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Les Entreprises du Médicament et le Mediator : on a dû se planter quelque part...

Christian Lajoux, le Président du LEEM (Les Entreprises du Médicament) mais également de Sanofi France vient de publier un livre pour contrer le brûlot des Professeurs Even et Debré sur "les 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux". C'est l'occasion pour le représentant de l'industrie pharmaceutique de présenter le catastrophique bilan du plus tiède des syndicats professionnels.

Encore sonné par la claque médiatique du Mediator, Christian Lajoux peine pendant près de 200 pages à comprendre pourquoi il a fourvoyé toute l'industrie pharmaceutique qu'il représente dans une impasse qui l'affaiblira pendant les 10 prochaines années et conduira à une délocalisation progressive de ses activités et de ses emplois hors des frontières de l'hexagone.

Christian Lajoux a creusé la tombe de l'industrie pharmaceutique qu'il était supposé défendre.

Tout commence au moment où l'IGAS rend public son rapport sur le Mediator. L'émotion est au plus haut. Xavier Bertrand est aux commandes. L'ouvrage nous confie quelques extraits du conseil d'administration du LEEM qui conduira à l'exclusion de Servier, le fabricant du Mediator.

"Le Mediator suscite une émotion considérable dans la population. Le rapport de l'IGAS est lourd. Il est important que nous soyons admis à la table des négociations que veulent ouvrir les pouvoirs publics. Si nous n'y étions pas, nous paierions un tribut qui hypothèquerait les efforts de modernisation développés au cours des dernières années."

Une telle phrase aurait pu en son temps être prononcée par Sir Neville Chamberlain au lendemain des Accords de Munich qui en échange du sacrifice de la Tchécoslovaquie aux allemand devait normalement offrir la paix aux autres pays d'Europe.

"Mes bons amis, voici la seconde fois que nous rentrons d’Allemagne à Downing Street avec une paix honorable. Je crois qu’il s’agit de la paix pour notre temps. Nous vous remercions du fond du coeur. À présent, je vous conseille de rentrer chez vous, et dormez en paix".

Winston Churchill répliqua : "Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre".

Cette collaboration avec Xavier Bertrand et ses sbires au pouvoir à l'époque sera fatale à tout le secteur de l'industrie pharmaceutique.

Le rapport de l'IGAS a lancé un pavé dans la mare. Servier devait (et doit !) rendre des comptes devant un tribunal. Mais en désavouant l'un de ses membres avant tout procès, le LEEM s'est couché devant le gouvernement de l'époque, lui offrant prise pour faire passer tout et n'importe quoi.

Le piège tendu par Xavier Bertrand

En mandatant l'IGAS, un service qui lui était directement rattaché, pour enquêter sur le Mediator, Xavier Bertrand allait créer une déflagration dans le monde de la pharmacie. La mise à l'écart de Servier par Lajoux était prévisible sinon négociable. En voulant calmer le ministre, Lajoux fragilisait alors les positions de toute l'industrie. Il suffisait pour Bertrand de faire monter la pression médiatique, sachant que le LEEM, affaibli, serait incapable d'adopter une position ferme. Bertrand ouvrait alors la porte à des mesures de baisses de prix et de déremboursement.

D'ailleurs, au niveau européen les représentants internationaux de l'industrie pharmaceutique ont préféré garder la tête froide et ne pas foncer tête baissée dans le piège de Bertrand.

Dans son livre, Christian Lajoux ne comprend toujours pas qu'il fut l'unique responsable du fiasco qui suivit :

"C'était sans compter avec les réticences de l'organisation européenne, l'EFPIA (la Fédération européenne des industriels et associations pharmaceutiques). L'instance brucelloise redoutait que cette affaire franco-française ne déborde les frontières hexagonales et contamine les opinions publiques et les autorités de pays voisins. J'avoue avoir été surpris par le manque de clairvoyance et de combativité de l'EFPIA, même si, à plusieurs reprises, ses dirigeants ont salué l'action menée par le LEEM. Je note d'ailleurs, sans autre forme de commentaire, que Servier est toujours adhérent à l'EFPIA. C'était sans compter avec les directions internationales, dont plusieurs à mon sens n'ont pas su prendre la dimension réelle de la situation et n'ont pas compris les attentes nouvelles de la société..." Christian Lajoux charge ensuite à nouveau ses collègues de l'EFPIA en affirmant "qu'ils n'étaient pas à l'aise ni très solides dans leur argumentation". (pages 35-36)

Aujourd'hui, Christian Lajoux s'interroge. Il ne comprend pas pourquoi le gouvernement de l'époque l'a trahi alors qu'il leur a offert Servier. Dans son livre, il se plaint à plusieurs reprises que le LEEM a été inaudible.

La faute aux journalistes, aux politiques... Sans jamais oser nommer les personnes qu'il cible et attaque, tout est prétexte à pleurnicher.

Et Xavier Bertrand qui "en refusant la concertation ne fit rien pour nous aider" !

Et que dire d'Irène Frachon ?

"Charge concentrée, nourrie par moins d'une dizaine d'émetteurs, dont Irène Frachon qui s'est mobilisée pour que le Mediator soit retiré du marché et qui, dans la foulée, a embrassé une véritable croisade contre l'industrie pharmaceutique. Sans rien nier de sa bataille vraisemblablement difficile, indéniablement justifée, force est de constater que rapidement tout propos d'Irène Frachon est devenu parole d'évangile et que quiconque entreprend de le contester ou de le corriger est immédiatement suspect." (pages 88-89)

Au moins Irène Frachon a eu le courage de se battre pour défendre ses intérêts et surtout les intérêts collectifs. Heureusement qu'elle n'a pas adopté la même démarche avec les autorités de santé que Christian Lajoux avec le ministre. Heureusement qu'elle n'a pas "écarté le Mediator" pour éviter de "payer un tribut qui hypothèquerait les efforts de modernisation développés au cours des dernières années."

En suivant mollement et docilement le gouvernement, Christian Lajoux a créé une faille dans la carapace, une véritable faiblesse, qui a fragilisé tout le secteur industriel pharmaceutique. Le piège de Bertrand se referme. Les mesures prises alors par le gouvernement ont littéralement anéanti ce tissu industriel, qui ne disposait pas d'un syndicat solide pour le défendre.

Le plus cocasse, c'est qu'à la lecture de son livre, Christian Lajoux ne semble toujours pas avoir compris "où il a merdé"...

Sanofi a écoppé comme les autres des baisses de prix avec, cerise sur le gâteau, le déremboursement de son nouvel antiarythmique, le Multaq. Pour compenser la bourde de Lajoux, le Président de Sanofi, Chris Viehbacher, a saisi l'occasion pour faire passer son plan social et recontenter les actionnaires. 900 emplois seront détruits, et Sanofi passe numéro 1 du CAC 40. Bien récupéré et tant pis pour l'emploi !

Décidément, de Chamberlain à Lajoux, l'Histoire n'a jamais pardonné à celui qui baisse la tête (voire plus !) devant son bourreau.

Référence : "Médicament : l'état d'urgence" Christian Lajoux, Ed. Cherche Midi, Novembre 2012.


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4 réactions à cet article    


  • lebreton 12 novembre 2012 21:09

    dommage que la peine de mort n’existe plus ,pas mal de têtes seraient tombées , celles des assassins en puissance que tout le monde connait protégés par des hommes politiques véreux ça donne envie de gerber ! 


    • YKermignac 13 novembre 2012 02:07

      Merci pour cet excellent article, très bien renseigné, qui dévoile la manoeuvre râtée et assez piteuse du Président du LEEM, sacrifiant Servier en victime expiatoire pour s’attirer les bonnes grâces de Xavier Bertrand. Il a effectivement signé la fragilisation de l’industrie pharmaceutique en France, et pour longtemps. Fort peu sont ceux qui en mesurent clairement toutes les conscéquences ; au-delà de l’acrimonie généralisée dans l’opinion vis à vis de « Big Pharma », construite et continuement entretenue par des militants en croisade et une presse seulement intéressée à ses tirages, ce sont les conscéquences économiques sur secteur stratégique pour la France qui vont être désastreuses. J’ai d’excellentes raisons de penser que tout cela était orchestré, et si ce n’était pas le cas, certains grands laboratoires internationaux n’ont pas tardé à voir tout le bénéfices qu’ils pourraient tirer de la situation, en terme de parts de marché sur des zones comme l’Europe de l’Est et l’Asie notamment où l’affaiblissement de certains laboratoires français ne peut que les servir. Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous sur ce soit disant retard à l’allumage de Christian Lajoux, qui n’aurait pas compris ce qui arrivait ni la rouerie du Ministre de la Santé : Sanofi licencie massivement en France et Sanofi va se délocaliser .... Belle opération pour les actionnaires. On ne peut pas non plus passer sous silence les étranges proximités entre Sanofi et Xavier Bertrand via une agence de communication commune, Euro RSCG, par laquelle ont transité et transitent toujours les plus proches conseillers de Sanofi et de Bertrand. Je crois plutôt que Christian Lajoux fait seulement semblant d’être surpris : mieux vaut passer pour le dindon de la farce que pour celui qui a tuer la dinde. Enfin, derrière Lajoux se profile Chris Viehbacher qui lui, se pose en matière de scandales sanitaires, sur lesquels on se demande si le silence de la presse française relève de l’incompétence ou d’une prudence activement encouragée : Les initiés aux enjeux économiques et politiques actuels suivront l’allusion sans difficultés. Last but not least, et nonobstant la propension nationale à se couper le bras pour soigner un panari, votre article soulève laquestion très dérangeante de la dimension biblique qu’à pris l’affaire Servier. Qu’il y ait eu des victimes ne fait malheureusement aucun doute ; que les responsabilités soient partagées entre différentes parties non plus, bien qu’il soit politiquement incorrecte de l’écrire (Laboratoires, autorités politiques, administration, médecins prescrivant hors AMM, « patients » aussi) ; que la croisade contre l’un des rares laboratoires français indépendant de la finance mondiale ait été motivée sinon exploitée par des intérêts économiques et politiques bien compris : pas moins. Votre article comme la polémique autour du nombre de dossiers éligibes à l’indemnisation retenus par l’ONIAM, tend à confirmer une gigantesque manipulation. espérons que des personnnalités ou des journalistes plus téméraires que les autres, tenteront d’en faire une analyse plus crédible et équilibrée que la fable carricaturale qu’on sert à l’opinion depuis des mois.


      • clostra 13 novembre 2012 10:08

        Pour ce qui concerne les médicaments, ne jamais oublier que les vrais actionnaires, c’est nous, c’est notre sécu qui agit ou pâtit, notre santé qui s’améliore ou se détériore.

        On ne peut pas laisser le médicament s’égarer dans le (ultra) libéralisme, c’est impossible, c’est invraisemblable.

        Je me souviens, il y a de ça d’assez nombreuses années mais la lancée est bien là, en milieu hospitalier, un proche d’un « pasteurien » travaillant en immunologie, dire que c’était l’heure de prendre des actions sur les vaccins ! que le développement allait être exponentiel.

        NON !

        Retirons l’industrie du médicament de ce piège !

        Revenons aux fondamentaux : l’homme a survécu dans un monde plutôt hostile aux côtés du meilleur, qu’il a appris à reconnaître et du pire qu’il a appris à tenir à distance, tout ceci sur un terreau naturel, parfait (puisqu’il a survécu) et différencié (la purification, l’approche d’un seul phénomène parmi les milliers de réactions biochimiques qui se tiennent en même temps dans une « unité humaine » est une aberration qui ne tient que l’espace d’une adaptation, ce que sait faire l’homme dans sa complétude).

        Aussi arrivons-nous à des simulacres scientifiques : le mécanisme traité est en effet mis en évidence mais pas remis dans son contexte, aussi, on entend ceci :

        Je vous prescris cette (nouvelle) molécule mais ne vous inquiétez pas, si ça ne marche pas sur vous, on en essaiera d’autres.

        Ne parlons pas de « modèle économique », du genre, rare et cher, de masse et bon marché, dans aucun des deux cas de figure, ne figure l’objectif à terme de supprimer la maladie...ça coûterait beaucoup trop cher à l’industrie pharmaceutique.


        • Palmyre 14 novembre 2012 17:17

          C’est vraiment Calimero Lajoux : il ne comprends pas ce qui s’est passé et il pleurniche que c’est la faute de l’affaire Servier, du ministre de la Santé de l’époque, des agences qui ne font pas leur boulot, et que dire de sa sortie sur Irène Frachon dont tous les propos sont devenus parole d’évangile et qui est désormais inattaquable. Est-ce à dire que personne n’oserait plus contester ses paroles même s’il y a sujet à débattre ? Pourtant, il y a une polémique autour des chiffres qu’elle a donné sur le Mediator : ce serait moins grave que ce que le Ministre de la santé Xavier Bertrand, l’Afssaps, le docteur Frachon, et tous les journaux nous ont seriné à longueur de temps, il y a quand même que 10% des cas examinés qui ont été retenus par l’Oniam. Ce texte a le mérite de faire émerger la thèse que derrière l’affaire Servier, il y a un combat politique, et c’est le syndicat du Leem qui l’a perdu par lâcheté ; je ne suis pas sûr du tout que cela soit au bénéfice des citoyens et des malades. On comprend mieux aussi, à demi mots, pourquoi l’affaire du Mediator a fait autant de bruit : un train en a caché un autre.

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