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Le questionnement éthique en médecine aujourd’hui

Littéralement éthique de la vie, la bioéthique bouscule aujourd’hui les idées préconçues et s’accapare au fil des progrès de la médecine une place de plus en plus importante dans la vie de chacun.

1. Différence entre morale et éthique

Ethique et morale ne se confondent pas. Si l’éthique s’appuie sur la morale, elle s’en différencie sur bien des points. En effet, la morale s’entend comme un ensemble de valeurs portées et acceptées par un collectif d’individus, et plus généralement une société. L’éthique, par contre, résonne plus comme un jugement individuel sur le cours de la vie. Il n’est qu’à consulter pour en juger les avis aussi différents que singuliers des personnes quand, à un dîner, une réunion entre amis, une discussion familiale, on aborde des sujets aussi complexes que son rapport à la fin de la vie, aux dons d’organes... Le débat éthique alimente aujourd’hui nos réflexions, nos discussions individuelles et collectives.

Il n’en résulte pas moins que l’éthique prend également appui sur la culture, l’éducation, tout ce qui fait le ciment d’une société dans ses valeurs intrinsèques les plus profondes. C’est pourquoi l’éthique pourra s’assimiler à des visions différentes, en fonction des pays et des peuples, et donc de leur approche de la vie. C’est le cas par exemple aux Etats-Unis. Récemment la Cour suprême des Etats-Unis vient de reconnaître le droit à l’Etat de l’Oregon d’appliquer sa législation en ce qui concerne le suicide médicalement assisté. Il se différencie de l’euthanasie, dans le sens où la participation du corps médical est ici passive, et non active, par le biais de conseils, voire de création d’un cocktail de médicaments létal. A l’inverse, et sur le même territoire étasunien, des législations beaucoup plus orthodoxes persistent.

En Europe, c’est en Suisse que l’on peut procéder, par l’intermédiaire d’une association, à des suicides médicaments assistés. Et ceci sans contrainte de nationalité. De fait, comme on n’arrête pas les nuages radioactifs aux frontières (cf. Tchernobyl et le discours rassurant des autorités de l’époque sur l’inocuité pour la population française de la catastrophe de la centrale ukrainienne en 1986), on n’arrête pas les individus désireux de mettre fin à leurs jours par un banal contrôle douanier. Ainsi, de nombreux Français peuvent pratiquer le suicide médicalement assisté en Suisse, alors que ceci reste parfaitement interdit dans leur pays d’origine. Un reportage de France 2 en 2004 témoignait de cet engouement francophone pour cette solution finale, avec le cas d’une quinquagénaire en phase terminale de cancer.

En dehors de la loi, explicitement s’entend, ce dispositif bénéficie de la complicité des autorités policières qui viennent constater, après l’appel d’un membre de l’association, le décès de l’individu. Et, puisque chaque décès doit avoir une cause, en quelque sorte une solution, procéder au classement de l’affaire. L’appartement des suicidés fait recette et sera difficile à relouer.

L’éthique, nécessairement personnelle, mais qui peut être partagée, se distingue donc de la morale tout en s’appuyant, entre autres, sur celle-ci pour bâtir ses fondements et sa force.

2. Le pourquoi de l’omniprésence du débat éthique aujourd’hui

On l’a vu, vous le voyez, nous le constatons, le questionnement éthique fait l’objet d’une réflexion permanente dans la société. Pas une seule parution d’un journal, sans que la question ne soit, directement ou pas, abordée. Parce que nous parlons de la vie, cela parle à tous.

Cependant la question de la vie et de la mort n’est sans conteste pas nouvelle dans le tourment de l’âme humaine. Déjà Hippocrate abordait ces sujets, ceux de la mort et de l’éthique. Et cela remonte à plus de 2000 ans. Si la question se pose avec autant d’acuité aujourd’hui, et tout en relativisant cette importance historique (chaque époque étant unique par essence, elle pense, ou tout au moins, les personnes qui la composent pensent qu’elle est exceptionnelle, s’arrogeant des qualités qu’elle n’a pas forcément, par ignorance ou vanité). Cependant l’antériorité de la question n’empêche pas sa prégnance actuelle. Plusieurs éléments permettent d’expliquer l’omniprésence du débat éthique, et l’utilité de ce débat :

- le développement des technologies médicales.
Jamais dans l’histoire de la médecine, les technologies médicales n’ont donné de moyens aussi importants aux médecins de sauver, guérir, soulager, prévenir. Elles peuvent ainsi maintenir la vie sans maintenir la conscience (cf. le cas d’Ariel Sharon en ce moment), et posent avec acuité la question de la limite entre la vie et la mort (de la définition de cette limite, ainsi que du porteur de la responsabilité de sa définition). Les thérapies géniques, et plus largement l’évolution de la génétique, posent question car elles touchent à la nature du vivant (selon certains : à son caractère sacré) et à son futur puisqu’il devient possible, graduellement, d’intervenir sur le génome humain. (Exemple de la Chorée de Huntington (Article du journal Le Point).

- l’horreur nazie.
Nous le verrons, dans le processus d’extermination des nazis pendant la deuxième guerre mondiale, figure aux premiers rangs de culpabilité des médecins, en grand nombre, ayant fait allégeance au troisième Reich, au premier rang desquels l’abominable Menguele. Le procès de Nuremberg confondra ces suppôts du fascisme et débouchera par la suite sur la création du Code de Nuremberg, en 1948. Ce code, premier dans le genre, réglemente l’ensemble du processus de recherche médicale et érige le consentement, concept sur lequel nous reviendrons longuement, en une base fondamentale et indispensable avant toute pratique de soins.

- les sociétés individualisées.
On le voit en prenant le métro, en essayant de passer sans danger un passage-piéton sans mettre sa vie en danger, dans les files d’attente des boutiques, notre société n’a jamais été aussi individualiste. Les idéologies politiques (communisme, socialisme, capitalisme...) ne sont plus. Le communisme a échoué, le socialisme, au sens soviétique du terme, aussi, et les régimes politiques occidentaux actuels sont de l’avis de tous des mix plus ou moins bien réussis de social-démocratie et de libéralisme économique. En parallèle, ou en conséquence, les religions elles aussi ont vu leur influence dans les sociétés occidentales si ce n’est décliner, au moins changer.

Les éthiques 1. Le questionnement éthique. M. Cabon février 2006. Les ordres religieux sont moins bien suivis par la foule des fidèles qui prennent dans leur religion ce qui leur semble acceptable et rejettent ce qu’ils ne veulent pas entendre ni appliquer. Même si l’on sent une résurgence de la croyance religeuse, sa forme a définitivement changé pour devenir plus personnelle, plus intérieure et moins ostensible (la baisse de fréquentation des offices religieux montre la véracité de cette tendance). Loin des tentations paternalistes des idéologies passées, les individus s’autonomisent, prennent donc plus de liberté, et se saississent de questions autrefois résolues définitivement par un dogme collectif.

- Enfin, last but not the least, comme aiment à le dire les Britanniques, la multiplication des expérimentations scientifiques, du fait de l’extension du domaine du savoir et donc des incertitudes, multiplie les risques potentiels et demande à définir avec précision leurs conditions de réalisation. Là aussi, nous y reviendrons. Le cas de 300 Afro-Américains, durant la seconde moitié du XXe siècle, ayant eu à subir pendant plus de 40 ans les effets de la syphilis sans qu’on leur donnât le traitement approprié, alors que bien évidemment la pénicilline, qui constitue le principal procédé actif pour combattre cette maladie, existait. Il est possible aussi que derrière cette entorse à l’éthique la plus élémentaire, delon laquelle le bénéfice direct du patient doit toujours être recherché, se cachent des relans de racisme.

3. Les principes fondementaux de l’éthique moderne

Ils sont au nombre de cinq :

  1. Le principe d’autonomie
  2. Le principe de bienfaisance
  3. Le principe du respect de l’individu (qui pose la question de savoir ce qu’est le respect et ce qu’est un individu)
  4. Le principe de l’information (éclairée, comprise, utile...°)
  5. Et enfin, le plus emblématique, le principe du consentement

La différence constatée entre la présentation théorique des principes fondamentaux de l’éhique et les cas pratiques présentés quotidiennement fonde un champ aux frontières floues et grandissantes qu’on appelle : l’espace de débat éthique.

4 . L e débat éthique

Au quotidien, dans les hôpitaux ou dans les cabinets médicaux, des questionnements ont lieu, des échanges se réalisent, des discussions se déroulent. Ce débat éthique porte sur le respect des principes fondamentaux et leur application au cas présent.

Conclusion

Deux visions de l’éthique moderne se dégagent, et de plus en plus souvent se confondent l’une l’autre. L’éthique déontologique s’attache aux principes de l’éthique, s’attarde sur eux et cherche, dans un acte médical, pour première condition, qu’il respecte les principes fondamentaux édictés tout à l’heure. L’autre vision est une éthique dite conséquentialiste. Elle trouve les réponses à ses questions dans les conséquences d’un acte, et juge de sa possibilité par le bien apporté par son exécution.


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2 réactions à cet article    


  • Scipion (---.---.54.195) 25 mars 2006 12:00

    N’oublions pas que nous vivons un temps qui est placé sous le signe du « J’ai envie, donc j’ai le droit. » Ce qui fait que l’éthique, tout le monde s’asseoit dessus. Surtout ceux qui se découvrent des circonstances atténuantes absolutoires.

    On juge et on se juge en fonction de la fin, et on n’est de moins en moins regardant sur les moyens. Il suffit de croire, de penser et de dire que c’est « pour la bonne cause », puis de s’en convaincre par autosuggestion. Les médecins n’y échappent pas.

    L’expérimentation sur l’humain non consentant, est pour demain, si elle n’est pas déjà d’aujourd’hui... Mais puisqu’on vous dit que c’est pour la bonne cause !


    • scalpa (---.---.212.191) 25 mars 2006 17:51

      ma question pose sur comment traiter les personnes atteintent de maladie neurodegenerative type ALZHEIMER.Personnelement touché par ma mère, elle n’a pas conscience de son état.Elle n’a plus sa liberte d’autonomie.Si je suis certain que cette maladie se transmet à la descendence il ne faut pas attendre de presenter les signes,car aprés il est trop tard pour réagir, ce sont les autres qui decident pour vous. Ce cas est particulier j’en conviens,mais il entre en contradiction avec certain des 5 principes cités dans le textes .Le consentement ne peut pas s’appliquer à un dement.

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