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Accueil du site > Actualités > Santé > L’Ordre infirmier pose question !

L’Ordre infirmier pose question !

Après son adoption, l’Ordre infirmier ne fait pas l’unanimité chez les infirmières du secteur public.

Après que trois propositions de loi l’UDF ont été rejetées en 1998, 2003 et en janvier 2006, l’Ordre infirmier a été voté définitivement le 14 décembre 2006. Il est le fruit de la demande de quarante-trois associations d’infirmières ou de professions paramédicales, de cadres, dites du groupe Saint-Anne. La plupart de ces associations, dont la représentativité est contestée, sont issues du secteur libéral qui compte environ 50 000 infirmières, qui ont des fonctionnements et des problèmes spécifiques. Une grande partie de la loi leur est destinée.

Il est en revanche difficile de comprendre les raisons pour lesquelles les 400 000 infirmières du service public sont incluses dans la foulée sans aucune concertation. Elles n’ont rien demandé, jamais entendu parler de ces quarante-trois associations (du libéral), ni de cet Ordre, avant le vote de la loi. Elles n’ont donc pas les moyens d’en mesurer les répercussions dans leur quotidien professionnel, d’où le peu de réactions que cela suscite (les quelques réactions sur les forums de la profession, même sur les plus engagés, pour un Ordre font souvent état de ce manque d’information). Il faut le dire, les syndicats n’ont pas fait grand-chose pour véhiculer cette information à peine présente dans quelques revues professionnelles. L’autre explication, la plus importante, est que dans les services hospitaliers, les préoccupations sont d’une autre nature : les infirmières ont à faire face, avec un sous-effectif permanent, à des conditions de travail difficiles, et n’ont guère le temps de s’occuper d’un ordre qui n’était pas un sujet de discussion. Elles attendraient avec impatience une infirmière de plus et ne comprennent pas ce que les demandes du libéral viennent faire dans leur vie car :

- du côté de la représentation : les infirmières hospitalières, ne l’oublions pas, sont des salariées, fonctionnaires pour la plupart, qui disposent déjà d’instances représentatives et disciplinaires. Chaque syndicat a son propre pôle santé, avec son lot d’infirmières. Bien sûr, on peut épiloguer sur la représentativité des infirmières au sein des syndicats. Mais elle n’est pas pire que la représentativité de ces quarante-trois associations .

- Du côté de la discipline : les infirmières sont entourées de médecins, de cadres, d’une hiérarchie et d’une administration qui a toute une batterie de sanctions : avertissements, blâmes, suspension ! Autrement dit, comme l’Ordre a un rôle disciplinaire (article 6 de la loi), les infirmières n’auront qu’à bien se tenir. L’ordre fait double emploi avec ce qui existe déjà.

- Pour les principes « d’éthique, de moralité, de probité » : les hôpitaux veillent à ces principes. C’est même mentionné dans le contrat d’embauche.

L’ordre est censé permettre aux infirmières d’être mieux reconnues... Une affirmation qui est certes très louable, mais que, à ce jour, rien ne permet d’étayer. Ce n’est pas un ordre qui n’apportera une solution aux problèmes récurrents du sous-effectif et des conditions de travail.
Il a été passé sous silence que dans le secteur public, les infirmières travaillent dans l’équilibre subtil d’équipes pluridisciplinaires. Une sorte de caste professionnelle particulière, à part, risque de voir le jour, qui sera plus ou moins bien vécue par l’environnement où elle se trouve (syndicats, administration, autres personnels), ce qui est susceptible de rompre l’unité professionnelle qui existe dans les hôpitaux, où tous sont soumis au même statut, excepté les médecins.

- Les pouvoirs publics (qui sont l’employeur des infirmières hospitalières) espèrent avoir un interlocuteur unique pour mieux gérer la profession ? Il se retrouve en fait avec un interlocuteur de plus à côté des syndicats. Voilà qui va être bien compliqué, lors de certaines discussions.

L’Ordre infirmier devra gérer le chiffre énorme de 450 000 personnes aux cultures et pratiques très différentes. Il y mêlera des situations et des intérêts souvent antagonistes : les infirmières du libéral, les infirmières du public, les infirmiers de secteur psychiatrique, et toutes les infirmières de souche qui ont un rôle très différent, monitrices des IFSI (Institution de soin infirmiers, cadres, etc.). Certains voient dans un ordre un moyen d’unifier la profession, de panser certaines plaies du passé. Ce sont des chantiers titanesques hors de la réalité. Les risques de guerres d’influence, de pouvoirs, sont inévitables, et vont dépenser une énergie considérable. Déjà les syndicats, devant l’arrivée de ce qui sera un nouveau concurrent en termes de représentativité, ont publié un communiqué commun contre l’Ordre, les infirmiers en psychiatrie (qui ont eu des problèmes avec la reconnaissance de leur statut en raison de l’opposition de ces mêmes associations en 1998) ont marqué leur refus en lançant une pétition. On le voit, si cette opposition prend forme, l’ordre accouchera dans la douleur, et créera la division dans tout le corps infirmier et dans les hôpitaux .

Les infirmières pourront aussi se demander pourquoi il faut payer pour travailler, avec cette cotisation obligatoire dont le montant sera déterminant dans les réactions. Aucune enquête n’a été faite pour mesurer les conséquences positives ou négatives de l’implication d’un ordre infirmier dans les hôpitaux publics. Il n’a été pris en compte que la demande d’une partie de la profession. L’autre partie, la plus nombreuse, ne comprend pas cet ordre et forcément, le vivra comme un diktat. C’est pourquoi l’Ordre infirmier pose problème.


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17 réactions à cet article    


  • bb (---.---.134.117) 27 décembre 2006 14:52

    Oui les infirmières doivent être mieux reconnues quand on sait que leur tarvail est important à plus d’un titre. je lance le fil mais au moins cet article est un peu moins naze que les autres. bb


    • fran (---.---.243.30) 28 décembre 2006 11:39

      « les infirmières travaillent dans l’équilibre subtil d’équipes pluridisciplinaires. Une sorte de caste professionnelle particulière, à part, risque de voir le jour, qui sera plus ou moins bien vécue par l’environnement où elle se trouve (syndicats, administration, autres personnels), ce qui est susceptible de rompre l’unité professionnelle qui existe dans les hôpitaux, où tous sont soumis au même statut, excepté les médecins. »

      J’ai bien peur que cette douce illusion d’une « Pluridisciplinarité » régissant les services hospitaliers publiques ou privés, ne soit pour une bonne part responsable du ras le bol de tout un corps professionel. Si c’est l’idée générale que vous vous faites de l’hopital, et bien ouvrez grand vos paupières et bienvenue dans le monde réel. L’équilibre subtil n’a rien de subtil et serait plutot bancal, quand tous les pouvoirs ne reposent que dans les mains ( manucurées) du docteur. Les castes professionels sont déjas une réalité historique du monde du soins et les infirmières dans ce tableau font souvent figure d’intouchables. « Rompre l’unité professionel », c’est déjas fait ou plus exactement cela n’a jamais existé, tous simplement parceque cette profession a toujours été concidéré comme une « sous tache pour femme », ( la célèbre vocation) et non comme un travail nécéssitant compétence, formation, technicité, et responsabilité. « Ou tous sont soumis au même statut », La je suis désolé de le préciser mais il existe dans notre pays de justice et d’équité, plusieur caste professionels qui sont plus « juste » et plus « équitable » que les autres, le système de santé fonctionne et a été fabriqué par et pour les medecins, écrasant par la même toutes les professions qui sont les réel porteur de soin, écrasant également les patients.

      A part sur ce passage qui me hérisse légèrement je trouve cet article bien fait et il est vraie que la création d’un ordre est une abhération. Des moyens, du temps, des professionels, des salaires juste,et une réel reconnaissance des soins, c’est cela que nous voulons. La santé ce n’est pas que la guérison de la maladie, ce ne sont pas que les pillules


      • Algunet 28 décembre 2006 13:21

        Merci à l’auteur pour cet article très édifiant et intéressant. Le côté obligatoire, notamment pour les infirmières de la fonction publique, me dérange personnellement. Il aurait été intéressant de connaître le point de vue des instigateurs de ce nouvel ordre...


        • Rocou (---.---.231.20) 31 décembre 2006 16:22

          Etonnant parallèle avec les syndicats qui représentent 5% des salariés et imposent leur façon de voir à tous.


          • artefactix artefactix 3 janvier 2007 01:58

            Il est important de donner un complément d’information récent . Il a été créé, un Haut Conseil des professions paramédicales, qui remplace la précédente instance du Conseil Supérieur des professions paramédicales qui a certaines missions qui empiètes sur L’Ordre Infimier Les représentations syndicales en particulier sont importantes (d’ou l’explication de leur relatif silence) Mais du coup il y a aura un seul représentant de chaque Ordre à .... titre consultatif . Les 43 associations demandeuses contrairement à l’ancienne instance n’ont plus de représentant . Une situation qui les déçoit car on n’a pas demandé leur avis ,il suffit de cliquer sur le lien groupe ST Anne en haut du texte pour voir leur réaction . . L’Ordre infirmier n’ à qu’un rôle de strapontin l’utilité tant vantée devient peau de chagrin et ces associations ont perdu leur rôle ... Elles voulaient unir la profession c’est fait !Mais sans elles ! Drôle de calcul


            • sophie (---.---.71.157) 19 janvier 2007 19:17

              Etant infirmière dans le secteur public,l’ordre des infirmières nous apparaît encore comme une charge de plus qui va diviser la profession car nous en tant que salarié nous n’en voyons pas l’utilité ;si à part devoir cotiser à quelque chose qui ne nous servira probablement pas !.La situation dans les services de soins est désastreuse au niveau du personnel manquant, alors je pense que nous avons bien d’autres chats à fouetter que de se préoccuper de ce nouveau problème !.


              • mikarom (---.---.75.86) 21 janvier 2007 01:17

                Je suis IDE ayant travaillé aussi bien dans le public, le privé, l’interim...Je pense que le probleme majeur de la profession infirmiere est le manque d’implications dans les instances representatives, dans les revendications.

                Les IDE ont toujours mieux a faire, a gerer le quotidien et de ce fait ne s’impliquent pas assez !!!!! C’est ca le probleme, une profession nombriliste qui fait certe sont travail et bien mais ne s’investit pas !!! Et des syndicats pas assez incisifs et ouverts d’esprit.....


              • (---.---.180.182) 19 mars 2007 17:23

                vous dites que les syndicats n’ont pas bougés, mais au niveau local, les choses ont qund mêm bougées, bien sur avec moins de force qu’au niveau national, mais j’ai ecris partout ou je le pouvais y compris au responsables de ce texte sous les termes ainsi présentés :

                Messieurs,

                Ce courrier pour attirer votre attention sur des événements en cours dans le petit monde de la santé.

                En effet, nos chers dirigeants N. SARKOSY & X. BERTRAND soucieux de permettre aux français de travailler plus..., introduisent aujourd’hui cette notion : il faudra payer pour travailler.

                Une loi va être promulguée pour la mise en place : d’un conseil de l’ordre infirmier.

                Or, l’adhésion à cet ordre (150€), ainsi que la cotisation annuelle (200€) seront obligatoires, sous peine d’etre interdit d’exercer que ce soit en milieu libéral ou hospitalier. Un comble dans le pays des libertés !!!

                Cette mesure, concernera 450.000 infirmières en France : Ø 50.000 IDE libérales Ø 400.000 IDE hospitalières

                Evidement aucun travail démocratique n’a été fait de la part de nos dirigeants, auprès des populations infirméres, pour savoir si c’était la volonté du plus grand nombre.

                Cette mesure vient de toucher les kinésithérapeutes, dans les mêmes conditions, et à qui on avait promis que : 40€ de cotisation.

                Refus des dirigeants de faire prendre en charge le montant de la cotisation par l’employeur, et par de là : le gouvernement, puisque les budgets sont argents publics.

                Depuis plusieurs années déjà les médecins font des pieds et des mains pour faire disparaître leur ordre.

                Nous exerçons un métier de délégation et diplômé d’état, déjà réglemente et encadre par de nombreux textes de loi & décrets, mis en place et pensés par des générations de législateurs.

                Devant l’échéance évidente, (car nous avons a faire face à un mur de silence), les infirmières SURPAYEES, commencent à grincer des dents à l’idée de débourser 350€ pour continuer a exercer leur métier.

                Sur cette base, ces cotisations vont représenter une manne de : 157.500.000 €,... pour faire fonctionner cet ordre, car évidemment il n’y aura pas de bénévoles dans ces tribunaux d’exceptions !!!.

                Qui va surveiller la bonne gestion de cet argent !?!

                Vous trouverez cette lettre motivée, mais je fais partie des 450.000 infirmier(e)s diplômé(e)s d’état, condamné(e)s à s’acquitter de cette somme.

                Je suis secrétaire du comite d’entreprise de l’établissement, et vous étes mon dernier recours, car tous les syndicats représentatifs au plan national, se sont cassés les dents face au mutisme de nos dirigeants, et à leur volonté de souscrire à la demande de quelques obscures associations infirmières, peu représentatives et ancrées à droite, comme par hasard... !

                Apres les kinés et les infirmières, à qui le tour ? Les assistantes sociales, les orhophonistes, les psychologues, les diététiciennes et autres métiers de la santé, sont dans la ligne de mire.

                J’ai contacte mon député local : Mr G. GEOFFROY, sans réponse à ce jour. Ainsi que Mr J.M. DUBERNARD, président de la commission des affaires culturelles à l’assemblée nationale, et dont dépend l’élaboration de la loi qui va être promulguée, réponse de ce dernier : il a transmis à Me M. BRIOT, rapporteuse de cette proposition de loi.

                Mes coordonnées : Mr WISNIEWSKI Laurent e-mail : ceforcilles@waanadoo.fr Infirmier au centre médical de FORCILLES Secrétaire du C.E. Elu F.O. ( 01.64.05.60.82


                • artefactix (---.---.252.72) 19 mars 2007 20:38

                  Monsieur L’article a été fait en décembre . A titre personnel dans mon hosto à cette date ,hélas les syndicats m’ont simplement renvoyé à l’attente d’un supplément d’information . Les choses ont évolué et commencent à bouger . Pour l’heure 1 décret d’application est sorti . La suite se fait attendre ... Je donne au passe l’adresse de 2 sites avec un forum sur l’odre smiley http://www.acpsy.com http://www.infirmiers.com/

                  Pour ce qui concerne la cotisation pouvez vous dire d’ou vous tenez ce chiffre ?


                • Argrath le Troll (---.---.126.252) 3 avril 2007 11:24

                  Bonjour Infirmier de profession et adhérent à SUD je viens de créer un forum destiner à fédérer la reflexion et la lutte contre les structures ordinales. Dans ma lutte syndicale contre l’ordre infirmier je me suis appercu que cette lutte même devenait corporatiste, d’ou l’idée de ce forum. Vous y êtes les bienvenus d’autant qu’une partie concerne la lutte syndicale ou personelle contre les « ordres ». Voici l’adresse de ce forum : http://le-chapelier-fou.forumactif.fr/index.htm Amitiés


                  • François (---.---.130.140) 15 avril 2007 05:39

                    Je suis infirmier de secteur psychiatrique et avais signé en son temps contre la création de cet ordre « imbécile » (dans le sens de l’ancienne nosographie psychiatrique)et je ne vois plus que deux solutions : se mobiliser pour la suppression de cet ordre et pourquoi pas dans la foulée ce lui des médecins (cela figurait dans le programme de la gauche en 1981)ou bien changer de métier,ou rester dans son jardin en reproduisant ses graines... Jean-Paul


                    • michèle (---.---.148.203) 16 avril 2007 20:43

                      ce n’est pas d’un ordre infirmier dont nous avons besoin !!!nous avons besoin de revaloriser nos salaires , nos conditions de travail, la reconnaissance de nos compétences toujours plus importantes passe par un salaire décent compte tenu de notre travail d’une extreme pénibilité on en a marre d’entendre que nous faisons un métier formidable...que nous rendons des services , l’abnégation on a donné ! maintenant nous avons besoin d’être considérés comme de vrais professionnels


                      • drgeckel 16 août 2007 23:41

                        50 à 60 millions d’EURO de cotisations annuelles, peut être +, rapidement. Ca aiguise les appetits je pense.

                        Dans notre pays, quand un politique voit une population refusée en bloc une premiere fois, il représente sa copie une seconde fois et si c’est encore refusé, il fait passer la loi en force ou en douce au 3ieme passage en ne demandant plus votre avis. Vous n’avez pas remarqué ? C’est la meme chose pour la constitution européenne et d’innombrables autres projets. Le politique est toujours gagnant dans le harcellement réglementaire car il a le temps pour lui, les professionnels de santé eux ont un métier principal à assurer .


                        • NONO 10 mars 2008 00:17

                           

                          A L’OCCASION DE L’ORDRE INFIRMIER : VIEILLE SOUPE DANS UN CHAUDON NEUF
                           
                          Il faut sans doute que les infirmiers s’organisent pour en finir avec une insupportable soumission de leur activité professionnelle aux pouvoirs médicaux et politiques. Seulement, ils ne peuvent le faire que si l’Identité déniée et passée sous silence, dont témoigne leur soin, est (re)connue par les infirmiers eux-mêmes.
                          Ce qu’il faut ici (re)connaître et affirmer avec force, c’est que sans cette Identité il n’y aurait ni monde, ni politique, ni pouvoirs institutionnels, et que ceux-ci ne tiennent que de dénier régulièrement le service inestimable qu’elle leur rend, en laissant museler le soin qu’elle leur apporte et en admettant qu’ils réduisent ce dernier en esclavage.
                          Le projet techno-idéo-déonto-logique de l’ordre infirmier présenté par le groupe Ste Anne montre de façon éloquente qu’il ne connaît pas cette Identité, mais qu’il l’exploite et s’en soutient en fondant à ses dépends un « pouvoir infirmier » qui la défigure entièrement. Il ne le sait pas, bien entendu, et croit tout le contraire, mais il le fait.
                          De cette Identité il fournit un simulacre de caractère unitaire/totalitaire (ou politico-religieux), aussi pervers que mensonger et fantasmatique, mais qui n’apparaît pas immédiatement, car le réduit d’Identité vérace et authentique qu’il écrase de sa prétendue rigueur en éthique ou en déontologie, en sauve régulièrement (en silence) l’apparence de vertu. « En silence », c’est à dire en la simple humanité des gestes quotidiennement accomplis par des infirmiers et aides-soignants dits « de base ou de terrain », lesquels ne s’éprouvent nullement concernés par un « ordre » qui ne sait pas ce qu’ils font et ne sait pas le faire, un ordre qui, à défaut et en guise de compensation, se donne le pouvoir « panoptique » de les encadrer, de les « surveiller et de les punir » en leur faisant payer son propre manque à jouir d’un « don » de l’Identité, dont la cotisation de ceux qui la possèderaient, pourrait hallucinatoirement lui faire donation.
                          Ce groupe manipulé par une nébuleuse idéologique protéiforme d’origine libéral-puritaine et entretenue par des groupes politico-religieux-affairistes de « droite » autrement moins naïfs que lui, ne voit donc pas du tout de quels pouvoirs liberticides il se fait l’instrument dans et contre la profession infirmière et soi-disant « pour elle ».
                          Est-ce à dire pour autant, que ce genre d’ordre est de type « pétainiste » ? Pas tout à fait, car sa pensée unique ne fait pas exactement retour à la conjoncture national-corporatiste fasciste/nazie/stalinienne de l’époque pétainiste. Cette forme de pensée dualiste/primaire prend plutôt place dans une conjoncture mondial-communautariste très contemporaine, inspirée par le néo-libéralisme, la scientologie et le New age. Cette idéologie totalitaire est certes identique au pétainisme en son noyau dur ou sa structure profonde, mais d’apparence pluraliste et beaucoup moins rigide en surface. Le « malin génie » de ce mouvement de pensée mortifère (auprès duquel le pétainisme fait figure d’amateur) est d’avancer masqué sous de multiples aspects culturels très démagogiques, parfois très avenants et rassurants, en fondant des organisations identitaires apparemment protectrices de chacun et sans rapport les unes avec les autres, que seule fédère une rumeur idéologique tenace, de fond très archaïque ou d’essence religieuse/sacrificielle, mais sans Dieu, sans nom et sans visage.
                          Il est donc très difficile de ne pas tomber dans les pièges accueillants dont est émaillée cette vaste toile d’araignée du monde contemporain. Les partisans de l’ordre infirmier y sont tombés en croyant bien faire, c’est à dire en croyant faire valoir une identité infirmière dont cet « ordre » fournit seulement un simulacre affectif et très dur à la sensibilité, lequel rend la profession méconnaissable en son ordre (axiomatique) propre, car elle s’en trouve entièrement déniée et considérablement affaiblie en sa force de pensée.
                          Voici donc l’exercice professionnel de chaque infirmier légalement pris en otage par un « ordre » construit sur la négation du droit universel de l’Identité du Soin, floué par un « ordre » incapable de fonder sa légitimité, trahi par un « ordre » manifestement inconscient de ses présupposés idéologiques, volé par un « ordre » qui soumet les (maigres) salaires de cette profession à un véritable racket.
                          Voici donc les infirmières et les infirmiers mobilisés de force dans un « ordre » néo-religieux qui vient de jeter un nouveau « voile » (ou suaire) sur la tête de la pensée infirmière, une pensée très rigoureuse et très forte en identité, mais de droit rationnel encore une fois réduite au silence de « l’inconscient » dont elle serait « le sujet ».
                          Il s’agit bien sûr d’une pensée ensevelie vivante depuis la nuit des temps par toutes sortes d’institutions, une pensée dont le nouvel « ordre » infirmier vient creuser un peu plus la tombe en repeignant son catafalque aux couleurs virtuelles de la rationalité techno-logique.
                          « Vivante », car elle présente un côté de stricte nécessité impossible à tuer ou à éradiquer, lequel est par ailleurs indispensable à la constitution et à la conservation des pouvoirs institutionnels ; « ensevelie », car en cette nécessité elle présente un irréductible contenu d’hérésie, une hérésie radicalement démocratique que toutes les politiques laïques, médicales et ecclésiastiques se sont donné pour mission de traquer sans relâche, notamment en ayant « soin » d’en chasser les porteurs (les sorcières, les prolétaires) hors de la citoyenneté, hors des instances de décision et des « domaines » fondamentaux du savoir, hors de « domaines » impériaux que n’a jamais herméneutiquement compris ou délimités la science authentique des humains.
                          …Mais peut-être que rien n’est perdu, car l’« ordre » authentique de cette science annoncée par le silence du soin infirmier, peut être trouvé. Mais lequel, qui ne sera pas, dans son âme, hérissé de barbelés ? Lequel, qui refusera de laisser dans l’histoire le souvenir de la honte en participant à la fondation d’un « new dark age » de la profession infirmière ?
                          En attendant, que chacun se rassure : ce qu’on appelle le « cœur du soin » montre cette hérésie. Ce cœur est « scientifique » parce qu’il est dépourvu d’affectivité et de compassion et donc jamais indifférent à la sensibilité humaine. Il ne peut donc jamais, également, se trouver brisé ou affecté, et encore moins entrer dans un ordre techno-logico-identitaire qui n’est strictement pas le sien.
                           
                          NONO
                          Infirmière hospitalière depuis 35 ans, doctorante, titulaire de deux maîtrises et un DEA... Mais pas du tout dans les disciplines (elles-mêmes inconscientes de leurs présupposés idéologiques et métaphysiques) recensées et conseillées par le groupe Ste Anne (cf . son site) : serai-ce un hasard ?

                          • pollux 30 avril 2008 12:52

                            Joli galimatia qui évoque la logorhée d’une bipolaire en phase hypomaniaque qui serait passé par l’université.

                            Il est bien entendu toujours possible de faire simple, mais c’est plus compliqué.

                            La compassion ne se décrète pas, certains en son plus doté que d’autre, c’est ainsi,... cela ne permet pas de définir une identité professionnelle.

                            L’Ordre est surtout un excellent moyen de peser collectivement sur des grilles salariales obsolètes en luttant contre le dumping social rampant (pas d’embauche de non-IDE pour des actes d’IDE).

                            Faut-il rappeler qu’on exerce un métier aussi pour gagner sa vie, et que l’acte payé par la société, ou le malade, n’est pas fait de compassion, mais avant tout d’une nécessaire et opérante technicité... se qui se passe en silence est la cerise sur le gateau, elle n’a pas de prix, c’est un don.

                            Des actes sont à vendre, et l’identité professionnelle instaure un rapport de force. Autant qu’elle soit forte, centré sur son utilité, bassement matérielle... la simple force de la pensée infirmière n’a jamais sauvé personne mais, comme vous la dite, justement, consubstantielle au coeur technique du métier, elle perdurera.

                            Bref, beaucoup de baratin pour enrober une position politique bien connue... celle du monopole du coeur.

                             

                             


                            • nicorouen 7 décembre 2009 18:54

                              Contre l´ordre infirmier ! En Seine-Maritime...
                              Face à une profession qui réclamait plus de reconnaissance, le gouvernement n’a rien trouvé de mieux que de nous créer cet ordre qui ne correspond en rien à nos aspirations. Esperait-il nous faire croire qu’avec enfin un ordre professionnel nous serions enfin de "petits médecins". C’est vraiment nous prendre pour des cons ! L’adhésion obligatoire, la cotisation, le contrôle accru des professionnels, l’aspect anti-démocratique de sa mise en place... et tant d’autres choses... tout dans cet ordre pue l’autoritarisme et le racket. Manifestation à rouen le 15 décembre, voir le site ROUEN ALTERNATIF
                              et la page : http://raf.apinc.org/view.php?rub=Infos&id=1250


                              • artefactix artefactix 14 juillet 2010 01:29

                                L’article fut ecrit avant le vote par l’assemblée nationale instaurant l’ordre infrimier 14 décembre 2006
                                Aujoud’hui juillet 2010 ou en est ’il : eh bien il n’est pas en forme.
                                La cotisation de 75€ ne rentre pas et au titre des cotisations 2009 et 2010, l’appel à cotisation se monte à 150€.
                                Roselyne Bachelot qui juge « coûteux et inutile »  pour les infirmiers salariés (non concertés et 80% des effectifs) et l’obligation de payer une cotisation annuelle de 75 euros,a lancé un ultimatium pour que l’ordre baisse la cotisation (20€). Elle estime que le Haut conseil des professions paramédicales garantit un cadre à la pratique  infirmiere , et souhaite restreindre l’obligation aux seuls infirmiers libéraux (dont au passage les «  représentants » étaient les seuls demandeurs d’un ordre infirmier) et faire une proposition de loi en ce sens.
                                Voilà tout ça pour ça smiley !





                                 

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