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Accueil du site > Actualités > Santé > La condition des internes en médecine : la réalité éclate

La condition des internes en médecine : la réalité éclate

Ci-dessous, le cri d'alarme adressé par des internes en médecine aux candidats à la présidentielle.

A ce jour, seul un candidat a daigné répondre, se contentant de dire qu'il n'était pas d'accord avec la politique menée actuellement, ce qui ne constitue pas une réponse aux questions clairement posées.

Sans appel...

Mesdames et Messieurs les candidats à la Présidence de la République,
 
Je me permets de vous saisir sur un sujet grave qu’aucun membre de la
classe politique n’a encore abordé et qui semble méconnu, à savoir la
condition des internes en médecine. Je vous saurais gré de me faire
part de votre position et de vos engagements en la matière.

Avant tout, il est important de comprendre que, en vaste majorité, les
internes aiment leur métier, respectent profondément la formation
prodiguée par leurs supérieurs et restent attachés à la sécurité et au
bien-être des patients.

Sans tomber dans les excès de langage habituels des revendications,
les internes sont, en France, victimes d’une exploitation bien trop
sous-estimée. Ne bénéficiant d’aucun statut propre, d’aucun
encadrement légal, il n’y a par conséquent aucune limite à l’abus qui
est fait de leur main d’œuvre à bas coût, principalement à l’hôpital.

Les chiffres qui suivent vous seront probablement plus parlants. Je
vous invite à les vérifier pour vous rendre compte de leur véracité et
donc de la gravité de la situation.

En hôpital, un interne travaille jusqu’à 80 heures par semaine, jamais
moins de 50 heures. Les heures supplémentaires ne sont ni rémunérées,
ni rattrapées. Et pour cause : l’interne, qui reçoit, consulte,
soigne, diagnostique et prescrit au même titre qu’un médecin
titulaire, est considéré comme simple stagiaire et n’a par conséquent
officiellement pas de nombre d’heures de travail fixe.

Il doit donc se plier aussi servilement que de besoin aux nécessités
du service. Il faut souligner que le fonctionnement des services
hospitaliers repose autant sur l'effectif des internes que sur celui
des médecins titulaires (appelés "seniors"). Dans certains cas, même
si la présence des seniors est une caution, le travail est parfois
assumé par les seuls internes. L’exemple le plus flagrant concerne les
gardes de nuit où l'interne travaille 24 heures d’affilée sans aucune
pause, avec tous les risques que cela comporte. La nuit, le senior,
censé travailler au même rythme, dort dans sa chambre de garde mais
"reste joignable si besoin", en sachant qu’un interne qui dérange un
senior pendant son sommeil rémunéré sera considéré comme incompétent.

Pour en revenir au rythme inacceptable et dangereux qui est imposé aux
internes, il faut préciser que si on voulait limiter leur présence à
35 heures par semaine, il faudrait mathématiquement le double
d’internes. Et ce, sans tenir compte du fait que les services sont en
grande majorité en sous-effectif. Les réponses données aux internes
surmenés ne relèvent pas du droit du travail mais renvoient à des
problèmes budgétaires qui ne les concernent pas. Puisqu’il ne peut
financièrement y avoir embauche de médecins, c’est bel et bien aux
internes d’assurer le fonctionnement d’un service qui fermerait s’ils
ne faisaient pas ces 50 à 80 heures hebdomadaires.

La notion d’heures supplémentaires ne peut de surcroît être prise en
compte car la mission de l’interne est clairement définie : pour que
son semestre ne soit pas invalidé, il doit assumer sans faille avec
ses co-internes (quel que soit leur nombre), l’intégralité du
fonctionnement du service, ce qui donne lieu à ces dérives qu’aucun
texte n’empêche. Le salaire d’un interne en hôpital public équivaut de
ce fait bien souvent aux deux tiers du SMIC horaire. Son salaire net
de base reste en effet identique quelle que soit sa charge de travail.

A cela, il faut ajouter un à deux cours par semaine à l’université,
qui bloquent et annihilent le bénéfice des rares jours de repos
octroyés en fonction de ces mêmes cours. Chaque cours nécessite entre
une et trois heures de travail personnel supplémentaire. En plus de
ces cours et de ces "devoirs", l’interne doit rendre entre 15 et 40
études de cas par semestre selon les facultés. La charge de travail
ajoutée par les universités est donc en moyenne de 10 heures
hebdomadaires supplémentaires, ce qui peut pousser la durée totale de
travail de l’interne jusqu’à 90 heures, sans compter le temps de
transport, qui peut aller jusqu’à 2h30 par trajet pour ceux
travaillant en zones sous-médicalisées dites « de périphérie ».

Cette pression écrasante oblige l’interne à tirer un trait sur sa vie
personnelle, familiale et sociale pendant 3 à 5 ans. L'interne a au
mieux 6 jours de travail par semaine, au pire 29 jours par mois, le
peu de temps libre servant à faire les recherches nécessaires et à
écrire ce qui est demandé par la faculté. S’il ne le fait pas
correctement, son semestre n’est pas validé, ce qui prolongera de 6
mois supplémentaires son calvaire. Beaucoup sont contraints de faire
ce semestre en plus, simplement parce que même en réduisant leurs
nuits à 5 voire 4 heures, il n’est pas possible de rendre le travail
demandé dans les temps et encore moins de rédiger la thèse en
parallèle. Cette impossibilité de répondre à tous ces impératifs est
le plus souvent niée ou minimisée par les professeurs et tuteurs, qui
n’ont pour la plupart pas de clairvoyance sur la réalité de la
situation. Et ce, malgré les accidents de la route, parfois mortels,
survenant à la sortie de gardes, après 30 heures sans sommeil.

Avant de vous prononcer sur ce sujet, je vous suggère de vérifier
auprès de différents internes de différents hôpitaux, à quoi ressemble
leur survie. Vous pourrez aisément constater qu’il n’y a pour une fois
aucune exagération à ce qui peut de prime abord paraître grossi ou
basé sur une rare exception subie par quelqu’un de docile. Mais la
notion d’esclavagisme moderne, si ce terme grave doit réellement être
employé, ne peut mieux concerner aucune autre profession, aucun autre
statut, aucun autre contexte et cadre professionnels.

Madame, Monsieur, ma question est simple : si vous accédez à la
magistrature suprême, comptez-vous mettre fin à cette traite des
internes en médecine et si oui, dans quelle mesure et comment
comptez-vous vous y prendre ?

De manière plus concrète, redonnerez-vous une dignité humaine aux
internes en médecine :
- en fixant la durée légale de leur travail à 35 heures hebdomadaires
comme tout salarié ?
- en rémunérant les heures supplémentaires et en en plafonnant le nombre
autorisé à un niveau très raisonnable, de manière à leur laisser le
temps de suivre les cours normalement, de faire tout le travail
demandé par l’université et d’écrire leur thèse ?
 
Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur,
l’expression de ma haute considération.


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11 réactions à cet article    


  • Asdrubal 19 mars 2012 21:18

    Bonjour,

    Je me permets de répondre, étant moi-même Interne en Chirurgie Viscérale dans un Centre Hospitalier Universaitaire en Province

     “vos gardes ne sont-elles pas rémunérées ? Si oui, combien ?”

     Oui, elle sont remunerés à hauteur de 130,02 €

    Source (extrait du Journal Officiel) : http://www.isnih.com/medias/files/textes/statuts/20110803-indemnisation_garde_d_interne.pdf

     “Quel est exactement votre salaire mensuel ?”

     Cela depend de l’année d’internat, étant en 2e année, cela me fait 18 000€/an. En moyenne, toutes années d’internat confondues celà fait approximativement 2 000€/mois brut.

    Source (journal official) : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022509256&dateTexte=&categorieLien=id

     “Qui prétend qu’un interne qui réveille un sénior est incompétent ? Avez-vous un exemple à citer.”

     Le Senior qui le lendemain reprend le travail, n’apprécie pas trop (et ça va de soi) que l’on appelle pour la 3e fois à 4h du mat’.

     Hé bien, dés nos premières gardes, on est livré à nous mêmes ; Il est exigé de nous d’accomplir le travail d’un senior, être infaillible, rapide et efficace où la moindre erreur est impardonnable.

    En plus du stress, Il faut ajouter à cela la fatigue accumulée entre les gardes, le travail réalisé dans le service, le bloc, les consultations.

    Nous sommes régulierement débordés aux urgences  ; heure continue, on ne se permet pas de prendre de pause

    Des malades qui s’impatientent, d’autres prêts à découdre aux poings

    On nous demande également de faire du social : nombre de fois, il m’a été demandé de résoudre des conflits familiaux, d’appeler des structures d’accueil ou d’heberger, dans un service de médecine, papie ou mamie parce que les enfants ne veulent pas s’en occuper.

     “Combien de gardes faites-vous par mois ?”

     je fait approximativement 1 garde par semaine et 2 astreintes par semaine. La moyenne va de 4 à 6 gardes par mois.

     “De notre temps, la situation était encore plus précaire et pourtant, on ne se plaignait pas ! A quoi attribuez-vous cela ?”

     Pour plusieurs raions :

     _Population vieillisante , de plus en plus de personnes âgées avec multiples maladies, dont le maintien à domicile n’est pas evident.

     _Numerus clausus dont nos politiciens ont joué au yoyo avec, pour preuve :http://fr.wikipedia.org/wiki/Numerus_clausus_dans_l%27admission_aux_études_médicales_françaisesaux années 70, on formait plusse de médecins que de nos jours. Ayant passé ma 1ère année de médecine en 2004, le Numerus clausus était à 5500 étudiants en médecine formé, relativement bas.

      _Certains patients sont de plus en plus procéduriens comparativement à « votre époque », le moindre aléa thérapeutique et la famille nous tient pour responsable.

     Si les internes de médecine se font entendre que maintenant, c’est dû à l’accumulation d’un ras-de-bol qui ne fait que durer. Ajoutons à cela, des hôpitaux qui ne se sont pas modernisés ou adaptés.

     Ayant choisi de m’orienté vers une spécialité chirurgicale, il s’avère qu’au terme de mes 5 ans d’internat, je devrais attendre une année à deux années de plusse afin d’obtenir un poste de clinicat, car le nombre de poste de clinicat reste extrement restrint. Or, pour tout interne de spécialité, il lui est exigé de passer son clinicat qui durera deux à trois, afin d’être conventioné.

     Pour résumé l’artcle de l’auteur, les etudes médicales sont laissées pour compte (comme tout le secteur public malheureusement). Une formation théorique de 6 ans, dont un concours d’entrée et un concours en fin de 6e année pour le choix de la spécialité, un externat éprouvant de la 4e à la 6e année où l’on doit jongler entre stage pratique, cours magistraux, revisions pour l’Examen Classant National (peu de vie sociale dû au rythme effreiné et de la quantité de savoir médical), où l’on doit dépendre financierement de nos parents jusqu’à nos 25 ans.

    Tout cela, pour devenir Interne, travailler en moyenne 50 à 60 heurese par semaine, être payé moins que le SMIC horraire, ne pas être sûr d’être conventionné à la fin de notre internat, devoir faire de la recherche en parallèle, publier des articles à la demande de nos chefs de service.c’est presque de l’esclavage…

     Ce qui nous fait encore tenir, c’est de savoir que l’on pratique le métier le plus beau du monde, où chaque paine soulagée, où chaque malade soigné, nous réchauffe le Coeur.

     Par consequent, je vous prie de nous prendre au sérieux quant à nos conditions de travail, nous ne sommes pas là pour chialer sur notre sort comme des gosses, mais pour vous faire réaliser que c’est la santé de chaque citoyen qui est mise en danger si n’on n’aide pas la profession médicale.

     Sachez qu’au lieu de m’orienter vers des etudes médicales, j’aurais pu choisir de faire une Ecole de Commerce (comme l’ont fait certains de mes ami) où papa-maman m’aurait payer chaque année les frais d’inscription, pour au final travailler dans une banque qui spécule avec votre argent et vous endette. Donc, ne vous trompez pas d’ennemis.


    Armand B.


     



  • Patrick Samba Patrick Samba 20 mars 2012 02:36

    Bonjour,

    Alain Colignon : « De notre temps, la situation était encore plus précaire et pourtant, on ne se plaignait pas ! A quoi attribuez-vous cela  ? »

    Au fait qu’il y a toujours eu des gens comme vous à tenir ce discours. Résultat : se plaindre devient un tabou, et la situation d’exploitation perdure.

    Au lieu de leur mettre la pression que vous avez vous-même subie, ne trouveriez-vous pas plus solidaire et finalement plus humain de soutenir les internes qui subissent en général bien des pressions au sein d’un hopital ? Ne vaudrait-il pas mieux cela que le stupide : "J’en ai bavé, aux suivants d’en baver également" ?

    Bon courage les internes, il y a bien des réformes à réaliser dans les études de médecine, pour qu’elles soient notamment moins stressantes. 


  • aspic aspic 19 mars 2012 21:20

    Je vous souhaite bon courage, c’est bien de sortir un peu de l’anonymat, car il y en a certains qui voudraient vous réserver APRES l’internat d’autres corvées :

    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/deserts-medicaux-m-hollande-je-ne-112513#forum3261449

    Mon fils ainé sera interne l’année prochaine, j’espère que cette réalité décrit par vous percera un peu.
    Ne vous faites par contre pas trop d’illusions : beaucoup vous voient simplement comme « des fils de bourgeois », payées par l’argent du contribuable !

    La réalité est tout autre. Bon courage et passez votre message au grand public, qui a besoin d’internes en bonne forme physique et morale pour un bon fonctionnement du système de santé !
     smiley


    • Terrine de Saint Prout Terrine de Saint Prout 20 mars 2012 01:55

      Je vous remercie de VEILLER TOUTES LES NUITS
      pouvant m’accueillir à TOUTE HEURE...CRITIQUE.
      Passerai-je cet été ?

      une mémé dans les orties

      sympathisante du PARTI INDIVIDUALISTE FRANCAIS

      ( quelques suggestions dorénavant pour les prochaines élections législatives :
      - Un couple de députés gauche-droite dans chaque circonscription.
      - Femmes et Hommes à la retraite, OSEZ vous présenter et organiser un TIRAGE AU SORT
       parmi vous dans la Salle des Fêtes.
      - Mettez sur le tapis les questions du NUMERUS CLAUSUS, la fin des Concours,
       l’argent de poche du collégien, lycéen, étudiant, son accès à la propriété à taux ZERO,

        le moratoire sur la fabrication d’armes et de porte-avions, la surveillance de nos
        musées par des passionnés bénévoles ou la planche à monnaie de singe,

       la gratuité de tous les soins,
       le sal aire minimum garanti aux maraîchers non pollués, aux anges soignants,
        la fin des mutuelles, la PREVENTION ...)


      • Laurent 20 mars 2012 11:32

        En accord avec l’article et également avec le commentaire disant que ce n’est pas parce que d’autres en ont bavé qu’il faut que la situation perdure.

        Un bémol cependant, gardez un peu de mesure vis à vis de « l’esclavage moderne », vous ne connaissez peut être pas la situation de ces femmes/hommes de ménage qui nettoient les bureaux de nos entreprises en dehors des horaires d’ouverture, pour ne prendre que cet exemple, je pense que leur situation est encore pire que la votre et elle n’est pas transitoire malheureusement. Donc relativisez vos propos pour ne pas les rendre inaudibles.

        Maintenant un autre commentaire, pour connaître d’assez près la situation d’un hôpital de taille raisonnable sans être un CHU, je peux témoigner de la dégradation de l’accueil des patients dans l’hôpital public (non en tant que patient je tiens à le préciser, mais à partir de témoignages internes). Personnel agressif avec les patients et les familles de patients, désagréables, ne montrant aucune compassion, traitant vraiment très mal les gens.
         
        Connaissant cet hôpital depuis près de 10 ans de l’intérieur, j’ai pu observer par personnes interposées la dégradation de ces conditions que pour ma part j’attribue à deux causes principales : la pression mise sur les personnels par la T2A (Tarification à l’activité mise en place en 2007) et le management de l’hôpital qui est entre les mains de quelqu’un qui dans le privé aurait déjà été viré sinon condamné pour harcèlement moral.
        La « nouvelle » direction de cet hôpital arrivée il y a quelques années traite les employés, de tout niveau (depuis les aides-soignants jusqu’aux cadre infirmiers et administratifs) avec peut-être un peu de retenue vis à vis des médecins, avec un mépris et un dédain assez invraisemblable.
        Le résultat c’est qu’au bout de quelques temps les gens qui sont maltraités finissent par eux-mêmes se comporter d’une manière détestables avec ceux qui sont en bout de chaîne c’est à dire les patients et leurs familles.
        Cela n’excuse pas le comportement mais ça l’explique.

        Si j’ajoute les témoignages que j’ai de mon côté venant du monde administratif de l’hôpital, au votre sur la condition des internes, j’en déduis que l’Etat montre bien peu de considération vis à vis de ses personnels. Or quand on traite les gens comme de la m... on obtient rarement de bons résultats.

        Ceci dit, je pense que nos gouvernants sont parfaitement au courant de la situation et que cela fait partie d’une volonté de faire pourrir un peu plus l’hôpital public de manière à ce que dans quelques années la majeure partie de la médecine se fasse dans le privé, seuls les pauvres iront dans le public et ce n’est pas grave s’ils ne sont pas bien traités, ils sont pauvres.

        Au final, les médecins qui veulent faire de l’argent (et il y en a il ne faut pas se le cacher) seront contents, les cliniques privées seront contentes, comme les tarifs auront augmenté sensiblement une partie ne sera plus remboursée et les les mutuelles augmenteront leurs tarifs et seront contentes... Bref presque tout le monde sera content, enfin ceux qui auront les moyens d’être contents ou bien qui seront en bonne santé.

        Et le fabuleux marché de la santé convoité par nombres de groupes privés sera enfin en grande partie privatisé comme aux U.S. Tout le monde sait que c’est moins efficace, mais on s’en fout car ça permet à certains de gagner beaucoup d’argent.

        Ce changement est en marche, et la situation des internes en fait partie, c’est pourquoi je pense que malheureusement, à moins d’un changement radical de nos politiques publiques, je vois mal comment votre situation pourrait changer dans les années qui viennent.

        Bon courage quand même.


        • Karash 20 mars 2012 11:35

          Je relaie sur le facebook de JLM et sur son blog. C’est le minimum.


          Il n’y a pas de mot pour décrire l’admiration qui est la mienne pour vous qui sacrifiez tant pour la communauté. Honte a tous ceux qui vous mettent des bâtons dans le roues. Lobbies pharmaceutiques, fonctionnaires débiles qui empêchent de former assez de médecin avec le numerus clausus ( ce qui pousse au crime les redoublants de première année ) , gouvernements irresponsables qui ne mettent pas les moyens nécessaires pour vous permettre d’étudier dans des bonnes conditions.

          On demande beaucoup trop aux médecins, comme on demande beaucoup trop à l’école. Ces deux piliers fondamentaux de nos sociétés récupèrent jour après jour la responsabilité des dérives de notre société toute entière.

          Jusqu’à quand ?

          Parlez camarades, parlez. Subir en silence ne résoudra rien. N’écoutez pas ceux qui vous disent le contraire.

          • Pharmafox 20 mars 2012 14:02

            Autant on peut reprocher beaucoup de choses à l’industrie pharmaceutique, autant je ne vois pas ce qu’elle aurait à gagner dans la mort à petit feu des hôpitaux publics... 

            Ce serait même le contraire.

            Par exemple, il y a 15 ans, les hôpitaux constituaient leurs stocks de médicaments dans la plus totale opacité. Ce temps est révolu, contrôle des coûts oblige, et certains laboratoires y ont perdu un marché juteux et de chaleureuses relations avec certains responsables hospitaliers.

            Les cliniques étant des entreprises avant d’être des services publics, elles chercheront également le meilleur prix pour les médocs, quitte à ce que ce soit au détriment de l’intérêt du patient.

            Si les mutuelles sont plus chères, si les tarifs des cliniques sont plus chers, les patients retarderont toujours plus le moment de se soigner. Au lieu d’acheter un produit sans ordonnance pour un petit rhume, ils attendront que le rhume passe tout seul ou en reviendront au cataplasmes de grand-mère.

            Non, je crois vraiment que l’industrie pharmaceutique est hors du coup (pour cette fois).

          • Karash 20 mars 2012 15:59

            Le lobby pharmaceutique, c’est plus pour les médecins en activité, effectivement.


          • Pharmafox 20 mars 2012 14:18

            Malheureusement, il n’y a pas qu’en médecine que les anciennes générations reproduisent sur la future relève les misères qu’elles ont subi. Prenons le cas de la recherche, que ce soit en sciences dures, en sciences humaines ou en économie. Combien de dizaines de supérieurs hiérarchiques apposent leur nom sur une publication à laquelle ils n’ont pas contribué ? Combien de brevets ont pour seul inventeur un directeur R&D dont on ne me fera pas croire qu’il est expert simultanément dans 15 domaines ? Tout ça parce que « ça a toujours été comme ça ».

            Pour en revenir aux internes, il faut malheureusement noter qu’ils n’intéressent effectivement personne. Pire : pour monsieur tout-le-monde, il est plus facile de se désoler du sort de la femme de ménage, prolétaire par excellence, que sur celui de l’interne, qui, par ses diplômes, appartient à une élite. Les séries hospitalières nous montrent bien que le soucis du médecin, interne ou non, est de savoir avec qui s’envoyer en l’air, éventuellement comment soigner son patient, mais jamais s’il bouclera ses fins de mois.

            Le premier combat à gagner sera peut-être celui-là : faire comprendre ce qu’est un interne. Un médecin qui n’en est pas un tout à fait, qui doit faire l’essentiel du travail, n’a droit à aucun repos ni loisir (en dépit du droit du travail) et s’en prend plein la figure à la première occasion.


            • JP93 20 mars 2012 22:49
              Cher Docteur Colignon,
               
              Ce n’est pas simplement à l’auteur de répondre mais aux milliers d’internes qui vivent cette situation écrasante dont vous semblez inconscient. Comme beaucoup de maîtres de stage et tuteurs, vous paraissez malheureusement très décalé de la réalité du mode de vie que les internes de toutes spécialités subissent. Je vais m’efforcer de répondre à vos questions qui ne vous fera pas davantage ouvrir les yeux. C’est tout l’intérêt de dialoguer des heures avec la plupart de nos tuteurs, maîtres de stage, chefs de service ou professeurs de faculté : ils écoutent notre souffrance mais ne la subissant pas personnellement, ils ne bougent pas d’un iota.
               
              - vos gardes ne sont-elles pas rémunérées ? Si oui, combien ?
              Les gardes (obligatoires) ne sont pas rémunérées comme heures supplémentaires. Nous ne touchons qu’une indemnité pour travail de nuit. Celle-ci s’élève à un peu moins de 100 euros nets pour 15 heures de travail consécutives (de 18h à 9h) sans aucune pause prévue. Ces gardes ont lieu immédiatement après une journée de travail... qui se termine à 18h...
               
              - Quel est exactement votre salaire mensuel ?
              Mon salaire est de 1420 euros nets... pour 70 heures de travail dans l’hôpital où je fais mon stage ce semestre. Ces horaires excessifs n’exemptent pas du travail facultaire. Pour mémoire, même si nous faisons les mêmes tâches que vous, nous sommes considérés comme étudiants et avons des cours à préparer, des devoirs à rendre...
               
              - Qui prétend qu’un interne qui réveille un sénior est incompétent ? Avez-vous un exemple à citer.
              Les seniors sont généralement plus qu’agacés qu’un étudiant leur pose une question pour valider le diagnostic sur lequel il a un doute. Pour rappel, c’est le senior qui dort (et payé pour sa part 400 euros à roupiller) dont la responsabilité est engagée pour les patients soignés par l’interne. J’ai plus d’un exemple à citer. Si vous me laissez votre numéro, je vous appelle toutes les nuits pour vous les donner en live (je fais mon stage à l’AP-HP). Compte tenu de votre expérience, les questions d’un étudiant n’ayant que quelques mois d’autonomie, pouvant permettre de sauver la vie d’un patient pourront vous sembler stupides, surtout à 3 heures du matin.
               
              - Combien de gardes faites-vous par mois ?
              Personnellement, je fais en moyenne 4 gardes par mois. D’autres ont moins de chance et en font plus, jusqu’à 3 par semaine. Les 70 heures hebdomadaires dont je vous parle comprennent aussi bien le travail de jour que de nuit.
               
              je n’en n’ai pas bavé et je ne souhaite donc pas que vous en baviez à votre tour.
              Vous disiez avoir vécu pire mais vous n’en avez pas bavé. Votre sens logique m’interroge. Comme beaucoup de vos collègues, votre incapacité à comprendre une situation au coeur de laquelle vous êtes pourtant plongés et que n’importe quelle personne de notre entourage comprend est effrayante. Comment un médecin expérimenté peut à ce point manquer d’analyse pour des faits aussi clairs ?
               
              - Votre salaire n’est du reste pas négligeable puisqu’il s’élève à près de 3000 euros brut en cours d’études.
              Comment pouvez-vous donner des chiffres aussi absurdes ? Pour ma part, je touche la moitié de la somme que vous indiquez ! Si vous parlez de l’indemnité annuelle de l’étudiant externe, elle s’élève effectivement entre 2000 et 3000 euros, ce qui revient à... 1 à 2 euros de l’heure, soit moins que l’indemnité alimentaire du chien du vigile de l’hôpital. 
               
              - Peu importe les heures !
              Pas quand on en fait 70 par semaine, sans compter les 10 à 20 heures de travaux facultaires...
               
              - Le gros problème des médecins français aujourd’hui tient au fait qu’ils sont infantilisés !
              C’est probablement le seul point sur lequel nous sommes d’accord : alors que les médecins internes ont parfois la responsabilité d’un service entier, vous les traitez comme des écoliers en les inondant de traces (cas cliniques) à rendre, de cours à préparer, de corrections psycho maniaques à effectuer... et réussissez à vous plaindre de leur manque de disponibilité alors qu’ils font plus d’heures que vous. Vous les tutoyez et attendez le vouvoiement en retour. Les médecins internes de 25 ans ne sont pas infantilisés par le système bureaucratique mais par leurs confrères.
               
              - En tant que maître de stage, j’ai toujours veillé à les faire participer à des programmes de recherches
              STOP, merci ! Quand comprendrez-vous que votre soif d’importance nous étouffe et nous bouffe le peu de temps qui nous resterait pour souffler hors hôpital ? Nous ne sommes pas chercheurs mais apprentis médecins. La recherche ne nous apprend pas à mieux soigner mais à VOUS satisfaire. Ces recherches nous empêchent de nous perfectionner dans les diagnostics de base.
               
              - L’HAS, l’AFFSAPS (...) sont autant d’institutions stupidement bureaucratiques...
              Ces institutions sont l’application même de la médecine basée sur la recherche que vous prônez. C’est en grande partie sur leurs recommandations que la médecine moderne repose et évolue, Docteur. 
               
              - Voilà ce que vous devez veiller à obtenir, le reste, c’est du blabla
              Est-ce du « bla bla » que de réclamer un semblant de décence et de vie normale ? Sur votre profil Agoravox, à la rubrique « ce que je respecte le plus » vous avez écrit « l’opinion d’autrui ». Si vous n’admettez pas que vos subalternes exposent leur souffrance alors qu’ils sont pressés, tiraillés, écrasés, plus qu’épuisés, tant physiquement que psychiquement, j’ai du mal à imaginer dans quelles circonstances plus propices ce respect peut se manifester.

              • marie laure 5 avril 2012 22:46

                « - Patientez un peu, l’avenir est rose pour vous ! »....
                Bonjour, je souhaitais juste rajouter un petit bémol, cela dépend des spécialités ! Je suis interne de médecine générale, je vis dans les memes conditions sus-citées, avec parfois bien moins de reconnaissance que les internes de spé...Et je doute aujourd’hui que l’avenir soit si rose que vous le dites pour nous futurs généralistes..Sauf si nous continuons a travailler comme des acharnés 90h par semaine et continuons a mettre de coté notre vie personnelle comme nous y habitue si bien notre internat...
                Enfin c’est comme ca, et malheureusement je ne crois pas que les choses sont pretes à changer.
                Bonne soirée

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