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Accueil du site > Actualités > Santé > Le choix d’Elisabeth, chapeau l’artiste !

Le choix d’Elisabeth, chapeau l’artiste !

En choisissant Elisabeth Hubert pour une authentique mission de confiance –réconcilier le corps médical avec la majorité UMP– Nicolas Sarkozy a assurément fait « le bon choix ». Elisabeth Hubert était disponible, qualifiée et « corpo-compatible », en un mot destinée à la tâche !

L’actuelle consultante, Présidente de la FNEHAD –Fédération Nationale des Établissements d’Hospitalisation à Domicile– était donc disponible. Lorsque La Lettre de Galilée avait, il y a un an, fait écho à une rumeur, tenace et concordante, la donnant nominée aux désignations d’ARS, son démenti avait été radical, cinglant, orgueilleux : « Je n’ai jamais fait acte de candidature, j’ai autre chose à faire … ». On la savait donc occupée… mais néanmoins ouverte à une proposition plus digne de son impressionnant cursus.

Il commence à Nantes, avec les années 80. A peine diplômée, à peine installée, le Dr Hubert s’inscrit donc à la CSMF dès 1981. Elle découvre l’histoire libérale dans les archives du syndicat où on l’a préposée à la préparation du centenaire de l’organisation. Hyperactive elle s’engage simultanément en politique après le « traumatisme » de l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée. Synthèse de son double engagement, elle sera de la manifestation levée à Saint-Nazaire contre le projet de Centre de Santé Intégré –sorte de Maison de Santé Pluridisciplinaire avant l’heure– d’un maire adjoint alors presque inconnu, du nom de… Claude Evin.

Olivier Guichard, l’homme fort du Gaullisme ligérien, en fera la plus jeune députée de France, en 1986, à la veille de son trentième anniversaire. Ses faits d’armes parlementaires sont, en tribune, de violentes diatribes contre ce voisin nazairien devenu entre temps Ministre de la Santé de François Mitterrand.

En 1995, on la retrouve dans le staff rapproché du candidat Chirac qui en fera son éphémère ministre de la Santé,… cavalièrement « débarquée » avec les autres « Juppettes » en novembre pour cause de campagne (ratée) des municipales nantaises. Bon prince, Chirac l’hébergera à l’Élysée comme conseillère le temps d’un bref intérim. Car l’industrie l’attire et c’est de Bernard Majoie, un authentique capitaine d’industrie qu’elle reçoit l’invitation à le rejoindre à la tête des laboratoires Fournier. Cette carrière se retrouvera emportée par le meccano industriel qui redessine régulièrement la géopolitique pharmaceutique, et par un autre échec électoral, cette fois à la présidence du LEEM, l’organisation patronale de la pharmacie.

Depuis 2005, Elisabeth Hubert cultivait donc sa différence, à la fois proche et éloignée de la politique comme du syndicalisme médical. Néanmoins présente aux Universités d’été de la CSMF pour y faire la promotion de l’hospitalisation à domicile qui ne peut évidemment pas s‘épanouir sans la contribution active des généralistes. Mais sans non plus y afficher d’activisme notoire, peut-être plus proche d’un Richard Bouton qu’elle avait côtoyé, jadis, dans un « Comité Vigilance & Action » où s’étaient écrites les première pages de la longue marche généraliste que d’un Michel Chassang qu’elle avait vu se hisser sans gloire à la présidence de la « Conf ».

Mais cette équidistance qu’elle a su conserver entre les frères ennemis du syndicalisme corporatiste constitue aujourd’hui son meilleur viatique. En un mot, le « casting » présidentiel est parfait : Elisabeth Hubert va pouvoir donner la pleine mesure de son intelligence, au sens premier du terme, c’est-à-dire de sa compréhension des choses, des acteurs, des situations. En un mot, prolonger un peu sinon achever, son trop court mandat ministériel de 1995.

Le calendrier n’est pas moins parfait : elle doit « rendre sa copie » à la rentrée, et on imagine mal qu’elle le fasse avant les élections aux URPS1 (29 septembre) pour ne pas interférer dans la compétition électorale. Ses propositions pouvant, en revanche, trouver place aussi bien dans le PLFSS2-2011 par voie d’amendement, que dans le dispositif conventionnel appelé à entrer aussitôt en négociation.
Sur le fond, la tâche est, en revanche, nettement plus délicate : il lui faudra rechercher une solution consensuelle pour réchauffer les vocations libérales, résoudre la question des déserts médicaux, moderniser le « contrat social » des médecins (fiscalité, retraite, couverture sociale, …), avancer quelques solutions fiables pour conforter la citoyenneté économique des médecins, … Et accessoirement préciser la notion de « médecine de proximité » tout juste sortie des cornues de la cellule communication de l’Élysée.

Du moins peut-elle –et c’est une autre chance assez inouïe– commencer sa réflexion là où Michel Legmann a achevé la sienne : on considérera donc levée l’hypothèque formelle des mesures « humiliantes » (déclarations d’absence préalables, amendes pour non-télétransmission de FSE3, …) ; on tiendra pour acquis que la diversification des modes de rémunération a été actée par les syndicats ou, en tout cas n’a suscité de leur part, aucun communiqué d’hostilité ; on se réjouira de l’acquiescement muet à la perspective d’entourer le médecin d’assistants, missionnés pour le décharger de tout ce qui ne relève par de sa « plus value médicale »… Finalement des fondations dont elle peut (Nicolas Sarkozy l’ayant omis dans son discours) remercier le président de l’Ordre auteur, partiellement involontaire, d’un tel consensus tacite.

En un mot, Nicolas Sarkozy a trouvé en Elisabeth Hubert le Robert Debré qui pouvait incarner son ambition pour la réforme de la médecine libérale. Rendez-vous dans six mois. En attendant : « Chapeau l’artiste » !

PS : Pour la petite histoire, la cérémonie « d’investiture » d’Élisabeth Hubert a pris la forme d’un discours improvisé à la porte d’un cabinet de groupe francilien où les ex-meilleurs ennemis d’hier faisaient une figuration un peu engoncée… Ne s’est-il trouvé personne dans la cellule de communicants de l’Élysée pour dire à l’un et l’autre que le sourire –fut-il de circonstance– n’est pas interdit pour les photos de famille ?

1 Unions régionales des professionnels de santé
2 Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale
3 Feuille de soins éléctronique
 

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1 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 28 avril 2010 02:24

    Bonjour,

    " on se réjouira de l’acquiescement muet à la perspective d’entourer le médecin d’assistants, missionnés pour le décharger de tout ce qui ne relève pas de sa « plus value médicale »…" très jolie phrase pleine de sens. Assistants missionnés en plus value, en deux mots, ce sont les futurs comptables, c’est à dire, ceux qui auront accès au dossiers médicaux des patients et qui en fonction de leurs revenus et patrimoines décideront des maladies dont ils seront affectés pour établir les traitement les plus lourds et rentables à terme. Dans ces claires conditions, nul doute que la sécurité sociale rejoindra vite fait les courbes de bénéfices mirobolant dont se pare déjà la pharmacie, c’est d’ailleurs exactement ce qu’attendent les actionnaires privés.

    On a compris, il manque de médecins parce qu’on invente trop de nouvelles maladies et parce qu’ils veulent tous s’installer dans le seizième...Mais ce dont on manque le plus, c’est d’une agriculture saine, susceptible d’assurer santé dans l’assiette, et logement et bâtiment propre afin de garantir l’environnement vital avant tout...Dans ces domaines, la politique est loin du compte en matière de prévention des risques à domicile.

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