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Accueil du site > Actualités > Santé > OPA sur l’analyse médicale : vers une nouvelle bulle financière (...)

OPA sur l’analyse médicale : vers une nouvelle bulle financière ?

L’article 20 autorisant la privatisation totale des laboratoires d’analyse médicale a été supprimé de la loi Bachelot. Est-ce à dire que le rachat des labos par les spéculateurs est interdit ? Que nenni, les financiers viennent d’inventer une nouvelle spécialité... la biologie financière.

 
En novembre dernier, nous pointions du doigt une dérive de la législation française destinée à autoriser les privatisations des laboratoires d’analyse médicale. Suite à la mobilisation massive des syndicats et des laborantins, les députés ont rapidement enterré l’article 20 de la loi Bachelot dite "Hôpital, patients, santé et territoires" (HPST). Fin de l’histoire ? Pas vraiment... car la créativité des spéculateurs financiers n’a pas de limite, ou si peu...

OPA sur l’analyse médicale

Le 27 octobre 2008, Duke Street, un fonds d’investissement britannique doté de 2 milliards d’euros, a racheté 75% du capital de Biomnis (ex-Laboratoire Marcel Mérieux), leader dans le secteur de la biologie spécialisée qui réalise une grande partie des analyses pointues des petits laboratoires de France et de Navarre. Bercy aurait alors avalisé l’opération, selon Les Echos.

Pasteur-Cerba, principal concurrent de Biomnis, est la propriété d’Industri Kapital depuis 2006 après avoir été cédé par Astorg Partners, deux sociétés européennes de capital-risque. Unilabs, réseau suisse de laboratoires d’analyse médicale présent en France, est contrôlé par le Fonds Commun de Placement à Risque (FCPR) APAX Partners depuis 2006. Etc.

La santé en portefeuille

Les professionnels de l’investissement ne s’y trompent pas. Dans les pages de présentation de son portefeuille, Astorg présentait Pasteur Cerba comme "une société leader sur un marché protégé par des barrières à l’entrée importantes, limitant la pression sur les marges (... avec) un fort potentiel de croissance externe, dans un marché très fragmenté (... et ) un allègement probable des contraintes réglementaires sur la nature de l’actionnariat". En clair, on met les prix qu’on veut, vu la faiblesse de la concurrence, on rachète autant de petits laboratoires indépendants qu’on veut, et une fois que la législation aura changé, on sera les rois du pétrole.

Laboratoires d'analyse médicale

Cuisine de biologie financière

Officiellement, les laboratoires d’analyse médicale dépendent toujours de la loi du 1er juillet 1975 (*), qui n’autorise pas qu’un non-biologiste détienne plus du quart du capital d’un laboratoire. Mais dans la pratique, de subtils montages capitalistiques restent possibles. Même contrôlé par des capitaux privés, un laboratoire étranger inscrit à l’ordre des pharmaciens peut racheter un laboratoire français. Ajoutez à celà la dissociabilité des actions donnant droit de vote et usufruit, saupoudrez d’une pincée de titres convertibles dans le cas d’une éventuelle modification de la loi, et vous obtenez une succulente soupe de biologie financière qui vous sera servie brûlante par le ministère (trois étoiles) de l’économie. Service compris.

La santé aux enchères, pour pas cher...

Ces ouvertures de capital visent, selon la terminologie adéquate, à moderniser la profession, améliorer la qualité des analyses et en faire baisser les coûts. En bref, tout ce qu’apporte généralement une privatisation... On en voit d’ailleurs déjà poindre les effets depuis le rachat de Biomnis : augmentation de 20% pour le dosage des anticorps "anti-heparine-PF4", de 50% pour une analyse "PCR herpes", de 100% pour le "PCR Cytomegalovirus", 150% pour le dosage des anticorps "anti-gliadine", et de plus de 200% pour le dosage des "chaines légères kappa ou lambda" et des anticorps "anti-endomysium"... des petites bestioles aux noms barbares derrière lesquelles se cachent des maladies plus connues sous le nom d’herpès, cancer du sang, de la moelle, intolérance au gluten...

Les rachats de laboratoires par des sociétés financières se font via des "Leverage buy out" (LBO). Ce système très agressif fait supporter à l’entité rachetée le remboursement des emprunts contractés pour l’opération. Or, les spécialistes des LBO sont actuellement touchés de plein fouet par la crise. Et des faillites en série ne sont pas du tout à écarter.

L’intersyndicale des biologistes dénonce des "montages juridiques permettant de détourner la législation française". Elle insiste aussi sur le fait que pour certains groupes impliqués dans ces types de rachat, "les actionnaires ne sont même pas identifiables". Pour fonctionner correctement, les biologistes affirment que les laboratoires d’analyse médicale doivent conserver une taille humaine et une totale indépendance. Sans quoi la logique spéculative risque de prendre le pas sur l’intérêt sanitaire... A votre PEA, prêts, investissez !

La suite à suivre, sur Les mots ont un sens


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13 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 23 mars 2009 10:08

    - Soit Roselyne a des oeillières auquel cas elle doit être remplacée par quelqu’un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, soit elle est hypocrite et doit être virée.


    - Les labos en question facturent toujours à des tarifs datants du temps ou les analyses étaient manuelles, longues et difficiles, aujourd’hui la plupart des analyses sont automatisées y compris les feuilles de resultats, ce qui aurait dû entrainer majoritairement une chute des prix jusqu’à 3 à 400% !

    - "Ces ouvertures de capital visent, selon la terminologie adéquate, à moderniser la profession, améliorer la qualité des analyses et en faire baisser les coûts." : d’accord avec vous, de qui se moque-t-on ?
    c’est uniquement une question de fric et de dépeçage avec vente des biens immobiliers.


    - Avec un LBO, pas de risque : si ça va bien on gagne, si ça va mal on ne pert pas sa mise puisqu’elle n’existe pas, de toutes façon on a gagné la clientèle (qu’on refile à une sté amie, avec une bonne commission)


    • La Luciole 23 mars 2009 10:32
      On ne demande surtout pas à l’Etat d’être le patron de toutes les entreprises, mais juste de bien faire son travail de sanction et de CONTROLE. Il n’y a pas de pire spéculateur financier qu’un politique ou un fonctionnaire à vie. Sauf qu’eux spéculent sans aucun risque sur les deniers publics, vu que c’est toujours le contribuable qui paie la note. Et quand les conseilleurs beaux parleurs ne sont pas les payeurs, on est garanti d’une faillite.
      La santé doit être un domaine ultra protégé, donc ultra surveillé et ultra contrôlé. Quand on sait que l’Etat est un très mauvais gestionnaire (quand on lui confit une bourse, elle se transforme en passoire vu qu’il ne sait pas compter…il l’a largement démontré pour être aussi endetté... et le trou de la sécu est à comparer au tonneau des danaïdes... et actuellement c’est le malade qui trinque...). On ne demande donc à l’Etat que de réglementer correctement, c’est-à-dire juste ce qu’il faut et pas trop, et surtout de se consacrer à CONTROLER, mais surtout pas de gérer lui-même les entreprises, ni d’y prendre d’opaques intérêts financiers. 
      Que ce soit dans le domaine de la santé, dans celui du logement ou de l’éducation… l’Etat gérant c’est la faillite assurée, car l’irresponsabilité… mais là il s’agit de notre entreprise France qui coule.
      Attention danger. On vous fait croire que tout est pour le mieux, et que la rentabilité est un danger. C’est tout le contraire : c’est l’absence de rentabilité qui règnera toujours obligatoirement au sein de l’Etat qui est le véritable désastre.
       

      • geo63 23 mars 2009 10:56

        @ la luciole : une fois pour toutes parmi les contribuables qui paient la note il y a les fonctionnaires imposés jusqu’au dernier euro de leurs salaires (mirobolants comme chacun sait), je n’en dirai pas autant de tous les magouilleurs qui sévissent dans les professions médicales, paramédicales et se "débrouillent habilement" pour dissimuler une partie de leurs revenus. Je sais de quoi je parle. Le domaine des analyses médicales qui contribuent à creuser le trou de la sécu est particulièrement boueux (pour être gentil).


      • Vilain petit canard Vilain petit canard 23 mars 2009 11:27

        Luciole : vous dites "Il n’y a pas de pire spéculateur financier qu’un politique ou un fonctionnaire à vie". je pourrais vous rétorquer : "il n’y a pas de pire politique qu’un spéculateur financier", et "qu’il n’y a pas pire fonctionnaire qu’un spéculateur" non plus. A ouvrir toutes les entreprises aux spéculateurs, on va finir tous victimes des bulles de spéculation. Il ne faut pas que l’Etat s’occupe de tout, mais il ne faut pas non plus qu’il ne s’occupe de rien. Allez donc voir aux USA, ce "paradis du libéralisme", les pouvoirs de l’Etat et son interventionnisme sont bien plus importants qu’ici, où on se couche devant les banquiers et les gros actionnaires.


      • Serge Serge 23 mars 2009 11:36

        Extraordinaire discours qui occulte le fait que ce sont justement ces principes idéologiques ... ( mise en concurrence,rentabilité financière,auto-régulation du marché,recherche du profit maximum,etc..) que les Etats ont soutenu et appliqué qui sont à l’origine de la crise !


      • La Luciole 23 mars 2009 13:59

        J’ai gagné mon pari, une note très négative... . smiley.. vous pouvez appuyer sur le "non" autant que vous voudrez, cela ne changera rien aux réalités que je décris. 

        Je suis fonctionnaire, les impôts que je paie étaient déjà de l’impôt avant de tomber dans mon escarcelle. Simple circuit fermé, simple redistribution sans création de richesses. Je ne défends pas mon pré carré et je parle en connaissance de cause... ayant vu et pratiqué le mammouth de l’intérieur.

        Pour ma pomme, tout va très bien, les deniers publics m’entretiennent généreusement à ne rien faire d’utile, mon entreprise ne connaît pas la crise.... smiley


      • Mouche-zélée 23 mars 2009 10:42

        Merci napakatbra (merci pour ton site également)

        Qui sait, avec ce système opaque un nouvel Adolf Hitler va peut être arriver à ses fins : "les actionnaires ne sont même pas identifiables"."montages juridiques permettant de détourner la législation française".

        Le summum de la débilité est arrivé à mon sens dès que des crétins ont commencé à breveter des séquences de génétiques .

        20% des genes sont dors et déjà brevetés .
        Ce qui signifie qu’aucun chercheur ne travaillant pas pour le labo possédant le brevet ne fera de recherche sur cette séquence précise, c’est donc une position de monopôle allant contre les lois du marché, hé oui !

        Là nous n’avons entendu personne s’insurger sur le sujet, aucune autorité religieuse ou morale, donc tout est permis désormais.

        Je vais déposer un brevet sur la connerie humaine, je me ferai un maximum de pognon.
        Je vais déposer un brevet sur la couleur de peau, toute personne concernée par la couleur brevetée devra me payer un impôt.
        Je sais mes propos sont absurdes, justement pour démontrer l’absurdité de breveter le génome.


        • Serge Serge 23 mars 2009 11:27

          Mais c’est çà le Capitalisme ...l’Humain connaît pas...tout est Marchandise,marchandisable, à marchandiser et doit générer du profit !

          Le " New-York Times " du 10 Mars révèle un scandale des géants pharmaceutiques Pfizer et Merck où il apparait que Madoff est "un petit joueur" à côté d’eux !
          Dr Scott S.Reuben,un des chercheurs américain les plus prolifiques dans le domaine du taitement de la douleur postopératoire,a fabriqué de toutes pièces depuis 1996 la plupart des données de ses recherches au profit de ces deux géants du médicament.
          Sur au moins 21 des 72 articles " scientifiques " publiés par ce " médecin " il n’a jamais effectué les essais cliniques qu’il décrit !!!
          Or ces " études " ont permis à des médicaments comme le Celebrex,le Vioxx ( et bien d’autres... ) de générer des milliards de dollars de profits car prescrits à des dizaines de millions de malades !
          Le Vioxx a d’ailleurs été retiré de la vente en France après plusieurs années de "bons et loyaux" services...quand aux séquelles pour les malades ?
          Il faut savoir aussi que ce Monsieur était "indemnisé" par Pfizer pour animer des conférences sur les bienfaits de ces médicaments !

          Cette lamentable affaire est encore une éclatante preuve que la réponse de G.Soros sur la "moralisation du Capitlisme" est sans appel :
          Le Capitalisme..." On ne peut pas lui demander de se dénaturer."


          • anwe 23 mars 2009 11:32

            De quoi vous étonnez-vous ?
            La logique est la même quel que soit le domaine d’activité.

            Que faire, nous sommes gouvernés par la loi de l’argent et du profit (en méta langage on appelle ça "modernisation").
            Les lobbies gouvernent et c’est mondial...La corruption est si facile !
            Il faut casser les structures des sociétés démocratiques pour avoir le pouvoir absolu !

            Pour le moment, nous avons encore le droit d’écrire, profitons-en, ça ne va pas durer.

            Qui a entendu parler du démantèlement des services de la DGCCRF (qui deviendra service local de contrôle -pour être "moderne"- chargé de mettre en oeuvre les arbitrages des conflits entre les consommateurs et les entreprises par les préfets...

            Que pèseront les consommateurs face à de grands groupes ?


            • Pierrot Pierrot 23 mars 2009 12:11

              Laboratoires d’analyses privés ou publiques peu importe dans la mesure ou les résultats sont fiables et les coûts audités et discutés avec la Sécurité Sociale qui est le payeur dans l’affaire.

              Je pense que la mise en oeuvre de l’assurance Qualité et la transparence pallient des dérives éventuelles.


              • Lisa SION 2 Lisa SION 2 23 mars 2009 13:05

                " Les rachats de laboratoires par des sociétés financières se font via des "Leverage buy out" (LBO)."

                C’est ce système qui a coûté la vie à UNIROSS, leader de la pile rechargeable et c’est par ce moyen que la finance mafieuse rachète les entreprises détruites par les banques sales et ainsi sont rachetés pour une bouchée de pain tous les brevets privés.

                A propos de santé, la 55’ 45" de ce podcast révèle l’esprit que peuvent véhiculer les animateurs influents de radios dominantes au profit des lobbys...

                 


                • Suldhrun LOL 23 mars 2009 13:20

                  @ l auteur

                  Merci de nous stimuler la vue , a l écran des appats rances


                  • Rob 23 mars 2009 19:07

                    Quels sont les coûts des analyses en France par rapport aux autres Pays (Europe, Canada..) ? Quel est notre ratio de labo/100000hab ? Un biologiste n’est pas un gestionnaire. L’ouverture à la concurrence et le regroupement des analyses(centre automatisé) ne peuvent que contribuer à cet abaissement des prix. Il faut réactiver l’article 20 et enterrer ces monopoles d’un autre âge. Au final, nous avons tous la double peine : la censure du médecin à prescrire une chère analyse et les impôts pour combler les déficits.

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