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Accueil du site > Actualités > Santé > Ethique en toc à l’Agence Européenne du Médicament !

Ethique en toc à l’Agence Européenne du Médicament !

En avril dernier, Eric Abadie, spécialiste du diabète et des maladies cardiovasculaires, a présenté sa démission du poste de Président du Comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l’Agence européenne des médicaments (EMA), pour lequel il avait été élu en juin 2007. Cette démission qui a été acceptée par Guido Rasi avec « effet immédiat » fait suite à son éviction de l’ANSM, ex-AFSSAPS, dans laquelle il exerçait en tant que conseiller scientifique du directeur. Des années après son retrait du marché, le Mediator n’a pas fini de faire des victimes ! Heureusement, Big Pharma n’est jamais très loin quand il s’agit d’aider les copains.

Sur le site de Michèle Rivasi, nous pouvons lire :

"Si l’Agence européenne du médicament ne fournit aucune indication sur les motifs du départ d’Eric Abadie, cette démission est selon moi tout à fait bienvenue. En février 2011, nous avions saisi avec Eva Joly l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), un service d’enquêtes indépendant, pour faire la lumière sur d’éventuels conflits d’intérêts entre les autorités sanitaires européennes et le laboratoire Servier dans l’affaire du Mediator. A cette occasion, nous avions pointé du doigt l’exemple de l’expert français en pharmacologie Jean-Michel Alexandre, qui a présidé la commission de vigilance de l’EMA de 1995 à 2000 et qui travaillait également à l’Agence française des médicaments (AFSSAPS), deux agences qu’il a quittées pour devenir consultant pour l’industrie pharmaceutique, notamment pour les laboratoires Servier. Eric Abadie, président de la commission de vigilance de l’EMA depuis 2007, a été directeur des affaires médicales du syndicat des industries pharmaceutiques, avant d’occuper également des postes à l’Afssaps".
(...)
"Eric Abadie devait également diligenter une étude, dont les résultats ont été fournis très tard... Alors que le médicament coupe-faim est retiré du marché espagnol en 2003 et italien en 2004, la France est l’un des derniers pays à l’avoir interdit en novembre 2009. Nous avions à l’époque demandé la démission d’Eric Abadie, car on ne peut pas crédiblement continuer à diriger un comité d’évaluation des médicaments à usage humain en étant aussi peu indépendant du lobby pharmaceutique..."

Lors de son audition au Sénat dans l'affaire du Mediator, Eric Abadie résumait sa carrière ainsi :

"Après mon cursus hospitalier universitaire, j'ai travaillé au Syndicat national de l'industrie pharmaceutique où j'ai été une sorte de messager entre la Direction de la pharmacie et du médicament et l'industrie. A ce titre, j'étais ou membre ou expert de l'ensemble des commissions du médicament (l'AMM, la transparence, la pharmacovigilance, les stupéfiants et psychotropes). J'y ai passé huit années, particulièrement riches en contacts et intéressantes au plan scientifique. J'ai ensuite passé quelques mois au sein des laboratoires Wellcom, puis j'ai rejoint l'Agence du médicament qui venait d'être créée en 1994. Le professeur Alexandre m'avait donné la définition de mission suivante : l'Europe, les rapports d'évaluation, l'évaluation interne, c'est-à-dire la formation des jeunes évaluateurs afin de mettre en place une évaluation interne de bon niveau. En 2001, je suis élu vice-président du Comité des médicaments à usage humain (CHMP). En 2007, je suis élu président de ce même Comité et réélu en 2010. "

François Autain interpellera Eric Abadie un peu plus tard : "Vous avez reçu une distinction de la DIA [NDLR : Drug Information Association, une association d'industriels et de régulateurs] pour « services exceptionnels » rendus à l'industrie pharmaceutique alors que vous étiez à l'Afssaps depuis huit ans. Ce délai peut interpeller. "

Le 22 mai 2012, Michèle Rivasi demandait au Parlement "Considérant sa responsabilité en tant qu'autorité chargée des décisions finales et considérant la situation d'Eric Abadie, la Commission envisage-t-elle de demander à l'EMA de lancer une procédure d'abus de confiance envers son ancien expert et de procéder à la révision complète des productions scientifiques adoptées par le CHMP sous la présidence d'Eric Abadie ?"

Cette demande a été rejetée.

Sortez Big Pharma par la porte, elle revient par la fenêtre

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Alors qu'il a été entendu récemment par la Division nationale des investigations financières pour prise illégale d'intérêts, le Comité d'éthique de l'Agence Européenne du Médicament vient d'autoriser Eric Abadie à être consultant pour l'industrie pharmaceutique.

C'est ainsi que grâce à Daniel Vial, le plus grand lobbyiste français de Big Pharma, organisateur des Rencontres de Lourmarin - un haut lieu d'échanges entre industriels de la pharmacie et personnalités du monde politique - conseiller spécial du Président de Sanofi Chris Viehbacher, et qui a miraculeusement échappé aux auditions "Mediator" au Sénat et à l'Assemblée Nationale, Eric Abadie a pu reprendre contact et retravailler avec le numéro 1 français du médicament, Sanofi.

La nouvelle entreprise d'Eric Abadie est actuellement soutenue par "l'incubateur d'entreprises innovantes" Paris Biotech Santé sur le site du CHU Cochin sous la bienveillance de son coordinateur, le Professeur Olivier Amédée-Manesme, lui-même également ancien directeur médical du Syndicat National de l'Industrie Pharmaceutique (SNIP), devenu aujourd'hui le LEEM. 

Les aller-retours entre les autorités de santé et l'industrie pharmaceutique reprennent comme au bon vieux temps.

La boucle est bouclée.

Au moins n'accusera-t-on pas Big Pharma de laisser tomber ses alliés, ... ni leurs carnets d'adresses.

Complément d'information :

Paris Biotech Santé se présente sur son site internet de la manière suivante : « Accompagner et valoriser l’innovation santé par la création d’entreprises pour guérir et soulager » Fondé en 2000 par l’Université Paris Descartes, l’ESSEC, l’Ecole Centrale Paris et l’INSERM, Paris Biotech Santé est un incubateur d’entreprises innovantes spécialisées dans le développement de médicaments, de dispositifs médicaux et de services innovants au bénéfice des patients.(...) Paris Biotech Santé est une association financée depuis l’origine par le Ministère de la Recherche, la Ville de Paris et la Région Ile de France. Ces financements permettent notamment de prendre en charge des dépenses spécifiques pour chaque projet entré.

Source :

Eric Abadie quitte la présidence du CHMP - Communiqué, ANSM, 05/04/2012

Parliamentary questions - European Medicines Agency : the case of Eric Abadie, Parlement Européen, Question for written answer to the Commission Rule 117, Monica Luisa Macovei (PPE) and Michèle Rivasi (Verts/ALE), 22 mai 2012

, Parlement Européen, Parliamentary questions : Answer given by Mr Dalli on behalf of the Commission, 18 juillet 2012

Démission d’Eric Abadie de l’Agence européenne du médicament : enfin une bonne nouvelle !, site internet de Michèle Rivasi, 05/04/2012


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3 réactions à cet article    


  • leypanou 8 novembre 2012 10:24

    @auteur :

    « Les aller-retours entre les autorités de santé et l’industrie pharmaceutique reprennent comme au bon vieux temps » : pourquoi reprendre ? Cela s’est déjà arrêté ? Cela a continué tout le temps non ?

    On a là un exemple type de ce qui devrait être réglé une fois pour toutes, empêcher les conflits d’intérêt présents et futurs. Malheureusement, même s’il y a des règles, elles ne sont pas respectées. Combien de fois des hauts fonctionnaires qui ont travaillé dans l’administration ont « pantouflé » dans le privé peu de temps ou même tout de suite après alors que normalement c’est interdit ?

    Aux Etats-Unis, tous gouvernements confondus, les revolving doors entre Wall Street et le Trésor sont courants, de même qu’entre Monsanto et consorts et la FDA (Food and Drug Administration).

    Ce serait intéressant d’avoir le parcours professionnel des hauts conseillers à l’Elysée et dans les ministères ainsi que ce qu’ils deviennent après : cela expliquera au public le pourquoi de certaines décisions. Si un conseiller aux Affaires Sociales de la présidence de la république vient de sociétés d’assurance, on ne peut pas s’étonner de la privatisation en douce de la sécurité sociale qui en train de se mettre en place.

    Le changement nécessite une conscientisation de tout le monde, à tous les niveaux, partout. Mais ce ne sera pas fait en un jour, les lobbyistes ne sont pas prêts de rendre les armes sans combattre.


    • alberto alberto 8 novembre 2012 16:41

      Oui, en fait ça ne s’est jamais arrêté et ça continue...

      Jusqu’à quand ?


      • SACRES LOBBIES..................

         a PARIS et a BRUXELLES tout est decidement corrompu...................

        DEPUTES FRANCAIS OU EUROPEENS MEME COMBAT 

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