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Accueil du site > Actualités > Santé > OGM : Fantasmes et réalités - Le point de vue d’un généticien

OGM : Fantasmes et réalités - Le point de vue d’un généticien

Depuis plus de dix ans, les OGM sont au centre d’une controverse qui n’est ni des plus claires, ni des plus sereines et cet état de choses a plutôt tendance à s’aggraver au fil du temps. Ce qui était au départ un simple débat a pris des allures de polémique, pour ne pas dire plus.

Une première condition indispensable pour qui veut tenter de clarifier les choses est de dissocier deux aspects très différents de cette question, l’un relevant du domaine scientifique, l’autre de questionnements socio-économiques et éthiques.

  1. L’aspect scientifique comporte lui-même deux volets. Le premier relève directement de la génétique : les OGM représentent-ils quelque chose de radicalement nouveau dans le monde vivant ? L’autre concerne leurs risques et avantages éventuels.
  2. L’aspect socio-économique peut se résumer en une question : les OGM, au bénéfice de qui ? Mais cette question en cache une autre, bien plus cruciale : faut-il accepter la privatisation du patrimoine génétique des êtres vivants ?

Ces deux aspects sont constamment amalgamés dans le débat public. La distinction entre eux est pourtant essentielle car ils peuvent conduire à des prises de position très différentes.

Qu’est-ce qu’un OGM ?

Le sigle OGM signifie « Organisme Génétiquement Modifié ». On entend par là un type de modification qui consiste à insérer, dans les chromosomes d’une espèce vivante, une molécule d’ADN[1] étrangère. Cette opération est possible grâce à des enzymes qui permettent de couper et de ligaturer avec précision des filaments d’ADN. La molécule insérée peut soit correspondre à un ou plusieurs gènes qui apportent de nouvelles fonctions à l’hôte soit, au contraire, aller bloquer le fonctionnement d’un gène donc supprimer une fonction indésirable. Cette opération entre dans le cadre du génie génétique, on parle de transgénèse. L’organisme ainsi modifié est dit transgénique. Le ou les gènes transférés peuvent provenir d’un autre individu de la même espèce, d’une autre espèce ou même d’un autre type d’organisme. Ainsi un gène de bactérie peut être transféré dans un animal ou dans une plante et réciproquement.

Ici nous parlerons surtout des plantes génétiquement modifiées (PGM), puisque ce sont elles qui sont au centre de la controverse.

Avant de disposer de cette technologie, comment procédaient les agriculteurs, et les chercheurs en amélioration des plantes, pour augmenter les qualités agronomiques des plantes cultivées ? La première méthode, probablement utilisée dès les débuts de l’agriculture, est une sélection très empirique : dans un champ, on choisit les plants qui présentent la meilleure qualité et on s’en sert pour obtenir les semences de la génération suivante. Depuis le début du XXe siècle on utilise des méthodes plus sophistiquées : production de mutations au hasard avec des agents mutagènes chimiques ou physiques (certaines radiations) ; croisements avec d’autres variétés ou espèces voisines pour introduire des gènes intéressants (de résistance aux maladies par exemple). Cette dernière méthode était la plus utilisée jusqu’à ces dernières années. Il s’agit donc bien de créer des plantes génétiquement modifiées, mais avec des méthodes dites « classiques », bien qu’elles ne se contentent pas toujours d’imiter des voies naturelles. Certaines font appel à des techniques élaborées (la mutagénèse notamment).

Pour un chercheur en amélioration des plantes la transgénèse a l’avantage :

  1. d’être plus rapide et plus ciblée que les techniques antérieures. On peut introduire un seul gène dans un génome au lieu de centaines, plus ou moins au hasard, avec des caractères non souhaités, comme c’est le cas avec un croisement ;
  2. de rendre possible le transfert de gènes entre organismes très différents, par exemple d’une bactérie vers une plante, ce qui est évidemment impossible par croisement.

La transgénèse et les techniques traditionnelles de croisement ne s’excluent pas ; dans certains cas, elles sont même très complémentaires.

L’Homme et la Nature

Les principales inquiétudes exprimées sur les plantes transgéniques sont liées à la technologie elle-même, qui est perçue comme radicalement différente des méthodes classiques de sélection. On lui oppose deux grandes objections.

La première objection est qu’elle ne respecte pas la « barrière d’espèce » puisqu’elle permet des échanges génétiques entre espèces différentes, transgressant ainsi une loi fondamentale de la nature, une sorte de tabou mystique. C’est le mythe de l’apprenti sorcier ou du savant fou, qui motive une hostilité de principe aux PGM chez beaucoup d’opposants.

On retrouve là un très ancien penchant à la sacralisation du ‘naturel’, assez largement répandu, qui va de pair avec la croyance que « c’est naturel donc c’est bon ». Sous-entendu : ce que fait l’homme est artificiel donc mauvais. Dans cette logique, il faut alors admettre qu’il n’y a jamais eu grand-chose de bon pour les humains depuis les temps lointains où ils se sont mis à tailler des pierres pour en faire des outils. Est-il naturel d’habiter dans des maisons et d’utiliser l’électricité ou la voiture ? Cette sacralisation du naturel va de pair avec le vieux mythe de la « Mère Nature », peut-être très poétique, mais pas du tout réaliste. Les actes de férocité et les poisons abondent dans le monde vivant.
Cette inquiétude sur le tabou de la « barrière d’espèce » n’est pas nouvelle, elle avait été émise et débattue par les chercheurs eux-mêmes entre les années 1974 et 76, dès que les techniques de génie génétique ont été mises au point et utilisées comme outils de recherche en laboratoire. Elle les a même amenés à décider d’un moratoire de près de 2 ans sur ce type d’expérience.
Depuis cette époque, la génétique nous a appris que les transferts de gènes interspécifiques existent bel et bien dans les conditions naturelles. Ce processus est appelé « transfert horizontal », par opposition au transfert vertical, qui se fait d’une génération à l’autre par la reproduction sexuée. Sa fréquence est faible, mais vu la durée de l’évolution biologique, son accumulation au fil des âges a due être considérable.
C’est maintenant un fait bien acquis, tous les êtres vivants de notre planète sont le résultat d’une évolution de plus de 3 milliards d’années où se sont produits des échanges génétiques de toutes sortes entre espèces et entre organismes très différents. Ceux qui apportaient une innovation avantageuse ont été favorisés par le jeu de la sélection naturelle et se sont perpétués au fil de l’évolution. La question que se posent maintenant les évolutionnistes est celle de l’impact de ces transferts sur le déroulement du processus évolutif : négligeable ou essentiel ? A suivre.
Mais la transgénèse naturelle (ou spontanée) ne se produit pas uniquement de façon sporadique au fil des âges géologiques. Pour certains organismes, elle fait partie intégrante de leur mode de vie.

  • Chez les bactéries, elle est monnaie courante et permet le transfert, entre espèces très différentes, des gènes de résistance aux antibiotiques.
  • Certaines espèces bactériennes vont systématiquement insérer un petit groupe de leurs gènes, porté par un élément mobile (voir note 2), dans les chromosomes des plantes qu’elles infectent, amenant celles-ci à synthétiser des produits dont elles se nourrissent. Le mécanisme de cette transgénèse spontanée a d’ailleurs été utilisé par les chercheurs pour mettre au point la technologie des PGM.
  • Pour certaines familles de virus, dont les « rétrovirus » (le plus connu est le virus du SIDA, mais d’autres sont inoffensifs), l’insertion de leur génome dans les chromosomes de l’organisme infecté est une étape obligatoire de leur reproduction. C’est là aussi une transgénèse tout à fait spontanée. Des dérivés de ces virus ont été les premiers outils utilisés pour les essais de thérapie génique.
  • Une fois inséré dans un chromosome, le génome du rétrovirus peut se reproduire. Il peut alors arriver qu’un génome ’fils’ incorpore accidentellement un gène de la cellule hôte, il sera devenu transgénique. Lorsqu’il infectera des cellules d’un nouvel hôte, il apportera avec lui ce gène qui se retrouvera alors en surnombre. Si le rôle normal du gène en question est de contrôler la reproduction des cellules, ce surnombre pourra entraîner des divisions cellulaires anarchiques et aboutir à un cancer. On a donc là une double transgénèse, du virus et de l’hôte. C’est par ce mécanisme qu’un certain nombre de rétrovirus des oiseaux et des mammifères sont devenus cancérogènes.

Une telle manipulation serait absolument interdite en laboratoire. La transgénèse spontanée est du génie génétique « sauvage », personne n’en contrôle ni le mécanisme, ni les effets. Seul joue le hasard, qui ne connaît pas le principe de précaution !
Bref, tous les organismes du monde vivant, depuis les virus jusqu’à l’homme, sont le siège de génie génétique naturel. Ce fut une grande surprise pour les généticiens de découvrir, depuis la fin des années 70, que les génomes sont capables d’une grande plasticité. Cette découverte a conduit à une véritable rupture conceptuelle avec la vision fixiste héritée de la première moitié du XXe siècle.
« L’œuvre d’apprenti sorcier » n’est donc qu’une utilisation par les humains de mécanismes aussi anciens que le monde vivant. Précautions en plus !

La seconde objection faite à la transgénèse est que cette technologie est, en partie, aléatoire. L’insertion sur les chromosomes du gène transféré se fait au hasard et peut donc perturber le fonctionnement d’autres gènes. C’est vrai, mais pas vraiment gênant chez les plantes car on peut faire tous les contrôles nécessaires, sanitaires, écologiques et autres, sur une nouvelle variété avant de l’utiliser en agriculture. Nous venons d’ailleurs de voir que la transgénèse spontanée opérée par les rétrovirus est au moins aussi aléatoire. Ce qui n’est jamais dit par contre, et qui est pourtant connu depuis trente ans, c’est que par un simple croisement entre variétés d’une même espèce, on peut déclencher des perturbations génétiques bien plus importantes[2], comme par exemple des cassures et des pertes de chromosomes.

Enfin, il faut savoir qu’il se produit spontanément dans la nature des transferts génétiques bien plus conséquents que la simple transgénèse. Beaucoup de plantes, sauvages ou cultivées, sont nées de l’addition des génomes de deux ou trois espèces différentes, bien qu’assez proches. Dans ces cas-là, ce ne sont pas 2 ou 3 gènes d’une espèce qui sont transférés dans une autre, mais tous les chromosomes, c’est à dire des milliers de gènes. C’est le cas par exemple du blé et du colza. Le blé tendre cumule les génomes de trois espèces différentes. Le colza cumule les génomes du chou et du navet. Ces « fusions génomiques » se sont produites il y a des milliers d’années. L’homme n’y est pour rien, il a simplement choisi de cultiver ces espèces parce qu’elles présentaient un intérêt alimentaire. Là encore, la nature a franchi allègrement la barrière d’espèce. Les chercheurs savent, depuis le début du XXe siècle, reproduire ce type de phénomène pour créer de nouvelles espèces d’intérêt agronomique.

L’utilisation médicale des OGM montre bien que privilégier le naturel par rapport aux oeuvres humaines n’est pas justifié. Depuis plus de 20 ans, on fait synthétiser par des microorganismes transgéniques, bactéries ou levures, des molécules à usage médical. On dispose ainsi d’une insuline très pure, de facteurs de coagulation sanguine, d’un vaccin contre l’hépatite B et de l’hormone de croissance. Cette dernière est un très bon exemple. Jusqu’à la fin des années 80, les enfants atteints de nanisme étaient traités par des hormones préparées à partir d’hypophyses humaines. On a ainsi transmis à certains d’entre eux la maladie de Creutzfeldt-Jakob, l’équivalent humain de la vache folle. En 2007, on avait enregistré chez ces patients plus de 100 décès en France (chiffre non définitif car cette maladie est à évolution très lente). Dans tous les pays, depuis 1988, on traite ces enfants par de l’hormone produite par génie génétique, beaucoup plus pure et il n’y a plus de problème. On a une situation analogue pour les facteurs de coagulation, qui évitent maintenant aux hémophiles des transfusions risquées.
Ces microorganismes génétiquement modifiés constituent donc un progrès médical incontestable même s’il est limité, car il n’est pas possible de produire n’importe quelle protéine humaine par cette voie. L’utilisation de ces OGM est d’ailleurs bien acceptée maintenant.

Les risques et avantages possibles sur les plans écologiques et sanitaires

La controverse sur les risques biologiques des plantes transgéniques est un sujet complexe qui nécessiterait un livre à lui seul, d’autant plus que les risques et avantages doivent être discutés au cas par cas, chaque PGM étant particulier.
Contrairement à des affirmations très répandues, ces questions sont l’objet, depuis une dizaine d’années, de multiples recherches dans le monde. On peut recenser, de 2000 à 2007, près de 8000 publications scientifiques et rapports d’organismes officiels sur les impacts agronomiques, écologiques et sanitaires des plantes transgéniques.

Nous nous limiterons aux risques les plus souvent invoqués et les plus crédibles, en signalant au passage quelques avantages parmi les mieux étudiés[3]. Nous laisserons de côté certaines craintes trop fantasmatiques[4]. Il ne faudra pas s’étonner de trouver ici des éléments de réflexion ou d’information qui n’apparaissent jamais dans la plupart des media. L’information scientifique n’est pas toujours leur premier souci.

D’abord une remarque d’ordre général. Dans toutes les activités humaines, un risque n’est jamais considéré isolément mais toujours en balance avec les avantages. C’est, entre autres, parce que les consommateurs en France ne voient pas bien quels avantages les plantes transgéniques leur apporteront qu’ils sont aussi sensibles aux risques éventuels. On admet sans problème de risquer sa vie en voiture parce qu’il est devenu difficile de se passer de véhicule. De même, certains qui sont opposés aux PGM donneront de l’argent au téléthon pour développer les recherches sur les thérapies géniques, en espérant accélérer la guérison de maladies génétiques. Pourtant la thérapie génique consiste à faire de la transgénèse sur des cellules somatiques[5] humaines !

Ouvrons une parenthèse sur cet exemple car il constitue l’un des paradoxes les plus singuliers de ce débat. Les mêmes qui s’inquiètent d’éventuels inconvénients, de toutes natures, qui pourraient résulter des PGM, restent totalement silencieux sur les thérapies géniques. Les risques qu’ils attribuent à la transgénèse seraient-ils moins inquiétants pour l’homme que pour les plantes ? Un paradoxe qui interpelle d’autant plus que, du côté des généticiens, les positions sont inverses. La très grande majorité d’entre eux ne voit pas d’objections de principe aux PGM, mais ils sont nombreux à être très réservés sur les thérapies géniques, arguments scientifiques à l’appui[6].

Mais revenons aux risques biologiques attribués aux PGM. Ils sont en gros de deux ordres : les risques pour la santé et les risques pour l’environnement et l’agriculture, disons « écologiques », au sens large du terme.

Les risques sanitaires invoqués portent sur la toxicité ou les allergies. Les recherches dans ces domaines ont fait l’objet de plus de 1000 publications et rapports depuis 7 ans.

Pour ce qui est des allergies, elles sont largement imprévisibles. Des précautions sont prises, à partir de méthodes d’analyses biochimiques, mais aucune ne permet de supprimer tous les risques d’allergie possibles. Certaines personnes sont allergiques aux fraises, aux kiwis, aux litchis ou à toutes sortes d’autres choses, les PGM ne constituent en aucune façon un cas à part.

Quant au risque de toxicité, il doit être évalué au cas par cas ; c’est le rôle des instances scientifiques spécialisées dont nous parlerons plus loin. Pour un bon résumé de l’état actuel des connaissances, citons Gérard PASCAL, directeur de recherche honoraire à l’INRA, spécialiste mondialement reconnu en nutrition et toxicité alimentaire : « Aucun risque avéré des PGM mises en culture -ou dont une demande d’autorisation de mise sur le marché a été déposée- n’a pu être révélé à ce jour par une quelconque étude scientifique réalisée selon un protocole reconnu au niveau international. Nous ne prétendons pas que le risque de ces plantes est nul mais il semble que le risque sanitaire qu’elles représentent n’est pas plus important que pour les aliments courants » (Janvier 2008).

Sur ces questions de toxicité, le maïs Bt nous fournit un élément de réflexion qui vaut la peine d’être connu et qui est complètement occulté dans le débat public. Cette plante transgénique a reçu un gène, venant de la bactérie Bacillus thurengiensis, qui lui permet de produire une protéine (dite Bt) tuant certains insectes, en particulier la pyrale et la sésamie, principaux ravageurs du maïs. Cette protéine est une variante d’une autre Bt, déjà utilisée depuis plus de 30 ans comme insecticide en agriculture biologique. Comme cette dernière, elle n’est pas toxique et très rapidement détruite par la cuisson et la digestion. En Angleterre, suite à un contrôle à l’automne 2003, 32 produits dérivés de maïs ‘bio’ ont dû être retirés du commerce, ils étaient contaminés par une mycotoxine dangereuse pour l’homme, une fumonisine. Les fumonisines sont une famille de toxines produites par des moisissures, les Fusarium. Elles sont très toxiques pour tous les mammifères, elles portent atteinte au système nerveux, au système immunitaire et sont cancérogènes.

Or, le développement des Fusarium chez le maïs est favorisé par les galeries creusées dans les tiges par la chenille mineuse de la pyrale. Ce qui signifie que la résistance à cet insecte diminue ipso facto l’infection par ces moisissures. Dès 1997, des travaux de recherche ont montré une nette diminution de la quantité de fumonisines chez les maïs Bt, par rapport aux maïs non transgéniques. Résultats largement confirmés depuis par plusieurs laboratoires.

En 2004, un rapport de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) concluait à ce sujet : « Indubitablement, ce fait constitue un point positif dont il serait possible de tirer profit pour accroître la qualité sanitaire des alimentations humaine et animale. ».

Les risques écologiques sont aussi au centre d’un débat très conflictuel. Ils concernent en gros deux types de caractères, quelquefois réunis dans une même plante transgénique : soit on introduit un gène qui permet à la plante de synthétiser un insecticide pour se défendre contre des insectes ravageurs, soit on introduit un gène qui lui confère la résistance à un herbicide total. Dans tous les cas, les gènes viennent des bactéries.

Pour le cas des insecticides, reprenons l’exemple du maïs Bt. Actuellement, la méthode de lutte la plus répandue en Europe consiste à traiter les champs aux insecticides chimiques qui détruisent aussi des insectes utiles et sont toxiques pour d’autres animaux, notamment les oiseaux, et pour l’homme. Les nappes phréatiques sont également polluées car on recourt à des produits plus ou moins persistants.
Ce maïs transgénique permet d’éviter ces traitements chimiques, qui sont de toute façon moins efficaces car la chenille, dans ses galeries, est à l’abri des pulvérisations... contrairement à l’agriculteur !

Deux objections sont faites à ce maïs Bt : d’une part le risque de sélectionner des pyrales résistantes à cet insecticide, d’autre part le risque de tuer d’autres insectes non nuisibles. Des craintes qui sont d’ailleurs tout autant valables, sinon plus, pour les insecticides chimiques. Cependant il s’agit de problèmes bien réels qui ont fait et continuent à faire l’objet de recherches. Depuis 7 ans, on a recensé plus de 1000 publications (dont 208 pour les maïs) portant sur l’impact des PGM insecticides sur la faune non-cible : insectes, lombrics et autres. Ce qui semble en ressortir, c’est que les maïs Bt respecteraient mieux la faune non-cible que les insecticides classiques (contrairement aux idées répandues depuis la polémique sur le papillon monarque). Quant au risque de sélectionner des pyrales résistantes, on peut le limiter en utilisant la méthode dite des ‘zones refuges’, déjà bien connue des agronomes et obligatoire aux États-Unis depuis 2000. Il serait trop long de la décrire ici.

Rappelons aussi que de nombreuses plantes fabriquent naturellement des insecticides puissants dont certains, comme le pyrèthre, sont commercialisés.

Le cas des PGM résistantes aux herbicides est plus délicat. Il s’agit de résistance aux herbicides totaux comme le glyphosate (‘Roundup’ de Monsanto) et le glufosinate (‘Basta’, produit par Bayer). Chacune de ces firmes veut introduire, dans un maximum de plantes cultivées, le gène de résistance à l’herbicide qu’elle vend. Le but étant de vendre aux agriculteurs à la fois l’herbicide et la plante résistante à celui-ci.
On peut craindre que le gène de résistance se transmette à d’autres espèces et qu’à la longue se multiplient les plantes résistantes à ces herbicides totaux, ce qui pourrait devenir très gênant pour les grandes cultures. Ce risque existe pour le colza et pour la betterave car ces deux espèces sont proches parentes de certaines mauvaises herbes et peuvent se croiser avec elles[7]. De plus, le colza peut être aussi envahissant qu’une mauvaise herbe (fait exceptionnel pour une plante cultivée). Pour ces raisons, les cultures de colza et de betterave résistants aux herbicides ne sont pas autorisées en France, en attendant les résultats d’études plus poussées.
Mais, de toute façon, le risque de sélectionner des mauvaises herbes résistantes existe avec l’épandage actuel d’herbicides sur les cultures conventionnelles. C’est d’ailleurs déjà fait, des mutations de résistance spontanées ont été identifiées dans de nombreuses espèces sauvages et peuvent donc se répandre et se propager à des espèces voisines.

Les travaux de recherche sur les impacts économiques et écologiques de ces PGM résistants aux pesticides sont nombreux (près de 700 publications depuis 2000) et se poursuivent activement dans tous les pays où ils sont cultivés. Les résultats varient selon la plante et le pays concernés. Dans les grandes lignes, il en ressort qu’ils facilitent les conditions de culture et que les quantités de pesticides chimiques répandues en sont diminuées. Pour le coton Bt, aux États-Unis et en Chine, on utilise 3 à 5 fois moins d’insecticides chimiques que pour le coton conventionnel.

Le problème de la coexistence entre filières PGM et non-PGM

C’est surtout en Europe que ce problème est posé. Plus particulièrement en France, où il constitue un point fort de la polémique. Malgré cela, nous passerons rapidement car l’importance accordée à cette question dépend surtout de la perception que l’on a de l’innocuité ou de la dangerosité des plantes transgéniques. Il est évident, là encore, que les inquiétudes sont directement liées à l’image de dangereuse invention contre nature que certains associent à la transgénèse. En effet, pour les plantes conventionnelles, personne n’a jamais exigé une absence de « contamination » entre produits issus de différentes variétés.

Pour organiser la coexistence entre les deux types de filières, PGM et non-PGM, il faut d’abord éviter la dissémination des transgènes par le pollen. Ce risque est très différent selon les espèces. Pour celles qui sont cultivées par multiplication végétative, comme la pomme de terre (on plante des tubercules), ce risque est nul, pour le maïs il existe réellement. Cette question a fait l’objet de 1500 publications et rapports depuis 7 ans, dont 170 pour le maïs. Des solutions techniques sont déjà connues, elles sont utilisées depuis longtemps pour reproduire les variétés classiques. Il reste toujours un léger « bruit de fond », comme disent les agronomes, mais il n’a pas empêché de maintenir la pureté de ces variétés.

Mais pour faire coexister les deux types de filières, il ne suffit pas de contrôler la dissémination du pollen, il faut aussi mettre en place une séparation complète au niveau de la collecte, du stockage, du transport et de la transformation en produit commercial.

Aux États-Unis, il n’y a aucun étiquetage particulier pour les OGM. Au Japon, le taux d’OGM accepté pour les produits étiquetés « sans OGM » (seuil d’étiquetage) est de 5%. L’Union Européenne s’oriente vers un seuil à 0,9%.

L’évaluation des risques

Les variétés végétales obtenues par les méthodes conventionnelles font l’objet, avant commercialisation, de tests sur leur valeur agronomique mais rarement d’expertises sanitaires ou écologiques. Par contre, les plantes transgéniques et les produits qui en dérivent sont soumis à des réglementations strictes et évalués par des instances spécialisées. Ce sont actuellement, et de loin, les aliments les plus contrôlés. Cette différence de traitement n’est pas vraiment dictée par des considérations scientifiques mais plutôt par les inquiétudes du public vis à vis des PGM.

En France, les instances d’évaluation sont essentiellement :

  • la Commission de Génie Biomoléculaire (CGB), créée en 1986, chargée de l’évaluation des risques sanitaires et écologiques pour chaque demande de mise sur le marché d’une variété transgénique ;
  • l’AFSSA, que nous avons déjà citée. C’est un établissement public créé en 1999. Elle a un « rôle de veille, d’alerte, d’expertise, de recherche et d’impulsion de la recherche, contribue à l’amélioration de la santé publique, de la santé et du bien-être des animaux, de la santé des végétaux et de la qualité sanitaire de l’environnement ». Sa ‘Commission des Biotechnologies’ doit plus particulièrement évaluer la sécurité sanitaire des demandes de mise sur le marché des produits issus d’OGM (y compris les microorganismes) et des semences de plantes transgéniques[8]. Au niveau de l’UE, existe un organisme équivalent : la « European Food and Safety Authority » (EFSA - en français : AESA)

On pourrait rajouter le Comité Technique Permanent de la Sélection (CTPS), bien que ses expertises ne soient pas réservées aux seules PGM et qu’il s’intéresse surtout à la valeur agronomique des variétés et à leur stabilité génétique.

Les évaluations sont donc diversifiées, elles doivent être convergentes pour qu’il y ait autorisation. Ces instances sont très exigeantes, il est même arrivé que sur certains dossiers la CGB et l’AFSSA rivalisent de précautions.

Mais l’étude des risques ne s’arrête pas aux demandes de mises sur le marché.

  • Un Comité de Biovigilance, dépendant du ministère de l’environnement a été créé en 1998, puis réactualisé en 2003 et en 2005, il est chargé du suivi des risques théoriques, pour l’environnement, des PGM mises en culture, en particulier du contrôle de la séparation des filières PGM et non-PGM.
  • Enfin, l’Agence Nationale de la Recherche, créée en 2005, a également un conseil scientifique qui finance des programmes de recherche dans tous les domaines qui peuvent être concernés par les PGM : environnement, santé humaine et animale, problèmes sociaux et éthiques.

Dans de nombreux pays américains et européens, des laboratoires universitaires font également des recherches de ce type. Pour l’Europe c’est surtout le cas en Espagne où les cultures de plantes transgéniques sont assez répandues.

Les PGM pour quoi faire et au bénéfice de qui ?

Nous quittons maintenant le domaine scientifique pour entrer dans les aspects socio-économiques et géopolitiques. Il s’agira juste d’un survol, d’une part parce que ce sujet est lui aussi très vaste, d’autre part parce que l’opinion que l’on peut en avoir dépend essentiellement des convictions éthiques et idéologiques de chacun.

Dans les pays riches et dans les pays pauvres, les problèmes agricoles se posent en des termes très différents. Les premiers sont déjà excédentaires et exportent leurs surplus. Il n’y a donc aucune nécessité vitale pour eux d’augmenter la production de 5 ou 10%. Par contre ils doivent produire de façon moins polluante, en diminuant l’utilisation des intrants (pesticides et engrais)[9].

Pour les pays pauvres, le problème de la quantité de production est vital. Non seulement les surfaces cultivables sont souvent insuffisantes au regard de la population, mais pour les principales céréales (blé, riz, maïs), les pertes annuelles des pays où aucun traitement n’est fait (dues aux maladies, ravageurs et mauvaises herbes) peuvent dépasser 50% pour le blé, contre 18% en Europe de l’ouest. Pour le riz et le cotonnier cultivés sans traitements, les pertes moyennes dépassent 80%.
Des études économiques de la FAO affirment que la production agricole actuelle serait suffisante pour toute la planète. Certains en concluent que le problème de la malnutrition dans le tiers monde pourrait être résolu par une redistribution des ressources alimentaires. C’est une conclusion trop hâtive, pour au moins deux raisons.

  1. Cette redistribution des pays riches vers les pays pauvres peut être utilisée comme un moyen de maintenir une dépendance néocoloniale. On parle même de « l’arme alimentaire ». De plus, la mondialisation commerciale a des effets très pervers. Actuellement les subventions, ouvertes ou déguisées, des gouvernements des États-Unis et d’Europe permettent à leurs agriculteurs non seulement de concurrencer les pays du tiers-monde sur les marchés extérieurs (cas du coton), mais même sur leurs propres marchés (cas du blé et des fruits et légumes). Notre système économique mondial démantèle donc encore plus l’agriculture de ces pays au lieu de les aider.
  2. Il est prévu que la population mondiale atteigne 9,5 milliards d’habitants entre 2050 et 2100. Or les ressources agricoles mondiales actuelles ne sont pas indéfiniment extensibles, elles peuvent devenir insuffisantes. On estime qu’il faut maintenir une augmentation de la production végétale mondiale de l’ordre de 2,5% par an. Mais il vient s’ajouter maintenant un autre danger : la production des agrocarburants, qui risque de détourner d’immenses surfaces de cultures alimentaires. C’est déjà fait aux États-Unis pour le maïs.

La crise alimentaire qui éclate en cette année 2008, avec ses très graves conséquences pour les pays les plus pauvres, vient confirmer toutes ces inquiétudes. La seule solution valable pour les pays en développement est d’augmenter leur production de cultures vivrières pour devenir autosuffisants. La souveraineté alimentaire est essentielle pour garantir l’indépendance de tous les peuples, mais plus encore pour les pays du tiers monde.

Beaucoup de chercheurs en agronomie sont convaincus que les recherches sur les PGM pourraient contribuer, dans un avenir proche, à atteindre les buts énoncés plus haut : réduction de la pollution agricole dans les pays riches et augmentation d’une production non polluante dans les autres. Pour ces derniers, les possibilités les plus couramment envisagées sont l’obtention de résistances aux maladies et de tolérances aux conditions extrêmes : sécheresse, froid, salinité, qui permettraient de cultiver des sols qui sont, ou seront bientôt, inutilisables.

Du point de vue strictement technologique c’est certainement vrai. Soumis au contrôle d’organismes publics, le génie génétique peut être d’une aide appréciable dans certains domaines. Nous avons vu que c’est déjà le cas pour la santé.

Mais notre système économique mondial actuel va-t-il réellement dans ce sens ? Citons un texte de la FAO de 2004 : « Les recherches sur les cultures transgéniques sont, pour la majorité, le fait de sociétés privées transnationales. Cette situation est lourde de conséquences pour le type de recherches effectivement engagées, ainsi que pour les produits élaborés. (...) Les plantes et les caractéristiques présentant un intérêt pour les pays pauvres sont dédaignées. »[10]. Avec la mondialisation néolibérale, les PGM risquent de n’être qu’un instrument de plus dans la concurrence entre les firmes semencières et entre les Etats riches ou émergents. Dans ce contexte de guerre économique, le danger est grand que ces nouveaux outils n’aggravent les problèmes alimentaires et écologiques urgents, au lieu de contribuer à les résoudre.

Les risques des PGM ou l’arbre qui cache la forêt

Le fait que le débat public porte presque uniquement sur les risques supposés des plantes génétiquement modifiées masque un enjeu essentiel : la « privatisation du vivant », pour utiliser un raccourci un peu rapide. La question se pose depuis trois décennies et dépasse largement le cadre de l’agriculture. Dans le contexte économique mondial actuel nous allons, par le biais du brevetage, vers une privatisation des patrimoines génétiques des êtres vivants, génome humain compris. Toutes choses qui font partie du bien commun de l’humanité, générations présentes et futures, et ne doivent en aucun cas être aliénées au profit de quelques empires industriels et financiers. C’est un problème socio-économique mais aussi une question éthique fondamentale qui est au moins aussi sensible dans le domaine médical que dans l’agriculture.

Pour les agriculteurs, il est essentiel de disposer d’un grand éventail de variétés cultivées pour que chacun puisse choisir les mieux adaptées à son terroir et à ses méthodes de culture. Or, les brevets et la concentration des entreprises semencières risquent d’amener la réduction de la diversité des variétés cultivables. De plus, les paysans du tiers monde doivent pouvoir ressemer des graines de leur propre récolte, ce qu’interdisent les brevets. C’est certainement pour eux que cette situation est la plus inquiétante et ils constituent la majorité des habitants de la planète.

Le système actuel des brevets sur les biotechnologies a été élaboré en 1980 aux États-Unis, pour la protection commerciale de souches de bactéries qui métabolisent les hydrocarbures. Depuis, sous la pression de ce pays, où les groupes dominants ont imposé une législation particulièrement dure, il se généralise, aussi bien en agronomie qu’en médecine, par l’effet de la concurrence commerciale mondialisée. Un pays qui refuserait de breveter ses innovations se les verrait confisquées par des firmes étrangères qu’il devrait alors rétribuer pour les utiliser.

La protection des brevets en vigueur aux États-Unis est d’une telle rigidité qu’elle a des effets négatifs flagrants et soulève de plus en plus de critiques. Ce système s’avère complètement inadapté à la complexité du vivant. Non seulement il constitue un frein aux innovations, mais il multiplie les contentieux juridiques entre les multinationales elles-mêmes.

C’est l’un des facteurs qui pousse à la concentration croissante des firmes depuis la fin des années 90, aussi bien dans l’industrie pharmaceutique que chez les semenciers. Chez ces derniers, il y a actuellement 6 groupes dominants au niveau mondial. Citons à ce propos une phrase de P.B. JOLY et B. HERVIEU[11] : « Dans le domaine des biotechnologies, les brevets sont l’instrument de domination de quelques puissantes multinationales qui concentrent les capacités de recherche et tentent de s’approprier les ressources génétiques ». L’exemple de Monsanto, qui contrôle à elle seule près de 90% des cultures transgéniques dans le monde, montre bien que ce danger n’est pas imaginaire. C’est une situation très préoccupante qui constitue l’un des éléments déterminants du débat actuel, poussant certaines organisations paysannes à une opposition radicale aux plantes transgéniques. Pourtant ce n’est pas la transgénèse qui est en cause, mais le brevetage et les pratiques des multinationales.

Pour compléter ce rapide tableau des dangers des brevets, tournons-nous du côté de l’industrie pharmaceutique. Citons juste deux exemples :

  1. Les procès que les grandes firmes de ce secteur ont voulu intenter au gouvernement de l’Afrique du Sud à propos des médicaments contre le SIDA.
  2. Ce que certains appellent la « biopiraterie », une dérive qui consiste à breveter, donc à s’approprier, des substances issues de plantes médicinales utilisées depuis des siècles par des peuples du tiers monde. Il s’agit là de pillage, tout simplement.

Quelles alternatives possibles ?

On peut évidemment rêver d’une suppression pure et simple des brevets et d’une exclusivité des organismes publics sur les recherches. D’un point de vue éthique, il serait tout à fait justifié que des secteurs aussi vitaux que l’agriculture et la santé soient totalement soustraits aux appétits financiers. Le moins que l’on puisse dire est que la politique mondiale actuelle ne va pas dans ce sens ! Cette vision est donc pour le moment utopiste d’autant plus que, pour les raisons vues plus haut, une telle solution n’est viable que si elle est adoptée par tous les pays du monde. Mais dans l’immédiat, d’autres solutions sont envisageables, forcément différentes selon les régions du monde et les types de cultures, et certaines sont déjà opérationnelles.
Une première mesure essentielle consisterait déjà à exclure du champ des brevets les gènes eux-mêmes. C’était le cas de la loi française jusqu’en décembre 2004. Depuis, la transposition de la directive européenne autorise dans certaines conditions leur brevetage.

Il est possible aussi de développer les modèles de mutualisation des ressources variétales qui existent déjà de par le monde. Certains de ces modèles se situent aux antipodes de la stratégie des multinationales et sont basés sur le principe de la « conservation à la ferme ». C’est le cas des « initiatives de sélection et de gestion participative », déjà bien structurés dans certains pays (Syrie, Mexique, Italie). Il s’agit de réseaux de paysans échangeant et valorisant des variétés anciennes. Cela se fait quelquefois en relation étroite avec les consommateurs, comme dans le cas des « Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne » (AMAP) bien connues en Provence. A partir de celles-ci, se met maintenant en place le réseau « Urgenci » qui se définit comme un « réseau mondial des partenariats locaux solidaires entre producteurs et consommateurs ». L’intérêt citoyen de ce système alternatif est qu’il se construit sur la base de préoccupations économiques et sanitaires mais aussi éthiques (la solidarité).

Des systèmes intermédiaires, à partir d’organismes officiels, ont aussi été créés qui visent à favoriser une « mutualisation des ressources génétiques ». On en a un exemple en France avec le programme « Génoplante » qui regroupe des organismes de recherche publique, des sociétés privées et des organisations d’agriculteurs, dans le but de mutualiser les moyens de recherche entre tous ces acteurs. Ce programme a été créé en 1999, avec un poids important des agriculteurs et des organismes publics. On pourrait imaginer qu’il soit prolongé par un système de mutualisation des brevets, ce qui changerait leur nature même. Un aspect particulièrement intéressant de Génoplante est que les agriculteurs des pays en voie de développement ont un libre accès aux résultats des recherches, permettant ainsi des transferts de technologie. Des scientifiques essaient de promouvoir cette expérience au niveau de l’Europe, comme alternative à la privatisation des ressources génétiques.

Brèves réflexions sur la controverse

Le débat actuel présente à la fois des aspects positifs et d’autres plus inquiétants. Le côté positif est de montrer aux décideurs économiques et politiques que les citoyens, après les tristes affaires du sang contaminé et de la vache folle (où les chercheurs n’avaient rien à voir, soit dit en passant), en ont assez d’être le jouet de sordides affaires de profits financiers. De plus, les inconvénients de l’agriculture intensive sur l’environnement et l’alimentation commencent à être perçus de tous, grand public comme spécialistes. Les citoyens exigent d’être mieux informés et plus impliqués dans les instances de décisions. Le « tais-toi et mange » n’est plus de mode ! Ce débat amène aussi les chercheurs à prendre conscience que leurs recherches ne sont pas politiquement neutres et qu’ils doivent se sentir concernés par les utilisations qui en sont faites. C’est tout le rapport entre science et démocratie qui est en cause. Vaste programme, surtout dans le contexte politique actuel !

Pourtant, la controverse ne peut avoir un sens et un intérêt que si elle permet de faire la part des vrais problèmes et des peurs irrationnelles, voire superstitieuses, et de ne pas se tromper de cible. Actuellement, c’est d’autant moins le cas que ces peurs sont exploitées par certains à des fins personnelles ou politiques et par d’autres à des fins commerciales. Beaucoup de media préfèrent l’émotionnel et le « thriller » à la véritable information, c’est bien plus « vendeur ». On peut aussi s’inquiéter que, dans ce conflit, apparaissent de plus en plus souvent des relents, parfois inconscients peut-être, d’anti-recherche et d’anti-science. C’est toujours de très mauvais augure pour une société, même si on doit aussi se garder de la dérive scientiste. Il est devenu évident que certains courants d’idées remettent en question la démarche scientifique elle-même, c’est à dire les progrès de la connaissance, et pas seulement ses retombées technologiques. Ils contribuent ainsi à la résurgence actuelle de toutes sortes d’obscurantismes, dont l’un des plus marquants est le créationnisme. Ce dernier n’est d’ailleurs pas sans rapport avec la sacralisation du naturel, évoquée plus haut, à forte connotation religieuse elle aussi.

Certains droits réservés
Jean-Claude Bregliano
Généticien
Professeur des Universités retraité

N. B. : Je remercie mes collègues de l’Université et de l’INRA qui, en me faisant bénéficier de leurs compétences, m’ont aidé pour la rédaction de ce texte.
Texte original publié sur www.souslestoits.net avec PDF téléchargeable.

Notes

[1] Petit condensé de biologie : L’unité de base de tous les êtres vivants est la cellule. Les êtres les plus simples sont constitués d’une seule cellule, les plus complexes peuvent être composés de milliards de cellules (environ cent mille milliards pour un être humain). Les chromosomes sont situés dans le noyau des cellules, ils sont constitués de très longues molécules d’ADN. Un gène est un segment d’ADN qui permet la synthèse d’une protéine, qui va elle-même remplir une fonction bien précise dans la cellule. Le génome peut être défini comme l’ensemble des gènes nécessaires à la vie d’un individu. Ce dernier point est très simplificateur car le génome contient aussi une très grande quantité de séquences d’ADN qui ne sont pas des gènes ‘classiques’ ; par exemple les éléments génétiques mobiles (voir note 2).

[2] Elles sont dues à des éléments génétiques mobiles (des sortes de ‘gènes sauteurs’), qui sont insérés dans les chromosomes et peuvent changer de position. Ils existent chez tous les êtres vivants, des bactéries jusqu’à l’homme ; ils font partie intégrante de leurs génomes et peuvent parfois se transmettre d’une espèce à une autre. Certains d’entre eux sont très apparentés aux rétrovirus. Un stress physiologique ou un croisement, en perturbant leur régulation, peuvent déclencher chez eux une mobilité excessive, source d’anomalies génétiques (voir l’Encyclopaedia Universalis, articles de l’auteur).

[3] Le lecteur qui souhaiterait avoir des données beaucoup plus détaillées peut se reporter au livre d’André Gallais et Agnès Ricroch : « Les plantes transgéniques : faits et enjeux », paru en 2006 aux éditions Quae (éditions de l’INRA).

[4] L’un des plus beaux exemples est sans conteste la peur d’une « pollution génétique irréversible de la planète ». Dans l’imaginaire de certains, l’invasion d’OGM aux pouvoirs maléfiques a remplacé celle des petits martiens verts (seule la couleur n’a pas changé !).

[5] On appelle cellules somatiques toutes les cellules de notre corps, à l’exception des cellules reproductrices.

[6] Les essais de thérapies géniques conduits depuis 20 ans dans le monde ont entraîné un grand nombre de complications médicales, y compris des décès.

[7] Pour le maïs, la tomate et la pomme de terre ce problème n’existe pas en Europe. Ces plantes, originaires du ‘nouveau monde’, sont génétiquement très isolées sur notre continent où n’existe aucune espèce apparentée.

[8] Les avis et rapports de l’AFSSA sont en libre accès sur internet dans leur intégralité.

[9] En France, un rapport de 2005 alerte les pouvoirs publics sur le fait que près de 9000 pesticides différents sont en vente. De plus, notre pays arrive au deuxième rang mondial pour le tonnage de pesticides utilisés.

[10] La situation est exactement la même pour les médicaments.

[11] Ces deux auteurs sont directeurs de recherche à l’INRA, économistes et sociologues. Beaucoup d’informations sur les solutions alternatives sont issues d’un de leurs articles, paru en 2003 dans la revue ‘Futuribles’ et intitulé : « La ‘marchandisation du vivant’. Pour une mutualisation des recherches en génomique ».


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83 réactions à cet article    


  • Yvance77 6 octobre 2008 10:41

    Bonjour,

    Votre papier est assez complét et apporte des réponses et ouvre aussi un champ de réflexion intéréssant.

    Il reste néanmoins ,pour un certain nombre d’individus, un constat simple, ne conduisant pas à une impasse mais à un mur.

    Ce constat en forme de réponse (à tort ou à raison) est : "l’homme ne peut plus faire confiance aux multi-nationales et à leurs études". Elles ont saccaggé la planète tout simplement.

    Aujourd’hui le Jules Vernes des temps moderne, s’il veut conduire une expédition utile, serait, de partir à la recherche d’un cours d’eau propre.
    S’ il réussit à en trouver un, sur le boule bleue, qu’il publie sa trouvaille ... mais c’est pas gagné

    Alors pour tout ce qui touche à dénaturer la Nature ou à la modifier ... et bien cela peut attendre ... je suis borné OK mais j’assume ma bétise.

    A peluche


    • Olga Olga 6 octobre 2008 11:47

      @Yvance
      Ne pas faire confiance aux multi-nationales est une sage précaution (voir le documentaire ci-dessous)...

      @L’auteur
      Vous passez très rapidement sur certains points loin d’être anodins :
      Le monopole (actuel ou à venir) de certaines firmes, comme Monsanto, sur des semences utilisées à très large échelle.
      Uniformisation des plantes cultivées, monoculture, avec le risque d’une moindre résistance à certaines maladies, par exemple.
      L’augmentation de l’utilisation d’herbicide nocif (round up) sur des plantes OGM résistantes à ces herbicides.
      ...

      Tout ça est très bien expliqué dans le documentaire The future of food (fr).


    • sisyphe sisyphe 6 octobre 2008 13:56

      Article intéressant. 

      Néanmoins, il faut préciser que les luttes contre les OGM se bornent aux OGM en plein champ ; à cause de la dissémination et de la contamination.
      D’autant, que, comme on l’a vu, notamment au Canada, Monsanto attaque les propriétaires de parcelles contaminées, et s’approprie leurs récoltes, sous prétexte qu’elles contiennent, ne serait-ce qu’une infime partie de leurs plantes brevetées. 

      Personne n’a entrepris de lutter contre les expérimentations OGM in vitro. 

      Par ailleurs, vous relevez, à juste titre, le problème essentiel ; celui de la privatisation du vivant, par les dépots de brevet ; tant sur les PGM des céréaliers industriels (Monsanto, essentiellement), que sur des plantes naturelles existantes ; ce qui est un véritable scandale. 

      Vous notez :

      Quelles alternatives possibles ? On peut évidemment rêver d’une suppression pure et simple des brevets et d’une exclusivité des organismes publics sur les recherches. D’un point de vue éthique, il serait tout à fait justifié que des secteurs aussi vitaux que l’agriculture et la santé soient totalement soustraits aux appétits financiers. Le moins que l’on puisse dire est que la politique mondiale actuelle ne va pas dans ce sens ! Cette vision est donc pour le moment utopiste

      C’est bien là que le bat blesse : devoir considérer comme "utopique" le respect de la biodiversité et la non-appropriation du vivant : un comble !!

      Une première mesure essentielle consisterait déjà à exclure du champ des brevets les gènes eux-mêmes.


      Oui. Première mesure sur laquelle il ne faut absolument pas transiger. 
      Mesure que les citoyens doivent imposer aux organismes européens, internationaux, et aux multinationales de la mort du vivant. 

      Toutes les autres formes de mutualisation des ressources doivent, également, être encouragées, protégées, incitées. 

      A ce propos, on notera le scandale du procés intenté à Kokopelli, condamnée à payer de lourdes sommes à un grainetier, et à l’état français, pour avoir mis à la disposition de ceux qui le désiraient, des semences anciennes.

      En fait, ce qui est reproché à toutes ces semences proposées, c’est qu’elles sont reproductibles, et échappent donc à la mainmise des céréaliers. 

      Comme le déclare l’association :
        Les condamnations infligées à KOKOPELLI
      							 ne sont pas à chercher dans la nature des
      									semences que protège l’association, mais dans ses actions.
      						
      L’association propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c’est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes. Il est donc d’extrème urgence que les citoyens, agriculteurs, consommateurs de tous les pays, exigent un respect de la biodiversité, et des lois pour empêcher qui que ce soit de pouvoir breveter et privatiser le vivant.

      Et, par rapport à ce problème essentiel, il semble que les PGM et les puissances financières des multinationales qui les produisent, soit un obstacle majeur.

      Donc, jusqu’à ce que ces lois soient votées, et fassent respecter les droits des agriculteurs, des citoyens, des consommateurs, et, surtout de la biodiversité et du vivant, il est impératif de continuer à lutter contre les producteurs d’OGM et de PGM, qui mettent la planète en coupe réglée, ruinent les petits producteurs, imposent leurs produits toxiques, spollient les agriculteurs contaminés, et s’approprient le bien de tous. 

      Jusqu’à nouvel ordre, NON AUX OGM (en plein champ) !!







       



    • Innsa 6 octobre 2008 14:14

      Vous avez tout a fait raison : Le souci aujourd’hui se pose au niveau de la confiance. On a fait confiance a nos économistes, a nos banquiers a nos statisticiens, a nos politiques, aux entreprises privés etc. on voit ou ça nous mène.
      Peut on faire confiance aux scientifiques des entreprises privés ?
      Je pense qu’ils nous disent ce qu’ils veulent et que l’objectif premier est de faire de l’argent. Quand ça sera chaud, de toute façon ce sera le peuple (ceux qui n’ont pas les moyens du Bio) qui va payer.


    • JC Bregliano 6 octobre 2008 16:11

      @olga

      - Loin de passer rapidement sur le monopole de certaines firmes, ce problème fait l’objet de plus de 2 pages sur 11. Tout ce que j’écris sur le brevetage du vivant et les alternatives possibles concerne directement ce problème de monopole.

      - L’uniformisation des plantes cultivées, donc la perte de biodiversité n’est pas liée à la technique elle-même mais à l’utilisation qui en est faite à travers le monopole des 4 ou 5 grandes firmes, deux choses très différentes que mon texte s’efforce de dissocier .

      Je suis passé très vite sur le problème des PGM résistantes aux herbicides totaux car elles sont actuellement interdites en France et, je crois, dans toute l’Europe. Ce qui se passe ailleurs est, là encore, lié au problème des pratiques des multinationales.
      Sur ces deux derniers points, je passe effectivement vite car mon texte fait déjà onze pages dactylographiées et beaucoup de gens le trouvent trop long. Le premier que j’avais écrit en 2002 ne faisait que 6 pages, c’était plus facile à lire mais trop incomplet.


    • karg se 6 octobre 2008 19:36

      La monoculture n’a rien à voir avec les OGM, c’est un pratique à court terme, qui épuise les sols, mais très pratiqué dans les pays qui font de la déforestation comme le Brésil : quand la terre est morte, on coupe de la foret. Il faut parfois 40 ans de jachère pour remettre une terre en état après une vingtaine d’années de monoculture

      La perte de variabilité génétique est un faux argument, les plantes cultivés aujourd’hui sont plus riche en gène varié que les semences traditionnelles consanguines. Les hybrides notamment sont plus vigoureux et résistants. Les plantes les plus malades sont la banane, vigne et l’arboriculture en général : on plante des clones ou des greffes...

      Les herbicides utilisés avec des plantes conventionnels sont tous aussi polluant, mais il y a un avantage : on peut changer de produit plusieurs fois par ans pour maintenir une bonne efficacité avec la dose recommandé. En OGM la seule solution est de forcer la dose du produit adapté à son cultivar...ça marche qu’un temps.



    • morice morice 6 octobre 2008 10:42

       C’est maintenant un fait bien acquis, tous les êtres vivants de notre planète sont le résultat d’une évolution de plus de 3 milliards d’années où se sont produits des échanges génétiques de toutes sortes entre espèces et entre organismes très différents. 

      euh... c’est pas acquis chez Sarah Palin, cette notion.


      • JC Bregliano 6 octobre 2008 11:28

        Ni pour Sarah Palin, ni pour beaucoup d’autres hélas ! D’après des sondages, plus de 60% des gens aux USA croient à la version créationniste. Ne nous moquons pas des Etats-uniens : cet obscurantisme est en train de s’étendre, sous des formes plus ou moins déguisées, en Europe. Il n’y a pas plus de deux ans, le ministre polonais de l’Education avait sorti une violente diatribe contre la théorie de l’évolution et avait déclaré sans ambage qu’il fallait interdire son enseignement ! Mais notre "pays des Lumières" n’est pas épargné.
        Les croyances créationnistes ne sont pas les seules inquiétantes, d’autres manifestations contre la connaissance scientifique sont également très perceptibles et inquiètent de plus en plus de scientifiques. il suffit de lire les journaux pour en avoir des exemples.
        Il faudrait y ajouter les tentatives d’utilisation de la "science" pour justifier l’ordre social actuel et la politique de répression. Nous en avons eu un bon exemple récemment avec des déclarations sur le gène de la pédophilie et autres balivernes du même tonneau.
        Cela fait partie intégrante du courant obscurantiste.





      • Romain Desbois 6 octobre 2008 12:31

        "C’est maintenant un fait bien acquis, tous les êtres vivants de notre planète sont le résultat d’une évolution de plus de 3 milliards d’années où se sont produits des échanges génétiques de toutes sortes entre espèces et entre organismes très différents."
        vous vous positionnez là entre le créationisme et le darwinisme qui je crois parle d’une sélection naturelle (meurent ceux qui ne sont pas adaptés), l’échange de gènes ne se fait que par la reproduction sexuée. Me trompe-je ?

        Sinon je m’étonne toujours que l’on ne s’interesse qu’aux PGM alors que des chimères animales sont conçues génétiquement. ces Animaux Génétiquement Modifiés sont entre autres :

        Des chats fluos parceque pollués géntiqquement avec du gène de poulpe

        Des chèvres au gène d’araignée pour produire du lait ayant les propriètés du fil de la toile d’araignée,

        Et en France à Jouy en Josas des porcs ayant des gènes humains pour permettre des xénogreffes.

        La france a financé l’INRA, pour 14 millions de francs, il y a une dizaine d’années, la création génétique de l’Orilag, une nouvelle espèce de lapin. Pour officielement relancer le commerce de la fourrure.

        Ca me fait frémir de rage. On nous fait nourir des coucous dans nos nids.

        science sans conscience est la science des c..


      • JC Bregliano 6 octobre 2008 18:38

        @Romain des bois

        Je ne me situe pas du tout entre le créationnisme, qui n’est qu’une fable, et le darwinisme. Il vaudrait mieux parler de ce que l’on appelle depuis déjà longtemps le néodarwinisme. Darwin a écrit son premier gros ouvrage en 1859,depuis les recherches sur l’évolution ont apporté beaucoup d’éléments nouveaux, mais les idées fondamentales de Darwin étaient bonnes.
        Je dis simplement dans cet article que la variabilité biologique, à la base de l’évolution, ne se créée pas simplement par des mutations et des échanges génétiques lors de la reproduction sexuée. On a de multiples preuves maintenant qu’il y a des échanges interspécifiques dans les conditions naturelles, par des mécanismes qui n’ont rien à voir avec la reproduction sexuée. On peut imaginer que ce mécanisme a contribué à accroitre la variabilité des espèces et donc à faciliter l’action de la sélection naturelle.


      • Alpo47 Alpo47 6 octobre 2008 11:06

        "...C’est maintenant un fait bien acquis, tous les êtres vivants de notre planète sont le résultat d’une évolution de plus de 3 milliards d’années où se sont produits des échanges génétiques de toutes sortes entre espèces et entre organismes très différents."

        Peut être bien, et c’est pourquoi nous sommes très nombreux à préférer laisser la nature continuer à évoluer à son rythme, loin des "apprentis sorciers", à la solde de Monsanto and Co.

        Nous sommes actuellement au coeur d’une "méga crise" économique créée par les apprentis sorciers de la finance, totalement imbus de leurs certitudes, et sommes peu pressés de nous priver de notre richesse et variété alimentaire, au seul profit d’une minorité. (Je pense parler au nom d’une majorité de lecteurs).


        • Krokodilo Krokodilo 6 octobre 2008 11:10

          Excellent article ! Et qui n’évite pas certains sujets des plus délicats, comme trop souvent les scientifiques qui traitent des OGM en expliquant longuement pourquoi il ne faut pas les diaboliser, mais évitent les aspects politico-économiques, ce que vous ne faites pas :
          "Pour les agriculteurs, il est essentiel de disposer d’un grand éventail de variétés cultivées pour que chacun puisse choisir les mieux adaptées à son terroir et à ses méthodes de culture. Or, les brevets et la concentration des entreprises semencières risquent d’amener la réduction de la diversité des variétés cultivables. De plus, les paysans du tiers monde doivent pouvoir ressemer des graines de leur propre récolte, ce qu’interdisent les brevets. C’est certainement pour eux que cette situation est la plus inquiétante et ils constituent la majorité des habitants de la planète."
          Pour le dire plus clairement, le comportement de certaines multinationales se rapproche de celui des truands… menaces, manipulations de l’administration, pressions sur les chercheurs récalcitrants ou simplement consciencieux, diffamation, etc. Toujours au nom de l’autosuffisance alimentaire de la planète.

          Ou cet autre passage :
          "Beaucoup de chercheurs en agronomie sont convaincus que les recherches sur les PGM pourraient contribuer, dans un avenir proche, à atteindre les buts énoncés plus haut : réduction de la pollution agricole dans les pays riches et augmentation d’une production non polluante dans les autres. Pour ces derniers, les possibilités les plus couramment envisagées sont l’obtention de résistances aux maladies et de tolérances aux conditions extrêmes : sécheresse, froid, salinité, qui permettraient de cultiver des sols qui sont, ou seront bientôt, inutilisables."

          A ce propos, les résultats réels ne seraient-ils pas très inférieurs aux attentes et aux discours des multinationales et de leurs experts ? Il me semble me souvenir d’un documentaire en Inde très détaillé, où les variétés OGM Monsanto s’étaient révélées catastrophiques, de très mauvais rendement en comparaison des variétés locales utilisées en agriculture traditionnelle, ce qui avait amené des paysans à des situations terribles (très mauvaises récoltes, suvies d’ endettement pour acheter les semences chaque année).
          Peut-être que certains anti-OGM diabolisent et simplifient, mais l’opposition est aussi un choix de société, de développement.



          • JC Bregliano 6 octobre 2008 17:08

            @krocodillo
            Merci pour ce commentaire sympa qui me permet de rajouter des compléments d’informations.
            Vous parlez de l’autosuffisance alimentaire de la planète. C’est une expression ambigüe, on pourrait vous répondre que la production agricole totale est actuellement largement suffisante pour "la planète". Dans mon texte j’ai préféré utiliser, comme beaucoup d’autres, le terme de "souveraineté alimentaire" pour chaque pays. C’est, je crois, une chose absolument essentielle pour éviter toutes les pressions politiques ou financières (c’est d’ailleurs la même chose !).

            La réponse à votre dernier paragraphe est plus complexe.
            Tout d’abord, quand j’écris que, selon les chercheurs,les PGM pourraient contribuer à résoudre certains problèmes agronomiques, je crois qu’il est clair, par le paragraphe qui suit, que je ne compte pas sur les multinationales pour ça, mais par des recherches entre organismes publics et il y en a.
            La réponse au problème des paysans, dramatique dans certaines régions de l’Inde, demanderait à connaître le contexte économique et agronomique et ce n’est pas mon cas. Ce que je sais, c’est que l’utilisation des techniques agriculturales nouvelles (PGM ou autres) dans les PVD demande une formation et un suivi permanent des paysans ce que les multinationales ne font pas à ma connaissance. 
            Je donne un exemple à propos du cotonnier. C’est une plante qui est très sensible à des quantités d’insectes. Le coton Bt donne la résistance au principal ravageur,mais ce faisant on libère une niche écologique pour des ravageurs secondaires insensibles à la Bt. Si on n’utilise pas un minimum d’insecticides chimiques contre ceux-ci, ils vont prendre la place du ravageur principal, envahir les cultures et ce sera la catastrophe. J’ai cru comprendre, sous toute réserve, que c’est l’une des causes des graves problèmes dans certaines régions de l’Inde. Encore une fois, il faut bien distinguer entre la technique des PGM et l’utilisation qui en est faite. Le but des grandes firmes étant de faire du fric, un point c’est tout. Il me parait évident aussi, comme je l’ai écrit dans ce texte,que les paysans des PVD doivent pouvoir resemer leur propres graines. Là encore c’est une question qui n’est pas liée à la technique mais au brevetage.
            Par contre, aux USA et en Chine, il semble que les choses se passent de façon très différente. Les rendements sont améliorés et la pulvérisation d’insecticides chimiques réduite d’un facteur 3 à 5. c’est important car la culture du cotonnier ( à cause de tous ces insectes ravageurs) est responsable de 25% de la quantité d’insecticides chimiques utilisée dans le monde.
            Vous trouverez d’autres éléments de réponse sur le site d’origine de ce texte "sous les toits",où quelqu’un m’a posé une question voisine de la votre.

            Je suis tout à fait d’accord avec votre dernière phrase, l’opposition est un choix de société, mais on perd toujours une bataille si on utilise de mauvaises armes et si on se trompe d’adversaire.




          • stef stef 6 octobre 2008 11:38

            Une énorme majorité des OGM est produite avec un canon à ADN. Considérons son fonctionnement :

            "On utilise des microbilles de métal enrobées d’ADN (billes d’or ou de tungstène de un micron de diamètre). Elles sont projetées à très grande vitesse sur les cellules à modifier afin de traverser leur paroi. Ces billes seront progressivement ralenties en traversant les différentes couches cellulaires. Quelques-unes des cellules atteintes vont alors intégrer spontanément les gènes dans leur patrimoine génétique. Mais le noyau de la cellule intègre l’ADN de façon aléatoire".

            Quelques questions se posent sur le résultat génétique d’un bombardement aléatoire...


            • karg se 6 octobre 2008 19:44

              Cette technique est viellote, maintenant c’est plus les plasmides ou agrobactérium...
              Enfin tu peux vérifier ensuite la zone d’insertion avec de l’hybridation in situ (tu colore ton trangène avec une sonde radio ou fluo) et tu peux voir où il s’est insérer.
              Après tu peux "nettoyer" le génome : tu fais des rétro croissement, en gardant les plantes qui ont le transgène, en 7-8 génération tu obtien une plante avec un génome "propre" : moins de 1% du génome a subit la transgènèse.


            • Forest Ent Forest Ent 6 octobre 2008 11:42

              Cet article est un peu trop long, mais après lecture je ne vois pas quelle partie pourrait en être retirée. Il aborde le sujet complètement, ce qui était une gageure. Je félicite l’auteur. Son travail est de qualité, et on sent une grande sincérité. Je ne suis quand même pas d’accord. Par contre je souscris tout à fait à la conclusion : la brevetabilité et l’opacité sont des problèmes. Points de désaccord : santé et utilité.

              D’après l’article, les ogm seraient utiles pour augmenter la production dans le tiers-monde. Celui-ci a dans certains cas multiplié sa production sans ogm. Il nous arrangerait qu’il le fasse en utilisant des techniques qu’on lui vend. Mais on est vraiment là dans la politique. Il y a tout le temps des famines en Afrique dans des terres riches. Ces famines sont causées par des guerres causées par des dictateurs que nous soutenons avec des armes que nous leur vendons en échange de leurs ressources naturelles. Les laisser en paix serait de loin plus utile. La population mondiale, selon l’INED, n’est d’ailleurs pas destinée à augmenter longtemps. Et elle trouvera de toutes façons une limite un jour. La question est : quel monde aurons-nous ce jour-là ?

              Pour la santé, l’auteur compare parfois aux insecticides et herbicides. Et c’est justement un problème. Il n’y a jamais eu d’épidémiologie publique et indépendante sur ces deux sortes de produits. Qu’est-ce qui permettrait de penser qu’il y en aura plus ? En gros, le lecteur peut comprendre : "on vous a discrètement empoisonnés pendant 50 ans, mais on a un nouveau truc".

              Sur le fond du sujet de la maîtrise des dangers, l’auteur, avec une démonstration constructive, veut montrer qu’ils sont maîtrisés. Je le suppose de bonne foi. Mais ce n’est pas lui qui est en cause et il y a des apprentis sorciers partout. On aurait pu lire le même article il y a 150 ans montrant que les ventes à terme sont bonnes pour les agriculteurs. Et aujourd’hui les produits financiers dérivés créent une crise économique mondiale. On serait donc plus rassurés s’il y avait des règles de prudence claires et que l’on était certains de pouvoir faire appliquer sur la planète. En leur absence, une règle simple me semble être : "on n’a pas besoin de vous, rangez vos éprouvettes et allez jouer sur Mars, on a déjà donné".

              En tout cas, merci encore pour ce texte de qualité.


              • karg se 6 octobre 2008 19:48

                Sur le tiers monde, pas besoin d’OGM pour passer de 5 à 20 quintaux hectare en Afrique, même pas d’engrais chimique : des rotations avec des légumineuses et des engrais de fond d’origine minière.

                Sur la santé : les pecticides et les herbicides vous nourrissent, les fongicides vous protègent des mycotoxines. Sans ces produits ont pourrait pas nourrir 6Md de personnes. Bien sur il existe des techniques pour s’en passer, mais elles sont loin d’être maitrisé et il y a 40 ans on n’avait ni le temps ni les connaissances pour les développer.


              • sacado 6 octobre 2008 21:42

                Tout à fait d’accord. C’est le genre d’article qui fait honneur à Agoravox. Félicitations à l’auteur, et à votre commentaire qui complète bien les choses, Forest Ent.


              • Gilles Gilles 6 octobre 2008 11:50

                C’est vrai, mais pas vraiment gênant chez les plantes car on peut faire tous les contrôles nécessaires, sanitaires, écologiques et autres, sur une nouvelle variété avant de l’utiliser en agriculture.

                Hummmm. Il m’a semblé entendre dans un reportage sur les OGM, de la bouche même du ministre de l’agriculture US de Bill Clinton, que la législation américaine sur les contrôles et les délais avait était largement réduite sous la forte pression des lobbies OGM, Monsanto en tête, pressés d’avoir un retour sur investissement. Jetant aux orties par la même une législation qui se voulait être précautioneuse

                C’est à dire que dorénavant Monsanto (ou autre) mettent sur le marché des variétés OGM, testées à minima et par des protocoles internes... N’y a t-il pas là un fort risque ? Pas des OGM en soit mais à cause de cette méthodologie ?On l’a vu je crois avec le MOn810, pour lequel des « problèmes » étaient apparus sur les rats et quand des chercheurs indépendants l’ont découvert (c’était plus ou moins occulté déjà) et ont voulu comprendre, ils n’ont pas eu accés à toute sles informations, Monsanto faisant blocage, voir payant des chercheur à leur solde pour décrédibiliser les études mettant en cause leurs propres résultats

                On retombe dans le cas de l’apprenti sorcier. Les OGM pourquoi pas, mais l’appât du gain de ces multinationales risque de faire d’une avancée scientifique essentielle un cauchemard pour l’humanité. Sutout en ce qui concerne Monsanto, depuis 100 ans dans tous les mauvais coups (pcb, agent orange, phytiosanitaires toxiques....) ayant tué par millions et pollué de partout.


                • Panzerfaust 6 octobre 2008 12:13
                  Je ne suis absolument pas versé dans les sciences de la nature et par la même peu enclin à prendre parti. Pourtant je suis toujours un peu décontenancé lorsque des points de vue très tranchés qui sont émis par les opposants aux OGM. Leur hystérie m’a toujours mis mal à l’aise, car elle mêle des points de vue éléments quasi- mystiques, comme ‘la transgression de lois fondamentales de la nature’, avec d’autres obsessions de nature plus politiques et populistes comme le ‘les motivations d’une multinationales ne peuvent de toute évidence qu’être mauvaises et contraires à l’intérêt commun ’.
                  Le débat fait rage depuis un bon moment, mais il semble que le rejet soit toujours aussi définitif, surtout en France. Mais peut-on remettre les OGM aux calendes grecques en invoquant comme d’habitude le sempiternel et bien commode principe de précaution ? Sans faire une confiance aveugle aux chercheurs ou aux acteurs économiques, il serait temps, vu l’expérience accumulée dans le domaine des OGM, de prendre une décision traduisant l’opinion du courant dominant des spécialistes.

                  • Gilles Gilles 6 octobre 2008 14:54

                    "Ben, y suffit de voir ce qui se passe en argentine, qui était le plus grand pays producteur d’élevage de la planète et qui ,aujourd’hui, est obligé d’importer de la viande...."

                    Sans compter que dans les états du nord de ce pays, voici juste 3-4 ans des enfants mourraient de FAIM, oui de faim. Ces états ont exproprié leurs paysans pratiquant des cultures vivrières pour les donner à des exploitants cultivants des OGM de soja par dizaines de milliers d’hectare..... déforestation, pollution, appauvrissement accéléré des sols pour en fait exporter quasiment toute leur production

                    Au Brésil idem.....

                    Voilà le vrai problème, qui ne tient pas qu’aux OGM d’ailleurs.


                  • Pierrot Pierrot 6 octobre 2008 12:49

                    à @ l’auteur JC Bregliano,

                    Bonjour,
                    votre article me semble excellent tant par la présentation simple et complète des problèmes concernant les OGM ou PGM que l’ honneteté intellectuelle.

                    Bravo.


                    • geo63 6 octobre 2008 13:17

                      @J.C. Bregliano.
                      Merci pour votre article qui présente les OGM (PGM) avec ouverture, rigueur et sans passion.
                      Bien cordialement (un ancien chimiste DR retraité du campus des Cézeaux).


                      • finael finael 6 octobre 2008 13:21

                        Vous citez, à titre d’avantage des OGM, le moindre besoin en herbicides et pesticides.


                        - Pourtant, dans son livre "Le monde selon Monsanto" Marie-Monique Robin semble démontrer que si c’est vrai pour la première année, ce n’est plus le cas les années suivantes ... au contraire !


                        - Dans le même ouvrage l’auteur explique que pour autoriser la mise sur le marché de ce type de produit, les agences nationales se fient uniquement aux "expertises" menées par le producteur (Monsanto en l’occurence)


                        - Quant à la cohabitation des plantes génétiquement modifiées (ici le maïs BT) et celles non modifiées, elle rapporte de nombreux cas d’agriculteurs poursuivis (et la plupart du temps ruinés) par Monsanto en raison de la présence de maïs BT dans des champs où il n’a pas été planté.

                        Je ne suis pas "à priori" contre les modifications génétiques, mais si de tels faits sont avérés n’est-on pas en droit de s’inquiéter ?


                        • JC Bregliano 7 octobre 2008 18:46

                          Je ne vous ai pas encore répondu pour deux raisons.
                          La première est que je suis débordé par la quantité de commentaires et que je ne peux pas répondre à tous, d’autant plus que j’ai d’autres occupations. Heureusement que nombre de commentaires ne méritent aucune réponse et d’autres, très constructifs, n’en demandent pas ; ça me facilite les choses.

                          La seconde raison est que vous vous référez à un livre que je n’ai pas lu et après avoir vu le film du même auteur, je ne le lirai certainement pas ! Tout ce qui est dit dans le film sur les pratiques de Monsanto est crédible, tout le monde connait au moins l’histoire de l’agent orange sur le Viet-Nam ; par contre pratiquement tout ce qui est dit sur les aspects scientifiques et techniques des OGM est très discutable et c’est presque un euphémisme. Donc laissons tomber cette référence.
                          Vous posez deux questions. J’ai déjà plus ou moins répondu à la première sur le blog d’origine de ce texte,"sous les toits". Si vous y lisez les commentaires 8 et 13, vous aurez des éléments de réponse. Si vous souhaitez plus de détails, il faudrait vous adresser au Comité "Biotechnologies" de l’AFSSA, chargé de l’examen des demandes de mise sur le marché des OGM.
                          Pour la seconde question, je ne sais pas si les faits dont vous parlez sont réels ou s’il s’agit encore de désinformation. Il faut être d’une prudence extrême sur toutes les infos véhiculées par les media de toutes sortes sur les sujets "chauds" et les OGM en sont un. Certains commentaires sur ce forum l’illustrent bien. Ce que j’écris à la fin de mon texte sur les media qui préfèrent le thriller à l’information est très vrai et nous autres scientifiques devons être très prudents avec eux. Plus d’un s’est fait pièger et s’en est mordu les doigts.
                          Ceci dit, si ces infos sont vraies, encore une fois, elles concernent les pratiques des multinationales mais n’ont rien à voir avec la technique de transgénèse elle-même. Si elles sont vraies, on est effectivement en droit de s’en inquiéter comme on doit s’inquiéter de tout ce qui touche au brevetage du vivant et aux pratiques des multinationales.




                        • Anti-OGM.info Anti-OGM.info 6 octobre 2008 13:22

                          Un article superficiel qui prétend pouvoir traiter une problématique éminemment complexe en une ou deux pages... mais qui nul doute impressionnera les esprits non informés et vouant à l’autorité scientifique quelques grandeurs supérieures d’intelligence...

                          La conclusion est déjà tirée à l’avance d’un point de vue scientifique en limitant de manière réductrice la problématique scientifique (omission par exemple de l’importance de recherches appronfondies sur la manipulation génétique elle-même et non le point de vue diviseur et simpliste du "cas par cas" destiné à faire accepter aux scientifiques la notion du "circulez y a rien à voir")

                          La dualité entre nature sacrée et matière sécable scientifique est d’autre part complètement dépassée, superficielle, mon cher monsieur, et n’est qu’un banal et traditionnel argument amené par les scientifiques pour se convaincre de leur supériorité sur une pensée dite "magique" affublée à tort aux opposants à ces technologies qui comprennent également de nombreux scientifiques et généticiens adoptant une méthodologie rigoureuse et scientifique dans une optique transdisciplinaire.


                          Pour les personnes intéressées pour une synthèse beaucoup plus complète et non orientée dès les premières lignes (aucun danger de la manipulation des OGM, régulation au cas par cas, acceptation de la dissémination des OGM dans l’environnement), nous vous invitons à consulter la synthèse de notre site et même à la critiquer et à argumenter en commentaire :


                          • Anti-OGM.info Anti-OGM.info 6 octobre 2008 13:37

                            Les OGM sont un progrès de laboratoire, dans le sens d’expériences innovantes de manipulation de génomes, mais d’un point de vue agronomique représentent une régression à la fois en ce qui concerne la biodiversité agricole, mais également dans le traitement écosystémique des parcelles de culture. Le refus de tests sanitaires approfondis (plusieurs années voire décennies) par les autorités et industries indique bien le caractère uniquement marchand qui prévaut à toute autre considération dans le développement de telles technologies inutiles d’un point de vue agronomique.

                            Le progrès agronomique ne résulte nullement dans l’utilisation de semences génétiquement trafiquées en laboratoire, mais bien au contraire dans une nouvelle régulation et organisation des espaces agricoles, l’utilisation des techniques agronomiques écologiques qui ont déjà fait leur preuves... etc

                            Mais l’illusion est encore grande dans l’opinion publique qui croit de nos jours en l’innovation comme on croyait avant au bon dieu ou comme les enfants croient au père-noël, et les moyens de propagande mis en place par les services financiers des multinationales pour embrigader les agriculteurs sont également énormes dans la société.

                            Heureusement tous ne sont pas manipulables à souhait et gardent leur indépendance d’esprit et leur raison face au développement agrogénétique ubuesque des technologies propriétaires sur les organismes vivants.


                          • Anti-OGM.info Anti-OGM.info 6 octobre 2008 13:48

                            D’autre part, il est à noter que l’article de l’auteur est un vieil article contrairement à ce qui est indiqué sur le blog Sous les toits, que l’on avait déjà signaler sur les forums d’Anti-OGM.info début juillet et précedemment publié dans une revue communiste intitulée "Ballon rouge". (lien aujourd’hui brisé)

                            Devant de telles manières de présenter ce texte, comme un texte nouveau, on ne peut que se questionner sur les motivations et de la pertinence des propos rapportés par le généticien


                          • Anti-OGM.info Anti-OGM.info 6 octobre 2008 14:01

                            Bien sûr tout cela en passant le fait de la manipulation consistant à écrire l’article sous la Rubrique Santé alors qu’il n’aborde véritablement pas les questions essentielles relatives à la santé, questions omises par les industriels et les instances de régulation se contentant du minimum admissible par les banques...


                          • Anti-OGM.info Anti-OGM.info 6 octobre 2008 14:02

                            Non, monsieur Bregliano, nous ne vous félicitons certainement pas pour votre stratégie de propagande.


                          • hurlevent 6 octobre 2008 16:52

                             Superficiel cet article ?

                            C’est l’un des articles les plus complets qu’il m’ai été donné de lire sur Agoravox.

                            Si seulement tous les articles étaient aussi "superficiels".



                          • hurlevent 6 octobre 2008 17:53

                             "Un article superficiel" 


                            "Non, monsieur Bregliano, nous ne vous félicitons certainement pas pour votre stratégie de propagande."

                            Superficiel cet article ? De propagande ?

                            Si seulement il y avait autant d’articles "superficiels" et "de propagande" comme cela sur Agoravox !

                          • décurion 6 octobre 2008 13:24

                            Parmi les éléments qui influent dans les mutations naturelles, aucun ne se nomme économie, monnaie, profit. Cela, n’importe qui peut le comprendre.
                            Les mutations naturelles, sont libres et accessibles pour tous.
                            Que se passerait il si la nature, dans 1, 10, 100 ans, développait un organisme déjà breveté, par une multinationale ? Dans les faits, le plus légalement du monde, cette multinatinale aurait un droit de vie ou de mort sur la planète.
                            Cela n’est pas acceptable.
                            Je ne reconnais à personne le droit de me faire payer, les graines de fruits et légumes, conservées aprés consommation, et je ne reconnais à aucune autorité, fut elle légale, le pouvoir de me l’imposer.
                            Pour juger, il n’est pas utile de tout savoir, sur tout, il suffit souvent de savoir qui on est et ce que l’on veut.


                            • marc berger marc berger 6 octobre 2008 13:26

                              Article interessant mais on sent tout de même un petit parti pris a chaque fois smiley

                              Autant les anti OGM intégriste sont dangereux autant les scientifiques intégristes le sont aussi. Le problème n’est pas seulement la privatisation du vivant, c’a l’est c’est certain. Mais parfois les scientifiques ont une facheuse tendance a ressortir la même rangaine "cela existe dans la nature depuis la nuit des temps" ou "l’homme fait bien pire en laissant le hasard opérer".

                              Car on oublie souvent que les lignés pures sont en voie d’extinction, entre les hybride F1 qui se dénature dés qu’on les replante, les OGM etc...on va finir par ne trouver sur le marcher des semenciers que des espèces de plante, uniformisés et privatisés.

                              Je crois que vous occulter aussi tout l’aspect toxicologique au niveau du type de tests qui sont réalisés pour les OGM, grace à nos petits copain les US, on considère les OGM comme des plantes "normales" donc avec des tests prévus pour des plantes "non OGM" c’est une abération complete, à quand les tests sur 3 ans et non sur 3 mois ?

                              Le problème c’est que les OGM s’est et cela restera du business, d’un coté nous avons la communauté scientifique qui fonce dessus car c’est relativement nouveau, et de l’autre on a les financiers aux dents longues qui vieillent au grain ! Alors tant que l’on ne désolidarisera pas l’argent (donc les semenciers de la mort : mosanto, bayer etc...) de la recherche, je lutterai tant que je peux contre cette utopie qu’y est de penser que les OGM c’est la solution à tout !!

                              Arretons cette hypocrisie, c’est avant tout un problème humain , de respect de l’humanité, changeons nos habitudes de consommation, acceptons de consommer moins mais mieux et aidons ceux qui en ont besoin. La communauté scientifique devrait peut être elle aussi changer de fusil d’epaule et arreter de s’orienter que sur des solutions qui ouvriront la porte à un marché juteux ! C’est un problème sociétale et non scientifique auquel nous avons a faire avec les OGM. 

                              Mais les OGM ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Au lieu d’aller claquer des millions d’euros dans la recherche de quelque chose qui ne rapportera (et encore c’est pas vraiment prouvé) 10 % de rendement supérieur ? 20 % ? Et qui au final rendra les producteurs et consommateurs dépendants de firmes sans scrupules, pourquoi ne pas solutionner déjà ce qui pose problème ? Pourquoi après tant d’année de recherche n’y a t’il pas de remède au cancer ? au sida ? à certaines maladie génétique ? les chercheurs dans ces domaines sont ils si mauvais que ca ? puisqu’ils savent si bien manipuler les gènes pourquoi n’ont ils pas déjà compris complement et trouver des solutions à l’ensemble de ces maladies ?

                              bonne journée


                              • Valou 6 octobre 2008 14:51

                                Concernant le commentaire parlant de la recherche sur la thérapie génique : il est légalement beaucoup plus simple de faire de la recherche sur les plantes que sur les humains : il y a plus de cobayes et ça ne choque personne si ça rate. Avec la recherche sur les humains il faut prendre des gants, donc c’est plus long...
                                En tout cas c’est mon avis.

                                Ce qui ne veut pas dire que j’encourage la recherche sur les cobayes humains, mais je ne serais pas surpris que la Chine avance plus vite dans ce domaine (et je suis très heureux de ne pas être un prisonnier chinois.)


                              • gommette 6 octobre 2008 19:46

                                @ l’auteur
                                L’utilisation du glyphosate a diminué ? FAUX , voir en Argentine, où elle a explosé à cause des résistances (on pouvait s’en douter, vu que Monsanto en vend et n’est pas exactement une entreprise de bienfaisance).
                                Ces petits messieurs de l’INRA ont-t-ils conduit des études examinant la nocivité des dérivés du glyphosate dans les nappes phréatiques et dans les sols ? En tout cas ils sont restés discrets dessus, peut-être pour continuer à obtenir des contrats ? Quand on est à la retraite, lobbyiste, ça aide à boucler les fins de mois...


                              • gommette 6 octobre 2008 19:54

                                Comme vous le savez certainement, il y a des gènes de résistance aux antibiotiques dans les PGM commercialisés (utilisés pour trier les chimères ayant intégré le fragment artificiel). Ca ne vous pose pas de problème de diffuser massivement de tels gènes ? La nature fait pareil ? Mon oeil ! Chez les bactéries, pas chez les plantes, et allez dans les hopitaux voir les problèmes créés par les multi-résistances, et les mesures prises pour diminuer en médecine l’usage des antibiotiques. Ca, vous n’en parlez pas, ca ferait du tort au commerce... Et à vous ?


                              • Zawgyi 6 octobre 2008 14:07

                                Excellent article et très bien documenté qui montre bien le fossé qui existe entre la réalité scientifique d’un problème et les phobies ancrées dans l’inconscient collectif. Toutefois, loin des peurs irrationnelles colportées par les médias et autres personnes peu renseignées, il n’en demeure pas moins quelques grandes questions que pose l’avancée dans la transgénie.

                                Comme pour toute les grandes découvertes scientifique, ce n’est pas tant le progrès qui est en soi remis en question, mais plutôt l’usage qui en est fait, dès lors qu’elles seront toujours tributaires d’une gouvernance humaine, partisane, parfois irrationnelle. Il suffit de voir le cas du nucléaire ou de l’informatique pour voir que le progrès n’est maintenant plus orienté que par une soif de pouvoir ou de profit. Le bourgeois-scientifique altruiste et humaniste qui effectuait des recherches dans le seul but d’apporter un bien-être à l’humanité est terminé.

                                Aussi, dans le cas des OGM les questions du pourquoi et du comment sont plus que jamais des questions centrales. La réponse au pourquoi, vous nous l’avez donnée : une résistance sans utilisation de produits polluants, un meilleur rendement avec moins d’eau et moins d’engrais, ce qui pourrait être utile dans certains pays, etc.

                                En ce qui concerne le comment, en revanche, c’est le vide le plus total. Comment s’assurer que ces procédés et les PGM qui en découleront ne seront pas la propriété de certains grands groupes seulement ? La population mondiale serait ainsi dépendante de la bonne volonté de quelques magna pour sa nourriture comme nous le sommes actuellement dans le cas du pétrole de quelques pays et grands groupes (cela fait des années que nous avons les moyens de construire des voitures électriques performantes et à prix égal à celui des véhicules actuels... pourquoi regardons-nous toujours le prix du pétrole à la station avec frayeur, je vous le demande. A cause de quelques "happy few").

                                De plus, comment garantir de conserver une biodiversité, essentielle à l’équilibre de nos différents éco-systèmes. Il suffit de se souvenir de la crise de la pomme de terre en Irlande et de la famine que cela a entraîné. Problème que n’a jamais connu le Pérou par exemple, où il existe plus d’une centaine de variétés de pomme de terre différentes. Si l’une est attaquée, reste les autres. On risque, avec les PGM, de s’orienter vers une monoculture propice à un déséquilibre de l’écosystème : une partie de la faune ne trouvera plus sa nourriture, la transgénie naturelle ne se fera plus, rendant ainsi toute la production fragile (il suffit de l’apparition d’un seul virus ou bactérie, par mutation, pour détruire ainsi toute une culture... sans variété, comment ferons-nous ?). On risque également de voir les populations pauvres être prisonnières des grands groupes : interdiction d’échanger ou de vendre leur semences à cause de dépots de brevet, obligation d’utiliser telle ou telle variété et de s’endetter pour acheter les semences et les produits à une entreprise, etc.

                                Le vrai problème que posent les PGM n’est donc pas un problème sanitaire ou éthique ou même écologique. C’est un problème de gouvernance. C’est exactement le même problème que pour les nouvelles molécules auxquelles vous faisiez référence dans le domaine médical : les groupes qui financent ces recherchent le font évidemment pour le profit. Comment garantir l’accès de ces nouveaux produits aux populations pauvres ? Si nous parvenons à produire du maïs avec moins d’eau, moins d’insecticides, moins d’engrais, donc à moindre coût. Comment permettre aux petits producteurs d’écouler leur production dans leur pays quand nous envahiront leurs marchés avec nos produits meilleur marché et de meilleure qualité ? Et comment empêcher de se retrouver avec exactement les mêmes cultures partout dans le monde et de sonner ainsi le glas de petits produits qui ne sont pas grands publics mais qui contribuent à la diversité de l’agriculture et qui témoignent de siècles de tradition ?

                                C’est exactement le même problème que ce que nous observons actuellement pour les marchés financiers : en soi le capitalisme est une bonne idée (on vit mieux dans nos pays qu’en Corée du Nord, c’est un fait). Mais comment empêcher l’égoïsme, l’irrationalité et le manque d’éthique de quelques-uns de créer de la souffrance pour le reste de l’humanité ?

                                Pour préserver tout cela, il faudrait une gouvernance internationale, qui régule l’usage, la répartition, les échanges, les prix, etc. dans le domaine des OGM, PGM, etc. Cela est impossible. Et les Etats n’ont pas les moyens de financer la recherche à ce niveau. Seuls les grands groupes l’ont. Ceux-là même qui sont motivés par le profit.

                                Aussi, bien que votre démonstration, très rationnelle, soit excellente et très bien documentée, il n’en reste pas moins que la perfection n’est pas dans l’homme, seulement dans ses intentions. Vous en oubliez que l’homme est avant tout un animal, poussé par ses désirs, ses instincts, un être irrationnel.


                                • Jdemnahouby 6 octobre 2008 14:17

                                  Article tres interessant,

                                  une seule chose me chiffonne, l auteur admet les risques de proliferation des genes resistants aux herbicides a des "mauvaises herbes" mais "minimise" (ou banalise) ce risque en expliquant que cela existe deja avec les desherbants existants.

                                  JUSTEMENT ! On sait a quel point ces desherbants sont nocifs et desastreux sur le long terme a cause de ce phenomene de resistance, alors l amplifier avec ces produits MONSANTO et autres est un danger qui va a l encontre de ce que les PGM potentiellement peuvent apporter...

                                  donc la phrase "Le cas des PGM résistantes aux herbicides est plus délicat." est pour moi irresponsable, le cas n est pas delicat, mais alarmant !

                                  Il va a l encontre de ce que tout scientifique responsable recherche.

                                  Autre chose, vous ecrivez :
                                  "Les travaux de recherche sur les impacts économiques et écologiques de ces PGM résistants aux pesticides sont nombreux (près de 700 publications depuis 2000) et se poursuivent activement dans tous les pays où ils sont cultivés. Les résultats varient selon la plante et le pays concernés. Dans les grandes lignes, il en ressort qu’ils facilitent les conditions de culture et que les quantités de pesticides chimiques répandues en sont diminuées. Pour le coton Bt, aux États-Unis et en Chine, on utilise 3 à 5 fois moins d’insecticides chimiques que pour le coton conventionnel."

                                  J ai peut etre mal lu mais je vois une confusion, le mais Bt est modifie de facon a produire lui meme l insecticide non ? il ne fait donc pas partie des PGM resistants aux insecticides qui sont une autre variante de PGM c est bien ca ?
                                  Dans ce cas, utiliser l exemple du mais Bt pour dire que les PGM resistants aux pesticides permettent une diminution des herbicides est selon moi soit une erreur de votre part soit un mensonge,
                                  L un, le PGM produisant son propre gene pesticide ou insecticide permet une diminution de ces traitements chimiques, l autre, le PGM resistant aux herbicides ne permet rien du tout sauf permettre au vendeur de produit chimique de s en mettre un peu + dans la poche.

                                  Zorroooooooooooooooo


                                  • Jean Lasson 6 octobre 2008 14:41

                                    @ l’auteur,

                                    Merci pour cet article assez complet et assez équilibré.

                                    La partie concernant la cohabitation entre plantes non GM et plantes GM mériterait d’être développée. Vous écrivez justement qu’il faudrait empêcher la contamination par le pollen de la plante GM. Une façon assez radicale d’éviter cette contamination serait d’obliger, par la loi, les semenciers à ne commercialiser que des plantes GM mâles-stériles. A votre avis, est-ce faisable pour le maïs ? Si oui, alors il faut en conclure que la contamination des cultures de variétés non GM est une stratégie délibérée de Monsanto par exemple, avec la complicité des pouvoirs politiques.

                                    Qu’en pensez-vous ?

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