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Le grand enfumage

Lundi matin 15 octobre, sur RFI, Frédéric Rivière recevait Dominique Bertinotti, ministre déléguée des Affaires sociales et de la Santé, chargée de la Famille.

Dans un demi sommeil, j’ai entendu cette dame exprimer le fond de sa pensée :

« Si on aborde la question de la parentalité pour les couples homosexuels, alors il faut traiter toutes les formes de parentalité. Et la procréation médicalement assistée en fait partie.

Le journaliste a rappelé que des pays voisins comme la Belgique et l’Espagne avaient déjà adapté leurs législations à cette question. D’abord la ministre a remarqué qu’il ne s’agissait pas de suivre une mode ; puis elle a admis aisément que ces exemples ne manquaient pas d’intérêt et que, de toute façon, il était bon d’aller vers une convergence des législations en Europe.

Facétieux, le journaliste lui a soumis alors les déclarations qu’avait commises son collègue Vincent Peillon. Sans hésitation aucune, Dominique Bertinotti a rétorqué qu’elle ne souhaitait pas voir le cannabis dépénalisé. Mais le journaliste, certainement pressé par le temps, a omis de lui répliquer que l’Espagne, par exemple, avait déjà modifié sa législation en ce sens.

 

En France, l’homosexualité a été dépénalisée pendant l’été 1982. Trente ans après, le cannabis est toujours dépénalisé.

« La provocation à l’usage ou au trafic de stupéfiants, par la publicité ou l’incitation ou la présentation sous un jour favorable des produits classés stupéfiants, (quel que soit le support choisi : vêtements, bijoux, livres, etc.) est punie de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, même si l’incitation est restée sans effet (article L3421-4 du Code de la santé publique). Les peines sont aggravées lorsque les mineurs sont visés (sept ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende). La provocation de mineurs de moins de 15 ans au trafic de stupéfiants est sanctionnée par une peine de dix ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.

L’un des objectifs de cette loi n’est pas d’éluder le débat sur la drogue, mais d’éviter le développement d’un « marketing » de promotion des produits stupéfiants. »

http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_votre_service/drogue/loi-drogue/drogue-que-dit-loi/view

Je vais prendre le temps d’énoncer, en évitant de tomber sous le coup de la loi, quelques banalités de base. Curieusement, elles tournent toutes autour des notions d’égalité et d’inégalité, et même de liberté.

 

1) La première qui m’est venue à l’esprit, alors que j’étais encore dans un demi sommeil,c’est l’inégalité des réactions de la ministre face aux exemples de loi espagnole. Mais il est vrai que le journaliste ne l’a pas mise en face de ces contradictions. Mais il y a bien là un phénomène de « deux poids, deux mesures ».

Ce phénomène se retrouve dans les réactions enregistrées suite aux déclarations des deux ministres. Vincent Peillon avait émis une opinion qui n’est pas celle du gouvernement. Mais Dominique Bertinotti, en se déclarant favorable à la « procréation médicalement assistée » émettait aussi une opinion divergente puisque la loi sur l’ouverture du mariage aux homosexuels ne contient pas cette disposition.

 

2) Je venais de prendre mon café et un autre type d’inégalité, une inégalité sociale, me crevait les yeux. Les lobbies homosexuels (qui demandent des prestations médicales) et les lobbies médicaux (qui les facturent à la Sécurité Sociale) ont d’ores et déjà obtenu un succès indéniable et la loi qui sera votée intégrera probablement la « procréation médicalement assistée ». En effet, on peut supposer que la gauche et le droite se retrouveront aisément sur un tel dossier puisque les homosexuels ont majoritairement le cœur à gauche et les chirurgiens traditionnellement le portefeuille à droite. Mais tous les homosexuel(le)s ne pratiqueront ni le mariage ni la « procréation médicalement assistée » lorsque la loi aura été votée. Celles et ceux qui le feront n’appartiennent pas majoritairement aux classes populaires. En revanche, les adeptes du cannabis sont sans doute plus nombreux et se recrutent (si l’on peut dire) dans toute la population. Mais leur lobbying est beaucoup moins efficace. Les plus hardis se sont contentés de signer en 1976 l’appel du 18 joint.

 

3) Puis, lors d’une conversation, c’est un troisième type d’inégalité qui devenait évidente : une inégalité biologique. En effet, les homosexuelles (du sexe faible) ont l’avantage de pouvoir porter elles-mêmes le fruit de leurs entrailles. En revanche, les homosexuels du sexe fort sont contraints, en l’état actuel de la technologie, de passer par une transaction commerciale avec une femme, parfois hétérosexuelle, qui leur louera ses entrailles. C’est une banalité, certes, mais c’est une inégalité qui convenait de réduire de toute urgence.

 

4) Enfin, derrière ces notions d’égalité et d’inégalité apparaît évidemment un souci de liberté et de défense des droits : ici le droit à l’enfant. Cette notion peut paraître saugrenue. Il s’agit bien du droit à l’enfant, et non pas des droits de l’enfant. Mais dans une société libérale qui ne prêche pas l’égalité par système, il ne faut pas opposer ces derniers au premier. Il faut parler de gagnant-gagnant. De la même façon, il ne faut pas opposer le droit d’entreprendre au droit au travail, aux droits des travailleurs. C’est sans doute ainsi que, prochainement, de drôles d’oiseaux, des « pigeons autoproclamés », défendront leurs avantages acquis sous un gouvernement de gauche : le droit à l’enfant, le droit à se reproduire par tous les moyens, le droit à faire qu’est qu’on veut parce qu’on a les moyens financiers de se le payer.

 

Je précise que, si je n’envisage ni d’épouser un homme, ni d’avoir recours à la « procréation médicalement assistée » dans les trente prochaines années, je ne suis plus non plus, depuis plus de trente ans, un consommateur de cannabis. Mais je trouve que le gouvernement a montré peu d’audace et d’imagination dans cette affaire. Il aurait pu faire preuve d’innovation économique et sociale. Trente ans après avoir dépénalisé l’homosexualité, le premier gouvernement français de gauche du troisième millénaire aurait pu (ça aurait de la gueule, nom de dieu !) :

- légaliser le cannabis (et pas seulement le dépénaliser) ;

- le produire dans une régie d’Etat ou d’en déléguer la production ;

- contrôler la qualité des produits.

- et en confier le commerce aux bureaux de tabac, d’une part, et aux pharmacies, d’autre part (pour les usages médicaux remboursés par la Sécurité Sociale).

 

Ces dernières mesures permettraient de :

- capter une partie d’un électorat peu porté à voter socialiste (les buralistes)

- trouver de nouvelles sources fiscales (attribuées pourquoi pas à des programmes de santé) ;

- mettre en circulation des médicaments doux, moins nocifs que beaucoup de produits vendus en pharmacie.

 

Au lieu de cela, nous assistons depuis une semaine à un grand enfumage, Ayrault et Copé se passant le joint, l’un essayant d’asseoir son autorité dans son équipe, l’autre engagé dans duel de leadership avec la Marine.

 

J’oserais même, pour finir, suggérer que le gouvernement, quand il sera réveillé, étende ces mesures jusqu’à la morphine pour permettre à des nécessiteux de finir, justement, leur passage sur Terre, de plonger dans leur dernier sommeil sans trop de douleur inutile.


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7 réactions à cet article    


  • Jules Elysard Jules Elysard 27 octobre 2012 17:07

    Damned ! J’ai écrit : « En France, l’homosexualité a été dépénalisée pendant l’été 1982. Trente ans après, le cannabis est toujours dépénalisé. »

    Je voulais écrire : « Trente ans après, l’usage du cannabis est toujours pénalisé. »


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 29 octobre 2012 11:54

      Vous parlez de l’exemple espagnol, mais vous pourriez aussi évoquer l’exemple néerlandais, qui est révélateur aussi de la chose.


      Les Pays-bas ont légalisé et organisé la vente et la consommation de Cannabis afin de lutter contre le trafic et la criminalité qui y est liée.

      Or, Amsterdam fait désormais machine arrière : seuls les hollandais résidants au pays sont désormais autorisés à se fournir et à consommer dans les coffee-shop.

      La libéralisation du cannabis n’a pas eu les effets escomptés. Parmi les effets pervers, on peut citer

      - la hausse continuelle du taux de THC dans le cannabis majoritairement vendu. Le pétard fumé par le babacool des années 70 n’a plus rien a voir avec ce qui est le plus vendu. Les taux sont en moyenne trois fois supérieurs, et les nouveautés les plus corsées sont privilégiées par les consommateurs.

      - le trafic illégal n’a jamais cessé. En fait, il a prospéré car le trafic permet la vente de produits détaxés. Le discount se niche partout, et que ne ferait-on pas pour échapper à la TVA...

      - le trafic avec les pays voisins s’en est trouvé facilité. Les coffee shops ne sont censés vendre qu’au détail. Les enquête policières ont montré que nombreux sont les établissements qui deviennent avec le temps des relais pour le trafic en gros avec la France ou l’ Allemagne. Tout se passe dans l’arrière boutique.

      Par expérience, on peut donc dire que la légalisation du cannabis n’est pas la bonne solution.

    • Jules Elysard Jules Elysard 29 octobre 2012 18:53

      Je partage la plupart de vos remarques, mais la dernière me semble abusive.

      Vous avez fumé ?


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 29 octobre 2012 22:06

      Personellement, non. Dans mon entourage en revanche, j’ai vu certains consommateurs devenir dépendants et foirer leurs vies à cause de cela.


      On a déjà l’alcool et le tabac pour se pourrir l’existence, ce n’est pas pour rajouter un troisième poison...

    • easy easy 27 octobre 2012 19:04

      D’abord, il faudrait avoir un regard plus positif sur le suicide (peu importe la cause)
      Ce qui peut éventuellement être compris des tiers mais pas de nos parents, pas de nos proches.

      Une fois le suicide devenu plus logique comme moyen de sortir de la galère de la vie, le fait de s’intoxiquer volontairement apparaîtra également plus logique (On sera alors très loin de la chanson selon laquelle la vie est belle bla bli bla blo)

      Alcool, tabac, qat, haschich, cocaïne, héroïne, cigüe, tout serait alors permis (à condition de ne pas mettre la vie d’autrui en danger)

      Mais l’individualisme que cette permissivité suppose, conduit forcément à moins d’objectifs étatiques ’’Que la France dure ou qu’il n’y en ait plus dans 20 ans on s’en fout".
      Ce dénationalisme conduirait alors à s’en foutre qu’il y ait ou pas des jeunes enfants, qu’ils aillent ou pas à l’école selon la doctrine française.
      Car on ne pourrait en même temps trouver logique que des parents se suicidassent de diverses manières et qu’ils eussent l’obligation de faire des petits, de les nourrir, de les loger, de les soigner jusqu’à ce qu’ils soient en âge de travailler.

      Ça fait trop de chamboulements. Ça n’est pas acceptable.

      L’alcool était ici avant l’Etat, alors on n’a pas conçu de l’interdire.
      Il serait arrivé après 1870 dans la valise de quelque orientaliste, il aurait été interdit.
      Le tabac, si l’on avait su sa toxicité, on l’aurait interdit facilement puisqu’il est arrivé ici après l’Etat. On n’a découvert son insalubrité qu’après cinq siècles d’usage, on ne pouvait plus l’interdire.

      Dans toutes les régions du Monde, tous les dérivatifs morbides (amputations comprises) qui ont précédé l’Etatisation sont restés légaux, pas un seul n’a pu être interdit. En revanche les insalubrités qui sont arrivées après l’étatisation se sont retrouvées proscrites, à de rares exceptions près.


      Reste l’aspect thérapeutique de ces poisons.

      En 1550, le tabac était apparu, aux Européens plus qu’aux Amérindiens, thérapeutique, uniquement thérapeutique.
      Or qu’en reste-t-il aujourd’hui de ses bienfaits, Même comme anti migraineux, il a été largement supplanté par l’aspirine.

      On compte donc que les aspects thérapeutiques du cannabis seront eux aussi largement dépassés par d’autres produits (Idem pour le vin).





      • Jules Elysard Jules Elysard 28 octobre 2012 11:31

        Je développais un parallèle entre les légalisations de l’homosexualité et et de l’usage du cannabis. J’avais été inspiré par les propos « divergents » de 2 ministres ; et surtout par les réactions très inégales qu’ils avaient entraînées.


        J’abordais en conclusion le sujet de la morphine et de la fin de vie. Mais c’était une façon polémique de revenir sur les autorités médicales et les labos qui veulent nous imposer certains progrès médicaux et certaines drogues (et nous en interdire d’autres). Et de façon plus littéraire de revenir sur la question du sommeil.

        Concernant les drogues que vous appelez « insalubrités », vous notez que celles qui préexistaient à l’étatisation n’ont pas été interdites ; et que les autres l’ont été. On pourrait aussi noter que c’est une religion qui a interdit l’usage de l’alcool. Le sujet n’est pas épuisé.

      • Nuccia Nuccia 28 octobre 2012 12:14

           

          La « belle loi sociétale » appelée de ses voeux par la ministre s’appuie sur la PMA ( procréation médicalement assistée) « parce qu’elle existe » , ce qui ne relève pas de l’argumentation mais de l’imposition .
        En outre , comme le rappelle l’auteur de l’article , l’inégalité biologique impose dans ce cadre le recours à la gestation pour autrui qui est totalement passée sous silence dans cet interview .
        Se pourrait-il qu’au nom d’une conception douteuse du progrès : « faisable donc souhaitable » le débat sur l’existence et le statut des mères porteuses n’ait pas lieu ?

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