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Le libre commerce des organes

La science économique étudie la rareté, que ce soit des aliments, de l’emploi ou des organes à transplanter. La rareté est presque toujours le résultat de restrictions qu’établissent les gouvernements en empêchant les gens de s’accorder volontairement sur l’échange de biens et de services. Et plus forte est la restriction, plus grande est la rareté. L’interdiction de la vente et de l’achat d’organes est à l’origine de la rareté et est responsable de la mort de nombreux innocents.

Chaque année, meurt un nombre croissant de personnes dans l’attente d’un organe qui ne vient pas, par manque de donneurs. Mais si ces derniers recevaient une gratification, la pénurie diminuerait sensiblement et beaucoup de gens seraient sauvés d’une mort inutile. C’est une réalité dont rend compte l’économiste Alex Tabarrok dans un article publié dans le Wall Street Journal, « The Meat Market », où il défend la légalisation du commerce volontaire des organes, l’introduction d’incitants pour augmenter l’offre et cite comme exemples les mesures appliquées en Iran, en Israël ou à Singapour.
 

Nombreuses sont les personnes qui considèrent le commerce des organes comme contraire à la dignité humaine. La dignité humaine peut valoriser le sacrifice et la mort. Cependant, il est moins évident que la morale exige que des milliers de nos proches meurent chaque jours inutilement espérant le don d’un rein, d’un foie, d’un cœur d’une personne décédée, seulement parce que beaucoup trouvent répugnante l’idée de vendre et d’acheter des organes et qu’ils l’interdisent. De quelle manière seraient affectées la morale ou la dignité humaine si les personnes malades qui nécessitent un transplant s’accordaient librement avec les donateurs ou avec les familles des défunts sur l’achat d’un organe destiné à être transplanté ? Si permettre un marché d’organes transplantables offense la sensibilité de certains, non moins offensante apparaît la mort inutile de milliers de personnes à cause d’une restriction arbitraire.

Le don anticipatif d’organes destinés à être utilisés après le décès du donateur est une action qui ennoblit particulièrement ce dernier. Et beaucoup ont la grandeur d’âme ou le sens de la solidarité assez développés pour offrir leurs organes, au lieu de les emporter dans la tombe, où ils ne serviront à personne. Mais la pénurie d’organes augmente chaque jour avec l’avancée technologique qui rend possible de nouvelles transplantations, couplée avec le tarissement relatif de certaines sources comme la diminution de décès liés à la circulation, suite à l’amélioration de la sécurité des véhicules automobiles. Et, chaque année, ils sont chaque fois plus, ceux qui meurent, inscrits dans les longues listes d’attente des candidats à la transplantation.

Aux États-Unis, la liste d’attente pour recevoir un organe s’est allongée cinq fois entre 1990 et 2009, passant de 20.000 à 100.000 personnes. Approximativement, ce sont 6.500 patients qui meurent chaque année dans ce pays en attendant une transplantation, et ce chiffre ne compte pas les 2.000 personnes qui meurent après avoir été retirées de la liste parce qu’elles étaient tombées malades et devenues inéligibles pour un don d’organe. Mais en plus de ces milliers morts, la pénurie d’organes pose d’autres problèmes. C’est ainsi que, pour répondre à la demande croissante, on utilise aujourd’hui des organes qui hier encore étaient considérés comme ne réunissant pas les conditions suffisantes. Par exemple, on transplante désormais des reins de personnes âgées de plus de 60 ans ou ayant des problèmes de santé, augmentant dramatiquement le risque d’échec.

L’autre problème est, comme dans tous les secteurs où l’on réduit artificiellement l’offre, le marché noir, qui apparaît naturellement pour couvrir la demande non satisfaite et désespérée. On estime que 5 à 10% des transplantations mondiales se réalisent sur le marché noir. Si la vente d’organe est volontaire, il y a peu de chose à objecter d’un point de vue moral, puisque tant le vendeur que l’acheteur sont bénéficiaires. Mais sur un marché noir, la transparence est des plus réduites, les donneurs sont moins protégés face à la désinformation et la fraude et risquent de ne pas recevoir les soins adéquats après l’opération.

Puisque l’altruisme seul se montre insuffisant pour régler le problème de la pénurie d’organes, il devient nécessaire d’envisager d’autres pistes pour augmenter l’offre. La première solution classique, déjà appliquée dans plusieurs pays (Autriche, Belgique, Espagne, Italie ou Singapour) est la présomption légale de consentement de donation en l’absence de manifestation explicite de refus de céder ses organes après la mort. Une autre idée serait d’organiser des fondations qui donneraient la priorité pour une transplantation aux personnes qui cèdent leurs organes avec anticipation dans une optique de réciprocité. Le don serait ainsi une sorte d’assurance mutuelle, souscrite avant de demander une transplantation. De cette façon, il y aurait plus de donneurs et moins de personnes mourraient en vain. Enfin, si cela n’est toujours pas suffisant, il faudra bien laisser la liberté aux malades de convenir avec les donateurs ou les familles des défunts une récompense monétaire pour l’organe à transplanter. On pourrait rétribuer économiquement la donation d’organes prélevés sur des morts. Il s’agit là d’une pratique actuellement interdite bien que, comme le rappelle Tabarrok, de manière paradoxale, les écoles de médecine américaines peuvent rétribuer le don de cadavres complets. Viendrait ensuite la rétribution pour des organes donnés du vivant du donneur.

Dans leur étude « Introducing Incentives in the Market for Live and Cadaveric Organ Donations », le Prix Nobel d’Économie Gary Becker et Julio Jorge Elías estiment qu’une compensation économique de 15.000 dollars à un donneur vivant pourrait pallier la pénurie de reins. Et cette compensation pourrait même être payée par l’État, qui y gagnerait en économisant sur les interminables dialyses dans l’attente d’un organe. De leur côté, les économistes William Barnett II, Michael Saliba et Deborah Walker, dans leur étude « A Free Market in Kidneys : Efficient and Equitable », montrent comment un libre marché des reins, en conjonction avec un système de paiement par compagnies d’assurances éliminerait les effets négatifs du système actuel, augmenterait l’offre de reins et inciterait à améliorer la qualité des transplantations. De son côté, dans son article « A "Gift of Life" with Money Attached », publié dans le New York Times, Sally Satel compare la compensation économique pour les dons d’organes à la compensation pour le temps et les risques assumés que reçoivent par contrat les mères porteuses qui louent leur ventre.

Actuellement, l’Iran est le seul pays au monde qui a réussi à éliminer la liste d’attente grâce à un marché régulé d’organes. Dans le système mis en place, les patients qui ne peuvent trouver un donneur décédé ou un donneur vivant de la famille peuvent s’inscrire auprès d’un organisme qui identifie les donneurs potentiels. Le gouvernement iranien offre 1.200 dollars pour le donneur et lui assure une couverture médicale d’un an. De leur côté, les receveurs paient également entre 2.300 et 4.500 dollars aux donneurs. Des organisations caritatives assurent les coûts pour les receveurs les plus pauvres. Un rapport réalisé pour le compte du Conseil de l’Europe et des Nations Unies, « Trafficking in organs, tissues and cells and trafficking in human beings for the purpose of the removal of organs », admet que l’expérience iranienne est un succès : ce pays est le seul sans liste d’attente, les résultats après transplantation sont excellents et le problème du « tourisme de transplantation » a été évité.

De son côté, Singapour applique la présomption légale de consentement de donation d’organe après la mort, mais aussi un programme de réciprocité. Ceux qui désirent quitter ce programme perdent leur priorité dans la liste d’attente. Une compensation économique est également payée aux donneurs (jusqu’à 25.000 dollars). Et en Israël, va être implanté une version plus flexible de ce programme de réciprocité : les personnes qui acceptent de donner un rein recevront des points qui les mettront en meilleure position dans la liste d’attente. Des points seront également concédés aux receveurs potentiels dont un membre immédiat de la famille a été ou sera donneur.

La science économique étudie la rareté, que ce soit des aliments, de l’emploi ou des organes à transplanter. La rareté est presque toujours le résultat de restrictions qu’établissent les gouvernements en empêchant les gens de s’accorder volontairement sur l’échange de biens et de services. Et plus forte est la restriction, plus grande est la rareté. L’interdiction de la vente et de l’achat d’organes est à l’origine de la rareté et est responsable de la mort de nombreux innocents. Pour l’économie, la solution est d’éliminer les restrictions de manière à ce que l’offre corresponde à la demande et qu’ainsi s’achève la pénurie. Mais cette solution, conceptuellement simple et efficace, est considérée – par ceux qui n’ont pas besoin de transplants – comme profondément immorale et dénigrante. Des intellectuels, des religieux, des politiciens et des médecins assurent que les organes ne peuvent se transformer en une simple marchandise. C’est pourquoi d’innombrables familles vivent, dans une totale impuissance, la tragédie de voir leurs êtres chers agoniser vainement. Ni l’âme, ni le corps de ces derniers ne semblent importer alors. Or si le corps humain est sacré, c’est précisément pour cela que c’est à l’individu lui-même de décider en premier lieu que faire avec celui-ci. Ce droit fondamental n’affecte la morale de personne. En revanche, si on refuse à cette individu le droit de disposer de son corps, y compris après sa mort, parce que d’aucuns considèrent cela comme offensant, on en fait un esclave. Il n’y a là aucune vertu ni morale car la dignité humaine ne peut s’inscrire que dans la liberté individuelle. 

 

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26 réactions à cet article    


  • docdory docdory 24 février 2010 13:14
    @ Lucilio
    Que croyez-vous qu’il adviendrait avec vos méthodes ? 
    1°) Les pauvres des pays pauvres vendraient leurs organes pour une bouchée de pain. En fait il ne pourraient vendre que leur rein ( on peut vivre avec un seul rein, mais plus on avance en âge , plus la perte d’un rein est préjudiciable ) Donner un rein au delà de 40 ou 45 ans , c’est se voir amputer de nombreuses années d’espérance de vie , et courir le risque de se retrouver en dialyse si l’on attrape par malchance un cancer sur le rein restant. Donner un fragment de foie est possible , mais l’opération est fort dangereuse. Les dons de moëlle osseuse nécessitent une intervention pénible, il faut plusieurs semaines pour ne plus avoir mal , il y a des risques infectieux.Les autres organes ne sont pas prélevables du vivant du donneur .
    1200 dollars pour compenser cette perte est une somme absolument ridicule, d’autant que la perte d’un rein se traduit le plus souvent par une fatigabilité ultérieure très importante qui obère gravement la capacité de travail pour le restant de la vie du donneur
    2°) Il se produirait un trafic d’organes d’enfants ( de bien meilleure qualité que ceux des adultes ! )
    3°) Les organes des pays pauvres iraient tous vers les pays riches
    4°) Enfin , les organes des pauvres des pays riches seraient donnés aux riches des pays riches.
    5°) Votre système ne réglerait évidemment pas le problème de la pénurie de greffons cardiaques
    6°) Enfin, les greffons ne seraient plus attribués selon des critères de compatibilité donneur- receveur ou d’urgence médicale, mais en fonction du compte en banque du receveur.
    Que des gens aussi dépourvus d’éthique et de moralité que vous puissent exister au XXI ème siècle dépasse mon entendement. Vos propositions n’ont rien à envier en barbarie aux pires pratiques des nazis.
    Il ne m’étonne par conséquent pas que vous érigiez en exemple le régime islamofasciste de Téhéran, il ne m’étonne pas non plus que celui-ci utilise de telles méthodes , vu la ressemblance entre les idéologies islamique et nazie . Il y a d’ailleurs fort à parier que Téhéran utilise des organes d’opposants « disparus » dans les geôles des mollahs .
    Vous êtes pitoyable, vous êtes le symbole de la déchéance morale d’une partie de l’humanité, regardez-vous dans un miroir et contemplez le monstre de bassesse que vous êtes devenu, pauvre résidu d’être humain . Beuark !!!


    • Talion Talion 24 février 2010 14:13

      "Vos propositions n’ont rien à envier en barbarie aux pires pratiques des nazis."

      Bien que le point Godwin soit atteint dès ce premier message, je confirme que ce n’est effectivement pas sans raison et que l’évocation de cette page douloureuse de l’histoire est ici parfaitement justifiée.

      Seul un esprit malade peut envisager la mise en place d’un commerce de la chair humaine. Je ne félicite pas l’auteur.


    • Talion Talion 24 février 2010 14:10

      Le commerce du corps humain est et doit rester interdit !

      Sans cela, une fois ce tabou brisé un trafic verra forcément le jour. Trafic alimenté essentiellement par des organes d’enfants (de bien meilleure qualité) et qui sera rapidement contrôlé par certains groupes criminels qui auront tôt fait de faire fructifier ce marché.

      Bref, l’horreur absolue... Et de juteuses perspectives de bénéfice pour qui n’est pas étouffé par ses scrupules.


      • José Lopez-Martinez José Lopez-Martinez 24 février 2010 14:36

        @ Talion :

        Ce que vous dites n’a pas de sens : le trafic existe déjà actuellement (de la part de groupes criminels ou de la part d’État comme la Chine), justement parce qu’existe cette interdiction de donner librement un de ses organes contre rémunération. Ce trafic existe actuellement par ce qu’il y a trop de demandes à laquelle ne peut pas répondre une offre artificiellemnt limitée par une législation uniquement fondée sur des préjugés.

        Comme lors du temps de la Prohibition aux États-Unis, c’est une législation absurde interdisant la consommation d’alcool qui a créé un immense trafic mafieux. De même, la restriction au libre commerce des organes entretient le trafic criminel d’organes. La solution passe donc bien par la légalisation de ce commerce, chose qui permettra à l’État de surveiller un marché devenu transparent.


      • docdory docdory 24 février 2010 17:07

        @ José Lopez Martinez 

        Extrapolons votre « brillant » raisonnement à d’autres domaines . Selon votre « logique » , vous pourriez faire la déclaration suivante : « s’il y a de la prostitution infantile , c’est que la pédophilie est interdite . Libéralisons la pédophilie et la prostitution infantile disparaîtra. D’ailleurs , en Arabie Saoudite et au Yemen, ou l’on peut se marier avec une fille de sept ans , il n’y a pas de pédophilie ! » .
        Voilà à quelles aberrations aboutissent vos élucubrations . Accablant ! ...

      • Deneb Deneb 24 février 2010 14:32

        L’auteur devrait essayer une greffe de cerveau - il faudrait cependant plusieurs donneurs, le manque à gagner est abyssal.


        • Arcane 24 février 2010 14:38

          Article bien construit mais qui fait froid dans le dos !

          L’auteur devrait pousser plus loin sa réflexion citoyenne et humaniste.

          La vente des organes ne serait qu’une étape : on pourrait passer à l’élevage industriel d’humains clonés , non ? Cela serait plus rentable et en plus, pas besoin de faire vivre les clones trop longtemps, les organes d’enfants sont de meilleure qualité et finiront de grandir dans le corps du receveur.

          Avantage : traçabilité des rognons, nourriture contrôlé et création possible de clône génétiquement modifié pour offrir la meilleure compatibilité possible. 

          On pourrait faire comme avec le maïs et inclure dans les clones de l’antirejet. 

          Bref, trêve d’humour noir et scabreux, la solution à la pénurie d’organe me semble être la présomption légale de consentement de donation d’organe après la mort.



          • Arcane 24 février 2010 14:46

            Questions sur le don d’organe et loi française :


             http://www.dondorganes.fr/Le-consentement-presume.html


            Le principe du consentement présumé au donDonQuand on parle de don d’organes ou de tissus, on fait référence à la volonté de la personne qui va être prélevée. Quand on parle de prélèvement, on fait référence à l’acte médical qui est rendu possible par le don. En France, le prélèvement ne peut pas se faire sur une personne qui était contre le don. d’organes a été légiféré dès les années soixante-dix. Il signifie que toute personne est considérée comme consentante au don d‘éléments de son corps en vue de greffeGreffeLa greffe est le remplacement, au moyen d’un acte chirurgical, d’un élément du corps humain qui ne fonctionne plus par un élément du corps humain qui fonctionne correctement. Cette technique envisagée par les médecins lorsque plus aucun autre traitement ne marche. si elle n’a pas manifesté d’opposition de son vivant.



             http://www.dondorganes.fr/Le-consentement-presume.html

            Il existe deux moyens légaux d’exprimer son opposition : l’inscription au registre national des refus et/ou la communication de sa décision à ses proches afin qu’ils puissent en témoigner.

             

            La carte de donneurDonneurLe donneur est la personne sur laquelle le prélèvement d’organes et/ou de tissus a été effectué. est un outil utile mais sans valeur légale.


          • José Lopez-Martinez José Lopez-Martinez 24 février 2010 14:47

            @ Arcane :

            « ...la solution à la pénurie d’organe me semble être la présomption légale de consentement de donation d’organe après la mort. »

            C’est bien une des solutions proposées dans l’article par l’auteur.

            Mais il se trouve que cette solution appliquée déjà dans de nombreux pays est très insuffisante : quand on meurt, c’est en général pas en très bonne santé - bref les dons d’organes « périmés »... bof bof... Quand aux organes prélevés sur des accidentés jeunes, c’est très aléatoires et comme, en plus, on fait tout pour que dans nos sociétés les jeunes ne meurent pas bêtement dans des accidents idiots... bref, encore une source bien faiblarde.


          • Arcane 24 février 2010 14:58

            Alors il faut envisager de transformer la présomption de consentement en une possible obligation si nécessité médicale.



          • José Lopez-Martinez José Lopez-Martinez 24 février 2010 15:03

            @ Arcane :

            « Alors il faut envisager de transformer la présomption de consentement en une possible obligation si nécessité médicale. »

            Donc échanger librement un rein contre de l’argent, ce serait du nazisme selon certains rigolos. Mais obliger quelqu’un à donner son rein - gratos -, ça c’est cool, démocratique, citoyen et tout et tout ? smiley


          • Arcane 24 février 2010 15:03

            Car bien souvent les proches du défunt, choqués par la mort d’un être cher, posent un refus plein d’affects à la transplantation ; alors qu’ils auraient pû répondre différemment à un autre moment.

            Car quand le mort ne s’était pas exprimé clairement sur le sujet de son vivant, on demande l’avis des proches...

          • Arcane 24 février 2010 15:06

            José,


            « Donc échanger librement un rein contre de l’argent, ce serait du nazisme selon certains rigolos. Mais obliger quelqu’un à donner son rein - gratos -, ça c’est cool, démocratique, citoyen et tout et tout ?  »

            Je parlais de personnes décédées moi ! smiley

          • José Lopez-Martinez José Lopez-Martinez 24 février 2010 15:07

            @ Arcane :

            « Car bien souvent les proches du défunt, choqués par la mort d’un être cher, posent un refus plein d’affects à la transplantation ; alors qu’ils auraient pû répondre différemment à un autre moment. »

            Bah... qui va croire que ces quelques cas suffiront à éliminer les listes d’attente et empêcher les milliers de morts par an faute d’organes.


          • Arcane 24 février 2010 15:08

            Faut se mettre à la place du chirurgien de garde qui reçoit par exemple une fillette avec la rate éclatée et qui va mourir sans greffe dans les heures qui suivent alors qu’une autre fillette compatible est au frigo avec la pièce de rechange.

          • docdory docdory 24 février 2010 17:11

            @ Arcane 


            Oui, l’excellent film de science-fiction « the island » ( dans lequel des clones sont élevés pour servir de banquue d’organes ) montre exactement l’aboutissement de la monstrueuse « logique » de l’auteur de l’article .

          • docdory docdory 24 février 2010 18:55

            @ Arcane 

            Mauvais exemple : on peut vivre sans rate , et par ailleurs, les cadavres ne sont pas « dans le frigo d’à côté », c’est une vision très naïve et complètement erronée des choses. Par ailleurs les chirurgiens de transplantation sont spécialisés , ce ne sont pas les mêmes que ceux qui rafistolent les accidentés !

          • Deneb Deneb 24 février 2010 14:40

            Un excellent Frears sur ce thème : Dirty, Pretty Things avec la jeune Audrey Tautou.


            • docdory docdory 24 février 2010 17:13

              @ Deneb 


              Ah oui, je l’ai vu , l’illustration parfaite du caractère inhumain de l’idéologie quasi-cannibale de l’auteur de l’article .

            • Cristophe Cristophe 24 février 2010 16:24

              L’article est intéressant sur le fait qu’il pointe qu’il n’est pas éthique que des milliers de personnes meurent chaque année en attente de dons. Mais une ouverture complète au marché est un extrême qui au delà des problèmes éthiques ne solutionnerat pas du tout le problème. Il existe de nombreuses études sur les modèles économiques du don. Une des plus intéressantes est selon moi :


              The effects of compensation on the supply of surrogate Mothers (Charlène Peabody Zyl)

              http://claradoc.gpa.free.fr/doc/39.pdf

              Le premier impact d’un marché sans aucune régulation va faire que ceux qui ont les moyens vont surrenchérir sur les offres d’achat pour ne pas attendre trop longtemps un organe. Donc les coûts vont s’envoler et de fait l’accès aux organes sera encore plus difficile pour la majorité des patients. Il deviendra beaucoup plus intéressant pour tous les intermédiaires de gérer la pénurie pour avoir des prix unitaires élevés que de jouer sur la quantité. Cette voie n’est pas donc la solution.

              Le deuxième impact d’un marché sans aucune régulation est que des personnes qui n’auraient pas voulu faire de don au départ mais le font pour des motivations purement économique seront prêtes à mentir sur des éventuels problèmes de santé personnels. Ceci entraînera donc des risques pour eux-mêmes, mais aussi pour le receveur. Au final, le rapport bénéfice/risque est discutable.

              Le troisième impact concerne la démarche du donneur altruiste. S’il n’existe aucune incentive même dans le remboursement des frais, cela freinera nombre de donneurs qui ne voudront pas ou ne pourront pas payer de leur poche. Ensuite, si on prévoit une compensation des frais raisonnable, cette partie des donneurs supplémentaires se mettra à donner et donc le nombre de donneurs va croître. Si l’on continue d’augmenter la compensation financière, on atteint rapidement un point d’équilibre où le nombre de donneurs attirés par la compensation financière augmente peu, mais où par contre le nombre de donneurs altruistes qui deviennent réticents à ce que leur don soit perçu comme une démarche financière augmente jusqu’au point où ils ne souhaitent plus donner. Si on continue d’augmenter la compensation financière, le nombre de donneurs diminue fortement et le deuxième impact que j’ai cité intervient.

              En conclusion, un marché libre ne fonctionne pas du tout et il est très important de réguler les compensations économiques à un niveau suffisamment faible pour ne pas décourager les donneurs altruistes et d’un point de vue éthique rester dans le consentement libre et éclairé.

              J’ajoute que la mention dans l’article de la comparaison avec la compensation des femmes qui « loueraient leur ventre » est fausse et insultante. Ces femmes ne louent pas leur ventre mais sont dans une démarche de don de leur personne (et pas seulement de leur ventre). C’est pourquoi j’ai choisi le document cité plus haut dans mon commentaire. Aux rares exceptions des pays qui n’ont aucune régulation dans le domaine comme l’Inde (pays connu aussi pour ses trafics d’organes...), tous les pays qui ont régulé la pratique de la gestation pour autrui constatent que les compensations restent très inférieures à la rénumération minimum du pays, et qu’elles ne sont pas au coeur des motivations de ces femmes. Une expliquation rationnelle est qu’il y a plus de donneuses de gestation que de couples infertiles, ce qui fait que ces derniers ne prendront pas le risque de faire un parcours de gestation pour autrui avec une personne dont le consentement ne serait pas libre ou éclairé. De même, ces femmes préfèrent se retrouver dans une relation d’altruisme qui entraîne de facto chez le couple receveur une obligation morale de gratitude et de respect, plutôt que d’être dans une relation de dépendance financière qui suppimerait les obligations morales du receveur.

              En conclusion, c’est une utopie dangereuse de penser qu’il faille supprimer toute régulation pour solutionner le problème du don. Au contraire, il faut une régulation pointue qui s’assure du consentement libre et éclairé des donneurs tout en mettant en place une politique de défrayement contenue.


              • docdory docdory 24 février 2010 18:51

                @ Cristophe

                La « pénurie » d’organes à greffer n’a strictement rien à voir avec un problème économique. Elle est tout simplement due au fait que depuis la fin des années 60 ( début des greffes d’organes ) , la mortalité routière en France est passée de 16 000 à environ 4000 .

                Or , en pratique , l’immense majorité des dons d’organes font suite à une mort brutale accidentelle . Pourquoi ?

                - Parce que quand on meurt d’un cancer , les organes sont envahis de cellules cancéreuses qui iraient immédiatement donner un cancer au receveur, au développement d’autant plus fulgurant qu’il est sous immunosuppresseurs

                -parce que quand on meurt d’une infection, celle-ci se propagerait au receveur

                - parce que la plupart des autres causes de mortalité entraînent le plus souvent une défaillance multiviscérale avant de faire mourir le cerveau, donc les organes sont inutilisables .

                Donc , pour qu’il y ait greffe d’organe, il faut une mort cérébrale brutale, avec autres organes intacts, que l’on ne voit en pratique que dans les accidents et exécutions capitales ( à ce sujet , on ne peut exclure le fait que certains juges dans certains pays se fassent graisser la patte pour avoir la main très lourde en matière de peine capitale, afin que quelques organes soient récupérés )

                Dans la plupart des accidents , les autres organes sont tout aussi détruits que le cerveau, il n’existe qu’une petite partie des morts accidentelles dans lesquelles les organes sont utilisables. Il y aura donc toujours bien mons de donneurs d’organes que de receveurs d’organe.

                Par conséquent, dès qu’il y a 4 fois moins d’accidents , il y a quatre fois moins de greffes , c’est aussi simple que ça ! On ne peut pas laisser libre cours à l’excès de vitesse et à l’ivrognerie des chauffards sous prétexte d’améliorer le sort des malades en attente de greffes et la probabilité qu’ils soient greffés ...

                Les dons d’organe du vivant du donneur ne sont éthiquement acceptables que dans le cas ou le donneur donne un organe à son propre enfant malade, ou dans le don d’organe entre membres adultes d’une même fratrie, ou bien dans le don d’organes renouvelables tels que le don de sang ou de moelle osseuse . Il n’est cependant pas éthiquement acceptable de sélectionner un embryon pour qu’il soit un futur bébé donneur de greffon de moëlle compatible , comme ceci aurait déjà été fait .Qu’un adulte donne, pour de l’argent, un de ses reins ou un bout de son foie à quelqu’un qu’il ne connaît pas est éthiquement inacceptable, organiser une telle collecte d’organe est assimilable à un crime contre l’humanité !

                Il y a toujours eu des riches et des pauvres , dans le passé , la seule chose vraiment équitable , c’était la mort. La greffe d’organe est une sorte de loterie , seul une minorité de gens à greffer seront greffés. Cela doit résulter de la conjonction du hasard, de l’urgence médicale, de la compréhension et de l’acceptation par le futur greffé de la lourde contrainte des traitements à vie qui suivent la greffe, et de la compatibilité correcte donneur-receveur . L’argent n’a rien à faire dans l’histoire .


                • Cristophe Cristophe 25 février 2010 15:55

                  Je suis bien d’accord avec vous sur le sujet des enfants dits « médicaments » : il n’est pas question qu’ils donnent un organe. D’ailleurs la loi l’interdit selon le principe du consenteemnt libre et éclairé. Là où cela devient plus compliqué, c’est lors que le don porte sur de la moëlle épinière ou sur des tissus. Ce sont des produits certes renouvelables, mais il ne faut pas non-plus oublier le risque médical lors du prélèvement. Et quand l’enfant est né suite à une sélection des embryons pour avoir un profil compatible du receveur, on entre dans une problématique lourde : le bien-être voir la survie d’enfant d’un côté, et un risque de plomber la vie d’un enfant qui se demandera peut-être s’il a été autant désiré que ses frères ou soeurs. C’est pour celà que j’ai été étonné que l’on autorise ces pratiques sans débat ni recul alors que l’on interdit des pratiques où on a plein de recul qui montre que cela se passe bien si on respecte certaines règles. Un poids deux mesures.


                • ko56 24 février 2010 21:06

                  Vouloir autorisé la commercialisation des organes montre une monstruosité ou une débilité inimaginable. Le problème réel est que la plupart des gens qui meurs n’ont pas de renseignement disant s’il sont pour ou contre le don d’organe. Imaginé que votre enfant, votre frère ou autre meur. Vous serez choqué, vous n’y croyez d’abord pas.Et la le médecin vous demande si vous êtes d’accord qu’on préleve les organes de cette personne. Vous imaginez alors votre enfant, frère ou autre, totalement dépecé et vous vous demander ce que lui aurait voulu. En plus cela paraît impossible pour vous que cette personne soit morte. La plupart des gens ne sachant pas ce qu’aurait voulu la personne, il refuse en pensant à elle totalement dépecée. Si on oblige de dire un choix dès la naissance je pense qu’on éviterait un nombre conséquent de refus. Je m’explique pour moi dès qu’un enfant née il faudrait que l’on demande à ses parents s’ils acceptent qu’en cas de mort on puissent prendre les organes de l’enfant. La décision pouvant par la suite être modifié par les parents tant que l’enfant n’est pas majeur puis par la suite au recensement de l’enfant on lui demande son opinion. La personne pouvant toujours changer par la suite. Le choix étant ainsi noté sur un papier qu’il doivent avoir toujours sur lui comme la carte d’identité. Cela permettrait ainsi d’avoir l’avis de tous le monde et, en cas d’accident on pourrait prendre les organes plus rapidement, permettant ainsi une meilleur conservation.


                  • Traroth Traroth 25 février 2010 11:39

                    Votre postulat de base, « L’interdiction de la vente et de l’achat d’organes est à l’origine de la rareté », sur lequel repose tout votre article, est très contestable !

                    Ça signifie en gros que des gens qui actuellement n’accepteraient pas qu’on prélève leurs organes l’accepteraient si on leur offrait de l’argent en échange, ce qui est déjà discutable en soi.

                    Plus grave, le commerce des organes implique que celui qui ne peut pas payer n’a qu’à crever la gueule ouverte ! Le système actuel ne vise pas à la raréfaction, mais à l’égalité devant la maladie.


                    • xbrossard 5 mars 2010 13:31

                      @JLM

                      j’ai bien peur que si un jour vous soyez en manque d’argent, vous n’arriveriez pas à vendre votre cerveau, qui me paraît complètement pourri smiley smiley smiley


                      • Voltaire52 Voltaire52 18 mars 2010 12:36

                        j adore les articles de l auteur , ils me font rire , ce qui me fait encore plus rire c’est la réaction démesurée des gens qui n ont pas compris le second degré , ou du moins le coté provocateur du sujet .....au moins çà lance le débat

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