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La gueule et les poumons, des effets du libéralisme politique sur la santé publique

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Ce premier jour de février 2007, l’interdiction de fumer dans les lieux publics est entrée en vigueur, sortant ainsi la loi Evin de l’état de virtualité dans lequel elle sera si longtemps restée. Entre le danger sanitaire et l’enjeu financier, l’Etat semble donc avoir fait son choix, en optant pour l’application du principe de précaution étendue à l’ensemble des lieux publics.
Outre le fait que l’on ait aujourd’hui besoin d’une loi pour faire respecter l’une des formes les plus élémentaires de politesse, c’est l’impensé politique de cette mesure qui devrait interpeller. Pourtant, cette opinion qu’on voudrait publique, et donc multiple, se limite essentiellement à deux postures, l’une célébrant les vertus de la répression promise, tandis que l’autre s’offusque d’une atteinte à la liberté individuelle. Ces derniers ne précisent pas la nature de la liberté invoquée, sans doute conscients que l’existence d’un droit inaliénable d’exposer autrui à un risque mortel est difficilement défendable. De même les premiers restent-ils très évasifs quant aux bienfaits supposés de l’interdiction, vraisemblablement soucieux de ne pas gâcher par maladresse l’aubaine de voir leur détestation de la clope bénéficier d’une si tonitruante consécration législative.
Entre goujats de la cibiche et fervents partisans de la pureté, l’Etat a donc opté pour le schisme sanitaire. Si le bon sens le plus élémentaire voudrait que l’on souscrive sans réserves à cette interdiction, l’idéologie dont elle résulte a de quoi susciter les réticences les plus légitimes.
En premier lieu, on est en droit de s’inquiéter du caractère éminemment lucratif d’une telle interdiction, qui ajoute à la taxation exorbitante d’un produit un jeu d’amendes sanctionnant sa consommation. Une telle « fantaisie » fiscale, à elle seule, atteste la duplicité de la politique mise en oeuvre.
Ensuite et surtout, cette campagne de prohibition passive - en ce sens que la mesure vise à une pénalisation partielle de la consommation d’un produit restant en vente libre - révèle un certain visage de la France contemporaine. En effet, et c’est là tout le travers de ces politiques qui ne sont jamais si unanimes que lorsqu’il s’agit de se désister, cette interdiction de la cigarette dans les lieux publics induit l’idée selon laquelle le problème sanitaire créé par l’industrie du tabac relèverait exclusivement de la sphère privée. En effet, n’étant qu’une mesure de confinement, cette mesure se satisfait en toute indécence de placer un problème de santé publique sous quarantaine, faisant peser sur l’individu une responsabilité dont les pouvoirs publics, par incompétence ou intérêt mercantile, se refusent à assumer pleinement la charge.
Mais rien ne pourra advenir de mieux tant que les premiers concernés, ayant définitivement omis qu’il existait en eux un citoyen au surplus de l’individu, aspireront seulement à braver des interdits. Victimes de la force de l’habitude, il leur est impossible d’exiger de l’Etat la plus légitime des mesures : la condamnation de cette industrie du tabac qui persiste à décupler la nocivité de ses produits à seule fin de s’assurer l’addiction de la clientèle.
Si une telle volonté politique se saisissait ainsi du fléau sanitaire, l’interdiction de fumer dans les lieux publics aurait alors un sens estimable, se comprenant comme le nécessaire complément d’un authentique souci de préserver la santé publique.
Dans l’attente de ce jour, l’adoption de l’interdit restera le symptôme d’une impuissance, si ce n’est d’une négligence politique.


Illustration : Skull with Cigarette, Vincent Van Gogh (1886)

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14 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 14 février 2007 11:10

    Bien vu J.C , c’est mauvais pour la santé mais on en vend quand même car ça remplit les caisses ! d’où mon incompréhension sur la légalisation de l’usage du cannabis , pas plus nocif que l’alcool , pourquoi ne s’aligne t-on pas sur les autres européens ? Yaka mettre une petite taxe sur le chichon smiley


    • vraitravailleur (---.---.185.213) 15 février 2007 12:06

      Interdire de fumer du tabac est certainement liberticide.

      En revanche, interdire de fumer dans des lieux publics où des non-fumeurs ne supportent pas la fumée de tabac, notamment pour des raisons d’allergie, quoi de plus normal ?

      Avec l’application incomplète de la loi Evin, les fumeurs, par ce qu’il dégagent de nocif, interdisent encore en effet aux personnes saines l’accès aux cafés, aux restaurants, aux bureaux de vente de journaux et de timbres.

      Dans les pays où fumer est interdit dans les « pubs », on a constaté que leur fréquentation ne baissait pas. C’est donc à tort, qu’en France, les tenanciers des établissements de cette catégorie s’inquiètent pour leur chiffre d’affaires.

      Il conviendrait logiquement d’appliquer cette mesure aussi dans les parties privatives des HLM où se trouvent des enfants. Ce type d’habitation, financé par le contribuable, est en effet destiné à aider à se loger à coût réduit les familles précisément parce qu’elles ont une progéniture dont la santé doit être préservée par de bonnes conditions de logement.

      Enfin, il conviendrait que les fumeurs soient davantage taxés que les autres en matière de sécurité sociale et de CSG puisqu’ils ont davantage de chance de gruger l’assurance maladie.

      Sinon, tant que fumer ne dérange pas autrui et ne grève pas les finances des non-fumeurs, quelle bonne raison a-t-on d’interdire cette activité plus que l’alcoolisme, la consommation de porc, de lapin et de poisson sans écaille, l’homosexualité, la sujétion à l’écran de télévision ou à Agoravox ?

      L’auteur de l’article, en revanche, qui s’en prend à l’industrie de la cigarette, semble suggérer d’ imposer à terme l’interdiction de fumer en tout lieu et en tout temps et là, il s’agit vraiment d’une atteinte à la liberté individuelle

      vraitravailleur


    • JC. Moreau (---.---.219.142) 15 février 2007 12:28

      @Vrai Travailleur,

      Je serais curieux de savoir quel est l’extrait de mon article qui a pu vous pousser à considérer que je « semble suggérer d’ imposer à terme l’interdiction de fumer en tout lieu et en tout temps ».

      Êtes-vous sûr de m’avoir bien lu ?

      Enfin, s’agissant de la pression fiscale toujours plus accentuée sur les fumeurs, réjouissez vous, cette mesure s’étant concrétisée par l’instauration d’un nouvel arsenal d’amendes. Auriez-vous par hasard été l’un des instigateurs du rapport Morange ?

      Plus sérieusement, croyez vous sincèrement que la répression d’un comportement individuel puisse réellement, à elle seule, assurer la régression d’une crise sanitaire ? N’est-ce pas souscrire en plein à la privatisation progressive d’un problème de santé publique ? N’y a-t-il absolument rien qui vous interpelle dans ce processus politique ?


    • vraitravailleur (---.---.241.9) 16 février 2007 09:21

      à J.C. Moreau

      De toutes façons, nous n’échapperons pas au système de santé à deux vitesses, comme dans les autres pays européens car trop de social tue le social.

      De plus, la fin du monopole de la sécurité sociale sur l’assurance maladie décidé par les ordonnances signées par Lionel Jospin et Jacques Chirac commence à porter ses fruits auprès des professions libérales.

      Le jour où les entreprises commenceront aussi à affilier leurs salariés à Amaris, je ne vois pas comment la « sécu » pourra continuer à exister sous sa forme actuelle de pompe à finance des syndicats.

      vraitravailleur


    • gem gem 14 février 2007 11:30

      Question taxe, je suppose que ça va devenir rentable et très « in » de cultiver son propre tabac, comme certains cultivent déjà leur « herbe »...

      Mais vu le « succès » de la politique de prohibition des drogues, aujourd’hui, ou de l’alcool, dans les années 30 et en vraie grandeur aux USA, je comprend mal qu’on parle encore de faire passer le tabac dans l’illégalité...

      On parle beaucoup de « blanchiment de l’argent de la grogue », moi ce qui m’inquiète le plus c’est « le noircissement » d’activités certes peu morale mais inévitable, compte tenu de la nature humaine.


      • JC. Moreau (---.---.219.142) 15 février 2007 11:14

        Bonjour Gem,

        Qu’entendez vous au juste par «  »noircissement« d’activités certes peu morale mais inévitable »...

        De prime abord, j’aurais tendanc à comprendre votre intervention comme une légitimitation fataliste des pratiques en vigueur dans l’industrie du tabac.


      • JC. Moreau (---.---.219.142) 14 février 2007 16:37

        A toute fin utile, concernant les bénéfices relatifs à la fiscalité sur le tabac ainsi que les réticences politiques à se saisir du problème par son versant industriel, vous trouverez ci-joint :

        - Un historique de l’augmentation de la pression fiscale sur la vente de tabac, réalisé par le Centre de Documentation et Information sur le Tabac (CDIT) : http://www.tabacs-a-vendre.com/fr/historique.htm

        - Un rapport ministériel remis en 1999, évaluant notamment pour l’année 1999 un solde bénéficiaire des recettes publiques associées au tabac à 18,453 Millions de francs (page 17 du rapport) : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/994001479/index.shtml

        - Et enfin, le Rapport Morange ayant présidé au renforcement de la Loi Evin, où pas une seule fois n’est sérieusement abordée la question du processus de fabrication du tabac : http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i3353.asp


        • Florence5 (---.---.222.190) 15 février 2007 10:33

          Très pertinent article qui nous change de la posture standard des « pro » et des « anti ». Quant à l’avènement de politiques capables d’interdire l’adjonction dans les cigarettes de substances chimiques à effet d’addiction plus nocifs et pervers que la nicotine, je crains que nous ne disposions pas en magasin du modèle recherché.


          • JC. Moreau (---.---.219.142) 15 février 2007 11:09

            Chère Florence,

            Tout d’abord, merci de ce commentaire élogieux. S’agissant de la volonté politique en question, effectivement, il existe fort peu de chances que celle-ci naisse d’elle-même et ne pourra advenir qu’à la suite d’une pression sur les pouvoirs publics, à commencer par une action visant à porter atteinte à l’indécence des recettes fiscales liées au tabac. Pour autant, le recours au marché noir ne serait pas la solution pertinente, puisqu’elle ne pourrait avoir pour seul effet que de maintenir, voire d’aggraver le problème sanitaire tout en diminuant une part des recettes fiscales allouées au secteur de la santé.

            Une partie de la solution, du moins un embryon de réponse, à mon sens, pourrait résider dans une promotion à grande échelle de produits tels que ceux de la firme « American Spirit », qui assure la transparence de sa production.

            Pour de plus amples informations, je vous renvoie au lien ci-joint (le document à télécharger se nomme « PreambuleEV.pdf ») :

            http://www.utopies.com/docs/


            • Florence5 (---.---.222.190) 16 février 2007 18:07

              Bonsoir Jean-Christophe,

              Merci pour le lien. J’ai relevé à la fin du document les propos suivants :

              Écologiquement parlant, conclut Paul Hawken, « notre économie industrielle est un système immature » qui se préoccupe peu de l’efficacité, ni de la préservation ni de la diversité.

              Finalement, l’entreprise verte sera celle qui ne se comporte plus comme une « mauvaise herbe » mais est passée au stade plus évolué de la « bonne plante » efficace et intelligente. Pour cela, il ne faudra rien moins qu’un changement de nature.

              Rien de moins en effet.

              Et le chemin sera d’autant plus long que ceux qui prétendent à influencer le moyen/long terme de notre devenir (définition partielle et partiale du Politique !)n’ont pas encore eux-même « changé de nature ».

              Comme votre article le relève, ils sont capables de justifier l’injustifiable. On n’est pas près de s’ennuyer !

              Soit dit en passant, je suis absolument hostile à la prohibition, porte ouverte à tous les trafics et traficotages.


            • Jaimz (---.---.101.8) 15 février 2007 11:25

              Article bien écrit et soulevant une belle contradiction politique. Doit-on rendre illégale la consommation de tabac ? Sa toxicité est reconnue scientifiquement, de même que la dépendance que cette substance crée, donc il est possible de la considérer comme un stupéfiant. Pourquoi ce pas n’est-il pas franchi ?

              En pratique, pour l’instant il reste beaucoup de réfractaires et je vois peu de sanctions... surtout au niveau de l’interdiction de jeter un mégot sur la voie public. Par contre l’impression de ségrégation est très palpable, isolement (parquage même), regards haineux et pressions de toute part. Pourquoi faire des fumeurs, des parias ?

              Je suis fumeur.


                • Christophe (---.---.183.103) 15 février 2007 16:46

                  Article très pertinent !


                • JC. Moreau (---.---.147.208) 18 février 2007 13:39

                  Merci Christophe pout cette information, bien qu’elle ne soit pas particulèrement réjouissante... Du moins a-t-elle le mérite de nous montrer à quelles missions d’intérêt général servent les contributions étatiques au budget de l’Union européenne.

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