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« Je pensais plus vite, plus fort, tout était clair - et rien ne pouvait me distraire »

Témoignages d’étudiants augmentés recueillis par le New York Times.

C’est un article très complet que nous offre le New York Times (NYT) sur un sujet qui fait polémique aux Etats-Unis, et que l’Europe commence à peine à entrevoir. Il s’agit du phénomène de l’augmentation des performances intellectuelles des enfants et des étudiants, grâce à des psychotropes souvent prescrits par leurs psychiatres sous couvert d’ADHD et autres troubles de l’attention. Adderall, Vyvanse, Concerta, Focalin, Ritalin (photo), ces « study drugs » connaissent un énorme succès. Aux Etats-Unis les ordonnances légales délivrées pour les seuls 10-19 ans dépassent les 21 millions (1), pour un nombre de consommateurs de la même classe d’âge encore plus élevé. L’article d’investigation d’Alan Schwarz est disponible ici (2). Il décrit de manière assez passionnante les coulisses sociales, psychologiques et même économiques de ce qui n’est plus une simple mode. Damian Thompson, autre journaliste qui s’est fait une spécialité de batailler contre les drogues et les addictions, a répondu au NYT sur le Telegraph (Royaume-Uni) la semaine suivante (3). Au-delà des aspects sociologiques et éthiques de ces questions – que la dimension « mineurs » complexifie à l’extrême, nous avons choisi sur Amplicog de relever quelques éléments « cliniques » parmi les témoignages vécus qui ont été apporté par des collégiens et étudiants au NYT.

D’abord, un (très) rapide tour d’horizon des médicaments concernés. Le Ritalin existe depuis 1955, son effet dure 3 à 4 heures et peut donc être utilisé la journée sans conséquence sur le sommeil après sa durée d’action. Cette molécule est un méthylphénidate, inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (norépinéphrine) ainsi qu’inhibiteur de la monoamine oxydase (IMAO en français et MAOI en anglais). La sérotonine et la noradrénaline, ainsi que la dopamine (qui est moins dégradée grâce à l’inhibition de la monoamine oxydase B), sont des neurotransmetteurs qui permettent le transfert synaptique de l’information. Lorsque leurs niveaux augmentent alors l’activité du système nerveux augmente également, induisant une amélioration de nombreuses fonctions cognitives, telles que la mémorisation, la mémoire de travail, la mémoire à long terme, l’état de vigilance ou par exemple la concentration sur des tâches particulières. Le Focalin XR est un Dexméthylphénidate (une forme particulière de méthylphénidate), avec une action plus spécifique d’inhibition de la recapture de la noradrénaline (norépinéphrine) et de la dopamine ; il agit pendant 8 à 12 heures, induisant parfois des maux de tête. Le Concerta est très proche du Focalin. Quant à l’Adderral XR et au Vyvanse, ils sont des mélanges de sels d’amphétamines (dextroamphétamines et formes racémiques) pouvant également agir pendant 12 heures, avec des effets secondaires – liés à l’absence possible de sommeil, comme les maux de têtes et l’hypertension. Il existe bien entendu des dizaines de formes commerciales et de génériques de ces molécules, et toutes ne sont pas légales, à l’instar du Ritalin, qui est assimilé, en France, à un stupéfiant, et dont la première prescription ne peut être faite que par un pédopsychiatre hospitalier.

Les témoignages des collégiens et étudiants américains, âgés de 16 à 20 ans et consommateurs (ou anciens consommateurs) de ces « augmenteurs », correspondent à ces tableaux cliniques. Notre sélection de citations (de personnes différentes) provient de l’article du NYT du 9 juin 2012 (2) (4). Non ce n’est pas une publicité ; ces témoignages (parfois négatifs) permettent, et c’était sans aucun doute l’objectif d'Alan Schwarz - qui se demande dans quelle mesure ces amphétamines et méthylphénidates sont addictifs et toxiques, de comprendre pourquoi ces molécules connaissent un aussi grand succès.

« Je pensais plus vite, plus fort, tout était clair - et rien ne pouvait me distraire. »

« J’ai utilisé l’Adderall. Boosté mon score. Eté admis à de bonnes écoles. Fin de l'histoire. »

« Une invincibilité subtile - et pas seulement un fonctionnement plus rapide de mon cerveau, mais je ne sentais aucune envie de remettre en question ce que le médicament a produit en moi. J'ai obtenu un score plus élevé aux examens finals que tous mes autres résultats. »

« Pour moi, malgré les conséquences néfastes possibles, les effets bénéfiques en valaient la peine. »

« J'ai ressenti une poussée complète de flux d'adrénaline et d’extase dans mon cerveau […] les notes en sciences [ont augmenté], et [j’ai rédigé] un document de quatre pages en une seule nuit. Et lorsque les devoirs du soir étaient faits, le soir suivant je recommençais. J'étais dans un rôle, et je ne pouvais pas m'arrêter. Après cela, j'ai commencé à utiliser de l’Adderall chaque fois que j'ai eu beaucoup d'études à faire. Je l'ai aussi utilisé pour aider à me concentrer pendant les examens. L’Adderall est populaire dans mon école, qui est hautement concurrentielle. Tout le monde est en concurrence les uns contre les autres pour les bourses et il donne certainement vous un avantage compétitif supplémentaire par rapport aux étudiants qui ne le prennent pas. […] je ne peux pas nier le fait que c'est totalement efficace. »

« J'ai commencé à prendre de l’Adderall chaque matin, juste pour me réveiller, et me donner assez d'énergie pour survivre toute la journée. Lors de ces longues journées brumeuses où j’ai oublié de le prendre, mon esprit était en mode sommeil, je somnolais en classe et ma pensée était à la dérive. Alors que je n'avais aucun problème à donner à ces comprimés à des amis, je les avertissais toujours des effets secondaires : la dépendance, les troubles de la mémoire et les sautes d'humeur sévères qu'ils m’ont souvent rapportés. Je savais (et je sais encore) qu'ils font plus de mal que de bien, que mes humeurs peuvent changer en un rien de temps et que ma mémoire est de pire en pire ; mais obtenir des notes meilleures que les autres, sans effort, sur un test, semble en valoir la peine. L’Adderall n’est pas resté un dopant universitaire pour moi, c'est devenu un mode de vie. C'est ma tasse de café du matin, et personne ne m’avait prévenu pour les effets insidieux. »

« Permettez-moi de dire tout d'abord que je prends l'entière responsabilité de mon choix de prendre le médicament Adderall pour mes études. Il m'a aidé à obtenir de bonnes notes lors des partielles. »

« J'avais toujours entendu parler de personnes qui prennent de l’Adderall pour se concentrer, étudier plus longtemps, rester éveillé. Essentiellement, pour se donner le temps dont ils avaient besoin. Donc, vu la charge de travail entassé qu’il me fallait attaquer, ma recherche d’Adderall a commencé. Dans les vingt quatre heures, j'avais cinq pilules dans ma main, me coûtaient à peine cinq dollars. Cinq dollars pour un A sur un examen ne semble pas très cher. Après l’obtention de ces résultats en utilisant le médicament la nuit d’avant, j'ai continué à l'utiliser. Il était ma béquille. Il m'a empêché de dormir, m'a permis d'étudier pendant huit heures, et j'ai amélioré mes notes. Concernant le « bad trip », il était un effet secondaire mineur pour moi. Je me suis simplement senti épuisé et un peu fragile. Cela en valait la peine je pense. Naturellement, les cinq pilules étaient partis plus tôt que vous pourriez dire. J'ai donc cherché de nouveux comprimés. Il ne fallut pas longtemps jusqu'à ce que je trouve quelqu'un d'autre qui pourrait m’en donner un peu plus. Seulement, cette fois il s’agissait de Vyvanse, une molécule deux fois plus puissante. Et cette fois le prix a triplé. 3 $ par pilule. Pourtant, incroyablement, cela en valait la peine. La descente du Vyvanse était pire, mais pas suffisante pour me décourager d’en prendre. Puis, un jour, j'ai trouvé quelqu'un qui m’a donné du Concerta gratuitement. Et à partir de ce moment, je suis devenu accro. »

(1) http://www.nytimes.com/interactive/2012/06/10/education/study-drugs-popular-among-high-school-students.html?ref=education
(2) http://www.nytimes.com/2012/06/10/education/seeking-academic-edge-teenagers-abuse-stimulants.html
(3) http://blogs.telegraph.co.uk/news/damianthompson/100164352/now-schoolchildren-are-snorting-their-adhd-medication-why-didnt-america-see-this-coming/
(4) http://www.nytimes.com/interactive/2012/06/10/education/stimulants-student-voices.html#/#1

Auteur : A.E.


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13 réactions à cet article    


  • HerveM HerveM 15 juin 2012 09:14

    Tout ça pour contrecarrer les effets dévastateurs d’une alimentation hautement nocive...

    https://www.youtube.com/watch?v=iMvESnHEubA&feature=youtube_gdata_player


    • byle 15 juin 2012 09:39

      Bienvenus dans la matrice.. 


      • travelworld travelworld 15 juin 2012 10:36

        Le meilleur des monde d’ Aldous Huxley !


        • wawa wawa 15 juin 2012 12:41

          oui on a enfin découvert le « soma ».
          attention aux conséquence a long terme


        • gaijin gaijin 15 juin 2012 10:58

          une petite ligne ?


          • Krokodilo Krokodilo 15 juin 2012 11:42

            Cet article sur ce phénomène social aurait été intéressant s’il ne se présentait pas purement et simplement comme une pub, un encouragement à se doper pour le plus grand plaisir de « big pharma »
            Il n’y a tout d’abord aucune référence vers un ou des articles scientifiques confirmant une augmentation des performances cérébrales, plus que la caféine et les autres excitants. Les témoignages qui occupent les deux tiers du papier ne sont que des impressions. Dans les années 60à 80, les artistes ayant expérimenté les « voyages » se sentaient plus créatifs pendant leur trip, mais leur oeuvre n’a jamais été supérieure grâce aux drogues, lorsqu’ils faisaient réellement le bilan a posteriori.


            • kriké 15 juin 2012 11:49

              Article intéressant

              Où trouver les cachtons ?.


              • avatares 15 juin 2012 12:05

                On peut trouver les cachetons chez tous les dealers qui se respectent !!!


              • Surya Surya 15 juin 2012 12:02

                A quand les contrôles anti-dopage à l’entrée des salles d’examens ? Après tout, ça existe bien pour les compétitions sportives, et le but est de traquer la triche et la malhonnêteté. Et prendre des cachets pour améliorer ses performances, c’est de la triche. Sauf que là, il s’agit de malhonnêteté intellectuelle.


                • Tristan Valmour 15 juin 2012 12:07

                  Salut

                  J’avais déjà parlé des smart drugs en commentaire il y a quelques années. Les Japonais ont été les premiers à employer massivement les nootropes, avant qu’ils ne soient interdits par le gouvernement en raison des effets secondaires.

                  Ce qu’il faut savoir, outre les effets secondaires parfaitement documentés, surtout en ce qui concerne la Ritalin, c’est qu’ils n’offrent qu’un boost limité dans le temps, et superficiel.

                  Aux Etats-Unis, une grande partie des examens est formée de QCM, et on écrit assez peu, en général de courts paragraphes. Il y existe également des tests calqués sur la psychométrie (les tests de QI).

                  En fait, il faut comprendre qu’aux US, on répond à des quizz (je grossis et simplifie un peu, mais c’est ainsi). Les smart drugs permettent donc de booster la mémoire et de mieux trouver la bonne réponse aux QCM. Le cerveau parcourt les différentes réponses proposées par le QCM, et va chercher des identités sémantiques et conceptuelles avec les données dont il dispose.

                  Mais les réseaux neuraux qui matérialisent la connaissance individuelle s’effacent lorsque les neurones ne s’allument plus ; les cellules nerveuses ne communiquent quasiment plus entre elles. Donc la connaissance s’efface aussi vite qu’elle s’est formée. Changer durablement un cerveau prend du temps. On ne devient pas une bibliothèque en un jour.

                  Etudier uniquement pour passer un examen, c’est stupide. On n’accède pas à la connaissance de cette manière, mais seulement aux critères pour réussir l’examen. Il suffit de poser quelques questions qui sortent des sentiers battus, mais qui pourtant n’exigent de l’étudiant que ce qu’il est sensé connaître, pour s’apercevoir qu’il ne connaît rien. La connaissance est le fruit d’une expérience personnelle, d’une interaction entre des millions de données, et les réseaux neuraux ont besoin de beaucoup de temps pour se réorganiser.

                  Pour terminer, les smart drugs ne permettront pas d’améliorer sensiblement la performance des étudiants français (à l’exception des candidats au PCM1) à l’inverse de leurs camarades américains, parce que la nature des épreuves est différente. 

                  Tout ce qui est acquis par des smart drugs, ou plus tard, par l’implant de puces électroniques – pourquoi pas ? – ne sera que de l’information étrangère à l’étudiant, pas une connaissance qu’il s’est construit patiemment. Cela les rendra plus bêtes et plus malléables parce qu’ils n’auront aucun recul, ne porteront aucune critique sur ce qu’ils ont appris. Or, le savoir ne se construit qu’en détruisant un savoir plus ancien.

                  Et attention à l’explosion de l’hippocampe haha


                  • Adrien E. 15 juin 2012 13:37

                    Merci pour ce commentaire. En effet - pour les autres lecteurs - « nootropes » (agissant sur l’esprit/le « nou-s ») est bien le nom à employer pour qualifier ces molécules capables d’augmenter les fonctions cognitives à condition que les effets secondaires restent « très » limités, ou présentent mêmes des effets (anti-oxydants) anti-âges (comme les racetams et l’hydergine). Les substances présentées ici peuvent donc être considérées comme des nootropes lorsque les doses sont faibles.


                    Pour ce qui est de l’intérêt des nootropes au regard de l’Université ? Cela dépend bien sûr de la molécule concernée. Les effets sont très différents, même d’un énantiomère (type de forme moléculaire très proche) à un autre. Voici une première liste assez complète : http://en.wikipedia.org/wiki/Nootropic

                  • artka 11 novembre 11:38

                    Salut,


                    Si vous voulez vous renseigner sur le nootropique en France il y a le site : http://oxi.io

                    Il y a pas mal de tests disponbiles et de bonnes explications !

                    • JL JL 11 novembre 11:50

                      Faudra-t-il surveiller les examens et concours comme on surveille les compétitions sportives ?


                      Y aura-t-il bientôt des tests sanguins et urinaires à l’entrée des salles d’épreuves ?

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mccartney


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