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Les forçats du boulot

Épuisement professionnel ....

Jusqu'à la moelle !

Ils aiment leur travail, ils chérissent leur entreprise, ils sont les nouveaux conquérants de parts de marché ; ils pensent, vivent, grandissent au travers de leur boulot. Jour et nuit, ils vivent, dorment, mangent, se déplacent en n'ayant en tête qu'une seule chose : « La compétitivité ! » Ce sont les sportifs du labeur, les bêtes de somme d'une société qui les usera jusqu'à la corne.

Ils sont entrés dans le système, ont accepté les règles d'un jeu nocif, destructeur, impitoyable : « Donner toujours plus de soi pour sa boîte ! » Ils se pensent indispensables,du moins c'est ce que la direction leur laisse penser : belle illusion qui ne tardera pas à crever au moindre problème, à la plus petite difficulté. Mais en attendant, ils sont prêts à tout sacrifier pour quelques dérisoires récompenses.

Un titre ronflant, une promotion agitée en guise de colifichet, une petite prime qui arrivera sans doute un jour, une reconnaissance qui passe au travers de propos enjôleurs, de courbettes et parfois de rares gratifications. La culture d'entreprise, comme ils disent, est un rouleau compresseur de vie privée, un miroir pour des alouettes bien naïves.

Elles finissent toujours par se brûler les ailes à moins de passer dans le camp des loups et des charognards, des profiteurs honteux, des exploiteurs infâmes du labeur des autres. Il faut tirer le bon numéro à la roulette russe des apparences trompeuses. Les stakhanovistes du bureau n'espèrent qu'une chose : passer par-dessus le voisin, briser le supérieur hiérarchique pour prendre sa place, monter dans la hiérarchie pour voir si au sommet l'air est meilleur.

S'ils échouent, s'ils deviennent trop encombrants, trop chers, ils seront inexorablement rejetés, radiés des listes au nom de la maîtrise des coûts, de la restructuration de la boîte, du pragmatisme interne et autres balivernes qui font passer des couleuvres et bien des turpitudes. Le vocabulaire est entièrement factice dans cet univers impitoyable.

Le pire pourtant n'est pas là. Le rouleau compresseur va sournoisement détruire celui qui se croyait jeune loup et finira lamentable épave s'il n'y prend garde. À trop penser boulot, vivre boulot, il a laissé filer l'essentiel : sa vie. Sa famille ? Il ne la voit presque plus, seulement en fin de semaine et pas toujours. Ses loisirs ? Mais c'est son travail, son merveilleux travail …

Il ne lit plus : une occupation chronophage pour les gens qui ne veulent plus penser. Il ne sort plus : adieu cinéma, théâtre et concerts. Il ne s'occupe plus des siens. Il est toujours sur la brèche ; il passe son temps, tôt le matin jusqu'à tard le soir, dans son bureau, loin de sa famille, de ses amis. Mais il a des compensations : une belle voiture qui prouve son succès, un joli salaire qui lui donne du confort financier, des repas au restaurant avec des gens importants, des soirées prestigieuses parmi ces gens qui se pensent au-dessus du commun des mortels …

Et l'accident industriel survient. Il ferme les écoutilles, se coupe du réel, il entre en dépression, il est atteint d'un mal qui naturellement ne peut être désigné que par un terme anglo-saxon. C'est naturel, c'est ce modèle de société qui permet ainsi le laminage des consciences, la destruction à petit feu des humains qui sont enchaînés à cette logique absurde.

Il n'est plus rien qu'une loque, une épave. Il perd son boulot, ses amis lui tournent le dos, sa voiture devra être vendue. Il erre comme une âme en peine dans une maison où ses enfants sont devenus, pour lui, des inconnus qu'il n'a pas vus grandir. Il est au fond du seau, au plus profond d'un abîme qu'il a creusé lui-même. Il est une ombre, un zombi.

Qu'il se rassure ! Là-bas, dans son ancienne boîte, on l'a déjà oublié ; on ne viendra jamais prendre de ses nouvelles. Il a été immédiatement remplacé par un autre qui suivra le même parcours : la belle ascension avant la chute inévitable. Lui, il doit réapprendre à vivre, se passer de ce luxe qui lui a fermé si longtemps les yeux, reprendre pied avec la simplicité, les autres, la vie tout simplement.

Cette histoire, tous les jours, elle touche un de ces intoxiqués du travail, un de ces parvenus qui méprisent ceux qui considèrent qu'il y a une existence en dehors de l'argent, du pouvoir, de la richesse et de ces entreprises qui laminent les humains pour le seul profit de quelques investisseurs dont l'unique mérite est une fortune qui les autorise à jouer les vampires.

Il est temps de briser les chaînes, de prendre du recul, de redonner place à l'essentiel. Le travail, certes, est nécessaire mais ce n'est pas une drogue, une raison de se détruire tout en humiliant les autres. Il est grand temps de retrouver une dimension humaine dans cette folie démoniaque !

Laborieusement vôtre.


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8 réactions à cet article    


  • straine straine 9 juin 2015 11:55

    Personne ne lui a dit qu’il pouvait partager son temps de travail ?
    extrait d’un autre de mes commentaires :
    « #Le récapitulatif des déclarations d’impôts de 2014 dénombre
    - 9 139 122 emplois à temps plein,
    - 6 976 127 individus déclarent =>
    - 6 889 453 400 heures travaillées ;
    Ce qui laisse supposer
    - 12 941 249 postes à temps plein en France (151 heures mois) !!
    À en croire l’INSEE nous serions 34 957 956 en 2014 dans la tranche d’age des 18/60ans !
    Une image pour simplifier http://escrocratie.tk/images/travail-chomage-impot_2.png# »


    • C'est Nabum C’est Nabum 9 juin 2015 12:27

      @straine

      Partager ?

      Une idée contraire au principe de Cupidité qui impose à ses adeptes de tout sacrifier pour avoir plus que les autres.

      Merci pour les données


    • straine straine 11 juin 2015 20:34

      @C’est Nabum
      Le récapitulatif des déclarations d’impôts de 2008 donnait :
      - 44 048 130 000 => total heures années
      pour :
      - 28 345 000  => actifs
      ce qui donne une moyenne de 141 heures mois (1554 heures an) par actif en 2008 ; Avec en prime beaucoup moins d’emplois subventionnés !
      Alors, employons plutôt crétinisme congénital en lieu et place de cupide !


    • C'est Nabum C’est Nabum 12 juin 2015 07:29

      @straine

      Si vous y tenez Je n’ai pas d’objections !


    • mpag 9 juin 2015 15:27

      très juste comme article mais c’est pas donné à tout le monde de moins travailler

      On parle de forçats, que dire lorsque vous y êtes obligé
      un collègue de boulot qui a un appartement à paris qui a mis en location me racontait que son appart recevait un nombre incalculable de visite, principalement des personnes avec plusieurs boulots car impossible pour eux de se loger dans des conditions correctes

      j’ai trouvé pour ma part la parade, pas bien glorieuse mais efficace en travaillant en suisse car j’avais le même raisonnement que vous à l’époque de mes 20 ans, ca l’a d’ailleurs tjr été au fil de ma vie et de mes différents postes^^
      Bref beaucoup moins de travail et une paye qui ressemble à quelques chose^^

      J’espère que chacun y arrivera et découvrira que la vie et autre chose que le travail
      a chacun son bonheur

      • C'est Nabum C’est Nabum 9 juin 2015 18:44

        @mpag

        Je ne méprise pas l’argent mais je ne le place pas au dessus de tout
        Je sais ce qu’est le bénévolat, j’agis non pas pour le profit mais pour le plaisir

        Je me passe de ce que je ne peux m’offrir simplement parce que malgré tout, j’ai assez. Je ne suis pas dupe de vos remarques. Merci de dire que pour beaucoup, le choix n’existe pas

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