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Obésité : Danser plutôt que se priver

Des cours de danse africaine accueillent à Paris des personnes souffrant d’obésité. Une pratique sportive adaptée, non plus axée sur la perte de poids, mais sur la réconciliation et la compréhension du corps.

Les rythmes africains viennent troubler la quiétude d’une matinée ensoleillée de février. Au son des percussions, les corps semblent soudain reprendre vie. L’énergie se libère, la musique se vit de l’intérieur et semble bientôt ne faire plus qu’un avec les corps des six danseuses présentes ce jour là. Une rasade d’énergie en plein coeur de Paris, dans le treizième arrondissement. Toutes les semaines, Stanne Gold Djemba, plus connue sous le nom de Mamy Watah, anime des ateliers de danse africaine. La particularité de ses cours : accueillir des personnes en souffrance avec leur corps et leur poids. Annie, 32 ans, présente ce jour là, souffre d’obésité depuis des années. Depuis maintenant trois ans, les cours de danse s’inscrivent pour elle dans une véritable démarche d’acceptation et de guérison.

Car avec Mamy Watah, la danse prend une dimension particulière. Héritière des traditions africaines initiatiques, sa méthode, Original Afro Danse, est une invitation à la redécouverte du corps et de ses sensations. Ici, il ne s’agit pas de reproduire machinalement des gestes à la perfection, mais de ressentir les mouvements et le rythme au plus profond de sa chair. C’est ce qui a convaincu Annie de se lancer dans l’aventure. "Ici, c’est une véritable approche corporelle, avec un discours du ressenti qu’on ne retrouve pas ailleurs."

Une pédagogie particulièrement adaptée aux personnes obèses, pour qui la réalité du corps gros s’impose tous les jours dans la souffrance. Souffrance physique d’un corps qui se déplace difficilement. Mais aussi souffrance morale liée au regard des autres et aux normes corporelles imposées par la société. Une gêne qui peut conduire parfois au rejet pur et simple du corps mal-aimé, qu’il convient alors de remettre en mouvement en douceur et de manière adaptée.

Pierre Dalarun est psychomotricien, spécialisé dans les problématiques du surpoids et des troubles du comportement alimentaire. Pour lui, mieux vaut donc ne pas martyriser un corps qui l’est déjà bien assez comme ça, et envisager le sport comme une manière de renouer contact avec lui, dans un objectif de réconciliation et non plus de performance.


Dans cette perspective, la dépense calorique n’est plus le seul objectif et le sport doit devenir une façon d’encourager les personnes en surpoids à renouer avec l’exercice en douceur et de manière ludique. Avec Mamy Watah, l’activité physique devient un moyen de faire alliance avec son corps de manière festive, et non plus de lui faire la guerre. "Ce qui prime dans mes cours, c’est le bien être d’eux même et pas la performance." Adaptés aux difficultés de chacun, les ateliers offrent de plus un véritable espace d’expression pour des personnes qui se voient très souvent exclues de la pratique sportive car elles n’ont pas le bon profil. Mamy Watah le regrette. "On est dans une société qui ne propose pas d’activités aux personnes en surpoids. Alors qu’il faut les aider à oser faire les choses, développer leur confiance en eux." Par la pratique de la danse, le plus grand défi consiste alors à réapprendre à s’exprimer avec ce corps mal-aimé et rejeté. Mais aussi à s’apprécier autrement que par l’image renvoyée par le miroir, ou par le poids constaté sur la balance.

 

SE BATTRE AVEC SON CORPS, ET NON PLUS CONTRE LUI.

Ces ateliers s’inscrivent plus globalement dans une approche originale et alternative dans le traitement de l’obésité. Des thérapies psycho-corporelles commencent à se développer doucement. Si la plupart des stratégies qui visent la réduction de la souffrance vécue par les personnes obèses, visent presque exclusivement la réduction du poids, elles proposent d’envisager le problème sous un angle différent. Il ne s’agit plus de se battre contre son corps, mais de partir à sa découverte, dans un objectif de réconciliation et de compréhension. Avant de se lancer dans l’aventure de la danse africaine, Annie a été suivie pendant quatre ans par un psychomotricien. Pour la jeune femme, cela a été une révélation. "Je ne pensais pas que je ne connaissais pas mon corps. J’ai tout découvert. Ça a été la première étape d’une nouvelle démarche : ne plus martyriser mon corps mais l’écouter, le comprendre." Un premier pas qui peut ensuite aboutir à une remise en mouvement progressive, où peut alors intervenir le travail de la danse, mais aussi du théâtre, du mime, du yoga, etc ...

En partant à la découverte de son corps et de ses sensations internes, il s’agit aussi de retrouver le contrôle de ses besoins, en particulier alimentaires, et d’éviter les dérapages qui ont été, le plus souvent, renforcés par la pratique des régimes. Avant d’être suivie par un psychomotricien, Annie a connu des années de "régimes yoyo". "Quand vous allez voir un nutritionniste, on vous demande combien vous voulez perdre, mais jamais on ne vous demande comment vous vous sentez dans votre corps. Quand je perdais 15-20 kg, je ne me sentais pas plus maigre et je ne me posais même pas la question de savoir comment je me sentais.Aujourd’hui c’est ça l’indicateur, pas le chiffre sur la balance mais le ressenti."

Pour Pierre Dalarun, cette guerre aux kilos amènerait le plus souvent les personnes obèses à se déconnecter un peu plus de leurs besoins réels.


Si les thérapies psychomotrices sont reconnues dans certains pays comme la Suisse ou le Canada, la France peine encore à reconnaître la nécessité de développer des méthodes de prise en charge de l’obésité axées sur la relation au corps. Pour Pierre Dalarun, les raisons d’un tel désaveu sont avant tout liées à une trop grande médicalisation de l’obésité.


Une position nuancée par Arnaud Basdevant, chef de service du Centre de Recherche et de Médecine de l’Obésité de la Pitié-Salpétrière. "S’il est vrai qu’on sur-médicalise des personnes qui n’ont pas de gros problèmes de poids, en revanche on sous-médicalise des personnes dont l’état de santé nécessiterait une prise en charge plus importante." Il faut noter que si les thérapies psychomotrices sont efficaces dans les domaines de la rééducation et de la mobilité du corps, du soulagement de la douleur et de l’affirmation personnelle, elles ne constituent en aucun cas l’unique solution, notamment dans les cas d’obésités sévères. Le travail corporel est souvent complémentaire d’autres formes de prises en charge : accompagnement psychologique, suivit nutritionnel, etc... Un investissement financier souvent lourd à assumer et qui pose la question de l’accessibilité aux soins, alors que les classes financièrement défavorisées sont aujourd’hui les plus touchées par l’obésité.

Aujourd’hui, Annie avoue ne pas avoir perdu de poids, mais beaucoup gagné en qualité de vie. "J’accepte de pouvoir prendre du plaisir et d’être heureuse comme les autres. Je suis plus ouverte envers les hommes, la famille, les amis." Et son physique a changé malgré tout. Elle est moins voûtée, plus à l’aise dans son corps. "Aujourd’hui j’arrive à me concentrer sur mon corps, c’est une vraie soupape de relâchement. J’ai compris que même s’il a un volume plus important que celui des autres, j’ai les même os."

Alors, dansons maintenant !

 

Texte : Elodie Hameau

Images : Benoit de Vilmorin


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