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Le Paris antipaludique

Paludisme à plasmodium falciparum, derrière ce barbarisme scientifique se cache un parasite des plus mortels pour l’homme, puisque responsable à lui seul d’au moins un million de décès chaque année dont 90 % en Afrique. Un enfant de moins de 5 ans toutes les 30 secondes y succombe, imaginons quelques instants la réalité qui se cache derrière ce chiffre abominable, et mettons-nous à la place des familles qui perdent leurs enfants. Encore une fois, c’est le continent africain qui paye l’essentiel de cet impôt sur la vie, amputant les pays d’endémie palustre de ces forces vives chaque jour un peu plus. Ainsi, c’est le sujet qui occupera une semaine durant nombre de spécialistes réunis à Paris, à l’initiative de l’association les Amis du Fonds Mondial Europe, présidée par Michelle Barzach.

Enfonçons le clou de quelques chiffres massue afin que chacun puisse mesurer les enjeux que nous impose cette pathologie transmise par l’anophèle femelle qui véhicule le parasite tueur. Le moustique ne fait aucune distinction, il fond sur les individus, poussé par la nécessité impérieuse de se reproduire, ce dernier devant ponctionner le sang indispensable à la nutrition des œufs.

Mais, ce processus vital pour le moustique induit un véritable fléau déjà identifié en 1880, la malaria sévissant à cette époque dans certains pays européens, notamment l’Italie et le sud de la France.

Ainsi, en Afrique subsaharienne, l’infection est responsable à hauteur de 18 % de la mortalité des enfants de moins de 5 ans, soit la quatrième cause de mortalité de ces derniers, donc largement devant le VIH ! Avec une fourchette allant de 350 millions à 500 millions de crises de paludisme par an, il est facile d’imaginer le coût économique de cette infection, les adultes victimes ne pouvant vaquer à leurs occupations professionnelles, notamment les travaux agricoles. 12 milliards de dollars par an, rien de moins, tel est le coût estimé de la maladie, comme si cela ne suffisait pas à l’Afrique qui cumule tant de handicaps faisant obstacle à son développement. Mais encore, dans les régions les plus touchées, le paludisme est à l’origine de 25 à 35 % des consultations ambulatoires ainsi que de 15 à 25 % des décès à l’hôpital, soit une charge insurmontable pour le système de santé desdits pays.

Comment rester indifférent à ces données brutes issues du premier rapport mondial sur le paludisme réalisé par l’OMS en 2005 ? L’organisation onusienne d’évaluer à 3,2 milliards de dollars les fonds nécessaires pour une lutte efficace contre le fléau, soit une goutte d’eau si on compare avec la somme des gaspillages qui sévissent dans les contrées les plus prospères !

Certes, des progrès indiscutables ont été réalisés grâce à la communauté internationale, mais les résultats demeurent largement insuffisants pour endiguer durablement le mal palustre, les données ci-dessus ne font qu’attester de cette réalité cruelle. Dans le sens des efforts déjà consentis, il faudrait multiplier les initiatives novatrices, notamment la distribution de moustiquaires imprégnées, véritable moyen qui a pu faire la preuve de son efficacité, et cela grâce à la mobilisation de nombreuses associations [1] particulièrement investies dans la lutte contre le parasite infernal. Certains pays, au rang desquels la Zambie et le Togo, ont réussi de véritables prouesses en matière de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticides, multipliant par dix le nombre de personnes protégées.

De plus, l’accès aux traitements associant différents médicaments devrait aussi se faire à plus grande échelle, le parasite étant devenu résistant à la chloroquine, ancêtre des traitements antipaludiques.

De plus amples financements sont donc indispensables si des progrès veulent être encore réalisés, les traitements actuels, à base d’artemisinine, étant dix fois plus onéreux. Quant au vaccin, les recherches ne devraient pas aboutir avant plusieurs années, aucune projection ne peut ainsi être faite dans ce sens.

Le rapport estimait en 2005 que les effets positifs pourraient être évalués d’ici trois ans, soit en 2008, mais les chiffres restent les mêmes, faute de nouvelles données épidémiologiques. Même si le recueil de données reste complexe, c’est surtout le manque de fonds qui empêche toute nouvelle avancée en matière de lutte contre la mortalité palustre. La marge de progrès est encore importante afin que cette maladie infectieuse devienne « une maladie du passé », soit le slogan de cette semaine parisienne consacrée au parasite.

Encore une fois, il faut insister sur le fait que c’est l’humanité tout entière qui est en fait victime de l’endémie fatale, même si dans les faits c’est l’Afrique subsaharienne qui voit ses enfants disparaître, représentant, selon l’OMS, 90 % du total des victimes.

Si « décider c’est vaincre », alors gageons que des décisions importantes pourront permettre d’envisager qu’à échéance relativement courte la maladie soit quasiment endiguée avec pour exemple le Vietnam, pays qui est parvenu en quatorze années à réduire d’un facteur cent l’incidence de l’infection, un « miracle » qui tend à démontrer le côté réaliste des objectifs les plus ambitieux [2].

Pour conclure, très prosaïquement, sachez qu’une moustiquaire imprégnée a un coût annuel tout à fait modique pour des bénéfices indiscutables, soit 1,9 euros par an ! A vos bourses citoyens...

[1] Associations investies dans la lutte contre le paludisme :

Paludisme.Planfrance 

AFME

Coalition Paludisme
[2] Plan mondial de lutte contre le paludisme


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4 réactions à cet article    


  • Deadlikeme Deadlikeme 9 septembre 2008 19:26

    Ce qui est fort étonnant, dans cette histoire soudain découverte des ravages du paludisme... c’est que voila... nous avons le réchauffement climatique... donc les climats dans nos belles contrées "occidentales" pourrayent changer et donc.. nous autres, la "civillisation", nous pourrions en souffrir...Quelle horreur, quelle abomination...

    Alors subitement, on s’intéresse au sujet, alors que le paludisme fait des ravages depuis combien de temps en Afrique, ou en Asie.. ?

    Savez-vous le prix d’un traitement pour 8 semaines après un séjour de 3 semaines en Afrique de l’Ouest :, ou autre zone 3 de dangerosité, puisqu’il faut en prendre avant, pendant et après le séjour....
    D’abord c’est le vrai marché noir, tout se négocie, même en France avec les pharmaciens.et sur internet bien sûr.. Incroyable non...
    Il faut compter de 250 à 350 Euros, selon le médicament que vous prendrez....Avec tous les effets secondaires encourus d’ailleurs...en prime.
    Je ne vous parle même pas des prix sur le marché britannique : le pur délire...ON arrive à des sommes de 500 £...
    Alors comment voulez-vous que les populations autochtones puissent se payer un tel luxe.

    Les Chinois ont découvert depuis fort longtemps une plante qui serait largement capable de lutter contre ce fléau... plante d’ailleurs souvent proposée dans les dispensaires de brousse....mais voila...
    Que vont devenir les revenus, les profits des grands laboratoires.....
    Là est la question fondamentale...
    Alors on traîne, on découvrir des traitements encore plus sophistiqués pour nos chers occidentaux menacés par cette endémie..
    et pendant ce temps-là, les zones sinistrées vont continuer à voir leurs enfants mourir avec cette fichue maladie...
    Mais qu’importe, nous aurons quelques beaux articles sur le sujet et ainsi la conscience tranquille
    N’est t il pas ?


    • hans lefebvre hans lefebvre 9 septembre 2008 20:54

      Vos remarques sont pertinentes, pour autant, force est de constater que nombre de pays ont réussi à lutter très efficacement contre l’endémie, mais il faut redoubler d’efforts et les maintenir sur le longitudinal.
      Quant à cette plante venue de Chine, l’artémisia, c’est de cette dernière que l’on extrait l’artemisine :
      http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/95vol21/21s3/21s3q_f.html
      Par contre, concernant le préventif, la moustiquaire a ffait ses preuves et reste très peu onéreuse ! Enfin, c’est ici l’objet de ce billet, mobiliser quelques bonnes volontés supplémentaires afin de financer l’achat de moustiquaires supplémentaires, et non pas de me donner bonne conscience. Précision faite dans le cas ou votre remarque finale m’était destinée.


    • Deadlikeme Deadlikeme 10 septembre 2008 12:58

      Ma remarque finale ne vous était pas destinée. d’autant plus qu’il est assez remarquable de lire un article sur une maladie qui fait des ravages depuis tant d’années... Il se trouve qu’ayant vécu quelques années des ces zones infestées, j’ai pu y voir l’étendue du mal.
      Malheureusement parfois même une moustiquaire est "chère" pour la population autochtone.
      Quant à l’armoise annuelle, elle est comme je le précisais utilisée depuis longtemps dans les dispensaires de brousse, sans avoir eu à être "traitée" dans les méandres des industries pharmaceutiques, des grands laboratoires qui gouvernent le monde (là allait en fait mon aigreur....) et qui, une fois le traitement "annobli" et mis en place vont vendre ce produit à prix d’or.
      Je le sais par expérience personnelle, puisque j’ai eu la malencontreuse idée d’attraper la malaria lors d’un séjour prolongé au Mali, et que malade comme une bête, je fus transportée dans un dispensaire chinois (ils sont très nombreux et depuis longtemps dans ces contrées) où on me soigna avec forces potions à base de cette armoise, et le résultat fut étonnant... Lorsque je partis, je payais... ce que "je pouvais" comme on me l’expliqua.... Vous croyez sincèrement que nos grands laboratoires seront aussi... philantropes ?


    • Nathan Nathan 9 septembre 2008 23:32

       Très bon article sur une maladie ravageuse, une des plus meurtrières du monde et surtout d’Afrique. Le paludisme aussi appelé malaria a trop tendance a être oublié dans nos chères contrées occidentales. Le SIDA occupe la quasi totalité du champ médiatique. Il n’y a pas de concerts pour (ou plutôt contre) le paludisme. Pourquoi ?

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