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Lobbying : Big Pharma soigne ses relations avec l’Etat

Dans un article précédent, nous abordions sous un angle un tantinet humoristique la nomination d'Hervé Gisserot, senior vice-président de la firme pharmaceutique GlaxoSmithKline à la tête du LEEM, une fédération patronale qui regroupe les industriels du médicament. Cette nomination, loin d'être anodine reflète la volonté du LEEM de s'infiltrer dans tous les rouages du système et de reprendre avec fermeté ses positions auprès des acteurs clés qui l'anime.

Dans sa quête de reconstruction après le tsunami généré par le Mediator, le LEEM avait deux options :

Première option : Risquer le changement. Le grand public attend que l'industrie pharmaceutique abandonne sa désastreuse image de "marchand de santé" au profit d'une industrie plus noble, plus transparente, plus éthique. La transformation devrait impacter tous ses processus de décision. De nouveaux "business models" seraient à construire pour y réimplanter l'esprit d'Hippocrate.

Deuxième option : Continuer comme avant, mais en renforçant cette fois-ci solidement les digues qui ont cédé lors de la vague du Mediator. La prochaine vague ne devra pas emporter tout le système. La classe politique, la presse, les experts, les administrations, tous devront être sous contrôle. Il s'agira cette fois-ci de réimplanter de plus belle l'esprit de Rockefeller, JP Morgan et Warren Buffett pour offrir ce juteux marché en pature à quelques grosses entreprises.

Lors de ces élections, deux candidats aux profils très différents se sont affrontés.


Le médecin ou le lobbyiste ?

Le premier, Patrick Errard, patron de la firme Astellas Pharma est médecin. Diplômé de la Faculté de Médecine de Lariboisière-Saint-Louis à Paris, il se spécialisera en gastro-entérologie. Il exercera ensuite pendant plusieurs années sa spécialité médicale auprès de ses patients avant de rejoindre l'industrie pharmaceutique. Cultivé, il publiera 3 ouvrages : "14 Farces sur ordonnances" (1993), "Les Enfants de la Tuilerie" (2008), et "Sanskrit Aniti, le Souffle des âmes" (2010).

Le second, Hervé Gisserot, n'est pas médecin. Malgré son allure de trader déchu, il est un pur produit de l'administration. Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, il fera le General Management Program du CEDEP. Ses origines familiales lui offrent une parfaite connaissance des rouages de l'Etat ainsi qu'un exceptionnel carnet d'adresses. Son père, ancien maire de Foulanges (Oise), énarque (contrairement à son fils), est inspecteur général des finances honoraire après avoir occupé de nombreux postes à tous les niveaux de nos administrations, tandis que sa mère, également énarque, première femme procureur général présidente de la Cour des comptes est magistrate honoraire à la Cour des comptes après avoir exercé également à tous les niveaux de nos administrations. (Source : Who's Who)
Comme son rival, la culture n'est pas en reste, même s'il la préfère physique que littéraire ou artistique. "Je me détends dans l'effort plutôt que dans la lecture ou la musique". (Source : Décision Santé) A son propos, certains vont même jusqu'à parler "d'inculture encyclopédique".

Deux candidats très différents

Entre Patrick Errard et Hervé Gisserot, le choix ne fut pas difficile pour les dirigeants de Big Pharma. Gisserot l'emportera haut la main à 24 voix contre 15 grâce au soutien de Sanofi. Avec le tremplin que lui offre le LEEM, certains ne manquent pas de voir en lui le successeur désigné de Chris Viehbacher, l'actuel président de la firme Sanofi, d'ici 2 ou 3 ans. Le retour de l'enfant prodigue.

Dans un article paru dans le numéro de Challenges du 13-19/12/2012 qui lui est consacré, Hervé Gisserot annonce la couleur de son mandat : "Début janvier, lors de ses premiers rendez-vous avec les ministres, ce sera lui qui rappellera que les industries qu'il représente pèsent 100 000 emplois en France, et ramènent dans la balance du commerce extérieur près de 6 milliards d'euros par ans" et prévient tout de suite qu'il "souhaite renouer un dialogue fort avec les pouvoirs publics, pour donner une dimension plus stratégique à son secteur".

Mon banquier n'aurait pas mieux parlé.

Qu'il est loin le temps où le LEEM voulait "installer la responsabilité et la transparence au coeur du système, en impliquant tous les acteurs et en travaillant ensemble pour un « juste usage » du médicament". (LEEM, 9 février 2012)

Entre soigner les malades ou les actionnaires, Big Pharma devait choisir. C'est fait !



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