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Accueil du site > Actualités > Santé > Nouvelle aide au sévrage tabagique : quel espoir ?

Nouvelle aide au sévrage tabagique : quel espoir ?

Est-ce un hasard ? Quelques jours après la mise en application de la loi interdisant de fumer dans les lieux publics, un nouveau médicament destiné à aider à arrêter de fumer est commercialisé. Quel est son intérêt ? La revue Prescrire a répondu à cette question en octobre dernier.

Le tabagisme est incontestablement un problème majeur de santé publique en France. Il nous paraît donc naturel de recourir à des médicaments pour parvenir au sevrage. Mais ces médicaments s’adressent à des sujets supposés sains, c’est-à-dire qui ne sont atteints a priori d’aucune maladie, donc ici plus qu’ailleurs, l’innocuité du produit est importante, suivant le grand principe de la médecine depuis des siècles : primum non nocere (en premier lieu ne pas nuire).

Jusqu’à présent la nicotine, sous diverses formes (gommes, patch, etc.) était la référence en matière d’aide médicamenteuse au sevrage tabagique. Il s’agit d’un agoniste complet des récepteurs à l’acétylcholine. C’est le produit dont la balance bénéfice-risque est le plus favorable, et pourtant le taux de succès à un an se situe autour de 16% contre 10% avec le placebo. Les effets indésirables principaux des traitements substitutifs nicotiniques sont acceptables, y compris chez les patients présentant des troubles cardio-vasculaires et chez les femmes enceintes. Les effets latéraux spécifiques des formes orales (toux, irritations buccales) sont bénins. A ce jour, l’alternative médicamenteuse dans l’aide au sevrage était le bupropion, dont le rapport bénéfice-risque est défavorable.

L’idée d’un agoniste partiel des récepteurs à l’acétylcholine qui pourrait garder une action thérapeutique proche de la nicotine pour des effets secondaires moindres est donc intéressante en théorie. La varénicline est le premier produit de cette sorte mis sur le marché en France. La revue Prescrire effectue une synthèse des essais réalisés pour l’obtention de l’AMM de ce nouveau médicament (Prescrire, oct. 2006, 26, n° 276, pp. 645-647).

Tout d’abord, environ 35% des patients abandonnent le produit avant la fin de l’essai.

L’efficacité du produit à un an, après douze semaines de traitement, est supérieure avec la varénicline (environ 22% d’abstinents) qu’avec le placebo (environ 8% d’abstinents). Mais il est curieux de constater que toutes les études ont été réalisées contre placebo et jamais contre le produit de référence qui est la nicotine. Deux essais ont inclus un groupe de traitement par le bupropion : dans l’un deux la varénicline est plus efficace, mais pas dans l’autre.

L’intérêt de prolonger le traitement vingt-quatre semaines a été étudié sur près de 2000 patients. Chez les patients ayant arrêté de fumer après les douze premières semaines de traitement, le pourcentage de patients restés abstinents au bout d’ un an était de 48% s’ils avaient continué de prendre le médicament trois mois de plus contre 41% dans le groupe traité seulement douze semaines.

Les effets indésirables ont été collectés sur environ 4500 patients. 90% ont été traités trois mois et seulement 10% ont reçu le produit pendant vingt-quatre semaines. Ces effets (nausées, constipation, insomnie, céphalées modification des rêves) ont paru modérés. La revue Prescrire souligne qu’une étude d’interaction a montré qu’environ un patient sur trois a arrêté le traitement en raison d’effet latéral survenu lors de l’association varénicline + nicotine. Dans les conditions normales d’utilisation, il y donc de grandes chances que l’on constate une mauvaise observance chez les sujets qui continueront à fumer sous varénicline. Il ne semble pas que ce médicament induise de prise de poids, celle-ci étant comparable dans le groupe varénicline et dans le groupe placebo. Il faut aussi noter qu’aux USA la Food and Drug Administration ne peut pas exclure une éventuelle toxicité cardiaque de la varénicline au long cours. Enfin, faute de données dans l’espèce humaine, le produit est contre-indiqué pendant la grossesse et l’allaitement.

Pour conclure, la revue Prescrire constate que ce nouveau médicament était censé avoir un rapport bénéfice-risque meilleur que la nicotine, mais que les essais réalisés ne comparent pas ces deux produits, et que « les comparaisons indirectes ne montrent pas de progrès tangibles sur la nicotine » (Rev. Prescrire, 26 ; 278, 647).

Il faut rappeler qu’en 2007, le sevrage tabagique reste basé essentiellement sur la motivation. Le premier objectif du fumeur candidat au sevrage est de définir clairement les bénéfices concrets que pourrait lui apporter l’arrêt du tabac, et de lister les obstacles qui l’empêchent d’y parvenir. Des thérapies comportementales ou cognitives sont également une aide efficace. Les traitements médicamenteux n’ont qu’une efficacité très modeste, et celle-ci n’a fait sa preuve que chez les patients fortement dépendants à la nicotine. Dans le cas ou un recours médicamenteux est nécessaire, le traitement de référence reste donc encore la nicotine qui existe maintenant sous de nombreuses formes et dosages, la varénicline ne paraît pas être supérieure. Enfin, en choisissant cette date pour la commercialisation du produit, les industriels ne misent-ils pas sur la possibilité d’un usage dérivé ?


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4 réactions à cet article    


  • Voltaire Voltaire 19 février 2007 12:54

    Sans entrer trop dans les détails sur ce sujet que je connais particulièrement bien, il faut indiquer deux éléments scientifiques importants :

    L’utilisation de produits agonistes partiels (c’est à dire qui se fixent sur les récepteurs de la nicotine comme celle-ci, mais en produisant une réponse moins importante), est une piste explorée depuis de nombreuses années en recherche. Le principe est qu’en remplaçant la nicotine sans en avoir tout l’effet, on sèvre plus doucement le patient (fumeur), tout en l’empêchant de fumer en même temps (puisque le produit a pris la place de la nicotine sur les récepteurs). Scientifiquement, c’est une démarche élégante et rationnelle.

    Le problème est qu’il y a de nombreux récepteurs de la nicotine différents dans notre système nerveux, qui ont des rôles différents. Malheureusement, la varénicline agit sur plusieurs de ces récepteurs. Ceci explique sans doute la présence d’effets secondaires indésirables, qui ont provoqués l’arrêt du traitement chez un certain nombre de patients lors des essais cliniques.

    Néanmoins, il s’agit d’une piste très intéressante, et il existe d’autres sociétés pharmaceutiques qui travaillent sur ce type de molécules depuis plusieurs années (dont Sanofi), qui seront, avec un peu de chance, plus sélectives et donc à la fois efficaces et sans effet secondaire.


    • Luc DUSSART Luc DUSSART 22 février 2007 23:13

      @ Jean-Pierre,

      Merci de ces précisions.

      Il convient de savoir aussi que toutes les études actuellement citées sur l’effet de la varénicline ont été financées par son inventeur et fabricant. Il n’existe pas d’étude indépendante encore publiée. Toutes les données que tu indiques sont à prendre avec beaucoup de précautions, elles sont entachées de biais nombreux.

      Pour un feuilleton plus détaillé, je t’invite à visiter et à t’abonner à http://unairneuf.blogs.psychologies.com/billets/champix/index.html

      Une étude comparative varénicline/nicotine est en cours : cela va être intéressant de décortiquer ça, et d’isoler les effets chimiques de l’accompagnement psychocognitif apporté aux fumeurs participant au test...

      Car il est évidemment complètement illégitime de parler de placebo de varénicline dans les essais que tu mentionnes : ce serait comme considérer qu’un enseignant est un placebo aussi, qu’il ne sert à rien à l’étudiant. Le placebo des tests connus à ce jour de la varénicline correspond à 26 consultations de son médecin généraliste durant un an. Tu apprécieras en connaisseur l’abus de confiance.


      • Patrick (---.---.86.180) 23 février 2007 18:46

        Ces médicaments censés aider à arrêter de fumer ne contribuent-ils pas populariser l’idée que le tabagisme est une maladie, alors qu’il s’agit d’un comportement déviant ?


        • ayrma1 (---.---.143.216) 5 mars 2007 14:19

          Ces commentaires et ce « battage » autour du tabagisme ( et sur le meilleur moyen d’en sortir ) me paraîssent complètement « décalés » et, d’une certaine manière, saugrenus...La seule véritable méthode efficace, gratuite, et qui plus est, gratifiante, consiste à dire : je m’arrête immédiatement et définitivement, c’est ma décision et je ne serai plus jamais esclave de ce poison mortel. A ceux qui penseraient que cette « thérapie » est par trop simpliste, je précise que votre serviteur l’a pratiquée avec succès en 1991, après 30 années de consommation effrénée ( 2 à 3 paquets par jour ) sans autre dommage qu’une taille 48 au lieu de 46... Aujourd’hui, à 63 ans, après 15 années d’abstinence, j’ai enfin rejoint les non-fumeurs en terme de facteurs de risque. Moralité : arrêtez-vous immédiatement, sans « béquille » ni patch d’aucune sorte qui ne feraient que remplacer une dépendance par une autre... Bon courage, le jeu en « vaut la chandelle » .

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