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L’héroïne de la solitude à la fête

La drogue de la solitude connaît une résurgence et ses consommateurs ne sont plus seulement des marginaux. Quelles sont les nouvelles habitudes des usagers de l’héroïne et comment vit-on l’addiction à cette drogue ?

Fin janvier dernier, l’empoisonnement, suivi d’overdose de 40 consommateurs d’une héroïne coupée avec des antidépresseurs et anxiolytiques a remis au centre de l’actualité un des fléaux des années 80. Bien que restant très marginale, la part des gens utilisant régulièrement cet opiacée, parfois surnommée drogue de la solitude, est repartie à la hausse ces cinq dernières années. « Au début des années 90, 85% des patients venant demander une aide dans notre centre étaient des personnes souffrant d’addiction à l’héroïne. A la fin des années 90, ils n’étaient plus que 25%, mais depuis quelques années leur proportion est repartie à la hausse pour atteindre près de 50% des consultations », détaille le docteur Alain Morel, directeur médical du centre de lutte contre les addictions, « Trait d’Union », à Bobigny. Ce centre traite les personnes souffrant de toutes les addictions, du crack à celles touchant aux jeux de hasard.

« Réglés à l’heure H »

Une recrudescence de ce dérivé de la morphine, créé dans la 2ème moitié du 19ème siècle, qui s’accompagne, d’après les études réalisées par l’observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie (OFDT), de l’apparition de nouvelles populations d’usagers. Il s’agit « d’usagers mieux intégrés socialement et fréquentant le milieu festif de la techno ». Une nouvelle tendance qui s’inscrit dans la polytoxicomanie, ou la consommation de plusieurs drogues pour une même personne. « Une habitude que l’on retrouve encore dans le milieu de la fête où l’on mélange cocaïne, héroïne extasies… », explique Alain Morel. Pourtant, contrairement à la cocaïne, substance illicite habituellement utilisée dans ce type de circonstances, l’héroïne, de par ses effets notamment, a une toute autre finalité sociale pour son consommateur. « Elle vient souvent, lors des premières prises, combler un manque important, elle se substitue, par la réactions psychiques de celui qui l’utilise, à des antidépresseurs très puissants », précise Alain Morel qui reçoit dans son centre ceux qui choisissent de franchir le pas du sevrage total ou partiel. « L’héroïne, à la différence d’autres drogues, créée pratiquement immédiatement une dépendance physique et psychique entraînant un bouleversement du mode de vie. Celle-ci dans la totalité des cas que nous rencontrons s’adapte, s’organise autours de la prise du produit. Les consommateurs se retrouvent réglés à l’heure H et sont contraints de se mettrent en marge de la société quant ils ne le sont pas déjà ».

Toxicomane et séropositif

Cette fragilité, ce décrochage social se retrouve dans le parcours de [Kimo->http://www.dailymotion.com/video/x9eipe_heroine-kimo_news], 38 ans. A présent complètement sevré, cet ancien toxicomane a co-écrit un livre* sur un parcours chaotique qui se mêle à l’apparition de la consommation d’héroïne dans les milieux défavorisés de la France des années 80. Issu d’une famille d’origine portugaise, Kimo vit une enfance très difficile dans une cité de la banlieue sud de Paris. Le jeune homme qui supporte mal les manifestations de racisme à son égard se retrouve très vite déscolarisé et au gré de mauvaises rencontres, tombe dans la délinquance. Il ne peut ni compter sur son père, violent et alcoolique, ni sa mère, dépassée par la situation. A 18 ans, Kimo apprend qu’il est atteint du SIDA : « quand tu entres en prison, tu fais un examen de santé. Le médecin m’a fait appeler pendant une promenade et m’a dit « il ne vous reste plus qu’entre cinq et dix ans à vivre, il n’existe pas de traitement », rien de plus ». Une contamination probablement due, selon lui, à une injection d’héroïne, deux ans auparavant ou à un rapport non protégé avec une fille porteuse du virus. Toxicomane et porteur du VIH, le jeune homme a déjà, à cette époque, perdu un frère atteint de cette maladie et sa sœur est également séropositive. Sa deuxième sœur se suicide peu après. Il sombre alors dans un gouffre sans fin, entre séjours en prison, problèmes de santé et petits jobs précaires. « A l’époque la vie n’avait plus aucun sens pour moi, à vrai dire j’attendais la mort avec impatience. Je me suis drogué jusqu’aux limites ». Kimo mettra des années à se sortir de cette spirale infernale de la toxicomanie, essayant plusieurs fois de se sevrer avant de replonger en raison du manque, des effets insuffisants des produits de substitutions, de la tentation causée par la rencontre d’anciens « amis », ou tout simplement du mal être d’une personne solitaire n’ayant pour seul compagnon d’infortune que sa came. Kimo commence à apercevoir la lumière dans ce tunnel qui lui semblait sans fin quand, avec sa mère, il se rend à la clinique Liberté à Bagneux au début des années 90. C’est ici qu’il trouve pour la première fois une écoute et accompagnement médical qui va le pousser petit à petit à débuter un sevrage, observer un traitement régulier contre le VIH et surtout sortir de la délinquance.

Un couple sérodifférent

La situation de l’ancien junkie sera définitivement enrayée puis stoppée par la rencontre en 1996 avec Laurène sa fiancée actuelle Une rencontre qui est pour lui le véritable déclencheur d’une prise de conscience puis de l’acceptation de sa situation à un moment où, dans son milieu, comme dans la société en général, être séropositif était considéré comme tabou. Depuis dix ans, Kimo et son épouse Laurène forment un couple sérodifférent et mènent ensemble une vie presque normale. Deux objectifs pour l’ex-toxicomane : trouver un travail adapté à sa situation et surtout avoir un enfant avec Laurène : « les démarches médicales pour un couple sérodifférent sont assez complexes et prennent du temps, mais je veux vraiment avoir un enfant ». Le dénouement heureux pour l’addiction de Kimo à l’héroïne est selon Alain Morel, « cet exemple marquant est représentatif du combat long et difficile que doivent mener les toxicomanes pour sortir de cet enfermement et de cette souffrance mais malheureusement tous n’ont pas autant de chance que cet homme qui a bénéficié d’un électrochoc ». Le petit bonhomme comme l’appellent ses amis et connaissances s’est également trouvé une nouvelle vocation : « je me commence depuis peu à aller à la rencontre des jeunes dans les maisons de quartiers pour les dissuader, à travers mon histoire, de consommer et revendre des produits illicites ou encore braquer. C’est à leur age que tout se joue, à l’adolescence », conclut Kimo. *T’es toujours en vie toi ? De Laetitia Darmon et Kimo, éditions du Cherche Midi [1]

 

[1] Une perception qui a évolué La perception de l’héroïne par les usagers de drogues semble, selon l’OFDT, « de plus en plus positive à mesure que l’on s’éloigne de la figure type du toxicomane injecteur des années quatre-vingt ». Période où héroïne et toxicomanie était également étroitement liées Plusieurs facteurs peuvent contribuer a expliquer ce constat, notamment le développement de modes d’administration alternatifs à l’injection tels le sniff et l’inhalation. La perte, pour les plus jeunes usagers de la conscience de l’association de l’héroïne à la contamination par le VIH et à la marginalisation sociale fait aussi partie des causes. « Il y a vingt ans avant l’apparition des premières politiques d’actions et de sensibilisation, la contamination par le SIDA lors de l’utilisations de seringues usagées était systématique. Aujourd’hui un toxicomane sur cinq est séropositif », explique t-on à l’OFDT. Les Chiffres de la consommation d’héroïne Environ 360.000 personnes ont expérimenté cette drogue en France selon les dernières évaluations de l’OFDT. Quant aux consommateurs réguliers, ils représenteraient environ 1% de la population et seraient une population à dominante masculine âgée de plus de 30 ans au statut social très précaire. En 2005, 4486 personnes ont été interpellées pour « usage » d’héroïne. Les injonctions thérapeutiques obligeant les personnes interpellées et jugées reconnues dépendantes à suivre un traitement se chiffrent à environ 4000 personnes par an.


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3 réactions à cet article    


  • saint_sebastien saint_sebastien 28 mai 2009 13:02

    attention, aujourd’hui l’héroine est très peu prise via une seringue , mais inhalée car très pure. La « piquouze » a laissé place à la « sniffouze ». Les effets sont moins violents , permettant une vie sociale normale, mais la dépendance et le manque sont toujours la.


    • Ramila Parks Ramila Parks 28 mai 2009 13:19

      Saint Sebastien

      je ne sais pas si l’héroine permet une vie sociale, même en fumette.

      @auteur
      Merci pour cet article, car on parle peu de cette drogue si terrible, car on est en addiction très vite et cela a des conséquences sociales et famililes pour le malade et son entourage qui impliquent tous les aspects du quotidien.


      • médy... médy... 28 mai 2009 13:39

        Merci à Bush d’avoir permis la reprise intensive du trafic en étant allé « personnellement » le demander aux talibans qui avaient réduit drastiquement la production d’opium et donc la vente d’héroine mondiale par la même occasion.

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Shelby


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