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Le grand virage

Ils se sont tant aimés ...

La vie n'est pas un long fleuve tranquille

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Déjà trente ans de cela ; ces jeunes gens, aux cheveux longs, avaient encore l'espoir de connaître des jours meilleurs. Ils portaient sans doute les rêves d'une révolution qu'ils n'avaient cependant regardée qu'à distance. Poussés par l'idéal d'un changement de société, certains avaient élu domicile loin de nos villes. Ils se faisaient éleveurs, potiers ou rêveurs …

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Les femmes étaient parées de robes longues, de foulards aux couleurs chatoyantes. Les garçons avaient encore le ventre plat. Tout leur semblait possible. Ils aimaient à se retrouver pour une nuit de folie raisonnable, bien loin des cotillons et des agapes traditionnelles. Ils célébraient le passage de la nouvelle année entre délires culinaires et spectacles originaux, jeux absurdes et improbable promenade nocturne.

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Puis, les enfants sont arrivés, l'ordonnancement de la fête a pris un autre tour. Il fallut prévoir un espace pour la marmaille, des plats plus adaptés que les incongruités habituelles. La maison, d'année en année, accueillait plus de monde. Rien ne laissait présager des jours plus sombres ; cette génération se croyait indestructible …

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Les enfants furent porteurs des premiers soucis. L'éducation n'est pas facile ; des différences d'appréciation se firent, certains durent abandonner le navire, faute de trouver un point d'équilibre quand d'autres mettaient de l'eau dans leur vin pour ne pas rompre le charme. Ce n'étaient alors que des préoccupations bénignes. Quand les enfants grandirent et cessèrent d'être de la fête, bien plus grande était devenue l'inquiétude ….

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Les années ont passés, les corps se sont empâtés, les rides sont apparues, les cheveux se sont teintés de gris. Pourtant, à chaque rendez-vous, ils se retrouvaient, heureux de franchir ce cap tous ensemble. Point n'était besoin de prévoir longtemps à l'avance ce rituel ; chacun savait qu'il n'était pas concevable de vivre ailleurs ce moment privilégié.

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Puis il y eut les premières alertes. Les corps qui vieillissent, l'aînée qui se fait plus courbée, un enfant qui tombe dans de vilains travers, des amis occasionnels qui jamais plus ne seront à leurs côtés. Ils se tiennent les coudes, répondent encore présents, c'est bien là l'essentiel. La soirée se termine beaucoup plus tôt ; c'en est fini des fêtes jusqu'au bout de la nuit.

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Et un jour, ce qu'ils redoutaient tous, finit par survenir. Leur aîné, leur ami fidèle, leur vieux sage n'est plus au rendez-vous. La camarde est venu le chercher. Son absence pèse lourdement, ils l'évoquent, se donnent le mot pour continuer comme avant, en son honneur. Quelque chose pourtant s'est brisé. L'immortalité n'est plus cette compagne des années d'exubérance !

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L'année suivante, le mauvais œil est encore de la partie. Un des leurs, un autre pilier du groupe, le maître queux, sort juste d'une longue hospitalisation. Un mal sournois qu'on ne nomme jamais pour conjurer le sort, le laisse sans force à deux pas de là. Faut-il continuer comme si de rien n'était ? Ils s'interrogent, se demandent s'il n'est pas venu le temps de briser ce lien magnifique. Celui qui n'est pas au mieux insiste pour qu'ils continuent sans lui ; l'année prochaine il sera de nouveau parmi eux , promet-il ! Chacun veut encore croire à cette belle promesse …

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Les visages se font graves lors des rencontres pour la préparation de la fête. Disparue la belle insouciance ! Les voilà plus que jamais rappelés à leur condition de mortels. La nouvelle année devient pour tous un obstacle à franchir, un incertain qui se profile. De quels maux faudra-t-il porter la douleur ? Seront-ils tous encore là la prochaine fois ? Qui manquera à l'appel ? Impossible d'envisager le pire, d'affronter cette angoisse !

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Je ne sais ce qu'il adviendra de ce groupe. Ailleurs cependant de nouvelles assemblées se forment. Des jeunes gens se retrouvent pour une nuit de fête. Désormais porteurs des espoirs et des rêves, ils feront ce même chemin jusqu'à ce qu'ils finissent à leur tour, par laisser place aux suivants. Ainsi va la vie, ce long fleuve pas toujours tranquille et dont on ne remonte jamais le courant.

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Inquiétudement leur.

 

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11 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 4 janvier 2014 10:01

    Je crois que dès lors que l’on trouve un sens à sa vie, on trouve le moyen de vivre intensément. Avoir trouver les raisons de vivre vous des raison de vous battre pour vivre. Une vie sans sens est monotone, ennuyante, banale et inutile. Une personne qui n’a pas trouvé encore de sens à sa vie, est souvent au départ de sa vie : elle n’a pas vécu comme elle le devrait car ne se sentant pas prête, et pour des raisons de courage d’oser être soi. Donner un sens à sa vie est par conséquence affirmer notre personnalité. Enfin, donner un sens à sa vie, c’est enfin aimer la vie. Notre destin de vie que nous prenons à plein bras...L’endroit importe peu il me semble... !
    Bel article+++


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 janvier 2014 10:09

      claude-michel


      Je suis touché et j’étais ému lors de l’écriture de ce billet un peu impudique

      Vous êtes un sage

    • C'est Nabum C’est Nabum 4 janvier 2014 13:59

      Nico


      Pourquoi tant de haine pour ce que je suis censé représenter à vos yeux

      Ignorez moi et votre foie s’en portera mieux

    • oncle archibald 4 janvier 2014 13:13

      Très joli texte, merci. Un peu de ma jeunesse soixante huitarde et le souvenir des quelques uns qui ont osé abandonner leurs études pour élever des brebis. Certains ont réussi et tiennent encore grâce à une gestion très raisonnée, de la vente directe, des chambres d’hôtes, un gite aménagé et loué l’été ... D’autres ont rapidement abandonné et sont rentrés dans le rang .. Parmi eux certains sont même devenus profs !! 


      Et j’observe aussi mes enfants qui aiment retrouver leurs copains de fac au moins une fois par an .. Les uns au 1er Janvier tantôt chez l’un tantôt chez l’autre, les autres l’été au 15 Août toujours dans le même village de 50 habitants.

      Déjà il y a des couples qui ne sont plus les mêmes .. De nouvelles compagnes apparaissent .. Le besoin de confort se fait sentir et le camping a été abandonné pour un gite rural avec de bons lits ... Les enfants qu’ils emmenaient avec eux au début restent maintenant chez les grands parents pendant que les parents dansent ... 

      A ma connaissance il n’y a pas eu pour l’instant d’abandon volontaire ou forcé mais cet été dès le premier jour des retrouvailles un infarctus, l’hélicoptère du Samu, les visites à l’hôpital à la place de la gigue endiablée ... 

      • C'est Nabum C’est Nabum 4 janvier 2014 14:02

        Mon Oncle


        Merci

        Il se trouve pourtant des cuistres pour venir dénigrer un texte aussi simple que celui-ci.

        J’aime votre histoire aussi Ainsi va la vie loin de l’idéologie fumeuse de certains ...

      • cevennevive cevennevive 4 janvier 2014 15:06

        Bonjour Nabum,


        Beau texte et surtout, très belles photographies.

        Anars, Hippies, Bourgeois, Aristos, nous vieillissons tous, nous tombons malade, nous partons... C’est la règle de la vie, l’égalité enfin établie pour les humains éphémères que nous sommes.

        C’est pour cela qu’il faut remplir sa vie, son temps et son coeur de choses et de gens que l’on aime. Faire un enfant si l’on en a envie, bâtir un mur, une maison, planter des arbres, écrire sur un cahier ou chez un éditeur. C’est la seule façon de ne pas disparaître à jamais.

        Et puis, ces jeunes gens des années 1970 (dont j’ai fait un peu partie) étaient bien sympathiques, malgré les regards noirs que leur lançaient les autochtones. Ils ont « fait souche » et on ne les distingue plus, maintenant qu’ils ont vieilli, des autres têtes chenues des villages.



        • oncle archibald 4 janvier 2014 16:37

          Mes yeux se sont régalés aussi des belles photos .. 

          Je ne sais pas si cette architecture est de « bord de loire » mais elle pourrait être aussi bien dans des coins proches de chez Cevennevives, ou sur le Larzac ou dans quelque recoin des Hautes Corbières pas loin de chez moi. Un coin ou il pleut en tous cas, à voir la pente des toits.

          Comme quoi l’architecture rurale dans sa magnifique simplicité, n’a d’autres critères que ceux qui sont directement utiles. 

        • C'est Nabum C’est Nabum 4 janvier 2014 17:03

          cevennevive


          Tout ceci est vraie

          Je devine un parcours personnel derrière ce commentaire.
          Je vous en remercie

          J’ai commis le texte et les photographies, ce qui n’est pas si fréquent Souvent je réclame des clichés à mes amis photographes

          Quant à la trace qu’on laisse, je suis dans un tournant. J’ai abandonné ma prétention de refuser l’édition et j’écris désormais des chansons qui sont chantées par d’autres. C’est un vrai bonheur ..., une parcelle d’éternité.

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        • C'est Nabum C’est Nabum 4 janvier 2014 17:04

          Mon Oncle


          Avec le Larzac vous n’êtes pas loin 

          Je garde secret ce coin qui m’est si cher.

        • Vipère Vipère 5 janvier 2014 00:27

          Nabum


          Texte plein de charme. Les rêves laissent place à des souvenirs nostalgiques, et la vie continue son cours. Ainsi va la vie !

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