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Les maladies du Nord descendent vers le Sud

Une constatation navrante du rapport Santé publique, innovation et droits de propriété intellectuelle soumis récemment à l’Organisation mondiale de la santé (OSM) est le poids de plus en plus élevé des maladies non transmissibles dans les pays en voie de développement. Une tendance qui ne fait qu’ajouter au drame de centaines de millions d’êtres humains pour qui le droit à la santé est tel l’horizon qui s’éloigne sans cesse.

La Commission sur les Droits de la Propriété intellectuelle, l’Innovation et la Santé publique avait toute une commande à remplir : « trouver les mécanismes appropriés de financement et d’incitation pour la mise au point de nouveaux médicaments et autres produits contre les maladies qui touchent avant tout les pays en développement ». Rien de moins.

C’est la controverse autour des droits de propriété intellectuelle dans le domaine de la santé qui avait incité l’OMS à mettre sur pied cette commission en 2004. Les membres de la commission se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas s’en tenir à une approche aussi étroite des problèmes de santé dans les pays en voie de développement.

... nous avons rapidement conclu que l’innovation était vaine en l’absence de conditions favorables permettant aux pauvres dans les pays en développement d’avoir accès aux produits existants ainsi qu’à de nouveaux produits. (Préface du Rapport.)
Les commissaires qui croyaient devoir trancher le noeud gordien des brevets sur les médicaments, rendu plus difficile encore à dénouer avec l’Accord sur les ADPIC, ont plutôt dû admettre que résoudre la question des brevets était nettement insuffisant alors que persiste un profond déséquilibre mondial face à la maladie.

Certes il faut trouver comment diminuer le coût des médicaments, mais au-delà des coûts il faut surtout se rendre à l’évidence : la vaste majorité des populations vivant au Sud n’a tout simplement pas les moyens de s’offrir des médicaments et des soins de santé.

L’absence d’un marché lucratif des médicaments est à la fois la démonstration et la conséquence de ce constat.

La pauvreté a un impact sur le pouvoir d’achat, et l’insolvabilité des pauvres réduit la demande effective, ce qui limite à son tour l’intérêt des firmes travaillant dans un but lucratif. (Rapport, page 14.)

Or il faut rapidement trouver des solutions, car un drame se profile à l’horizon : non seulement le SIDA et autres maladies transmissibles sont-elles en recrudescence, mais en plus les maladies non transmissibles sont elles aussi en croissance dans les populations des pays en voie de développement, dû au vieillissement accéléré de leurs populations.

Les maladies de la pauvreté (les maladies transmissibles, les pathologies maternelles et périnatales ainsi que les carences nutritionnelles) sont responsables de la moitié de la charge de morbidité dans les pays pauvres. C’est dix fois plus que dans les pays riches.

Mais ce chiffre est trompeur.

Le tableau suivant (Rapport, page 15) des années perdues dû aux maladies (cliquez sur l’image pour voir le tableau), démontre que les maladies non transmissibles ont déjà pris le dessus partout - non plus seulement dans les pays de l’OCDE - sauf en Afrique où les maladies transmissibles continuent de dominer :

L’OMS prévoit que les maladies non transmissibles vont causer deux fois plus de décès que les maladies transmissibles dans les pays en voie de développement d’ici 2015.

Bref, ceux-ci vont supporter de plus en plus un double fardeau de morbidité.

Alors que les soins et les médicaments permettant de soigner les maladies transmissibles dans le Sud n’existent pas en l’absence d’un marché lucratif, ces mêmes soins et médicaments permettant de soigner les maladies non transmissibles, disponibles dans les pays riches, ne seront tout simplement pas accessibles à une grande partie des populations des autres pays (80% de la population mondiale) qui n’auront pas les moyens de se les offrir.

On tourne en rond. Le meilleur moyen d’améliorer la santé dans les pays en voie de développement est d’améliorer les conditions économiques des populations et un des moyens essentiels d’améliorer les conditions économiques des populations est d’améliorer leur santé.

Le rapport aurait tout aussi bien pu s’intituler « Chronique d’une mortalité annoncée ».

Organisation mondiale de la santé. Santé publique, innovation et droits de propriété intellectuelle


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