Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Santé > Où accoucher : faut-il élargir l’offre de soins ?

Où accoucher : faut-il élargir l’offre de soins ?

Le journal « Le Monde » a annoncé, samedi 21 juillet, l’interruption du projet d’expérimentation des maisons de naissance. Lila Rozé, du blog Bébé, s’en félicite. Éloigner la naissance de l’équipement médical, affirme-t-elle, c’est faire courir un risque énorme à la mère et au bébé.

Lila Rozé se fait ainsi l’écho d’une certaine opinion publique, qui est aussi celle des obstétriciens. "La sécurité passe par la médicalisation", répondent les professeurs J. Lansac et B. Carbonne à un article de la magistrate Viviana Salomé paru dans la revue Prescrire de mars 2005.

La sécurité des accouchement passe-t-elle par leur médicalisation ?

On peut le penser, mais les épidémiologistes et les chercheurs ne l’ont pas prouvé.

Citons cette étude d’une revue scientifique [1], qui porte sur des enfants dont les mères ont accouché avec une sage-femme aux États-Unis en 1991. Ces naissances ont été comparées à un large échantillon de naissances assistées par des médecins, pour des femmes présentant les mêmes caractéristiques. En tenant compte des facteurs sociaux et du risque médical, les enfants nés de mères accompagnées par des sages-femmes ont eu un tiers de chances en moins de mourir au cours de leur première semaine et 20 % de chances en moins de mourir pendant leur première année.

Il s’agit juste d’une étude. Même cent études concordantes n’infléchiraient pas la pensée de ceux que la médicalisation rassure. Mais quelle place accorder aux personnes qui, elles, préfèrent éviter les traitements et les interventions lorsque cela reste compatible avec leur propre lecture du risque ?

La médicalisation nécessaire au confort médico-légal ?

Enceinte, j’ai voulu discuter des modalités de la surveillance du rythme cardiaque fœtal pendant mon accouchement. L’intérêt de cette surveillance, couramment dénommée "monitoring", c’est de déceler un bébé qui va mal. Concrètement, il s’agit de bandes à scratch contenant des capteurs qu’on enroule autour du ventre de la femme. Le résultat est transmis à un appareil qui enregistre et imprime les courbes. La majorité des maternités installent le dispositif à la femme dès son arrivée, ce qui la contraint à rester allongée et gênée dans ses mouvements pendant toute la durée de l’accouchement. Je souhaitais, moi, bénéficier d’un monitoring intermittent, 10 minutes par heure par exemple, pour bénéficier de ma liberté de mouvement.

Mais je n’allais quand même pas compromettre ma sécurité et celle de mon bébé avec mes caprices, n’est-ce pas ? Justement, non. Un organisme public à caractère scientifique, la Haute autorité de la santé (HAS) [2], met à disposition des études d’évaluation de pratiques, en s’appuyant sur la littérature scientifique. Sa publication intitulée Intérêt et indications des modes de surveillance du rythme cardiaque fœtal au cours de l’accouchement normal compare deux méthodes de monitoring : en continu, ou par intermittence. La conclusion, c’est qu’il n’y a pas de différence statistique de mortalité ou de séquelles neurologiques entre un monitoring continu et un monitoring intermittent. Mais le monitoring continu entraîne plus d’interventions de type césarienne et forceps, à cause de faux positifs, ces fausses alertes qu’on traite comme des vraies urgences.

Je tenais le bon bout : ce que je souhaitais n’est pas mauvais pour le bébé et peut éviter un enchaînement d’interventions généré par des faux positifs. Cela m’aurait permis d’être libre de mes mouvements, ce qui diminue la douleur (j’avais eu l’occasion de le remarquer et j’ignorais encore que les études scientifiques le confirment). Diminuer la douleur parce que c’est toujours bon à prendre en attendant la péridurale, que je souhaitais demander le plus tard possible.

Cela n’a pas intéressé mon obstétricien. No way, il a dit. Des raisons médicales ? Non : "Le monitoring continu, c’est obligatoire, Madame, c’est médico-légal." Le risque médico-légal, c’est quand le médecin a peur qu’on lui reproche un jour de ne pas avoir mis une ceinture et des bretelles à ses patients. Ce risque-là n’entre pas en compte dans ma perception de ma sécurité et celle de mon bébé. Je suis allée accoucher ailleurs.

Élargir l’offre de soins ?
Est-ce que les femmes peuvent choisir les conditions dans lesquelles elles vont mettre un enfant au monde au terme d’une grossesse qui s’est déroulée normalement ? En France, en 2007, la réponse est non : toutes les maternités sont médicalisées.

Des maisons de naissance permettraient d’élargir le choix des femmes, en l’absence de problème de santé et de complication de la grossesse. Ces structures seraient gérées par des sages-femmes uniquement, qui suivraient la grossesse, l’accouchement et la période postpartum. On s’attend à ce que l’accouchement s’y déroule sans intervention autre qu’une surveillance discrète (comme le monitoring intermittent), que des actes ne soient réalisés que s’ils sont nécessaires pour cette femme à ce moment-là. Les maisons de naissance seraient insérées dans un réseau de santé, avec des maternités partenaires vers lesquelles les femmes peuvent être transférées. Ainsi, les femmes bénéficieraient d’un accompagnement personnalisé. Parce que la sécurité des accouchements passe aussi par une médicalisation adaptée à chaque cas.

L’ouverture de maisons de naissance en France, nous rappelle Le Monde, a été promise par le ministre de la Santé en 2001, et préconisée dans le plan périnatalité 2005-2007. L’expérimentation doit d’abord durer trois ans, ce qui permet de vérifier que le principe est viable.


L’opinion publique est-elle favorable à des espaces peu médicalisés ?

Sur le sujet des maisons de naissance, les commentaires fusent.
Pour certains, il faudrait améliorer les espaces au sein des maternités. Ce qui est vrai.
Oui, renchérissent les autres, on ne peut pas faire des maisons de naissance et des économies. Ce qui est faux.

D’après les calculs présentés sur le coût de fonctionnement des maisons de naissance, on s’attend à une économie de 765 euros par grossesse pour la collectivité. Soit, sur la base de 25 % des naissances, 150 millions d’économies par an. C’est beaucoup. À titre de comparaison, le budget annoncé en 2005 pour mettre aux normes les hôpitaux et cliniques en nombre de sages-femmes, praticiens et infirmiers était de 130 millions d’euros.

Voilà l’idée : les maisons de naissance permettent d’élargir l’offre de soins et de générer des économies, ce qui peut servir à améliorer d’autres secteurs de la santé. Sans compromis pour la sécurité, et les modalités pour assurer cette dernière seraient déterminées lors de l’expérimentation.

L’Angleterre, elle, considère que l’élargissement de l’offre de soins est réalisable. Le gouvernement britannique prévoit de permettre à chaque femme le choix entre l’accouchement à l’hôpital, en maison de naissance ou à domicile d’ici 2009, d’après un communiqué de la BBC (traduit).

La décision française d’arrêter les projets de maison de naissance n’a pas, à l’heure qu’il est, fait l’objet de confirmation par le ministère de la Santé. Parents, professionnels et simples curieux aimeraient bien savoir si l’élargissement de l’offre de soins en maternité est toujours à l’ordre du jour.

[1] MacDorman, M. F., et al. "Midwifery Care, Social and Medical Risk Factors, and Birth Outcomes in the USA", J. Epidemiol Community Health 52, no. 5 (1998) : 310-7.

[2] Mission de la HAS : elle éclaire par ses avis scientifiques, d’une part, les représentants de l’État garant de la planification et du fonctionnement du système de santé et les caisses d’assurance maladie responsables de sa régulation financière, et d’autre part, les professionnels de santé, les patients et les usagers du système de soins. http://www.has-sante.fr/portail/display.jsp?id=c_549507#c_549508%5D


Moyenne des avis sur cet article :  4.53/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

54 réactions à cet article    


  • Bof 30 juillet 2007 15:06

    Si cela est vrai ,je ne sais plus que penser des administratifs , médecins compris. La maternité n’est pas une maladie et doit cesser d’appartenir au monde médical qui est en train de détruire la notion d ’humain dans notre civilisation. Il existe des examens prénataux qui doivent indiquer et qui indiquent clairement les risques . Pourquoi toutes ces dépenses et tous ces risques pris lorsque l’accouchement va bien se passer ? Car risque il y a vu tous les problèmes que l’on peut avoir lorsque l’on franchit la porte d’un hôpital. Il faut en avoir un bénéfice au moins . De plus le confort des tables laisse à désirer . Si j’ai bien compris , les maisons d’accouchement ne sont pas des étables quand même. Une sage femme est une personne diplomée par l’état pour ses compétences , ses conseils et sa délicatesse .


    • emma plaf 30 juillet 2007 16:14

      @BOF : « Une sage femme est une personne diplomée par l’état pour ses compétences , ses conseils et sa délicatesse »

      > Un point sur le métier de sage-femme serait bienvenu sur Agoravox, comme il y en a eu un sur d’autres métiers de la sphère paramédicale. Je pense que le métier de sage femme est méconnu. (de moi la première)


    • anonymous 30 juillet 2007 15:15

      Un petit rappel, être enceinte et accoucher ce n’est pas une maladie, c’est un acte naturel. Donc parler d’élargir l’offre de SOINS me gene un peu, je dirais plutôt d’élargir les offres de modes d’accouchements.


      • anonymous 30 juillet 2007 15:48

        Le choix est quand même possible mais c’est un vrai parcours du combattant et cela a un coup financier pour les furures parents assez élevé.

        Nous avons eu des jummeaux l’an dernier. Pour avoir des conditions d’accouchements et de suivi de grossesses que nous voulions, il a fallu changer plusieurs fois de sage-femmes et de medecin. On a subit des pressions lamentables et du chantage de la part de praticiens, pour nous faire peur et culpabiliser. Ils ont essayé de nous imposer tout un tas de tests que nous avons refuser. On a finalement trouvé 2 sage-femmes qui ont bien voulu accouché ma femme dans les conditions souhaitées par elle dans une clinique privée. Les conditions étaient : pas présence inutile dans la salle d’accouchement (pas de toubib, uniquement les 2 sages femmes et moi à l’arrivée du premier pour le garder) sauf si il y un pb bien sur, accoucher dans la position choisi par la mère, pas de péri-durale, pas de monitoring permanent ( les sages femme ont utilises de temps en temps un petit appareil portatif pour écouter les enfants ). L’accouchement s’est bien passé et naturellement . Il a pris le temps qu’il fallait ( + de 3 heures à pousser pour le premier et 40 minutes de plus pour la deuxieme). Nous sommes rester seulement 2 jours à la clinique les enfants etant en pleine forme.

        Le cout financier fut elevé, plus de 3000 euros non remboursé...


      • emma plaf 30 juillet 2007 16:25

        @ANONYMOUS : je suis d’accord. Certains accouchements ont besoin de soins - il y a des grossesses qui se termineraient tout à fait mal sans les progrès de la médecine, je pense à la pré-éclampsie, ou à un placenta recouvrant. Cela se détecte par avance.

        IL y a aussi des moments où cela se met à aller mal, quelle qu’en soit la raison, et là un transfert vers une unité médicalisée doit être possible dans de bonnes conditions (donc importance de l’intégration de tous les lieux d’accouchement dans unréseau de soins).

        Est-ce que la surveillance des grossesses et des accouchements doit être décrite par le mot SOINS ? Derrière cela, il y a aussi la problématique du suivi des grossesses. La tendance française, c’est un suivi par un gynécologue-obstétricien qui va faire l’accouchement et les gynécologues de ville jusqu’à un certain avancement de la grossesse - 6 ou 7 mois (tarif : spécialiste).

        Les médecins généralistes et les sages-femmes sont habilitées à suivre les grossesses normales aussi, maus ceci est peu connu - demandez aux femmes encientes de votre entourage (tarif : généraliste et sage-femme). Avec toujours l’idée d’orienter les grossesse pathologiques vers des spécialistes, formés pour cela.


      • emma plaf 30 juillet 2007 16:30

        @anonymous qui a eu des jumeaux Belle détermination. Est-ce que vous avez écrit les détails de votre parcours quelque part ? Et je suis étonnée par le coût. La clinique était-elle en France ?


      • anonymous 30 juillet 2007 16:38

        Bien sur que pour un accouchement ou il y a un problème , la nécessité d’avoir accès a une medicalisation n’est pas à remettre en question. Mais lorsque cela ce passe normalement ( plus de la majorité des cas, enfin je pense), pourquoi ne pas laisser faire la nature ? (qui fait trés bien son travail).

        pour infos en allemagne il existe des maisons de naissance ou on peut être à la maison 3 heures aprés l’accouchement ( si tout vas bien bien sur)

        En Hollande 30% naissances ont lieu à la maison...


      • anonymous 30 juillet 2007 16:51

        Emma,

        C’est ma femme surtout qui a eu cette determination. Oui c’etait en France et à Paris. Vous savez les couts pour faire simple. 1400 € pour les 2 sage-femmes 200 pour le Obstetricien qui n’as pas participé à l’accouchement. 400 € de perdiatrie à l’accouchement et à la sortie de la clinique. 500€ pour la clinique

        Plus visite chez l’anesthesiste meme si il n’a a pas eu de peri , visite obsteticien ( 2 différents) , le suivi des sages femmes (il en y en eu 4 sages femme diffentes) , les 3 echos... Et on a limité pas mal de truc ( comme le nombre d’echo, de visite et d’examens sanguin juste le minimum )

        on arrive vite à 3000, rien etant facturé aux prix conventioné, c’est le prix du choix smiley


      • anonymous 30 juillet 2007 20:10

        Emma,

        « Est-ce que vous avez écrit les détails de votre parcours quelque part ? »

        Non sur le parcour médical (quoique j’ai les relevés de la sécu), mais sur l’accouchement oui ( par ma femme). Oui puis je vous l’indiquer ?


      • anonymous 30 juillet 2007 20:13

        OU puis je vous l’indiquer ?

        c’était la question...


      • emma plaf 30 juillet 2007 21:28

        Email : emmaplaf at yahoo.fr


      • lambertine 30 juillet 2007 23:10

        C4est peut-être un acte « naturel », mais un acte qui a été la principale cause de mortalité féminine précoce entre l’époque néanderthalienne et le début du XXème siècle.

        Que chacune accouche comme elle veut. Soit. Je pensais la ême chose il y a 22 ans, avant la naissance de ma fille aînée. 3 heures 40 de contractions, dites-vous. Multipliez cela par 10 malgré les baignoires, promenades et positions choisies. Mais la douleur est une chose, la vie une autre. Il peut toujours y avoir un accident inopiné. Une grossesse on ne peut plus normale peut aboutir à une tragédie, malgré toute la surveillance du monde. Ce n’est que « mon » témoignage, mais sans bloc opératoire proche de la salle d’accouchement, je serais morte et mon dernier (et pour cause) né également. Et j’avoue que si demain ma fille ou ma fille de coeur me disaient vouloir accoucher dans une stucture non pourvue d’un bloc opératoire et d’une équipe de néonatalogie pointue, je ferais tout pour les en dissuader (et d’ailleurs elles le savent).


      • emma plaf 31 juillet 2007 10:56

        @lambertine : nous avons en effet tous notre histoire et portons aussi la mémoire des générations précédentes. C’est un héritage particulièrement important lorsqu’il s’agit de donner la vie.

        La difficulté de la réflexion en santé publique, c’est de sortir de l’anecdotique, du cas par cas. Semble-t-il raisonnable de dire que les « usagers » devraient avoir accès à un système qui laisse le choix à chacun, en fonction de son histoire ? L’éventail des choix devant être défini au regard de données objectives, statistiques, fondée sur des preuves.

        Ensuite, l’importance du choix individuel parmi les possibilités offertes. Pour vous, une forte médicalisation est garante de votre sécurité (de celle de vos filles).

        Pour d’autres, une médicalisation présente un risque de faux positifs, d’actes imposés qui imposent d’autres interventions qui vont peut être déboucher sur un accident grave que la médecine va réussir à régler - ou pas. Des femmes et des enfants meurent à l’hôpital et hors de l’hôpital. Pour des grossesse à bas risques, il n’est pas prouvé que la forte médicalisation ait statistiquement de meilleurs résultats qu’une faible médicalisation.

        Etes-vous contre la création de lieux à faible médicalisation réservés aux grossesse à bas risques, finalement, ou donnez vous juste un sentiment personnel sur les décisions que vous prendriez pour vous même ?


      • anonymous 31 juillet 2007 11:36

        Lambertine,

        je ne suis pas contre la possibilité aux femmes d’accoucher dans un milieu ultra-medicalisé mais pour laisser aux femmes de choisir leur environnement pour accoucher.

        En hollande 30% des accouchements se font à la maison, et le taux de mortalité n’est pas superieur à la France ou il y a seulement 1% des accouchements à domicile.


      • lambertine 31 juillet 2007 20:52

        Aucune grossesse n’est « à bas risque ».

        Je suis favorable à des structures de « proximité » (les fameuses « petites maternités ») et je ne suis pas favorable à la péridurale imposée. Mais un accouchement devrait, à mon sens, toujours avoir lieu dans une structure disposant d’un bloc opératoire prêt à fonctionner, avec l’équipe ad hoc, et d’une équipe de néonatalogie d’urgence. C’est dû à mon vécu ? peut-être. Désolée de considérer que la vie de mon fils - et la mienne, mais bon, si j’avais choisi d’accoucher dans un milieu moins médicalisé, ç’aurait été ma décision - n’est pas anecdotique.

        Et je vais jouer la populiste bébête, en osant parler de ces millions de mamans qui donneraient n’importe quoi pour que leur accouchement ne soit pas un jeu à pile ou face, pour elles et pour leur bébé, et disposer d’un minimum de médicalisation.


      • KarineL 1er août 2007 15:04

        Un accouchement n’est pas un jeu de pile ou face en France, il n’y a pas statistiquement une chance sur deux de perdre la vie ou celle de son bébé quand on accouche.

        Par contre, je pense que le risque zéro n’existe pas et qu’il y aura toujours, quoi qu’on fasse, des décès périnataux. Seulement, il n’est pas prouvé, loin de là, que toute la médicalisation qui entoure la naissance en France permette d’atteindre le minimum possible au niveau de ces décès... Peut-être faut-il dès lors étudier des pistes où le sentiment de sécurité de la mère (pas toujours, loin de là, lié au niveau de la maternité ou à la présence de blouses blanches) est plus important que la sécurité médicale du « au cas où » ?


      • emma plaf 2 août 2007 22:39

        @lambertine : « aucune grossesse n’est à bas risque », dites-vous. Pouvons nous en discuter ? Est-ce que cela revient à dire « toute grossesse est à haut risque et doit donc être médicalisée en tenant compte des risques maximum » ?

        @lambertine encore : que chaque accouchement se déroule à proximité d’un bloc opératoire, cela semble raisonnable - et c’est sûrement le cas pour la grande grande majorité des accouchements en France aujourd’hui.

        Accoucher à proximité d’un bloc opératoire, cela semble anodin aussi. Je pense cependant que cela présente des « dangers » pour les grossesses à bas risques (si elles existent, donc). Je ne parviens pas à faire, maintenant, de liste argumentée des dangers auxquels je pense. Je vais donc donner un exemple, probablement critiquable : un bloc opératoire est forcément en milieu hospitalier, donc soumis à tentation de plannification : selon l’occupation des salles, la disponibilité du personnel..., on voit des tendance à déclencher des accouchements (de manière parfois sournoise), à les accélérer (par injection d’hormones - geste tout à fait routinier dans la plupart des maternités)

        @Karine L : « des pistes où le sentiment de sécurité de la mère est plus important que la sécurité médicale ». Je note.


      • lambertine 3 août 2007 11:57

        Non, aucune grossesse n’est à bas risque. L’accouchement est douloureux et dangereux, et pour la mère, et pour l’enfant, et il n’est pas toujours possible de déceler les accidents - parce que ce sont des accidents, justement- possibles. Vous pouvez faire quinze échographies et quarante analyses sanguines et dix mois de kiné périnatale, ça ne change rien l’accouchement est comme il l’a toujours été un danger médical, même s’il est « naturel ». Donc ce risque qu’el qu’il soit doit être pris en compte, pas nié. cela veut-il dire « accoucher à la chaîne » dans un hôpital déshumanisé ? Bien sûr que non ! Une sage-femme peut être tout aussi attentive et humaine, même si une structure d’urgence se trouve à proximité. j dirais même qu’elle sera « plus décontractée », moins stressée, vu qu’elle saura que « oui... mais... si... ». Une structure hospitalière ne veut pas dire, comme lu ci-dessous,des infirmiers et médecins qui ne tiennent pas compte des avis de leurs confrères. Et ne veut pas dire non plus que l’on fera passer au bloc des personnes pour qui l’accouchement se déroule bien. Quant à « tendance à déclancher un accouchement de manière sournoise », vous parlez de quoi, là ? Du gynéco qui nonne rendez-vous tel jour à telle heure à la parturiente ? Parce que la maman qui débarque en pleine contractions, comment « déclancher son accouchement » surtout « de manière sournoise » ? Quant aux hormones destinées à accélérer l’accouchement, bien sûr qu’elles sont inutiles quand il dure naturellement 3H4O ! Et quand il dure 2O fois plus longtemps, on fait quoi ?


      • emma plaf 4 août 2007 13:56

        @lambertine sur « il n’y a pas d’accouchement à bas risque ».

        Ce que me gêne dans votre affirmation, c’est que je la ressens plus comme une profession de foi que comme un fait argumenté.

        La profession de foi s’appuie sur des affirmations du type « l’accouchement est dangereux », « ça a toujours été comme ça », le commentaire de AubeMort mentionne « omniprésence des morts en couches dans les romans du XIXe », vous même jouez l’argument que vous reconnaissez populiste des femmes qui n’ont pas accès au minimum de médicalisation.

        Entendons-nous : il ne s’agit ici que de parler des résidentes en France en 2007 apparenant à des groupe non défavorisés. Nous parlons de femmes qui ont accès aux soins de manière régulière, que n’ont pas les carences alimentaires découlant des famines, n’ayant pas subi de mutilations sexuelles, ni de grossesse avant la fin de la puberté. On ne parle pas de femmes syphiliques ou victimes d’épidémies de maladies infectieuses, et nous vivons au quotidien dans des conditions d’hygiène considérées acceptables.

        Est-il prouvé que, dans ces conditions, toutes les grossesses seraient à haut risque - à moins qu’on détecte un risque réel, au cas par cas, pendant la grossesse ou l’accouchement ?

        Entendons-nous également : à bas risque ne signifie pas « zéro risque ». Rien n’est à zéro risque. Personne n’affirme que quelconque accouchement serait à zéro risque. A l’hôpital comme ailleurs.

        Ce qu’on n’a pas prouvé, comme le rappelle KarineL, c’est que « toute la médicalisation qui entoure la naissance en France permette d’atteindre le minimum possible au niveau de ces décès ».

        Cela peut paraître surréaliste. Comment une moindre médicalisation pourrait être aussi efficace, ou plus efficace, en terme de résultats sur la mère et le bébé, qu’une plus forte médicalisation - pour les grossesses sans complication identifée ?

        Elément de réflexion : les actes médicaux en eux-même comportent des risques.

        Un exemple ? Je ressors le coup du monitoring continu, qui n’améliore pas la sécurité mais engendre un besoin en re-interventions (forceps, césarienne) qui elles-même comportent leurs propres risques, inacceptables si on prend en compte le fait que l’intervention était inutile. C’est un cas où, statistiquement, la moindre médicalisation (monitoring intermittent) a de meilleurs résultats que la plus forte médicalisation (monitoring continu).

        @lambertine toujours, pour rebondir sur « Quant aux hormones destinées à accélérer l’accouchement, bien sûr qu’elles sont inutiles quand il dure naturellement 3H4O ! Et quand il dure 2O fois plus longtemps, on fait quoi ? ».

        >> il me semble, d’après les témoignages, que le recours à l’ocytocine (hormone qui provoque les contractions, entre autres) est très répandu en france dans les accouchements, même en dehors d’indication médicale (du genre accouchement qui dure depuis 3 jours).

        Je n’ai pas de chiffres qui viendraient confirmer cette observation (si quelqu’un en a, je le remercierais de nous les communiquer - avec ses sources bien sûr).

        Ce qui est notoire, c’est que les femmes ne sont souvent pas informées de ce qu’on met dans leur perfusion, ni bien sûr pour quelle raison. Lorsque les injectins d’hormones sont inutiles pour la femme (et le bébé), elles sont peut-être utiles à l’équipe soignantes. C’est défendable. Ne faudrait-il pas que la première concernée, la patiente, en soit informée et donne son accord ?


      • lambertine 6 août 2007 08:43

        « Il n’y a pas d’accouchements à bas risques » serait une profession de foi ? Soit. Si je l’affirme, ce n’est pas en fonction de statistiques, mais de témoignages de proches, de « connaissances » ou d’amies et de ma propre expérience. Et je dirais même de ma propre expérience de privilégiée puisque j’ai accouché à quatre reprises, et dans les conditions sanitaires optimales, et dans les conditions humaines optimales. C’est possible et l’un n’est pas à opposer à l’autre. J’admets que c’était il y a dix-sept ans pour la dernière fois, et en Belgique, mais c’était encore possible il y a quatre ans. Et si c’est une profession de foi de ma part, elle s’oppose à des témoignages qui sont eux-mêmes des professions de foi. Quant à mon argument que je qualifie de « populiste » : j’utilise ce terme parce que je n’aime pas mettre en exergue la misère du monde, c’est tout. Parce qu’en fait je le considère comme correspondant à la réalité matérielle et sanitaire de la majorité des femmes passées et présentes. Quand l’OMS ou autre organisme affirme que toute femme devrait pouvoir accoucher ou et comme elle le veut, moi, je pense plus aux malheureuses qui accouchent dans des conditions déplorables dans les bidonvilles de Bogota au au coeur de la brousse qu’aux européennes aisées qui seraient stressées par la présence de « blouses blanches ». Vous reconnaissez vous-mêmes que c’est de ces occidentales privilégiées dont vous parlez. Et bien, si j’ose dire, moi aussi. Quand je parle d’accidents, je parle d’accidents ayant touché des femmes qui ne souffraient ni de carence alimentaires, ni de maladies infectieuse, qui n’ont pas subi de mutilations sexuelles et qui ont eu leur premier enfant entre vingt-cinq et trente ans. Et pour qui avant l’accouchement proprement dit, tout était « normal ». Je ne parle pas non plus de risque zéro en cas d’accouchement à l’hôpital. Juste de limiter au mieux les risques inhérents à l’accouchement lui-même, en tant qu’accouchement. En tant qu’acte naturel et physiologique, certes, mais qui est pour la mère comme pour l’enfant un passage dangereux. Une parturiente n’est pas « en santé ». Elle est dans un état de fragilité extrême.

        Ce qui me trouble dans ce débat d’ « enfants gâtées », c’est une forme de rejet de la médecine en même temps qu’une sorte d’idéalisation de l’accouchement « naturel » la femme se réapproprierait son corps que la technique lui « ôterait », l’ « infantilisant ». Peut-être en France la médicalisation est-elle « extrémiste », mais y répondre par une attitude extrémiste inverse n’est pas selon moi une solution acceptable. Le refus des médicaments pour le refus des médicaments (que ce soit l’ocytocine quand elle est nécessaire ou le médicament favorisant les contractions utérines post-partum) me semble quant à lui parfois, euh, irresponsable.

        (Il est évident que je ne parle pas ici d’erreurs médicales manifestes comme dans le cas de Bof (je crois) : il est d’ailleurs invraisemblable qu’une femme ayant manifestement « des problèmes » soit laissée hors surveillance.


      • emma plaf 6 août 2007 22:55

        @lambertine. D’abord merci de continuer la discussion.

        *** Sur « profession de foi » : ce sont donc vos expériences personnelles et dans votre entourage qui vous font dire que les accouchements sont dangereux, si je comprends bien.

        Cette position, lorsqu’elle influe sur des décisions qui vous concernent vous et votre famille, mérite d’être considérée et respectée.

        Ce que je récuse, c’est que la même démarche soit appliquée pour prendre des décisions sur les politiques de soins.

        Je ne m’attends pas à ce que les décideurs fondent leurs décisions sur leurs propres perceptions.

        Je m’attends à ce qu’ils fondent leurs décisions sur des faits, attestés, mesurés, vérifiables - et heureusement critiquables, mais critiquables avec des arguments, pas des sentiments.

        La position politique « aucune grossesse n’est à bas risque, tout accouchement doit avoir lieu près d’un bloc opératoire » peut être discutée selon cette méthode de confrontation de faits mesurés.

        Mais pour pouvoir même imaginer que cette affirmation puisse être remise en question dans le cadre d’une démarche scientifique, juste pour envisager de se poser la question, il y a des certitudes ancrées à bouleverser, ces certitudes qui disent que plus de médicalisation est forcément plus sûr que moins de médicalisation.

        Moi, ça m’a pris deux ans. Deux ans pour arriver à envisager que, statistiquement, l’hôpital (pour des grossesses à priori normales) ne soit pas forcément plus sûr que hors l’hôpital.

        Après, on peut se battre à coup de statistiques pour savoir si c’est vrai ou pas, pourquoi et dans quelles conditions. On peut se battre à coup de cas pour savoir si unetelle serait morte en accouchant à domicile, ou si, pour celle qu’on a sauvé de justesse à l’hôpital, tout se serait bien passé ailleurs.

        Ce n’est pas la difficulté principale. La difficulté, à mon sens (ou pour moi) c’est vraiment d’imaginer que la question puisse être posée.

        *** Sur idéalisation de l’accouchement naturel, refus des médicaments :

        Rien de cela dans ma démarche. Je souhaite le respect du choix des parents dans le cadre d’une politique publique dont les décisions sont fondées sur des faits.

        Les médicaments que je refuse sont ceux administrés en routine hors considération de mon cas personnel, ou utilisés pour des contraintes non médicales.

        Vous aussi, j’imagine.


      • lambertine 7 août 2007 06:51

        Merci.

        Je sais que je suis parfois brutale dans ma façon de m’exprimer et que comme c’est un sujet qui me tient à coeur je suis parfois plus cinglante qu’il n’est permis.

        Je reconnais aussi que mon expérience est pour beaucoup dans mon attitude. Comme celle des parents ayant eu une mauvaise expérience à l’hôpital d’ailleurs. Je ne prétends pas que l’hôpital est une solution miracle qui permet des accouchements merveilleux. Je parle de la proximité d’un bloc opératoire et d’une unité de néonatalogie, de rien de plus. Pas de faire accoucher toutes les femmes à la chaîne dans des CHU en suivant des protocoles rigides. Une petite structure dans le cadre d’une clinique de province peut parfaitement être adaptée. Qu’on l’appelle Maison de Naissance au lieu de Maternité, ma foi... Que tout y soit conçu pour le bien-être et la sécurité des parturientes et de leur bébé, c’est la moindre des choses. Que cette maternité soit un lieu non seulement d’accouchement, mais de préparation à l’accouchement me semble également une nécessité. Je vais reprendre mon cas personnel (s’cusez moi...) : mes grossesses ont été suivies par une gynécologue-obstétricienne, échographies comprises. Elle pratiquait dans une clinique où j’ai, comme toutes ses patientes, suivi des cours de préparation à l’accouchement, et des séances de gymnastique prénatale. J’ai rencontré avant mes accouchements les sage-femmes, les anesthésistes et le pédiatre. Pendant le travail, je n’ai jamais été seule. Il me semble que cela est nécessaire pour établir un climat de confiance entre la parturiente et l’équipe médicale. Et ce n’est pas incompatible avec une « sécurité médicale optimale ». Dans les témoignages français que j’ai lus suite à votre article, je n’ai pas trouvé cette « complicité » (oserai-je dire) entre l’équipe médicale et la parturiente. On a l’impression que celle-ci passe d’une main à l’autre sans qu’il y ait concertation (ni même suivi le cas de Bof est assez révélateur un obstétricien ne laisse pas sans surveillance une femme qui doit accoucher dans les 3H. 3H, c’est peu pour un accouchement). Et il y a surtout « anonymat ». Je peux concevoir que ce soit désagréable. J’avoue d’ailleurs que j’ai toujours trouvé absurde la politique consistant à fermer les maternités dites de proximité, à la fois plus humaines et... plus proches (faire 40km en voiture, en plein travail, ce n’est pas une sinécure).

        Maintenant, de là à rejeter systématiquement toute médicalisation des grossesses dites à bas risques, non, non et non. La péridurale, les médicaments, l’ocytocine, ce ne sont pas nécessairement des ennemis à rejeter. Les touchers vaginaux non plus. L’accouchement « à la maison » ou en structure non-médicalisée peut très bien très bien se passer... ou pas. Parce qu’il reste une épreuve très délicate et pour la mère et pour l’enfant, pas un moment de rêve « naturel ». De plus, si j’ose dire, accoucher n’est pas une compétition sportive, un défi que l’on se lance à soi-même. Il n’y a aucune honte à se faire aider. Subir une césarienne ne signifie pas que l’on est une « incapable ». Etre « dépossédé » de ce moment, qu’est-ce que ça signifie ? Cette souffrance est-elle indispensable à l’accomplissement d’une femme « en tant que femme » ? J’avoue que j’achoppe là dessus.


      • Cilou 8 août 2007 15:46

        Bonjour Lambertine,

        Vous avez vécu un accouchement traumatisant pour vous et votre bébé. De cette expérience vous concluez que l’accouchement est dangereux car elle vous a profondément marquée. Les médecins et SF ont aussi ce type d’expérience. Un jour un bébé meurt, ils n’ont pas réussi à le sauver. C’est très traumatisant pour l’équipe. C’était un bébé sur 1000 naissances, mais de celle-là seulement ils se souviendront. Ils ne se souviendront pas que les 999 autres bébés sont nés en bonne santé. En conséquence ils prendront encore des mesures de sécurité supplémentaires, rapidement, sur la base d’une décision émotionnelle plus que rationnelle. Ils ne se demanderont pas si ces mesures entrainent des effets indésirables sur les 999 bébés en bonne santé, ils se diront juste que tout vaut mieux que la mort d’un seul. C’est aussi ce que vous pensez, avec je le devine l’idée que les mesures de sécurité ou substances utilisées n’ont pas d’effets secondaires. C’est cela qui est faux, l’excès de sécurité et d’intervention est pathogène. Je vais vous en donner quelques exemples :

        - L’usage du syntocinon qui accélère les contractions. Dans des situations pathologiques il peut être utile. C’est ce que vous disiez, c’est alors un médicament. Mais de fil en aiguille, les obstétriciens se sont mis en tête que la durée du travail ne doit pas excéder 10h et que le col doit progresser de 1cm par heure, comme si les femmes étaient des machines. Dès que le col n’a pas progressé dans ces normes mécaniques, une injection de synto est faite. Cela concerne au moins la moitié des accouchement. Le synto n’est donc plus utilisé comme un médicament pour soigner une pathologie, mais comme une drogue de dopage faisant accoucher toutes les femmes dans des normes strictes non fondées scientifiquement. Or le syntocinon n’est pas anodin, ce n’est pas de la tisane. A trop forte dose il peut provoquer une quasi-tétanie de l’utérus et une souffrance foetale grave qui nécessite alors une intervention en urgence. Sans aller aussi loin, les contractions après injection de synto sont en général plus douloureuses, et plus dures également pour le bébé. Ajoutons que au départ les femmes et les bébés ont servi de cobayes pour tester le produit et ajuster les dosages sans qu’on leur demande leur avis. Il y a eu des accidents, j’en connais un qui s’est soldé par une atteinte neurologique du bébé dans une situation où il n’y avait aucune raison d’avoir injecté du synto à la femme en couche. Vous voyez là que l’excès de sécurité qui a fait passer de - éviter les accouchements qui durent 3 jours - à - aucun accouchement ne doit durer plus de 10h - entraine ses propres pathologies, sans pour autant sauver la vie de plus de bébés.

        - Dans la même veine, il y a la rupture artificielle de la poche des eaux qui est devenue systématique dans beaucoup de maternités. Dès que le col atteint 3 cm, on perce, à nouveau pour faire aller plus vite, sans même savoir si cet accouchement là sera excessivement lent ou normal. Or percer la poche des eaux n’est pas anodin non plus. Les contractions deviennent plus douloureuses pour la mère, et aussi pour le bébé qui n’est plus protégé dans le liquide amniotique. Il semble aussi que cela augmente le risque d’une complication très rare mais très grave qu’on appelle procidence du cordon (le cordon sort avant le bébé qui fait pression dessus et risque de stopper l’irrigation sanguine).

        - Le monitoring. J’y revient très brièvement. Comme vous l’avez vu le monitoring en continue n’augmente pas la sécurité. Au contraire, il entraine un excès d’interventions en particulier de césariennes à partir de faux positifs, sans à nouveau sauver la vie de plus de bébés. Or la césarienne est un acte chirurgical qui comporte des risques, et surtout qui compromet le futur obstétrical de la mère (l’uterus est plus ou moins fragilisé au niveau de la cicatrice, les cas de placenta qui restent accrochés et ne descendent pas seuls après l’accouchement sont plus fréquents).

        - L’interdiction de manger et boire. Elle existe au cas où il faudrait une anesthésie générale. Mais l’accouchement est un effort physique intense qui demande beaucoup d’énergie. Interdire aux femmes de s’alimenter et même de boire c’est prendre le risque qu’elles s’affaiblissent, ce qui peut mettre l’accouchement en péril. Là encore, en prenant une mesure de sécurité en pensant au rare cas très grave, on induit des effets iatrogènes dans la grande majorité des accouchements normaux.

        Je reviens maintenant sur une autre de vos affirmations : l’accouchement est très douloureux. C’est toujours un sujet très difficile à aborder, mais justement c’est très important. Pour prévenir les raccourcis hatifs, j’ai moi-même vécu un accouchement excessivement douloureux, au point de perdre connaissance à chaque contraction pendant quelques heures. Je suis donc très sensible à la douleur des femmes en couche et c’est un sujet qui m’a demandé beaucoup de réflexion et beaucoup de lecture de témoignages. Dans des conditions d’accouchement spontané, à la maison ou en MdN, le travail est le plus souvent douloureux, de peu à beaucoup, mais, et c’est ce qui est vraiment important, les femmes « l’oublient » dès que l’enfant est né. Par oublier il faut comprendre que la douleur (même si ça douille franchement) n’a pas été mal vécue. Ces femmes n’ont pas atteint le stade de la souffrance qui laissent des marques traumatiques à vie. Sinon dans certains cas les femmes n’ont pas eu un accouchement douloureux, voire dans de rares cas ont vécu des sensations orgasmiques (si, il existe des femmes qui ont du plaisir en accouchant !). A l’autre extrémité, même dans des conditions optimales, environ 10% des femmes ont des douleurs trop dures qui risquent de les faire basculer dans la souffrance et qui sont transférées pour avoir une péridurale, surtout lors des premiers accouchements, beaucoup plus rarement pour les multipares.

        A l’hôpital la situation est très différente, le taux de péridurale demandé est très élévé, au-delà de 50%. Pourquoi ? Il est fondamental de prendre conscience que la majorité des pratiques systématiques de l’hôpital aggravent considérablement la douleur des femmes en couche. En premier, il y a l’état d’esprit passif : une femme à l’hôpital n’est pas en action, elle est prise en charge et elle obéit aux injonctions. Elle est persuadée qu’elle serait bien incapable d’accoucher sans toute l’équipe autour. Elle est d’ailleurs effectivement immobilisée, allongée pendant toute la durée du travail très souvent. Les médecins et SF ont beau savoir que la position allongée augmente la douleur, et la décuple lors de douleurs dans les reins, la pratique n’en continue pas moins. C’est une maltraitance institutionnelle. L’état d’esprit passif suffit à lui seul à abaisser le seuil de la souffrance considérablement, puis encore l’immobilité. Ensuite il y a la gestion active de l’accouchement, poche des eaux percee et accélération avec le syntocinon, qui augmente encore la douleur. Et donc les femmes demandent la péridurale, forcément. La péridurale n’est donc pas comme on le croit une bénédiction qui libère les femmes d’un accouchement très douloureux dans tous les cas, la péridurale est en grande partie une réponse induite par des pratiques qui rendent la majorité des accouchements trop douloureux. Ajoutons aussi que la « malédiction » biblique continue à peser très lourd dans la balance : tu accoucheras dans la douleur pour expier le péché originel. Ca parait bien loin, mais ca reste encore présent, dans la peur de l’accouchement qui reste très forte malgré la médicalisation. La péridurale généralisée entérine en quelque sorte cette malédiction biblique. La méthode coué ça marche très bien ... Si on va à un examen persuadé d’échouer on se plante ; si on va à l’accouchement persuadée de souffrir on souffre.

        Pour revenir à nos moutons, les MdN. Vous les pensez dangereuses car pas de bloc chirurgical à proximité. Combien de temps faut-il à l’équipe chirurgicale pour être prête ? Ca dépend bien sur mais une bonne estimation est 30 mn. Combien de temps faut-il pour transférer une femme en couche de la MdN à la maternité partenaire ? Typiquement pareil. Que l’équipe se prépare avec la femme sur une civière à côté ou la femme dans une ambulance ca ne change pas grand chose. Combien de temps faut-il à une SF d’hôpital pour s’apercevoir d’un problème ? Ca dépend, mais quand elles en sont à surveiller 4 accouchements à la fois depuis une salle de contrôle où elles ne voient que les tracés des monitorings tout en remplissant des paperasses, ca peut être long, ca peut être trop tard aussi (et ca arrive). Combien de temps faut-il à une SF de MdN pour s’apercevoir d’un problème ? Beaucoup moins, car non seulement elle reste en permanence avec la femme en couche, mais de plus elle l’a suivie pendant toute sa grossesse et donc elle la connait. Les MdN et l’AAD existent dans d’autres pays, par décision politique. Je ne pense pas que les décideurs allemands, suédois, anglais, ou canadiens, soient des fous irresponsables. D’ailleurs leurs résultats périnataux sont un peu meilleurs que les notres. Alors ? Ceci est un argument étayé qui suffit à montrer que les MdN bien organisées ne sont pas dangereuses.

        Ce qui m’a le plus surprise dans vos commentaires c’est votre attitude par rapport à vos filles. Quand elles auront des enfants, elles seront adultes depuis un moment, et indépendantes. Et si ce qu’elles souhaitent elles c’est d’accoucher en MdN ou chez elles, que ferez vous ? Vous iriez contre leur décision d’adulte, à cause de votre propre expérience ? C’est l’aspect le plus important de tout ca peut-être, le libre choix. En France tout le monde est obligé d’accoucher à l’hôpital et de se conformer aux protocoles de la maternité, en violation de la loi Kouchner le plus souvent d’ailleurs. Les femmes qui essayent de refuser certains gestes systématiques peuvent en témoigner hélas. Il n’y a aucune raison rationelle d’interdire à des femmes enceintes en bonne santé d’accoucher chez elles ou en MdN avec une SF, sachant que les SF d’aujourd’hui sont des pros parfaitement compétentes qui n’ont rien à voir avec les matrones d’autrefois. L’idée actuelle d’accouchement « naturel », que je préfère décrire comme spontané, n’est pas un retour en arrière. De tout temps on n’a jamais laissé accoucher les femmes en paix. Les croyances et rituels nocifs lors des naissances existent depuis des millénaires. Les supprimer en respectant les besoins et les compétences de la mère et du bébé est une idée tout à fait neuve.


      • lambertine 9 août 2007 21:50

        Non, je n’ai pas vécu un accouchement traumatisant. J’ai vécu un accouchement traumatisant, deux accouchements « de rêve » (mêmesi l’un d’eux a débouché sur une hémorragie qui a failli m’être fatale,et que le bébé né de l’autre est mort en bas âge)et une « tragédie parturiesque » dont nous sommes mon fils et moi sortis vivants par miracle. Vous avez vu « Mary » de Ferrera ? Ben... c’est un peu ça, mis à part que j’étais déjà à l’hôpital quand l’horreur (ben oui, c’était une horreur) s’est déclenchée. Je n’en dis pas plus,sinon qu’il faut pouvoir intervenir vite (et dans mon ca, ça a été dans les 5 minutes, sinon je serais morte).

        Je n’ai jamais dit qu’il fallait médicaliser et « médicamenter » à outrance. Juste qu’il ne fallait pas rejeter les médicaments par principe. Pas qu’il fallait les administrer à des parturientes qui n’en avaient pas besoin (et, s’il vous plaît, cessez de « deviner » ce que je pense. Dans un domaine aussi sensible, ce sera déjà un grand pas en avent.). J’ai souffert cinq jours ( ben oui, cinq jours) pour mettre mon aînée au monde. Je ne sais pas ce qu’elle a souffert, elle. J’ai vécu les accouchements de ma tante (en 1966 et 1970) assistée par une sage-femme, à domicile. Le deuxième a failli se solder par la mort du bébé. Failli. La vieille sage-femme était douée. Mais ce que je peux dire, c’est que si ma tante n’avait pas eu belle-mère et servantes pour l’aider à tenir sa maison et dorloter ses gamins, elle ne s’en serait pas sortie. L’hôpital sert aussià ça.

        Et que « les femmes oublient » que l’accouchement est douloureux quand il se fait « naturellement » ? Mais quoi ? Croyez-vous que moi, ou les femmes de mon entourage qui avons eu un accouchement douloureux ne l’avons pas « oublié » une fois bébé dans les bras ? J’ai hurlé au cours de mon deuxième accouchement « je n’en aurai jamais d’autre » . Et alors Ma tante a tant souffert lors de son second accouchement naturel... qu’elle n’en a jamais eu d’autre. Et tout ça ne prouve rien. Rien du tout. Le souvenir de la douleur et celui du bonheur sont dissociés.

        Et « mes » filles sont adultes. Elles feront ce qu’elles voudront (ma « fille de coeur » ayant déjà un petit garçon, né dans la « piscine » de la maternité). Elles « savent » c"’est tout.


      • Forest Ent Forest Ent 30 juillet 2007 15:55

        N’y a-t-il pas un avantage à la médicalisation : la possibilité d’anesthésie péridurale ?


        • anonymous 30 juillet 2007 16:29

          Le problème de la peridurale est que beaucoups de praticiens vous l’impose alors que cela devrait être un choix. Il faut vraiment insister si on ne souhaite de péridurale, les praticiens profitent souvent de votre position vulnerable ( sous le point d’accoucher) pour vous forcer la main.


        • emma plaf 30 juillet 2007 16:45

          @Forest Ent : indéniablement, un avantage de la médicalisation est la péridurale. Le besoin d’analgésie serait, pour moi, une raison tout à fait valable de transfert d’une maison de naissance dans une unité médicalisée.

          La péridurale impose la médicalisation, bien sûr, c’est un acte d’anesthésie. Une fois la péridurale posée découlent des actes qui, dans ce contexte, sont nécessaires : position allongée (donc non optimale), hormones de synthèse pour maintenir les contractions, surveillance continue du foetus, et aussi le besoin d’intervention (césarienne, forceps, épisiotomie) qui en découle.

          La péridurale, comme le souligne un autre commentateur, a aussi une utilité dans la gestion des moyens de l’hôpital : la femme n’a plus autant besoin d’assistance humaine (on peut lui mettre la télé à la place). Cela est probablement la raison pour laquelle il y a des témoignages de femmes qui ont le sentiment de se faire « forcer la main », les maternités n’ont pas assez de personnel.


        • anonymous 30 juillet 2007 17:04

          Vous avez raison sur le problème de personnel en maternité, le nombre de naissances a explosé depuis 2000( environ 800000 /an mais pas le personel) alors on voit des derives sur les pratiques, peridural, fréquence des cesarienes...


        • Bof 31 juillet 2007 08:37

          @ Emma : Médicaliser l’accouchement , c’est voir arriver des « cinglés » dans le « box d’accouchement » (à trois) avec le matériel pour péridurale comme vous le dites ,alors, que non seulement une décharge a été signée mais qu’un certificat médical d’anesthésiste indique qu’il y a contre-indication . Il faut un garde du corps dans ce cas pour empêcher tout acte médical comme l’a recommandé le médecin traitant. Les piqures ont tout l’air de se réaliser à la chaine, de boxe en boxe par certainement des personnes compétentes et diplômées mais « surexcitées » et très « stressées ». Injuriant le garde du corps ,voulant le mettre dehors ,ce qui est acceptable d’un point de vue (un ignorant qui se mêle de médecine= normal)mais également la mère qui veut souffrir ,qui est arriérée ,anti-médecine et j’en passe..

          Il vaudrait mieux laisser des mères accoucher dans des lieux voulus quitte à faire un transport s’il se présente un gros problème et pour les femmes qui doivent accoucher en milieu hospitalier avec un spécialiste et des contre-indications (vues lors des visites prénatales= pas de péridurale+ une autre difficulté), les laisser un peu plus décontractées et sans obligation de garde du corps.


        • emma plaf 31 juillet 2007 17:33

          @BOF. C’est donc un témoignage de pression du corps médical en faveur de la péridurale ? Ces témoignages sont inquiétants, mais est-ce représentatif d’une réelle tendance, ou du domaine de l’anecdotique ?

          Il semble que les droits du patients soient peu reconnus en ce qui concerne le suivi de la grossesse et l’accouchement. Depuis des lois de mars 2002, les professionnels devraient fournir aux patients les informations lui pemettant de faire un choix éclairé sur les actes qu’il accepte ou non.

          Il y a matière à prise de conscience de la part des femmes enceintes : elles doivent être informées du quoi, pourquoi, comment, « et si pas » des actes, même (et surtout) routiniers, et devraient pouvoir faire le choix de les refuser. Mais dans ce cas, le professionnel peut aussi faire le choix de ne pas suivre cette patiente, n’est ce pas ?


        • Bof 31 juillet 2007 18:47

          @emma : Je ne vois pas de la même façon : des spécialistes interdisent un acte qui risque la vie des deux : la mère et l’enfant. Un médecin prévient qu’il faut être très vigilant (il est certainement au courant que des spécialistes ont « l’aiguille facile » ). Un anesthésiste fait un autre certificat de contre indication. Il n’est pas question d’accoucher ailleurs que sous surveillance pour une seconde raison qui est médicale.

          Il reste à accouccher sans péridurale = donc normalement mais sous surveillance . Tout était arrangé + écrit + tout le monde était d’accord pour que cela se passe de cette façon ,mais l’ accouchement pouvait attendre donc, le spécialiste est parti soigner d’autres personnes et pendant ce temps , l’irruption s’est produite.

          Les maisons « spécialisées quand même » (pas des étables) peuvent servir quand tout va bien ,quand les examens « obligatoires » n’indiquent rien de spécial ; cela permettrait de remettre un peu de sérénité et de sérieux dans ce service et selon des mères d’accoucher comme elles le désirent dans ces maisons spécialisées. Les ambulances peuvent être appelées à toutes heures du jour et de la nuit, donc en cas de problème ,la future mère peut être conduite en milieu hospitalier (ou en salle d’accouchement pour "malade, à voir avec les gynécologues et pas avec moi.)


        • emma plaf 31 juillet 2007 21:49

          @Bof : en effet, j’avais très mal compris votre premier message. D’après votre description, on est dans la grosse erreur médicale évitée de justesse, c’est cela ? Avez-vous eu une explication avec la direction de cette structure ?

          Si je comprends bien ce que vous dites cette fois, je crois que je suis d’accord avec vous.


        • Bof 1er août 2007 12:39

          @emma : Je ne peux dire « grosse erreur » car « les personnes à l’aiguille facile » faisaient bien leur métier, elles étaient bien avec elles-mêmes, sérieuses , elles devaient piquer des dames dans des boxes et elles passaient de box en box ,très scrupuleusement, très méthodiquement, de tout leur coeur. Elles ne savaient pas qu’il ne fallait pas « piquer »dans ce box ! d’où l’impression de « cinglés » que nous avons eu. C’est la raison qui me fait dire qu’il faudrait des maisons spéciales , éloignées des centres hospitalier , afin de donner plus de temps aux spécialistes dans les hôpitaux qui eux pourraient avoir le temps d’ aller porter des soins à d’autres personnes qui en ont besoin sans que pendant ce temps derrière leur dos disons des infirmières ne viennent donner un médicament contre indiqué. Pour cet accouchement, environ 3 heures ,il me parait normal que l’accoucheur qui a suivi la parturiente puisse s’absenter .Le déroulement s’est fait en environ un quart d’heure. Il est alors arrivé dès l’appel de la sage femme comme il lui avait demandé de le faire.


        • KarineL 1er août 2007 15:09

          N’y a-t-il pas un avantage à proposer une alternative à la médicalisation : la (re- ?)formation des sage-femmes aux autres techniques de soulagement de la douleur que l’analgésie péridurale ?

          Ce qui pourrait permettre à toutes ces femmes qui n’ont pas envie, pas le droit ou pour lesquelles l’analgésie ne marche pas de pouvoir vivre aussi un bel accouchement...


        • emma plaf 2 août 2007 22:49

          @Bof : m’enfin, votre histoire révèle quand même que les protocoles hyper routinisés de certains hôpitaux peuvent conduire à des catastrophes, ce qui aurait été le cas si vous ne vous étiez pas interposés ?

          @KarineL : former les sages-femmes au soulagment non médical de la douleur. Il y a des pistes ?

          Pour moi, accoucher ça fait mal, et l’essentiel est de ne pas aggraver la douleur : se voir imposer une position donnée et/ou l’immobilité, cela aggrave la douleur ; subir de examens vaginaux à répétition, cela aggrave la douleur ; être dans un milieu stressant, cela aggrave la douleur (ou alors, cela minimise la capacité à gérer la douleur)


        • Bof 3 août 2007 08:14

          àEmma : Bravo Emma .Vous avez résumé mon vécu en recentrant sur l’organisation que vous nommez « protocole » . Tout le monde faisait très bien son travail. Le gynécologue qui ne pouvait rester à attendre « bêtement » , les personnes qui doivent faire les péridurales dans chaque box (qui n’ont pas le droit d’en louper ?)et la parturiente qui s’est entendue dire par des médecins spécialisés qu’il était très dangereux pour elle et surtout son bébé d’avoir une péridurale. Il reste si j’ai bien lu les autres commentaires la position hospitalière (on tourne en rond !) qui favorise l’utilisation « des forceps » donc de la douleur pour la mère que le bébé ressent (lecture de l’étude faite à la cité hospitalière de Lille par une élève sage-femme sur la mémorisation du son par les foetus dans le ventre de leur mère , et des phénomènes extérieurs ) . Ceci n’est pas très à la mode car ça irait contre l’autorisation de l’avortement parait-il.

          Pour un cas particulier = beaucoup de choses à faire modifier dans un hôpital où seul le garde du corps est indispensable à la survie de la mère et du bébé (HORS PROTOCOLE mais indispensable et pas si rare selon le conseil du médecin traitant), et les stress resteront . Il serait donc préférable de créer des « maisons spécialisées » qui permettraient au milieu médical de prendre en charge ces cas médicaux . Je dis cas médicaux car ils sont non naturels. Dans les maisons spécialisées, ils pourraient faire de l’accouchement à la chaine ou/et bien plus proche des désirs des mères.


        • Zenobie 30 juillet 2007 22:53

          Depuis 2004, les hôpitaux sont rémunérés à l’activité (à 50% cette année) . Les cliniques, elles, le sont à 100% depuis le 1er mars 2005. Cela s’appelle la T2A (pour Tarification A l’Activité). Cela explique que les établissements, pour conserver leurs recettes budgétaires, ont tous tendance à vouloir augmenter leur activité, donc, pour une maternité le nombre d’accouchements. Dans ces conditions, quels que soient les avantages que pourraient procurer les maisons de naissance en termes de confort pour les femmes et les BB, les maternités « classiques » ne vont pas aller dans le sens d’une diminution de leur activité qui leur serait préjudiciable sur le plan financier. Par ailleurs, la spécialité d’obstétrique est une de celles qui est le plus « sur la sellette » en cas de pépin et dont les procès coûtent le plus cher aux assureurs. C’en est au point que, depuis plusieurs années maintenant, les primes d’assurance des obstétriciens se sont envolées. Les pépins sont rares mais leurs conséquences parfois tellement dramatiques pour les enfants, dont certains restent gravement handicapés à vie, que les sommes en jeu sont colossales ce qui explique les surprimes. Dans ces conditions, les obstétriciens ont tous tendance à s’arc-bouter sur les référentiels de leur profession (les bonnes pratiques) pour minimiser les risques d’incident et, partant, les risques de procès. Conclusion : on n’est pas près d’aller vers une « démédicalisation » de la naisssance, sauf en cas de grave pénurie d’obstétriciens.


          • emma plaf 31 juillet 2007 21:37

            @ZENOBIE : avez-vous des lectures à conseiller sur les effets de les conséquences prévisibles de la T2A, tous secteurs de santé confondus ?

            Je ne vous suis pas lorsque vous dites que les obstétriciens s’arc-boutent sur les référentiels de la profession. Il me semble que les pratiques sont souvent « plus médicalisées » que les référentiels provenant de la médecine fondée sur les preuves scientifiques (une illustration : le monitoring continu vs alternatif).

            Je dirais, en poussant un peu la caricature, que les mesures sont prises pour limiter le risque de procès, mais non d’incident. On reprend l’exemple du monitoring continu : il assure une couverture en cas de procès, mais favorise, statistiquement, les incidents (les interventions sur faux positif)

            Vous pensez qu’on n’est pas près d’aller vers une démédicalisation de la naissance, sauf pénurie grave d’obstétriciens : cette pénurie n’est-elles pas annoncée ? Elle pourra avoir pour conséquence la démédicalisation de la naissance ; elle pourra aussi avoir pour conséquence, si des mesures de démédicalisations ne voient pas le jour, une baisse de qualité de prise en charge des grossesse à risque.

            Il me semble que c’est une question de volonté politique, qui pourrait être motivée par les économies prévues à la clef.


          • masuyer masuyer 31 juillet 2007 09:51

            Bonjour Emma.

            Votre article est très intéressant et m’a remis en mémoire une émission de France Inter entendue il y a quelque mois. Elle portait sur les méthodes d’accouchements dans le monde.

            Il semble que dans les pays occidentaux, à partir d’Ambroise Paré, on est allé vers une médicalistaion toujours plus grande de l’accouchement. De ce fait, l’accouchement a été de plus en plus pratiqué par les hommes et en position allongée. Or cette position est loin d’être la plus appropriée (mauvaise position du bassin), rendant l’accouchement plus difficile et donc nécessitant plus de médicalisation, on se mord la queue.

            Le problème, c’est qu’il est très difficile de lutter contre les habitudes.

            Cordialement


            • emma plaf 31 juillet 2007 21:43

              @MASUYER : Effectivement, on se mord la queue. Il faut que les femmes soient allongées pour que les médecins puissent intervenir rapidement avec les forceps, mais le fait de mettre les femmes allongées a tendance à augmenter le besoin en forceps.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès