autre » notre résilience !... VIA une espèce de repentance, de projection au moins -« mon passé au prix de l’amour du prochain ! »

              -« Ainsi, me réaliserais-je en aidant mon voisin ? oublierais-je mes traumas en m’occupant des siens ?
              -Il y a du devoir chrétien là-dessous !
              -Non, le jour où tu iras mieux pépère est celui où tu ne verras l’ »Autre« -ce grand Autre déifié par la modernité... que comme un autre quelconque, aimable ou non, et ce sera selon ! »


            • Philou017 Philou017 14 août 2009 23:54

              Mais, là où il y a fumisterie de taille -c’est le terme que j’ai employé précédemment-, c’est de faire croire qu’elle devrait s’accomplir par et en l’« Autre » notre résilience !... VIA une espèce de repentance, de projection au moins -« mon passé au prix de l’amour du prochain ! »

              Je ne pense pas qu’il s’agisse de repentance. Il s’agit de dépasser une souffrance qui nous bloque. Je dirais que cela passe par trois phases : l’acceptation, la compréhension, le dépassement. Cela passe aussi par le pardon. Il est inutile de se bloquer sur un ressentiment envers ceux qui nous ont fait souffrir, car cela nous empêche d’avancer. La résilience est ce processus qui nous fait avancer vers le dépassement, c’est à dire l’intégration positive d’une expérience difficile.

              Sans vouloir parler à la place de Mme Bourdin, je ne crois pas qu’elle ait voulu dire que des choses devaient être compensées par l’amour du prochain. Elle dit plutôt que des gens ayant été confrontés avec des souffrances étant jeunes sont plus sensibles et plus à l’écoute des problèmes d’autrui, car ils ont cette expérience.

              -Non, le jour où tu iras mieux pépère est celui où tu ne verras l’ »Autre« -ce grand Autre déifié par la modernité... que comme un autre quelconque, aimable ou non, et ce sera selon ! »

              Dépasser la peur des autres, c’est dépasser la peur de soi-même. Nous ne sommes blessés que parce qu’il y a en nous un terrain qui est suceptible de l’être, je veux dire profondément.


            • LilianeBourdin 15 août 2009 00:35

              @Bardamu et Philou017
              Effectivement, je ne pense pas qu’il faut devenir altruiste ou humaniste pour dépasser ses traumatismes. Ce serait un peu comme la double-peine : une souffrance et ensuite une obligation de générosité. Mais c’est un peu ce qui était (qui est encore ?) demandé aux victimes : « il faut pardonner ». Pour moi, il me semble que l’on ne peut accorder un pardon que s’il est authentiquement demandé par celui qui a fait la faute.
              Quant au choix de l’humanisme, c’est un choix personnel. J’ai juste parlé des cas où il peut éventuellement revêtir un aspect de contrainte, quand un des éléments ayant présidé à son développement, est la résilience et le dépassement de sa propre souffrance dans le surinvestissement de l’éventuelle souffrance de l’autre.


            • Bardamu 15 août 2009 08:02


              @Liliane et Philou :

              -Liliane :
              Finalement nous rejoignons-nous sur quelques points.
              Vous avez le mérite d’entrevoir ce mouvement inconscient -d’inspiration judéo-chrétienne ?- qui oriente nos psys dans leur positionnement quant à la résilience.
              Oui, cette « double peine » infligée au malade qui, après s’être occupé de parents immatures -fréquemment chez le patient dit « état-limite »- trouverait, selon certains de nos analystes, le salut en une aide portée à son prochain.
              Alors, se dit-on : mais quand aura-t-il enfin la paix intérieure notre bonhomme ?
              Toujours les mêmes qui trinquent !
              Celui au narcissisme bien étayé récoltera toujours des gratifications -Bhl, Dombasles, Bruni (je cite pour plaisanter !)-, et l’autre devra toujours lutter en vue d’une hypothétique reconnaissance.
              Syndrome de Stockholm par deux fois vérifié donc : premièrement, en des parents geôliers, et ensuite... les autres en la société !
              Pour connaître ainsi les erreurs qu’ils font, les psys devraient pour cela tout d’abord en avoir conscience : or, nos soignants avec leur cortège de faiblesses -de lâchetés !- sont bien comme tous les autres... dans le déni !
              Alors, vous diraient-ils ensuite :
              -« mais non, je ne pousse personne à aimer autrui »
              La psychanalyse est, c’est certain, une religiosité... avec sa liturgie : deuil, pardon et renaissance (ici résilience)... jusqu’à sa Marie-Madeleine officiant sur les ondes -Brigitte Lahaie !-, pècheresse -naguère, catin !- repentie, et qui vouerait désormais sa vie aux autres -quelle belle arnaque ! quelle jolie comédie humaine ! chacun courant après son gourou.
              Et, grand Dieu, sortir ainsi d’une erreur de jugement -la religion via ses Eglises-, pour retrouver les mêmes errements -en la psychanalyse !... l’homme, pour se faire, n’est-il pas un sacré bourrin, tout de même ?
              Salut !... vous semblez, c’est certain, meilleure que nombre de vos confrères.
              Je conclus en disant : « le psy est la pire chose qui puisse vous arriver... après le trauma, bien sûr ! »

              @Philou :
              Vous avez une analyse étonnamment riche, vous !
              De facto, pourriez-vous rejoindre les troupes de l’Axe du Bien, en y trouvant bonne place.
              L’Axe du Bien ?
              Oui, la rédemptrice psychanalyse !
              Je vous nomme d’emblée lieutenant en ces troupes , car vous semblez fort doué... bien armé donc !
              Je réserve, quant à moi -puisque je ne suis pas appelé à mener pareil combat !-, une certaine finesse psychologique... pour la Vie !


            • COLRE COLRE 15 août 2009 09:52

              Bardamu,

              Votre analyse est intéressante car vous parlez haut et fort, avec une rhétorique talentueuse et l’on a envie de vous suivre. Mais, justement, vous me semblez être exactement le type de personnalité faite pour être suivie…

              Votre discours de dominant (la volonté, s’en sortir contre, la haine souhaitable, rage de vaincre…) est agréable aux oreilles des dominés, ceux qui suivent. Vous leur offrez un rêve, un fantasme de force, de vengeance et de victoire, et encore davantage aux traumatisés.
              En outre, vous amalgamez habilement (mais légitimement, à mes yeux) les critiques que l’on peut faire à la psychanalyse. 

              Toutefois, vous me semblez en tirer des conclusions fausses : que l’arnaque consisterait à faire croire que la « résilience » est au prix de l’altruisme (notion de double peine) sous prétexte des (« mauvaises ») valeurs dites « judéo-chrétiennes ».

              Je pense que vous oubliez 2 points importants : 

              • L’humain est un animal social, disons même mieux : un primate social. Or, l’éthologie des sociétés de primates montrent que l’altruisme n’est pas une valeur de vaincu mais de survie du groupe : c’est une valeur bcp plus positive que vous ne le pensez.

              • La plupart des humains ne rentrent pas dans la catégorie des prédateurs, des chefs et des dominants. Leur demander de l’être, pour mieux sortir de leur trauma, c’est là qu’on est vraiment dans la double peine : leur renvoyer leur échec à guérir à leur propre responsabilité : vous ne guérissez pas ? c’est que vous n’êtes pas assez fort, assez haineux, assez winner… C’est de votre faute



            • Nicole 15 août 2009 10:31

              @Philou, Bardamu, Liliane,

              Pour moi, un élément fondamental est la détermination à accepter et à faire corps avec son expérience dans toutes ses dimensions, à la respecter. J’ai vécu une profonde haine, et je n’en ressens plus. Je ne sais pas si c’est un levier ; par contre, je crois que le rejet d’une émotion quelle qu’elle soit est nocif. Je vois plus de puissance dans la capacité d’indignation que dans la haine, sans pour autant trouver celle-ci toxique quand elle est légitime, et dirigée vers les bonnes personnes.

              Je me suis longtemps sentie très agressée par le pardon ; j’avais le sentiment qu’on voulait me le tirer aux forceps, et je trouve ça complètement stérile. Aujourd’hui, je dirais que ce n’est pas du tout dans mes critères. Expérimenter un sentiment de paix et de connexion m’est bien plus important. La réalité est que tout dépend de ce que les personnes par qui vous avez souffert choisissent de faire. Si elles sont dans un déni massif et choisissent de ne pas questionner les liens partagés, je suis d’accord avec Alice Miller : la rupture est une solution : personne n’est obligé de rester dans la proximité de personnes qui le blessent.

              Par rapport au travail corporel, aujourd’hui c’est une des choses qui me fascinent le plus. J’ai fait du Stretching Postural, de la relaxation, je suis formée au massage ; j’ai fait du yoga, plusieurs formes mais en plus poussé du bikram, et du pilates ; de la danse thérapie aussi. Tout ça en salle, donc avec un partage, puis chez moi avec des DVD et pour pilates, la traditionnelle série de Joseph Pilates dans « Return to life ». Je suis très intéressée par une chose : pour moi la qualité du lien de soi à soi détermine la qualité des autres liens, et là, la question du clivage est importante. Comment on s’y prend avec. C’est dans mon corps que je puise le plus de force, et par rapport à ça, une chose est étonnante, précise : le relâchement total du buste sur les cuisses, donc le contact de deux parties du corps qui habituellement ne se touchent pas me donne un très profond sentiment de connexion. L’avantage que je vois à la pratique chez soi, selon son feeling, une fois l’apprentissage du bon placement fait en salle, c’est qu’il permet beaucoup. Notamment une certaine créativité. En ce moment, mes « routines », c’est danser très librement à titre d’échauffement, faire une série de pilates, puis cette série m’ouvre à quelque chose de plus proche de la danse thérapie/relaxation, donc plus créatif, et sur un tempo plus doux (pilates, mine de rien, à la fin, on sent bien que toute la musculature profonde a travaillé). A la fin, je me sens très bien, connectée, heureuse.

              Un texte que j’aime beaucoup d’Alice Miller, malgré son titre mal traduit :

              La dépression ou l’art de se leurrer


            • Nicole 15 août 2009 10:45

              @Colre,

              A faire 3 choses en même temps, je n’ai pas vu votre message comme je répondais (frustrant quand vous cherchez des liens auxquels vous teniez et qu’ils n’existent plus).

              Dans votre opposition dominant/dominé, je retrouve un point qui me semble central : le plus important est de faire la paix avec soi-même et son histoire, et d’accepter le temps que ça prend. On peut le viser, et sentir qu’il y a du boulot. Peu importe du moment que c’est le but identifié, et c’est celui qui me parait le plus sage. De toute façon, d’histoire on ne peut changer que celle à venir.

              Il y a peu, j’échangeais avec une femme dont je sais qu’elle a récemment vécu des choses très difficiles, et je lui disais que le plus important est de développer la tendresse que l’on a pour soi-même. Pas de façon narcissique, mais effectivement, charité bien ordonnée commence par soi-même.


            • Nicole 15 août 2009 10:54

              Une précision oubliée : il y a sur le site d’Alice Miller plein d’articles intéressants :

              Bardamu parle de haine (sans rapport mais merci pour l’observation), AM en traite très bien, comme de l’indignation, et du processus de guérison. Outre les articles, par moments, j’aime aller lire la correspondance :

              http://www.alice-miller.com/articles_fr.php

              AM a été évoquée dans un article sur le syndrome d’aliénation parentale :

              http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-tres-controverse-syndrome-d-59616

              et le post de roblin qui renvoie à son site m’a intéressée. Habituée à lire des échanges sans lien entre eux, là, il a repris ceux que lui a eus avec les réponses.


            • Bardamu 15 août 2009 22:01


              @Colre :

              Un réel plaisir de vous lire !
              Dès vos premiers mots, mézigue se dit :
              « Oh ! là, il doit s’agir d’une fifille !... pas de réel rapport de forces énoncé... oser complimenter un peu ! »
              Alors, je clique sur votre nom... et je vois en un de vos commentaires un « virée » sur l’écran posé...
              « Oui ! je constate alors, vous êtes bien fifille ! »...

              Car, croyez-le bien, ce qui me dérange tout à fait chez les mecs, ce sont leurs éternels combats de coqs -cette « hystérie masculine » consistant à vouloir toujours triompher du congénère, un peu comme si la castration guettait au coin du propos, couperet aiguisé par les mots !
              Donc, m’auriez-vous mal jugé !

              Salut à vous !
               


            • Philou017 Philou017 16 août 2009 16:05

              L Bourdin : "Mais c’est un peu ce qui était (qui est encore ?) demandé aux victimes : « il faut pardonner ». Pour moi, il me semble que l’on ne peut accorder un pardon que s’il est authentiquement demandé par celui qui a fait la faute."

              Cela dépend. Vous devez savoir que dans certains cas, la personne concernée est incapable de reconnaitre ses torts et donc de demander pardon pour ses erreurs.

              Une des solutions est de faire l’effort de comprendre ce qui dans l’histoire et la psychologie de la personne l’a amenée à une attitude ou des actions malvenues. La compréhension peut faciliter le pardon. Comprendre, c’est déjà commencer à pardonner.

              D’une manière générale, je dirai que nous avons toujours la possibilité de pardonner, et cela nous le décidons seuls. C’est notre privilège, et c’est toujours positif, car cela permet de sortir du ressentiment. Le pardon est une force et non une faiblesse ou une défaite.

              Nous pouvons pardonner aussi parce que nous pouvons reconnaitre qu’une expérience difficile nous a fait grandir, nous a permis de mieux nous connaitre et de progresser, car les problèmes sont aussi des occasions de progresser.


            • LilianeBourdin 16 août 2009 17:36

              @Philou017
              Je sais que beaucoup de gens, y compris des professionnels, pensent que le pardon est toujours positif. Moi je ne vois pas tout à fait les choses comme ça. Quand le pardon est une façon d’essayer d’oublier ou de mettre de côté son ressentiment, ou quand il correspond à pardonner à quelqu’un qui nie ses torts, cela peut avoir comme conséquences de retourner l’agressivité contre soi. Alors, bien sûr que pouvoir sortir de la haine et de la rancune est un progrès, bien sûr que cultiver ces sentiments négatifs n’est bon ni pour soi, ni pour l’autre. Mais il faut du temps pour que le ressentiment cède la place à un détachement réel et pas forcé. Et c’est réellement positif pour chacun quand celui qui a fait du mal à l’autre demande pardon, et que la victime accorde celui-ci. Mais ce n’est pas le cas général. Cela me rappelle l’expérience intéressante dont j’avais vu un compte-rendu, de mise en contact, avec préparation, d’anciens prisonniers avec leur victime ou des membres de la famille de celle-ci.


            • Philou017 Philou017 16 août 2009 22:48

               L Bourdin :
              Je vois ce que vous voulez dire. Evidemment, faire la « promotion » du pardon alors que quelqu’un ressent un fort sentiment d’injustice est une erreur et mal-venu.
              Néanmoins, je pense qu’il arrive un moment ou ce language peut devenir audible. Le pardon doit évidemment être un acte volontaire qui vient du fond de la personne.

              Je dirais aussi que le ressentiment est aussi un acte d’agressivité qui peut se retourner contre soi, dans la mesure où on se focalise sur des reproches, sur un ressentiment profond qui est une énergie négative et qui nous bloque. Pardonner, c’est aussi se libérer.

              J’aurais tendance à penser que le mieux est de demander à la personne de réfléchir aux avantages comparés du pardon et du ressentiment quand elle y devient réceptive.
              Tout en évitant de favoriser un sentiment de culpabilité de la personne, déjà souvent présent quand il s’agit de conflit parent-enfant. Difficile, mais c’est tout l’art du thérapeute...

              Ce n’est pas que je sois un aficionado du pardon, et surtout pas à la sauce chrétienne, mais je pense sincèrement que c’est la meilleure issue à un conflit, y compris pour la personne lésée. Cela ne veut dire ni oublier, ni renfermer ses émotions, ni culpabiliser, mais dépasser son ressentiment en toute connaissance de cause.


            • Nicole 17 août 2009 00:20

              Sincèrement Philou, je ne pense pas du tout ça, et j’en ai parlé avec de nombreuses personnes ayant vécu de graves traumas, de même que j’ai côtoyé de près d’autres personnes qui étaient très convaincues de la valeur du pardon, et que je ne percevais pas dépourvues de rancoeur. Tout dépend, à mon avis de ce qui a été vécu, et des séquelles que ça a laissé.

              Je ne sais pas si vous le savez, mais par exemple la population de ce qu’on appelait autrefois « les clodos » a changé. On y trouve beaucoup de personnes violemment maltraitées dans leur enfance. Je ne sais plus retrouver la page, mais je sais que c’est dans ce livre que j’ai lu ça : psychothérapie des victimes.

              Dans la réalité, peu de parents maltraitants reconnaissent la gravité de leurs actes, et en fait, là, j’ai l’impression qu’on mélange (c’est aussi ça qui pose problème avec Cyrulnik pour nombre de personnes maltraitées : cet homme part de son histoire et il n’a jamais revu ses parents partis en camps, ce qui est horrible certes, mais ce n’est pas comme un enfant agressé par ses parents)...j’ai du mal à me souvenir d’où est venue l’évocation du pardon ; mais je fais la distinction de façon nette entre les souffrances subies par plusieurs, ou par le coup du sort et les souffrances liées à des violences endurées du fait d’un parent, voire des deux qui maltraitent. On sait bien qu’il s’agit de répétition, mais si la personne ne fait aucun travail par rapport à ses actes, pardonner ne veut rien dire. L’attitude doit changer.

              Je vous dirai qu’on peut être en paix sans pardonner, et en pardonnant être déloyal avec soi-même, donc rater à un niveau. Si l’autre a été votre bourreau des années durant, et que pour réparer les atteintes qui peuvent être très profondes, vous passez des années de votre vie en recherche de comment composer avec les séquelles, comment les amoindrir, je ne crois pas qu’on puisse sérieusement penser au pardon spontanément, ce n’est pas le propos, ce qu’on cherche c’est à accroître à chaque jour qui passe les plages de bien être, le recul par rapport à la douleur. Si vous êtes en paix avec vous-même, l’échange avec l’autre peut être possible, tout en étant délimité par le travail que cet autre a accepté/ou pas de faire sur lui-même. Je ne crois pas du tout que le pardon vienne de la personne elle-même, et d’expérience, ce n’est que quand il y a thérapie familiale, jugement que le pardon est évoqué. Ca ne veut pas dire qu’il serait venu de la personne elle-même, ni que c’est bon pour elle.


            • Halman Halman 17 août 2009 11:29

              "-rien ne vaut la volonté !
              -s’en sortir, c’est toujours s’en sortir « contre » les autres.
              Seulement progressivement pourra-t-on s’en rapprocher.
              A cette fin, la « haine » n’est pas un sentiment à négliger, car il s’agit bien là d’une rage de vaincre !
              -beaucoup ont toujours besoin de se raccrocher à quelque chose -pour vous, un psy moins mauvais que les autres !
              Le jour où vous pourrez vous débarrasser de cette canne -cet autre indispensable- assurant votre marche, ce jour là vous serez « guérie ».
              -un homme fort est celui qui, ne croyant en rien, peut dès lors croire en tout !... car il n’est pas de monde plus vrai que celui que l’on se crée !« 

              Bardamu, c’est la pire des choses à faire !

              Dire à un dépressif : secoue toi, sors, ai un peu de volonté est exactement ce qu’il faut dire pour le faire replonger encore plus bas.

              Je suis passé par là, dépression, psychiatre, prozac, lexomil, longue maladie, etc.

              La seule et unique chose à faire avec un dépressif : lui foutre une paix royale.

              Parce que comme le disait Coluche qui répétait les conneries des cons : »le suicide c’est quand on s’en veut à soi« .

              Non, c’est parce qu’on en veut AUX AUTRES.

              Nous ça va, on sait comment on fonctionne, ce qu’on fait de bien, de mal, etc. Mais c’est la pression permanente des autres qui croient savoir mieux que vous ce que vous êtes qui un jour devient plus qu’insupportable.

              Au début oui on se croit nul, raté, incapable de rien réussir. En fait ce sont les autres plein de bons conseils qui vous en persuadent !

              Mais avec un tantinet de recul c’est parce qu’on a été trop naïf et trop écouté les autres.

              Alors on réalise que certaines choses que l’on a faites ne sont pas si mal que ça et même plutôt de quoi en être fier.

              Mais avant d’en arriver là, le cerveau un jour refuse absolument toute entrée extérieure. Il se ferme, un jour comme ça.

              Tout ce qu’on aime, on s’en trouve soudain dégouté. On regarde sa blouse et son badge et son se dit »ah bon, c’est mon métier ça, mais qu’est ce que je fais là« .
              Les collègues vous parlent mais un reste de lucidité très profond vous dit »mais je la connais celle là, mais de quoi elle me parle ?« 

              Et il faut absolument faire un très longue pause, et surtout changer de métier. Surtout ne pas se retrouver dans les conditions qui ont déclenché la dépression.

              Cela veut dire entre autre qu’on ne guérit jamais de la dépression, que dès qu’on se retrouve dans les conditions et situations qui l’ont provoquée, elle revient au galop, en quelques minutes, et c’est reparti pour un tour.

              L’urgence absolue pour un dépressif : le calme absolu, faire le vide de tout.

              Et au bout d’un certain temps seulement, seulement lorsque la personne sait qu’elle le peut (surtout pas lorsque les autres décident pour elle !), reprendre un travail à mi temps thérapeutique pour qu’elle reprenne le rythme, petit à petit, à son rythme, qu’elle retrouve confiance en soi, etc.

              Les »c’est une question de volonté" avec les gens en grande souffrance psychique c’est au contraire les assassiner surement, les enfoncer encore plus dans leur refus de revenir à la réalité.

              Et c’est à vie que ces discours de gros mâles dominants trop surs d’eux donnent carrément la nausée à en vomir.

              Et le gag c’est que justement souvent des gens qui tiennent ces discours de quand on veut on peut, etc, souvent un jours sombrent sans l’accepter dans la dépression.


            • Paul Cosquer 14 août 2009 15:05

              Moi, je suis en résilience surveillée.


              • Bardamu 14 août 2009 16:42

                Faites le DEUIL de cette vilaine pensée !


              • Paul Cosquer 14 août 2009 15:11

                La créativité n’est pas le résultat de la résilience : c’est la seule voie de secours, l’unique moyen de survie. Parce qu’on n’oublie jamais, c’est ancré dans votre corps jusqu’à votre mort, cette autre voie de secours.

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LilianeBaie


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